Photographie : Medass ou « le frère de l’image » par Hassane Moindjié
Article paru dans AL WATWAN N°163 du 8 au 14 juin 1991
et repris dans AL WATWAN N°677 du 15 au 21 juin 2001


Ahmed Hassane, 22 ans, Medass de son nom d’artiste est un passionné de l’image. Depuis son jeune âge il l’a au tripe, il la traque ou plutôt il se fait traquer par elle.
A l’occasion du concours de photo organisé lors des festivités de la francophonie, celui qui se dit être « le frère de l’image » a remporté les 3 premiers prix.
C’est la première fois que Medass se présente à un concours.

Comment êtes vous arrivé à la photo ?
Je dois dire d’abord que depuis tout petit, j’ai éprouvé un besoin énorme de représenter ce que je vois, ce qui m’entoure. J’ai d’abord commencé à dessiner. Mais rapidement j’ai eu l’impression que ma plume n’était pas suffisamment expressive.
Un beau jour, un touriste que j’avais aidé à réaliser un reportage photo sur des danses traditionnelles comoriennes m’a offert un Instamatic. Les premières photos que j’ai faites avec cet appareil ont décuplé ma passion et ma conviction profonde que la photo constitue le meilleur Image qui soit.

Vous avez donc un message particulier à passer à travers de vos poses.
Absolument. Montrer la civilisation de mon pays, son art, sa culture, son mode de vie. Montrer que cette civilisation a beaucoup de bien. C’est également cet amour que j’ai pour notre civilisation qui me procure l’inspiration et la passion nécessaire et indispensables pour faire du bon travail.
Actuellement vous disposez d’un matériel beaucoup plus sophistiqué en quoi cela vous aide t-il dans votre travail ?
Les avantages sont nombreux. Mon matériel actuel offre beaucoup de possibilité. Avec lui, la photo devient vivante, l’imagination a les moyens de s’exprimer, elle peut devenir réalité.


Pensez-vous qu’à l’heure actuelle on puisse vivre du reportage photo ?
Je dois préciser que la photo est pour moi une passion et surtout un langage et non une activité comorienne. Toutefois il est évident qu’elle me donne une bonne partie de mes moyens de subsistance. Cela dit, je suis convaincu qu’avec l’amour, la volonté, on peut arriver à tout, à faire de la photo une activité essentielle de l’homme.
Pensez-vous qu’au pays il existe un cadre qui permet un réel épanouissement de l’art et de la photo en particulier ?
Le talent existe sans conteste. La volonté plus encore. Ce manque c’est la confiance venant notamment des décideurs politiques. Jusqu’ici aider au démarrage de l’activité artistique. La photo, elle, est complètement oubliée.
Qu’est ce que l’état doit faire précisément ?
Nous faciliter l’acquisition de marchés, avoir confiance en nous. C’est frustrant de voir que des choses que les artistes comoriens sont capables de réaliser sont systématiquement confiées à des étrangers. Cela n’est pas fait pour nous encourager. Cette situation fait que beaucoup de jeunes tournent le dos à l’art et ainsi le talent se perd. Cela est très grave.
Quels sont vos projets à court et à moyen terme ?
Je compte très bientôt faire une exposition de mes œuvres les plus récentes. Ensuite j’ai l’intention de me procurer un matériel beaucoup plus performant. C’est que plus je fais de la photo, plus je me rends compte qu’il faut des moyens plus importants pour combler mon imagination

Hassane Moindjié