Enfants abandonnés : la pauvreté est à
l’origine
Par Saminya Bounou
Le phénomène est bien réel aux Comores. Demandez à
un Comorien si le phénomène d'abandon de l'enfant par ses parents existe sous
nos cieux. Imperturbable, il vous dira ''non, c'est une chose inconnue aux
Comores''.
Et pourtant si, la réalité est tout autre. Si l'on
considère le fait relatif à la démission de certains parents de leur fonction
de père ou de mère et d'éducateur, on est amené à contredire cette affirmation.
Il faut noter, à cet effet, la divergence d'opinion
sur le sujet.''Ce genre de fait social n'existe pas ici, à moins que vous ayez
une autre définition du phénomène'', nous rétorque Jaffar Ahmed, magistrat.
Néanmoins, il affirme avoir eu à traiter à plusieurs
reprises des cas de mineurs dont les parents n'exercent pas leur rôle
d'autorité parentale.
De ce fait, il relativise son affirmation : ''la plupart des enfants qui ont eu affaire à la justice, impliqués dans des bagarres de quartiers et autres délits, sont de ceux-là'', affirme-t-il. Pour ce conseiller à la Cour après avoir été juge d'enfants, ''les Comores ne connaissent pas le phénomène tel qu'il est vécu, par exemple, à Madagascar, ailleurs en Afrique ou dans d'autres grandes villes des pays en développement. Là-bas, les enfants dits abandonnés n'ont pas de toit pour dormir et mendient ou fouillent les poubelles pour se nourrir. La rue est leur centre d'éducation avec toutes les conséquences que l'on peut imaginer''.
Un gendarme, lui, affirme que le phénomène d'abandon
d'enfant, même s'il n'a pas l'ampleur et ne revêt pas la forme de ce que l'on
voit ailleurs, ''existe bel et bien dans notre archipel''. Livré à lui-même,
l'enfant placé sous la responsabilité d'une vieille femme qui ''ne peut pas
subvenir à ses besoins ni veiller à son éducation n'est qu'un enfant
abandonné'', soutient-il. Ce sous-officier de gendarmerie soutient : ''un autre
type d'enfant abandonné est celui dont le père divorce d'avec la mère''.
Le phénomène est très répandu aux Comores où la
répudiation a encore de beaux jours et où un adage dit : ''l'enfant n'est aimé
que parce sa mère l'est''. Pour tous ces enfants, il manque l'essentiel : le
droit à tout pour ne leur rester qu'un seul, se prendre en charge et rester un
enfant abandonné même s'il ne dort pas dans la rue comme on le voit dans
certaines capitales africaines . Et les conséquences ne sont pas à examiner à
la loupe, elles sont visibles à l’œil nu.
Au cours de notre enquête, nous avons rencontré un
cas d'abandon d'un enfant malade dont la mère s'en est débarrassé très
simplement. Le petit L., 2 ans, malade, a été amené par sa mère à la clinique
de la Mission catholique prétendant revenir le récupérer ; elle est rentrée
chez elle tranquillement et ne fait plus signe de vie. Avant cela, elle s'était
confiée au gendarme qu'elle était incapable d'élever son enfant, toute seule et
sans ressources, le père refusant de s'en occuper après avoir répudié la mère.
Et le cas du petit L. n'est pas unique ; on peut le
multiplier à l'infini et on saura le nombre de jeunes enfants victimes de la malnutrition
du fait que leurs géniteurs ont tout simplement décliné leur responsabilité.
Les mamans se trouvant dans l'incapacité d'assurer
seules les charges inhérentes à leur éducation, on imagine aisément ce que ces
enfants seront demain. Si certains peuvent croire que les filles, contraintes à
se marier très jeunes, ont un peu plus de chance que les garçons, c'est qu'ils
n'ont rien compris de la répudiation facile.
Mais il n'y a pas que les pères qui abandonnent
leurs enfants. Les mères aussi.
Ainsi celles qui, dans une maigre consolation,
prétendent confier leur progéniture à leurs vieilles mères ou grand-mères pour
partir ailleurs. Dans un cas comme dans l'autre, la justice est la mieux
indiquée pour établir la responsabilité de chacun. Espérons donc que le code de
la famille en cours d'élaboration soit rapidement mis en application et soit à
même d'apporter les réponses à ces nombreuses interrogations et mettre,
surtout, chacun de nous devant ses responsabilités.