LES REACTIONS SUITE AU COUP D'ETAT

DECLARATION DE L’OPPOSITION D’ANJOUAN

Le rassemblement des partis politiques qui luttent pour l’Unité Nationale et l’Intégrité territoriale dans l’île a le regret d’annoncer à l’opinion publique que l’espoir qui avait été suscité par le coup de force du 09/08/01 et les prises de position de ses auteurs est en train de diminuer comme une peau de chagrin. En effet, le présidium de la commission militaire, au terme d’une traîtrise diabolique, a restauré presque le régime d’Abeid sans Abeid. Voici le film des événements :

 Premier acte. Les sous-officiers des forces armées du régime d’Abeid renversent ce dernier sans verser une goutte de sang. L’inspirateur du coup n’est pas Satan mais les conditions d’existence des anjouanais. Le cri de révolte lancé par les sous-officiers auteurs du coup de force est donc un écho des angoisses de la population. Voilà pourquoi ils ont spontanément lié leur sort à celui de tous les comoriens en prêchant la poursuite du processus de réconciliation nationale, l’enterrement de la dictature en particulier, de la pensée unique et de l’exclusion.

 

Deuxième acte. Dans une déclaration politique publiée le 13/08/01, le trio qui trône à la tête du comité militaire donne un violent coup de barre au changement prôné par les sous-officiers pourtant auteurs du soulèvement du 09/08/01. la déclaration prend le contre-pied des déclarations faites par les sous-officiers. Elle parle d’une part de réconciliation issue de l’accord du 17/02/01 et d’autre part souhaite une vie éternelle à l’Etat d’Anjouan (sic) ; plus troublant encore on y parle de défendre avec acharnement les acquis du pays (structures étatiques et symboles propres).

Enfin les trois commandants, projettent d’arbitrer un processus électoral. Quelles élections et de toutes les façons qu’est ce que la commission politico-militaire a à avoir avec les élections quelles qu’elles soient puisque seule la commission nationale électorale (La nation serait-elle une notion à géométrie variable ?) peut se prévaloir de ce rôle d’arbitre électoral ? Bref, un délire séparatiste troublant au regard des acquis issus du dialogue inter-comorien en cours. 

Troisième acte. Halidi enfonce le clou en convoquant dare-dare unilatéralement et dans un style halidien les membres anjouanais de la commission tripartite comme si de rien n’était.

Quatrième acte. La formation d’un Exécutif le 15.08.01 sans tenir compte semble-t-il des propositions des sous-officiers auteurs du coup de force du 09/08/01 qui se seraient battus vainement pour que la commission politico-militaire fasse une rupture historique avec le passé.

Au total sur la base des faits il ressort que la caractéristique du moment est la mise à l’écart progressive des sous-officiers, un arrêt brutal et machiavélique de leur élan patriotique ; il est tout fait pour les empêcher de lier leurs actes à leurs déclarations politiques. C’est le commandant Halidi avec la complicité de ses « amis » de même rang qui fait tout pour empêcher l’ouverture et le changement véritable. Il faut se rendre à l’évidence : Halidi a couru de Mohéli où il se trouvait pour venir endosser les habits d’Abeid et s’asseoir sans gène sur le même volcan comme s’il ne s’était rien passé… 

Au regard de ses actes, on est en droit de se demander quel est exactement son rôle ? quoi qu’il en soit plusieurs paramètres font barrage à la restauration complète du régime tombé. Par exemple, au temps d’Abeid les soit disant « ministres » étaient utilisés comme technocrates. Les commissaires qui viennent d’être nommés vont – ils se laisser confinés dans ce rôle pendant que l’orientation politique et les grandes décisions sont définies ou prises ailleurs ? rien n’est moins sûr et la déclaration pertinente du commissaire CHAHSSU qui dénonçait cette politique laisse bien augurer de la suite. Le Rassemblement des partis politiques pour l’Unité et l’Intégrité quant à lui, appelle les forces vives de l’île à rester vigilantes et à exiger de la nouvelle Autorité d’Anjouan qu’elle respecte l’esprit et la lettre de l’Accord-cadre du 17/02/01. De ce point de vue, il exige avec force sa participation dans toutes les structures découlant de l’Accord-cadre. Il n’a pas l’intention tant s’en faut, de laisser Mr Halidi et ses pairs du présidium décider seuls du sort de l’île. Il demande enfin à la Communauté Internationale, à l’OUA surtout de s’investir plus activement dans le processus de réconciliation nationale pour qu’il avance à grands pas vers une solution juste et durable.

Fait à Mutsamudu, le 18/08/01

Le Président - Loutfi Adinane