Chapitre 2

1892 - 1912

La fin des sultanats

 

L'annexion progressive des autres îles de l'archipel des Comores, à savoir Anjouan, Mohéli et Grande-Comore, correspond à une phase de la philatélie caractérisée par l'emploi du type "Groupe Allégorique" dans les colonies françaises [4], avec comme particularité la présence du nom de chaque colonie ou territoire dans un cartouche en bas du timbre.

Ces nouveaux timbres arrivent en 1892 à Mayotte, ou simultanément trois nouveaux bureaux de poste s'ajoutent à celui de Dzaoudzi : Mamoutzou (Fig. 2.1), Chingoni, Mirereni [1,14]. Ces timbres apparaissent la même année à Anjouan (bureau de Mutsamudu), portant la dénomination "Sultanat d'Anjouan", puis en 1897 en Grande-Comore (Moroni) et finalement en 1906 à Mohéli  (Fomboni) : Fig. 2.1 à 2.3.

 Mayotte Gde Comore     Anjouan Mayotte Mayotte Gde Comore Anjouan

Fig. 2.1 : Timbres au type "Groupe Allégorique" oblitérés avec les cachets typiques utilisés en Grande-Comore (2 types, dont un octogonal), Anjouan (il existe 2 cachets octogonaux différents, un cachet rond est apparu en 1908, puis un deuxième que nous ne connaissons que sur carte postale philatélique : voir Fig 2.3b ), Mohéli (1 seul type), Mayotte (4 bureaux, nous présentons ici les cachets de Mirereni, Mamoutzou et un des cachets utilisés à Dzaoudzi).

 

Fig. 2.2 : Lettre au tarif local (10c) de Grande-Comore, adressée au capitaine Dubois à Mohéli. Les courriers inter-îles conservés dans les collections sont nettement moins nombreux que les lettres pour la France.

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Fig 2.3a : Lettre de D'zaoudzi (grand cachet rond) pour Paris. Noter la présence du 10c rouge de Mayotte, l'un des plus rares du type "Groupe" aux Comores.

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Fig 2.3b : Carte postale d'Anjouan avec le cachet rond Anjouan*Mayotte (vu uniquement sur cartes postales philatéliques).

 

Notons que le bureau de poste de Fomboni fût ouvert vers 1900-1902, soit bien avant l'arrivée des timbres destinés à l'île [5]. Durant cette période transitoire, les timbres des 3 autres îles étaient alors utilisés à Mohéli (Fig. 2.4).

Fig. 2.4 : Lettre recommandée de Mohéli pour Paris avec timbres de Grande-Comore (2c x5 et 75c bord de feuille) et Mayotte (15c bleu), oblitérée du 16 mai (19)05. Rappelons que la série de Mohéli n'est apparue qu'en 1906.

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Au début du siècle, l'usage des entiers postaux, c'est à dire des enveloppes ou cartes de diverses tailles avec timbre imprimé sur le support, était bien ancré dans les mœurs. Chaque série "Groupe Allégorique"  de chaque colonie comportait donc plusieurs entiers postaux (Fig. 2.5) [4].

Fig. 2.5 : Carte postale avec Réponse payée.
Oblitération D'zaoudzi pour Ulm (Allemagne)

Cachet de transit rouge

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Tous ces timbres, ainsi que les entiers postaux, sont courants à l'état neuf (généralement avec charnière ou trace de charnière au verso). Par contre, il est plus difficile de se procurer des timbres avec oblitérations bien lisibles.

 

Un sujet de recherches annexe peut se développer par exemple dans la direction des timbres dont l'oblitération ne correspond pas à l'île mentionnée. En dehors de l'épisode mohélien de 1902-06, cette pratique d'équivalence postale entre les figurines provenant des 4 îles n'a été acceptée par les services postaux que progressivement, et tardivement (à partir de 1908 [5]) : voir Fig. 2.6.

Fig. 2.6 : Cachets ne correspondant pas à l'île d'origine : 20c Grande-Comore oblitéré à Dzaoudzi, 10 octobre 1913; 5c Mohéli oblitéré à Anjouan, 13 juin 1910; 2f Mohéli oblitéré à Dzaoudzi le 7 février 1914.

Cette période se termine philatéliquement par l'apparition en 1912 de surcharges à 5c et 10c sur les autres valeurs de la série, pour cause de pénurie de timbres à cette faciale : Fig. 2.7. Cette pratique est commune à toutes les colonies française. Cependant, pour les Comores, elle a coïncidé avec une modification importante du statut des îles, puisqu'elles ont été rattachées administrativement (et donc postalement) à Madagascar à cette période. La conséquence en a été l'utilisation des timbres de Mayotte, Anjouan, Grande-Comore, Mohéli surchargés, et des stocks restants des timbres non surchargés, sur tout le territoire de Madagascar, jusqu'à leur épuisement.

Plusieurs spécialistes du type "Groupe" se sont penchés sur les variétés apparues lors de l'apposition des surcharges. Notons qu'il existe principalement deux variétés constantes (présentes sur tout le tirage, toutes colonies confondues) liées à l'écartement entre les chiffres 0 et 5, et 1 et 0, et quelques variétés accidentelles plus ou moins spectaculaires et rares (surcharge renversée, double surcharge, etc) : Fig. 2.8 [6].

 

Fig. 2.7 : Timbres au type "Groupe" surchargés : utilisation aux Comores (5c sur 30c brun de Grande-Comore, oblitéré à Anjouan le 16 déc. 1913).

 

Fig. 2.8 : Timbres au type "Groupe" surchargés : variété constante (distance 2 mm au lieu de 1,5 mm entre chiffres 0 et 5 sur le 30c brun de Grande-Comore, tirage 7840 exemplaires), variété accidentelle (Anjouan, 5c sur 15c bleu) suite à un pli de la feuille lors de l'impression de la surcharge.

Une dernière remarque sur les timbres au type "Groupe" (dont ceux émis aux îles Comores) concerne l'aventure des "faux Fournier". Il s'agit de reproductions des timbres officiels, réalisés et vendus en tant que reproductions par F. Fournier dans les années d'avant la première guerre mondiale [7]. Cependant, au cours du temps, et des dispersions de collections, ces faux timbres se sont retrouvés incognito parmi les vrais. On peut reconnaître certains faux Fournier au type "Groupe" par la dentelure (14 vertical au lieu de 13,5, irrégulière aux angles), la faible qualité de l'impression, ainsi que pour les oblitérés par des cachets fantaisistes (par exemple le cachet "Fomboni - Mohéli, 4 nov 09" ou "Moroni - Gde Comore, 10 juin 98"). La figure 2.9 présente un exemplaire de faux Fournier.

 

Fig. 2.9 : Faux Fournier, type "Groupe", état neuf.

© 1999-2001 - Olivier BERGOSSI -  Eric MILAN - MWEZINET