La majeure partie des
journaux africains des 12 et 13 septembre titre sur le drame qui touche les
Etats-Unis. Chacun y va de son analyse, entre solidarité avec les victimes et
interrogations sur les raisons pour lesquelles la première puissance mondiale a
été frappée par une série aussi incroyable d’attentats.
La plupart des quotidiens du continent noir titrent, comme ailleurs, sur la catastrophe qui vient de frapper les Etats-Unis. Mais les points de vue sur cette tragédie ne sont pas toujours au diapason de la presse occidentale. Au Sénégal, dont une forte communauté est installée outre-Atlantique, l’événement fait invariablement la Une. «Vingt-quatre heures après les attentats de New York et Washington, le monde se barricade», titre ainsi Sud-Quotidien. Mais dans son éditorial, ce dernier s’inquiète des risques d’amalgame entre les auteurs des attentats et l’ensemble des musulmans. «Comme on pouvait s’y attendre, l’horreur des ‘Twin World Trade Center’ et du Pentagone a réveillé les vieux démons fondateurs de toutes les dérives racistes», écrit Demba N’Diaye. «On a commencé à parler de ‘menaces contre les pays civilisés’, de la ‘civilisation ‘en danger». Et le journaliste de s’inquiéter de la notion de «guerre entre le bien et le mal», évoquée dans l’intervention télévisée du président américain George W. Bush. «Le bien et le mal renvoient à des convictions religieuses, des certitudes théologiques que notre religion est la seule valable (…) et que toutes les autres son ‘sataniques’», ajoute le journaliste.Plus modéré, le Soleil estime que «depuis les attentats de New York et de Washington, tous les Etats sont ‘égaux’ devant le terrorisme». Tout en estimant ce drame «inqualifiable», le quotidien estime toutefois que les événements du 11 septembre étaient prévisibles : «On a tendance à ignorer combien peut devenir dangereuse la somme de frustrations, de malheurs, de tragédies et de ressentiments accumulés par un groupe de personne et combien cette accumulation peut faire mal à celui qui est ciblé comme leur source.» Autre pilier de la presse sénégalaise, Walfadjri s’intéresse à l’enquête en cours et donne la parole à la classe politique sénégalaise. Selon le journal, celle-ci est «pour une fois (…) unanime pour flétrir les actes terroristes et manifester sa sympathie à l’égard du peuple américain dans l’épreuve».
Manifestations de joie chez des
fondamentalistes nigérians
Habituellement plus préoccupée par son actualité politique nationale que par les événements extérieurs, la presse ivoirienne multiplie malgré tout les analyses sur la vague d’attentat du 11 septembre. L’ex-quotidien gouvernemental, Fraternité Matin parle d’une «triste rançon de l’histoire» que paierait aujourd’hui «cette Amérique qui en imposait avec ses interventions militaires, ses embargos et ses leçons de démocratie notamment en Afrique». Notre Voie, proche du président Gbagbo, considère, pour sa part, que «la superpuissance américaine» a reçu «un coup fatal dans le dos», évoquant les liens passés entre la CIA et le principal suspect : le milliardaire saoudien Oussama Ben Laden. Les Ivoiriens, dont un nombre croissant réside aux Etats-Unis, s’inquiètent également du sort de leurs proches, comme l’explique le quotidien privé Soir Info, selon lequel «les cabines et les cyber-cafés d’Abidjan» sont «pris d’assaut», depuis mardi soir.
Particulièrement concernés par les événements de ces derniers jours, en raison d’une forte présence de ses ressortissants aux Etats-Unis, les journaux du Nigeria accordent aussi une large place à la dramatique actualité américaine. A Lagos, la plupart des quotidiens y consacrent parfois plusieurs pages. «Armagedon aux Etats-Unis», pouvait-on lire, le 12 septembre, à la Une du Vanguard, un quotidien privé. «Terreur en Amérique», titrait de son côté le Guardian, une autre publication indépendante, en proposant une analyse, dans l’esprit de celle de beaucoup d’autres journaux mondiaux, considérant que ces «attaques sont liées à la position américaine sur le Moyen-Orient». De son côté, This Day, un autre quotidien privé, fait état de scènes «jubilation», dans l’Etat de Zamfara, au Nord du pays, qui fut le premier a instaurer la loi islamique. This Day précise toutefois que ces manifestations de joie ont essentiellement été le fait de membres de mouvements fondamentalistes locaux.
Loin de ces rares signes de satisfaction, au Cameroun voisin, le tri-hebdomadaire d’opposition le Messager n'en opte pas moins pour une certaine ironie en titrant : «Apocalypse Now». Le rédacteur en chef Melvin Akam, se lance par ailleurs dans un parallèle avec les films catastrophes que l’industrie cinématographique américaine produit à la chaîne : «L’industrie cinématographique hollywoodienne s’est fait le plaisir, ces derniers mois, d’inonder le monde de films terribles dans lesquels les Etats-Unis affrontent des ennemis redoutables. Qu’il s’agisse d’Independance Day, Air Force One, Apocalypse ou Etat d’urgence, ces films prévenaient les Américains que la possibilité existe théoriquement qu’ils affrontent un jour l’irréparable. Mardi 11 septembre, la réalité a largement dépassé la fiction.»
La grande majorité des journaux du continent s’accordent, en tous cas, sur le fait qu’il y aura un avant et un après 11 septembre 2001. En Zambie, le principal quotidien d’opposition, The Post, juge néanmoins qu’on «ne peut restructurer le monde en bombardant les villes où vivent nos ennemis et essayer de les tuer au prix d’autant de vies innocentes, comme aux Etats-Unis aujourd’hui». Le respectable quotidien économique sud-africain Business Day va plus loin: «Dans les prochains jours et semaines, le monde sera divisé en deux groupes. Il y aura ceux qui sont véritablement désolés de l’outrage infligé aux Etats-Unis et à la démocratie internationale mardi et qui souhaitent mettre le maximum de ressources en commun pour s’opposer au terrorisme. Et il y aura ceux dont les condoléances, s’il y en a, seront considérées comme de façade, et qui seront classés dans une catégorie pas très éloignée de celle des actuels Etats ‘parias’. Pour l’Afrique du Sud, il ne peut y avoir place pour l’ambiguïté.»