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Le sol et les paysages Du hublot de l'avion amorçant sa descente au-dessus de Ngazidja, l'archipel des îles Comores décrit par les premiers voyageurs arabes il y a quelques centaines d'années prend corps sous vos yeux étonnés. Alignés sur le volcan Karthala, plus de trois cents cônes, pitons et cratères trouent le sol de la Grande Comore tandis que de longues coulées de laves noires descendent vers la mer, l'ensemble lui donnant un air de paysage lunaire. Les « Iles de la Lune » Par quel bel effort d'imagination ces voyageurs arabes, et notamment le légendaire Sindbad le Marin, ont ils pu comparer les Comores - qu'ils n'ont vu qu'au ras des flots - à la Lune, alors que les moyens techniques de l'époque ne permettaient d'en avoir qu'une image bien approximative Au point qu'ils avaient surnommé l'archipel « Djazaïr al Qamar » (les « Iles de la Lune ») déformé au cours de l'histoire en Kamar, puis Comores, comme on le voit sur les vieux portulans des anciens navigateurs. A
terre, nouvelle surprise : le paysage de la Grande Comore devient riant et même
très vert, avec ses grandes cocoteraies qui dévalent les pentes du Karthala,
avec ses villages et ses cités-jardins enfouis sous les bougainvillées et
les hibiscus. En allant dans le nord ou dans le sud de Ngazidja-Grande Comore, en sillonnant les autres îles de l'archipel, la beauté de cette flore tropicale ne se manifeste pas seulement au regard mais aussi à l'odeur : les routes embaument l'ylang-ylang, la girofle, la cannelle ou la vanille dont les Comores sont devenues un des grands producteurs mondiaux. Cet enchantement de la vue et de l'odorat a fait définitivement oublier leur premier surnom d'« Iles de la Lune » Octroyé par les voyageurs aux Comores. Ils ne l'appellent plus aujourd'hui que« l'archipel aux parfums ». Un nom évocateur que tous les catalogues de voyages et tous les dépliants touristiques commencent à faire connaître. A tous ceux qui rêvent de ces îles, nous leur demanderons de se reporter sur une mappemonde pour trouver Madagascar, située au-dessous de l'Équateur, dans l'hémisphère Sud. Entre la Grande Ile et la côte de l'Afrique Orientale, se trouvent les Comores au milieu du fameux canal de Mozambique, naguère emprunté par les caravelles de Vasco de Gama, lorsqu'il ouvrit la route maritime des Indes en contournant le cap de Bonne-Espérance. Aujourd'hui, presque toute la flotte pétrolière de l'Occident y transite pour se ravitailler en or noir dans les Emirats, en Iran, en Irak et en Arabie Saoudite, le gabarit du Canal de Suez n'étant pas assez grand pour les supertankers de plus de 100 000 tonnes. C'est dire l'importance politique, économique et stratégique de cette voie maritime au milieu de laquelle se trouve ancré, comme une escadre, l'archipel des Comores, à 8 000 km de l'Europe. Cette situation géographique exceptionnelle explique pourquoi, depuis des siècles, ces Comores constituent un carrefour important entre l'Afrique des Bantous et le Monde arabe, l'Orient des Indiens et des Asiatiques et l'Occident des navigateurs portugais, suivis des colons français et britanniques, puis, après l'indépendance, des assistants techniques du monde entier. Une position parfois inconfortable dans cet océan Indien, devenu le « Centre du monde » après la crise pétrolière, où, en tendant bien l'oreille, on peut percevoir les lointains échos des conflits du Proche-Orient ou de l'Afrique Australe... Quatre îles volcaniques L'archipel comprend quatre îles, distantes d'environ 300 km des côtes d'Afrique ou de Madagascar. Entre elles, ces quatre îles ne sont guère éloignées de plus de 40 à 60 km. Cet archipel, qui pourrait évoquer le chariot de la Petite Ourse, s'égrène d'ouest en est comme suit : - Ngazidja (ou Grande Comore), la plus grande, s'étale sur 1 025 kM2 (soit 1/3 de Majorque) et ressemble à un boomerang. Dominée par le volcan Karthala, elle abrite sur sa côte occidentale Moroni, capitale de la République Fédérale Islamique des Comores. - Mwali (ou Mohéli), plus au sud, est la plus petite avec ses 211 km' et a pour capitale Fomboni - Ndzuani (ou Anjouan), située au milieu de l'archipel, couvre 424 km' (presque de la taille d'Ibiza aux Baléares) et a pour capitale Mutsamudu. - Maoré (ou Mayotte), l'île la plus proche de Madagascar, ne représente que 374 km', soit à peine 2 fois plus que la superficie d'Oléron. Ces quatre îles sont en fait des volcans qui ont peu à peu émergé de la mer puis se sont éteints, sauf le Karthala à Ngazidja - Grande Comore, toujours en activité et très actif, sa dernière éruption remontant à 1977. Au-dessous du volcan Coiffé d'une couronne de nuages, le volcan Karthala, sous les rayons changeants du soleil, affiche un air de Fuji-Yama. Il ne peut passer inaperçu, car sa présence énigmatique s'impose sur toutes les vues prises dans l'île et, par temps clair, il se montre - comme la statue du Commandeur - à toutes les autres îles de l'archipel. Vedette incontestée des Comores, il est craint par les villageois, adulé par les randonneurs et fort courtisé par les vulcanologues. Les premiers redoutent ses brèves mais fréquentes colères (il se réveille tous les dix à quinze ans). Les seconds viennent du monde entier camper au bord de son cratère, réputé comme le plus grand du monde, après une épuisante ascension de huit heures. Quant aux émules d'Haroun Tazieff, ils se rendent ici pour tenter de percer les mystères des origines du globe et monter des hypothèses grandioses et déroutantes pour l'imagination. « Il y a bien longtemps avant l'arrivée des Blancs... », diraient les vieux conteurs africains, tous les continents de la terre étaient réunis et formaient le Gondwana. C'était vers 200 millions d'années avant l'ère chrétienne, diraient les scientifiques. Puis le Gondwana se mit à se fractionner et à glisser sur le manteau terrestre comme les morceaux d'un puzzle titanesque. Ces plaques qui continuent à errer à la dérive sont aujourd'hui l'Amérique, l'Asie, l'Arabie et l'Australie s'éloignant imperceptiblement de l'Afrique. En se détachant les unes des autres, ces plaques provoquèrent des fissures qui entaillèrent profondément le manteau terrestre. Ce fut le cas dans le fond de l'océan Indien, lorsqu'un fossé d'effondrement sépara Madagascar de l'Afrique il y a 65 millions d'années (à la fin de l'ère secondaire et au début du tertiaire). Cette faille - ou « rift » s'agrandit davantage en quelques millions d'années et une poussée de magma se fraya alors un passage dans le manteau terrestre jusqu'à la surface, formant ainsi, il y a 15 millions d'années (au miocène, à la fin du tertiaire), un premier volcan, au fond du canal de Mozambique. es coulées, en s'accumulant, firent émerger ce volcan-bouclier à la surface des eaux : l'île de Maoré-Mayotte était née. Quelques millions d'années après, deux autres volcans surgirent à l'ouest de Mayotte et formèrent les îles de Ndzuani-Anjouan et Mwali-Mohéli. Dernière née (il y a seulement un ou deux millions d'années, à l'époque où l'homo erectus quitta l'Afrique pour partir à la conquête des autres continents), Ngazidja-Grande Comore est la seule des quatre à avoir encore un volcan en activité et continue donc d'évoluer. Tout ce qui vient d'être dit explique les différences de visages entre les quatre Comores : Ngazidja est la plus élevée (2 361 m au sommet du Karthala), l'érosion n'ayant pas encore eu le temps d'accomplir son oeuvre, et la plus marquée par le volcanisme avec ses fumerolles à la Soufrière et ses longues coulées de laves noires descendant vers la mer. L'île se divise, en fait, en trois parties : le bombement majestueux du Karthala au centre, qui se prolonge au nord par le massif de la Grille, hérissé de centaines d'anciens cônes volcaniques et, au sud, par la petite presqu'île du Mbadjini, moins escarpée et couverte également de cônes volcaniques.
Les plages les plus blanches Bien que les laves noires soient plus visibles et plus importantes que dans les autres Comores, Ngazidja possède, paradoxalement, les plages les plus blanches et les plus grandes de tout l'archipel, le sable étant produit par la désagrégation de ses barrières de corail. De plus, elle est un véritable paradis pour les plongeurs sous-marins car, n'étant pas ceinturée par les hauts fonds d'un plateau continental, ses côtes plongent dans des fosses de plus de 800 m où évolue une faune sous-marine très abondante. C'est d'ailleurs à Ngazidja-Grande Comore qu'ont été pêchés presque tous les coelacanthes, poissons dont l'origine remonte à plusieurs centaines de millions d'années et que l'on croyait à jamais disparus (voir chapitre « la flore et la faune »). Une particularité de Ngazidja elle ne possède ni rivières ni cascades, car ses roches basaltiques fonctionnent comme une véritable éponge et absorbent immédiatement les eaux de pluie sans lui laisser le temps de ruisseler ni de resurgir sous forme de sources. Plus ancienne que les autres Comores, Maoré-Mayotte est la moins haute (660 m) et, vue d'avion, elle présente un relief érodé et des côtes extrêmement déchiquetées avec d'innombrables criques et caps qui la font ressembler vaguement à un hippocampe, la tête en bas. Sa principale originalité, en dehors de ses monts en pain de sucre (anciennes cheminées de volcans dépouillées de leurs cratères) : son lagon, considéré comme le plus grand du monde. D'une superficie de 1 500 km', il offre un vaste plan d'eau turquoise ceinturé par une immense barrière de corail coupée par des passes. Entre les îlots et les bancs de sable, les plongeurs sous-marins trouvent à moins de 90 ni de profondeur un extraordinaire aquarium tropical. Un petit lac de cratère Cette île de Mayotte comprend, en fait, deux îles : Grande Terre et Petite Terre-Pamandzi, dominées par de hauts reliefs montagneux d'origine volcanique et par quelques cônes, dont le plus beau, Dziani Dzaha à Petite Terre, abrite un ravissant lac de cratère vert-pistache. Dominée par le mont Ntingui aux flancs escarpés, l'île de Ndzuani-Anjouan évoque par ses contours un triangle, ou mieux, une pointe de flèche du paléolithique qui tendrait ses trois aiguilles vers le nord, le sud et l'ouest. Percée en son centre d'un grand cirque « La Cuvette » de Bambao, elle offre la scénographie la plus pittoresque des Comores. De ses routes en lacets, on jouit de superbes panoramas sur ses vallées et ses côtes ainsi que sur les autres îles de l'archipel. Ses cascades et ses rivières sont très appréciées des pique-niqueurs et des pêcheurs à la ligne. La plus petite des quatre Comores, Mwali-Mohéli, ressemble à une hache préhistorique aux bords dentelés, bordée au sud par toute une guirlande d'îlots satellites. Comme ses soeurs de l'archipel, elle est également d'origine volcanique, mais l'érosion - notamment celle des pluies et des cours d'eau - a profondément entaillé ses basaltes. Il reste de l'ancien volcan une chaîne de collines qui culminent à 790 mètres au mont Mzé Koukoulé, dont les flancs sont particulièrement escarpés. La beauté sauvage de Mwali-Mohéli tient à ses lacs de cratère et à ses plages désertes cachées au fond d'innombrables criques où viennent pondre les dernières tortues marines de l'océan Indien. Le soleil, la mousson et les alizés La situation de l'archipel dans l'océan Indien, entre l'Équateur et le Tropique du Capricorne, lui vaut de bénéficier d'un climat chaud et humide de type tropical particulièrement favorable à l'épanouissement d'une flore exubérante digne d'un Gauguin ou d'un Douanier Rousseau (voir plus loin « la faune et la flore »). Ce climat tropical est caractérisé par deux saisons : une saison chaude et pluvieuse de novembre à mai et une saison sèche et plus franche de juin à octobre. En effet, comme tous les pays de l'océan Indien, les Comores subissent soit l'influence de la mousson, soit celle des alizés. Lorsque la mousson venue du nord de l'Océan l'emporte et descend jusqu'au sud des Comores, c'est la saison des pluies, avec son cortège d'orages et de cyclones (qui résultent de la rencontre de cette mousson et des alizés du sud). Lorsque les alizés, venant des régions froides du sud-est de l'océan Indien, arrivent aux Comores et repoussent la mousson vers le nord, au-delà de l'Équateur, c'est la saison franche et sèche (en passant au-dessus de Madagascar, les alizés, qui sont des vents froids et humides, ont pu s'assécher). En réalité, les saisons aux Comores ne sont pas aussi marquées : il faut également tenir compte de l'altitude et de l'exposition des côtes au vent qui créent de nombreux microclimats. En règle générale, on peut dire que les côtes nord et ouest des îles - les « côtes au vent » - reçoivent de plein fouet les vents humides de la mousson, tandis que les côtes méridionales et orientales - les « côtes sous le vent », abritées par les montagnes et les collines qui font écran, sont plus sèches. De plus, il fait plus frais et il pleut davantage en altitude.
De nombreux microclimats Dans l'île de Mwali-Mohéli, la petite ville de Nioumachoua et les plages proches de la côte méridionale sont particulièrement appréciées des touristes, car protégées par une chaîne de collines escarpées, elles sont à l'abri des vents humides du nord-ouest. A Anjouan-Ndzuani, la côte orientale, où se trouvent Domoni, M'Ramani et Bambao, connaît un temps beaucoup plus clément que les côtes de Mutsamudu (nord-ouest) et de Pomoni-Moya (sud-ouest). Enfin à Maoré-Mayotte, l'absence quasi totale de relief ne crée pas de contraste important entre les côtes exposées ou non aux vents du nord-ouest (mousson). Les nuages effleurant à peine les sommets les plus élevés et de ce fait ne déversant que peu ou pas de précipitations, l'île bénéficie d'un microclimat favorable au tourisme estival pendant une bonne partie de l'année.
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