Le dimanche prochain à minuit, si aucun incident n'est venu
perturber le déroulement normal de l'élection, nous aurons une tendance assez
précise des résultats globaux du scrutin. Autrement dit, le pays aura
théoriquement un nouveau président, en attendant l'arrêt des juges suprêmes,
puis son investiture officielle, qui devra intervenir avant le 9 juin prochain.
Il sera donc le deuxième chef d'Etat de l'Union des Comores, la nouvelle
appellation du pays l après la crise séparatiste de l'île d'Anjouan.
Dans tous les cas de figure, une autre équipe sera propulsée au
sommet de l'Etat. Car, quoi qu'on en dise et malgré le soutien du parti au
pouvoir à l'un des trois candidats de ce second tour, aucun des deux
vice-présidents d'Ibrahim Halidi n'est issu des rangs
de la CRC. C'est donc de nouveaux visages, de
nouvelles têtes qui prendront pour quatre ans la destinée des Comores. Même si,
en contrepartie de son précieux appui à cette candidature, la CRC aura normalement droit au partage du gâteau et sera,
d'une manière ou d'une autre, associée à la gestion du pouvoir. Tout cela dans
l'éventualité d'une victoire de Halidi.
C'est la première fois, depuis l'accession de notre pays à l'indépendance,
qu'un mandat présidentiel court jusqu'à son terme de façon aussi apaisée. Outre
le renversement d'Ahmed Abdallah en 1975, puis l'assassinat de Mongozi, le tombeur de l'autre, en 1978, il y a eu ensuite
le meurtre du même Abdallah, alors qu'il venait de rempiler pour un second
mandat de six ans, suivi cinq ans plus tard de la déportation de Djohar à l'île
de la Réunion. L'on se souvient aussi qu'après la première alternance
véritablement démocratique des Comores en 1996, le tout nouvel homme fort de
l'archipel, Mohamed Taki Abdoulkarim
a disparu mystérieusement au retour d'un séjour de travail à l'extérieur. Et la
série noire continuait…
Certains commençaient à croire que la fonction présidentielle
aux Comores était une malédiction, que le pays était condamné à ne jamais
sortir de la crise. Ils ont vite oublié que tous ces coups tordus et autres
manœuvres de déstabilisation étaient surtout l'affaire d'une horde de
mercenaires à la solde d'une autre horde de politiciens comoriens avides de
pouvoir. On le sait : Bob Denard et ses acolytes ont toujours répondu à une
demande locale. Comme partout ailleurs. Le corsaire bénéficiait de la complicité de cette race de
responsables politiques nationaux qui exècrent la démocratie, donc la voie des
urnes comme moyen d'accession au pouvoir.
Mais revenons à cette présidentielle puisqu'elle est on ne peut
plus capitale et pour le présent et pour l'avenir des Comores. De sa
transparence dépend la stabilité du pays. Les bavures et autres errements
constatés lors de l'élection primaire, qui ont quelque peu entaché le scrutin,
ne doivent plus se reproduire au risque d'encrasser sérieusement cette
présidentielle.
Pour qu'il puisse engager les reformes nécessaires et avoir les
coudées franches, le prochain président ne doit souffrir d'aucune contestation.
C'est à cette condition qu'il pourra sereinement travailler et se mettre à
l'œuvre. Autrement, il consacrera la moitié de son mandat à essayer de
légitimer son pouvoir et à contrecarrer les manœuvres de ses adversaires. L'Afrique
regorge d'exemples trop récents pour être oubliés. L'on sait, en effet, que la
crise ivoirienne est partie de l'élection o combien contestée de Laurent Gabgbo. Puisque tous les trois candidats ont confiance aux
urnes (qui leur ont permis de se disputer ce second tour), ils doivent, le
moment venu, faire preuve de fair-play et se soumettre sportivement au verdict
des juges suprêmes. Les trois candidats sont suffisamment intelligents pour ne
pas prendre le risque d'engager le pays dans une crise
politique aux conséquences inimaginables. Ce qui s'est passé récemment au Bénin
doit nous servir à tous de leçon politique.
M.I