L’argent ferait-il le bonheur de l’art ?
Article de Damma Said
Paru dans AL WATWAN N° 753 du 29 Novembre au 05 Décembre 2002

Vous connaissez sans doute Medass.

Qui ne connaît pas Medass, ce fou de la photo, ce passionné de la photo d’enfant ?

Eh bien sachez que Medass est l’un des rares artistes comoriens qui n’a pas un second métier, j’allais dire qui vit de son art, mais je rectifie en disant qui vit très mal de son art.

Medass, naïf comme tout véritable artiste dans l’âme, a guetté pendant presque douze ans, un événement qui s’est déroulé le 5 novembre dernier qu il a raté pour la maudite et modique somme de 51000 fc : une exposition photo sur les enfants.

Cinquante et un mille francs vous manquent et le rêve de toute une vie s’écroule. Ce rêve : participer à une exposition de photos sur les enfants.

Medass avait neuf clichés chez Photo Soleil et jusqu’au dernier moment il a cru qu’il pouvait obtenir 51000 fc auprès d’organismes qui, apparemment, sont faits pour aider l’art et la culture et même les enfants.

Il s’est adressé à des personnalités sur qui il croyait pouvoir compter. Mais c’était sans compter sur l’étanchéité des portefeuilles qui est souvent inversement proportionnelle aux épanchements des cœurs.

Certains de ces interlocuteurs l’encouragèrent en lui offrant à boire, en lui donnant de quoi payer les taxis pour aller voir ailleurs si le 51000 fc y étaient.

Ce qui a fait le plus mal à Medass c’est qu’il n’a même pas pu s’exprimer pour expliquer à l’assistance à l’exposition la cause de son absence photographique.

 

L’exposition a eu tout de même lieu avec un seul exposant et des photos d’archives du représentant de l’OMS et quelques anciennes plaques de l’UNICEF.

Rappelons qu’un artiste photographe réunionnais programmé n’a pas pu venir, lui pour une question de temps mais pas d’argent et pour cause, l’UNICEF allait rembourser les frais de cet enfant de l’île Bourbon, ce qui aurait coûté certainement plus de 51000 fc, juste ce qu’il aurait fallu à Medass pour être suspendu au couloir de l’Alliance Franco-Comorienne ce jour là.

La morale de l’histoire ressemble au problème de l’œuf et de la poule, à savoir, l’argent fait-il le bonheur de l’artiste ou le bonheur de ceux qui cherchent l’argent de l’art ?

Il fallait certainement le dire, c’est fait… et vogue la galère

Damma Said