LA UNE :
INTERVIEW DU CHEF DE L’OPPOSITION D’ANJOUAN
COMORES INFOS: Six mois après la signature de l'accord-cadre à Mohéli, les négociations concernant la réconciliation nationale piétinent. Le coup d'Etat qui vient de renverser le colonel Abeid ne risque t-il pas de remettre en cause le l'accord-cadre qui a été laborieusement négocié par l'OUA et la communauté internationale ?
Loutfi ADINANE:
Certes les travaux des différentes commissions issues de l'accord de Fomboni piétinent. Il faudra voir la volonté des uns et des autres d'aller jusqu'au bout. Certaines délégations donnent une interprétation fantaisiste quant à l'intégrité et l'unité des Comores. Les sous-officiers (il faut le préciser) auteurs du renversement du colonel Aebid ont expliqué dans leur première déclaration leur volonté de poursuivre le processus dans une large ouverture. La remise en cause donc viendrait d'ailleurs... à défaut d'une vigilance de ces derniers.
COMORES-INFOS: Vous avez engagé des négociations avec le nouveau pouvoir militaire. Vous avez milité pendant plusieurs années pour préserver l'unité et l'intégrité territoriale des Comores? Pourquoi ce brusque rapprochement avec le pouvoir putschiste qui n'envisage à priori de rompre avec la voie du séparatisme ?
Loutfi ADINANE :
Engager des négociations avec les militaires c'est trop dire. Je dis bien que leurs premières déclarations ont encouragé l'union des partis de l'opposition d'Anjouan que je représente à saluer le renversement d'un système tout entier, au demeurant nuisible pour la réconciliation nationale. C'est un régime qui s'est érigé sans partage de pouvoir (représentant du pouvoir, de l'opposition et de la société civile). Vous direz que j'ai signé un cheque en blanc aux militaires, mais je vous rappelle que le système déchu n'a jamais voulu respecter à la lettre l'accord cadre de Fomboni et si les militaires nouvellement venus veulent jouer la continuité, c'est dire qu'ils s'en prennent à partie à la communauté internationale aussi. C'est vrai certains militaires ne veulent pas rompre avec le séparatisme mais ils doivent s'en souvenir du triste sort de leur prédécesseur (le commandant à bord est loin de nous).
COMORES-INFOS: Pensez vous arriver à la constitution d'un gouvernement commun avec les militaires qui viennent de s'accaparer du pouvoir ? Dans l'affirmative, comment envisagez vous l'avenir du processus de réconciliation en cours?
Loutfi ADINANE :
Nous nous attelons au processus de réconciliation en cours et non à un gouvernement commun avec des poutchistes. L'union de l'opposition d'Anjouan n'a jamais été consultée en tant que telle pour une entrée dans un gouvernement (je n'exclus pas l'entrée d'une personne proche de l'opposition). Nous oeuvrons pour une paix civile à Anjouan. Ce qu'il faut retenir, c'est que nous nous battons bec et ongles jusqu'à ce qu'il y'ait une recomposition de toutes les commissions issues de l'accord cadre de Fomboni . Un droit que le système d'Abeid avait usurpé dans une dictature sans merci.
COMORES-INFOS: Vous représentez le MDP de M. Abbasse Djoussouf à Anjouan. Avez vous eu des échanges avec le chef de votre parti concernant une éventuelle participation au gouvernement?
Loutfi ADINANE :
Je suis chef d'un rassemblement des partis d'opposition et je n'ai de compte à rendre qu'aux forces vives agissant à Anjouan. Je précise que je n'appartiens pas à un parti, mais à un courant d'idées évoluant dans l'unité et l'intégrité des Comores. Les responsables qui sont à Anjouan sont suffisamment avertis pour apprécier les intérêts qui convergent dans notre ligne de conduite. L'échange d'idée ne se limite pas. Il peut si besoin aller à l'endroit de tous les amis unionistes d'où qu'ils se trouvent, à Mayotte, Moheli, Grande-Comores, La Réunion ou France.
COMORES-INFOS: Le colonel JOLEAU ainsi que son remplaçant ont séjourné à Anjouan du 6 au 8 Août. Par ailleurs, la France a dépêché le 12 Août un avion pour venir récupérer le colonel Abeid. Que pensez vous de ces différentes ingérences de la France dans les affaires intérieures des Comores?
Loutfi ADINANE :
Ca ne se limite pas à votre citation, la liste serait longue depuis l'accession de notre pays à l'indépendance. On nous fait croire à un maître mot "action humanitaire". La question que se pose un enfant naissant aujourd'hui c'est : pourquoi toutes ces péripéties à l'endroit d'un petit pays, les Comores, un pays sage, respectueux de la République française et une population docile depuis les années 1800. Est-ce le pays ou les dirigeants successifs qui ne retiennent pa la leçon ?
J'épargne de l'énergie pour citer le passage du colonel Joleau et de son remplaçant et l'évasion avec complicité du colonel Abeid. Je dirai seulement quelle est la forme du prochain épisode ? dans combien de temps ? sont-elles des initiatives personnelles ? ou l'acquittement à des devoirs ? Selon les réponses qu'on peut donner aux différentes interrogations à cours ou à moyen terme les solutions peuvent être apportées dans la transparence.
COMORES INFOS: Le pouvoir séparatiste a fêté le 3 Août dernier le 4ème anniversaire de "l'indépendance d'Anjouan". Les conditions socio-économiques ainsi que de sécurité de la population se sont énormément dégradées depuis que les séparatistes se sont accaparés du pouvoir dans cette île comorienne. Le moment n'est-il pas venu de tirer les leçons de ce douloureux échec et de penser autrement l'avenir des Comores?
Loutfi ADINANE :
Le pouvoir séparatiste a été élevé au grade d'Autorité d'Anjouan. Il a eu une fois de plus raison de savourer une victoire qui n'est que précaire. La fête d'entêtement a précipité la chute du colonel Abeid. La signature de l'accord cadre de Fomboni devait consacrer l'échec du séparatisme à Anjouan avec toutes les conséquences regrettables. La dégradation de tous les systèmes de l'île étant plus que préoccupante. Il en revient à tous anjouanais de chercher à se faire excuser par ses descendants déjà à l'autre monde et surtout aux vivants que nous sommes sur cette terre.
COMORES-INFOS: Nous vous remercions d'avoir bien voulu répondre à nos questions.