La fabrication
des monnaies utilisées par les Comoriens
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nsuite, ils se sont servis au
Xème siècle, des dinars d'or fatimides du Caire. En effet, vers l'an 945, les
fidèles du calife Ali Bin Ali et de son épouse, Fatima (fille du Prophète
Muhammad), profitant des troubles en Irak (siège de l'empire abbasside)
détournent par la mer Rouge et le bas-Nil, le grand commerce entre l'Océan
indien et la Méditerranée. Les émirs commerçants de Kilwa qui contrôlent les
comptoirs maritimes des Comores, répandent la devise fatimide sur l'Archipel.
La civilisation bantoue comorienne
(chefferie) au contact des Arabes devient afro-islamique. Cependant, la monnaie
des ateliers de Damas ou du Caire est obtenue par la fonte ou la frappe (la
pièce métallique est placée sur une enclume entre deux matrices. L'artisan n'a
plus qu'à frapper très fort avec un marteau métallique et à rogner ensuite les
bords, pour qu'ils soient réguliers). Les métaux utilisés sont l'or et l'argent
alors que les autres civilisations et contrées optaient pour le bronze, le
billon (cuivre allié d'argent) , l'étain, le cuivre, le nickel, le Bactriane,
au IIIè siècle avant J.C., l'électrum
(alliage naturel d'or et d'argent) le potin (forte partie d'étain et faible
d'argent), le spéculum(étain, plomb, cuivre et fer)…Les Syriens du VIIIème
siècle comme les Egyptiens du Xe siècle fabriquaient les dinars d'or et dirhams
d'argent de la même façon : le métal d'or ou d'argent est coulé ou appliqué
dans un moule, formé de métal très dur sur lequel est gravé l'empreinte, qui,
reproduite par coups de marteau sur le flan, le transforme en monnaie. Ce moule
s'appelle le ''coin''. Il remplace l'enclume, le marteau, le burin et les
prototypes fantaisistes des artisans forgerons. En réalité, on utilise deux
''coins'' (deux moules) dans lesquels est introduit ou coulé le métal. Chaque
''coin'' porte des gravures différentes pour qu'on puisse distinguer le revers
ou pile de l'avers ou trouveau. Le métal est pressé entre les deux coins puis
frappé avec un marteau. Le déclin au XVème siècle de la civilisation Swahili de
Kilwa provoque le recul politique des dinars d'or. La pénétration de la
civilisation marchande européenne aux Comores apporte le monnayage du vieux
continent, notamment espagnol, anglais et français. Le real espagnol (qui
donnera le riali comorien) du XVIème siècle appelé également thaler d'Espagne
est une monnaie royale d'argent. Les Comoriens touchent en premier la piastre
d'argent de 8 reales (qui marquera la culture de décompte comorienne : robo
pour le quart et toumouni pour le huitième de piastre…). Celle-ci est gravée
d'une croix et d'un écusson. Elle est fabriquée encore à la frappe au marteau.
Entre-temps, les techniques évoluent. L'Allemand Bracher invente le balancier,
qui remplace la frappe au marteau par la force hydraulique ou la frappe au
moulin. L'Espagne stoppe en 1732 la fabrication des pièces de 8 réaux à la
croix et les remplace par les piastres
colonnes en 1723, puis à partir de 1772, les piastres au type buste de
Charles III, Charles IV et Ferdinand VII (souverains que les Comoriens ignorent
espagnolement). La technique de fabrication continue d'évoluer. En 1721, le
suisse Droz perfectionne le balancier que sera délaissé pour la presse
monétaire inventée par l'Allemand Dietrich ULHORN. En 1811, les français
Thonnelier et Gingembre perfectionnent la presse d'Ulhorn, remplacée plus tard
par la presse de Munich. Au début du XIXe sicle, l'empire colonial espagnol
s'effondre avec son système hégémonique monétaire. Désormais, les piastres qui
arrivent aux Comores , sont celles émises par les républiques
latino-américaines indépendantes se rapprochant du standard espagnol : Mexique
(atelier de Plata), Bolivie, Pérou… Ces piastres se déprécient rapidement suite
aux difficultés politiques et économiques de ces Etats. Les courant naturel du
commerce avec l'Occident et même
l'Orient convoie des roupie de l'Inde anglaise, fabriquées à New Delhi
en provenance de Bombay, Zanzibar et Madagascar, des pièces portugaises du
Lisbonne, des thalers autrichiens de Marie Thèrese du culture de Vienne, des
pièces d'or et d'argent de France. Les encaissements des préposés au Trésor des
sultans ressemblent à des prises de pirates. Par ailleurs, les Etats s'évertuent
à fixer le cours de leur monnaie qu'ils ne contrôlaient plus. La gestion du
Trésor devient cauchemardesque. La comptabilité de recettes collectait des
monnaies anglaises, portugaises, espagnoles, autrichiennes et françaises et
celle des dépenses exécutait le budget en monnaie française et quelquefois
anglaise (roupie). Les îles Comores devenues protectorats français (depuis 1886
et Mayotte, colonie depuis 1841) intègrent le régime monétaire de la métropole;
régime marqué aux empreintes de la Révolution et de Napoléon : instauration le
28 thermidor de l'an III de la Révolution (15 août 1795) du franc comme unité
monétaire de la France par la Convention nationale (disparition donc des autres
monnaies d'argent et d'or de France, livres, deniers, sols, louis d'or…),
démonétisation définitive de l'assignat en 1803, création de la Banque de
France par Napoléon en 1802 et développement de la monnaie de papier. Sont
émises la pièce d'argent de " l'Union et Force " et des pièces en cuivre gravées par Dupré. A
cette époque, étrangement, le sultan Thibe Said Ali Ben Said Omar fait
effectuer en 1890 à la Monnaie de Paris 2050 pièces de 5 francs et 100 000
pièces de 5 et 10 centimes en 1891. Il a dessiné lui même les maquettes de
cette monnaie nationale comorienne. Cette dernière n'a circulé qu'en
Grande-Comore, protectorat français (depuis 1886) du Thibé factice, en fait
régis par l'usurpateur Humblot. Elle disparaît en 1908 avec la souveraineté
insulaire (Groupement des Comores, colonie rattachée au gouvernement général de
Madagascar). Pendant la première guerre mondiale, suite à l'insuffisance de la
petite monnaie et aux problèmes de communication avec la métropole, le sou est
remplacé par une monnaie constituée de timbres poste de 0,05 franc collé sur un
carton portant au dos le dessin d'un chien puis celui d'un bœuf . La monnaie de
timbres-poste est retirée en 1922 et remplacée par les pièces de nickel. En
1925, est créée la Banque de Madagascar et des Comores, formant toujours une
dépendance, province de Madagascar. Celle-ci reçoit la mission d'émettre des
billets locaux (pour la première fois). La Monnaie de Paris exécute la monnaie
métallique et les imprimeries de la Banque de France fabriquent les billets de
banque. Le conflit de 39 - 45 provoque un relâchement puis carrément
l'interruption des communications avec la métropole où sont fabriqués la
monnaie métallique et les billets de banque. En 1940, se pose un problème
d'approvisionnement des caisses en coupures neuves et du remplacement des
billets hors d'usage. En fin 1941, la Banque de Madagascar (B.M) réussit à
faire confectionner avec le concours de l'Imprimerie officielle de Madagascar à
Tananarive, des billets de 1 000 francs. Ils étaient de qualité inférieure à
ceux du type normal mais ont permis d'assurer tous les paiements demandés
jusqu'à la Libération. n 1943, le gouvernement de la France libre donne
autorisation à la Monnaie sud-africaine de fabriquer à Pretoria, pour
Madagascar et dépendances, des pièces de 1 franc et 0,5, portant d'un côté le coq
gaulois et de l'autre la croix de Lorraine. Mais la guerre ébranle l'autorité
et la domination de la métropole sur les autres parties de l'empire. La
politique monétaire coloniale se modifie.
Il en résulte à la Libération, la création des francs coloniaux (francs
cfa, franc cfp, franc de Djibouti…) soudés à la devise métropolitaine par une
parité fixe. Mais le 10 mai 1946, l'Archipel des Comores jusqu'alors dépendance
de Madagascar et province administrative de la grande Ile, retrouve son
autonomie administrative et financière. Cette réorganisation administrative
provoque indirectement la réorganisation du régime de l'émission à Madagascar
et la naissance de la Banque de Madagascar et des Comores (siège comme
représentant de l'Archipel des Comores au Conseil d'Administration, M. Said
Tourqui Ben Charifou Abdallah, commerçant à Moroni). Une agence est ouverte à
Moroni en 1953. En 1962, Madagascar , Etat souverain, crée son Institut
d'Emission malgache. La Grande Ile sort de la zone franc en 1973. Mais les
pièces circulant aux Comores portent sur le revers des insignes de l'Archipel :
cocotiers, poissons, coquillages, objets artisanaux… avec l'empreinte du
graveur Lucien Bazor et sur l'avers, la Semeuse (effigie créée par le graveur
de médaille Oscar François Roty depuis 1897. La Semeuse représente "
La République " en marche ensemençant un champ, symbole de
liberté et de prospérité) ou Marianne (une allégorie de la République créée par
les Révolutionnaires en 1792. Ce prénom
est tiré d'une chanson populaire du Midi de la France), accompagné de
l'inscription : République française. Les billets de banque sont ceux émis à
Madagascar mais avec la surcharge Comores. Le 31 décembre 1974 est crée
l'Institut d'Emission des Comores transformé en 1978 en Banque Centrale des
Comores. Depuis la libération, les pièces de monnaie et les billets de banque
sont fabriqués en France ; aujourd'hui, les premières dans l'usine de Pessac en
Gironde et les deuxièmes dans le Puy de Dôme, (papeterie de Vic-le-Comte,
imprimerie et centre de recherche à Chamalières). Actuellement, la fabrication
des pièces de monnaie requiert six
opérations principales : fonte (et coulage en lames et en lingots), laminage,
découpage, cordonnage, recuit et
brillantage et frappe (à la presse). Les billets de banque sont imprimés sur
des rouleaux et non sur des planches (voir notre article " la planche à
billets est morte) Al-Watwan. Les pièces de monnaie et les billets de banque
des Comores continuent de bénéficier des meilleures techniques de fabrication,
d'esthétisme et de sécurité. Les Comores n'ont jamais démonétisé un billet de
banque depuis la création du franc comorien. Les billets de 1 000 F et 500 Fc
actuels étaient d'Ali Soilihi (1976). Ces billets relevaient d'ailleurs du
temps de la Banque de Madagascar et des Comores. Pour faire des économie sur
les dépenses de fabrication, la Révolution d'Ali Soilihi n'a pas trouvé mieux
que de reprendre les vignettes coloniales et de les surcharger de la mention
Comores, en rouge. Le billet de 5 000 Fc remonte au temps de Said Mohamed
Mshangama à la Banque Centrale. Cependant, les billets de banque des Comores
battent le record de longévité de circulation dans la zone franc. N'en déplaise
aux apprentis faussaires, les billets de banque des Comores sont très difficile
à contrefaire, notamment ceux de 2 500 et de 10 000 Fc (lire notre prochain
article " Comores contre-façon monétaire impossible).