Vers une hausse du prix du carburant ?

Le prix du baril de pétrole s'envole au fil des semaines. Il oscille aujourd'hui entre 66 et 70 dollars contre 32 et 36 dollars en 1993. De nombreux pays consommateurs encaissent le coup. 

En 2004, les prévisions les plus pessimistes laissaient croire que ce prix allait monter jusqu'à 50 dollars. ''Cette année, c'est l'effet surprise quand les pays producteurs de pétrole viennent de fixer le prix à presque 70 dollars le baril'', explique un cadre de la Société comorienne des hydrocarbures (Sch). Plusieurs pays ont déjà suivi le mouvement en procédant à une hausse du prix du carburant afin, justifient-ils, de pouvoir assurer le renouvellement des stocks.

Aux Comores, le spectre d'une hausse du prix du carburant continue toujours de planer pendant que d'autres pays comme Madagascar avaient tout de suite ajusté leurs prix par rapport au cours actuel. Rappelons que de 2000 à 2003, le prix de l'essence à la pompe était de 450 FC contre 500 à partir de 2003. Cinq ans plus tôt, il se vendait à 350 FC. Avant la dévaluation du franc comorien en 1994, le litre coûtait 250 francs. Cette courbe des prix dégage une certaine stabilité des prix par rapport aux fluctuations permanentes des cours mondiaux.

Selon Moindjié Mohamed, directeur des opérations à la Sch, sur les 500 francs/litre d'essence, 230 (46 %) reviennent à l'Etat à titre de taxe. " Le reste permet à la société de renouveler son stock et d'assurer son fonctionnement " a-t-il dit.

Depuis 2003, les prix n'ont pas varié d'une once sur le marché national comme nous l'avons dit plus haut. Quand on connaît la mission première de la Sch, celle de garantir un approvisionnement régulier de carburant aux consommateurs locaux, on comprend facilement à quel prix elle paie cette stabilité. Un effort que certains ne manquent pas de saluer au passage. Les responsables de l'Etat, ceux de la Sch en particulier, intègrent, en effet, dans leurs paramètres l'aspect social ; ce qui n'est pas sans conséquences pour une société commerciale. Mais, à force de continuer dans cette logique, la Sch ne risque-t-elle pas tout simplement de remettre en cause sa propre survie ? Toute l'interrogation est là. A l'heure actuelle, les Caraïbes s'approvisionnent auprès du Venezuela, grand producteur de la région, à hauteur de 60 %. Les Comores pourraient, elles, prospecter du côté des autres Etats membres l'Opep (dont la plupart sont musulmans) qui seraient éventuellement disposés à nous accorder des conditions plus favorables.  

L'autre alternative est la suivante : l'Etat devrait faire des concessions en revoyant ses taxes à la baisse. Ce ne serait pas la première fois que le gouvernement protègerait ainsi le consommateur en matière de carburant. L'on se rappelle encore de 1990 lorsque le Comorien achetait le litre de pétrole à 150 FC.

Stagnation ou hausse du prix du pétrole ? C'est la question qu'on se pose aujourd'hui après cette hausse vertigineuse du prix du baril sur le marché international. C'est toujours le silence du côté des autorités comoriennes.

Une chose est pour nous certaine : si le ministère de l'Economie maintient le prix actuel, cela suppose que l'Etat revoie à la baisse  les taxes qu'il perçoit de la Sch ou cette dernière acquiert un autre fournisseur moins disant.                           

 

M. Y. Kaïva