Portrait : Medass,. le cueilleur d’images par S.A.S.T.
article paru dans Le matin des Comores

A trente-trois ans, Ahmed Hassane de son vrai nom, dispose d’une banque d’images inimaginable. Une biblio thèque de photos qui parlent, échos vivants d’une page de l’histoire d’un pays, et retracent le quotidien des Comoriens depuis les années quatre-vingt.
Imaginez les routes de Moroni, il y a vingt ans.

Je trône dans l’azur comme un sphinx incompris”, l’un des plus beaux vers de Baudelaire, mais aussi la plus belle image que j’ai pu trouver pour parler de Medass, l’artiste. Tout est dans cet alexandrin. Celui que la rue surnomme ‘le frère de l’image, le photographe à l’allure déglinguée, est en vérité un artiste caché. Il arpente les rues de Moroni, son appareil sous le bras, à l’affût de l’insolite. Sa recherche de l’originalité ne se limite pas dans ses images, mais aussi dans sa vie. Elle est sienne, la personnalité du bonhomme est d’une originalité frôlant le bizarre de ces poètes maudits, enfants terribles d’un dix-neuvième siècle décadent. Le poète chez nous est étymologiquement appelé”cueilleur de vers” (mpwa nyandu). Medass, lui, se limite à cueillir des images.

A trente-trois ans, Ahmed Hassane de son vrai nom, dispose d’une banque d’images inimaginable. Une bibliothèque de photos qui parlent, échos vivants d’une page de l’histoire d’un pays, et retracent le quotidien des Comoriens.

Un miroir qui me rapproche de la réalité

Depuis les années quatre vingt. Imaginez les routes de Moroni, il y a vingt ans. Ou la place Badjanani avant l’élargissement de l’avenue et la construction de la fontaine. On entre dans le recueil de Medass, comme on remonterait les couloirs du temps.


On trébuche d’étonnement en surprise sur des souvenirs qui nous reviennent lorsqu’on se met à égrener ce chapelet d’images dont la beauté n’a d’égale que la liberté de l’angle et la pro fondeur de l’expression.

Medass, photographe professionnel, se veut le “témoin du temps qui passe”. C’est devenu plus qu’une obsession chez lui de se lancer à l’assaut des scènes spontanées et naturelles de la vie quotidienne. Sans superflu, comme lui même. Il bouffe, en moyenne, quatre films de trente-six poses par jour. Pourtant, devant une scène qui l’interpelle, il dégaine son Pentax 28.210, et choisit l’angle de la perspective “pour donner sens, langage, humour, et impact.” Son amour pour la photo fait de lui un marginal. “La photo est un miroir, une manière de me rapprocher de la réalité, de m’en saisir et d’exprimer, dans un langage poétique, un message.”

Medass se trouve malheureusement dans l’incapacité de se produire. Il dit exercer son “talent dans la pauvreté”, mais pour combien de temps ? Il a pu monter des monter des expositions avec le concours de l’Af-c, ses photos sont exploitées pour les timbres, les cartes postales, et les télécartes, il a été plusieurs fois lauréat de différents concours de photographies, mais ce n’est pas assez, déjà pour vivre de son art, et surtout pour l’épanouisse ment de la culture. Il rêve de subventions qui pourraient l’aider à avancer, se produire, voire s’exporter.

La plus belle des photos, c’est la création

Il déplore ainsi le déficit en matière de politique culturelle de la part des autorités. Il est vrai qu’au niveau de l’art et de la culture, nous restons encore à la traîne par rapport à nos voisins de la région, ce n’est une découverte pour personne.

Medass, qui partage une grande intimité avec le monde de la photo, comme certains le font avec les livres ou autres choses, reste toujours cet artiste incompris. Mais comme un Doisneau, fidèle à son objectif, il continue à sillonner les rues, les îles, et à s’inspirer de la nature mère.

il s’émeut lui même devant la beauté physique des paysages naturels qu’il cherche à immortaliser. Et dans une sensibilité limite profane, Il ne cesse de dire « Dieu est le photographe que j’admire... la plus belle photo qui soit c’est la création.

S.A.S.T.