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| L'Art
aux Comores |
TRADITION ARTISTIQUE ET DYNAMIQUE DE CREATION
mise à jour 28/01/2007 |
REPUBLIQUE FEDERALE ISLAMIQUE
DES COMORES
MINISTERE DE L'EDUCATION NATIONALE, DE LA
FORMATION PROFESSIONNELLE ET DES DROITS DE L'HOMME
CENTRE NATIONAL DE
DOCUMENTATION ET DE RECHERCHE SCIENTIFIQUE
TRADITION
ARTISTIQUE ET DYNAMIQUE DE CREATION
CONTRIBUTION A LA CONFERENCE REGIONALE SUR
"L'EDUCATION ARTISTIQUE SCOLAIRE ET EXTRASCOLAIRE"
PORT ELIZABETH, SOUTH AFRICA du 26 au 30 JUIN 2001
Par
ABDALLAH ALI Naguib
Architecte conservateur, professeur d'arts plastiques, Musée National – CNDRS
B.P. 169 Tél. (269) 74 41
87 Fax (269) 74 41 89 E-mail : cndrs@snpt.km
/ abdallahnaguib@yahoo.fr
SOMMAIRE
INTRODUCTION
I. UNE
TRADITION ARTISTIQUE
1.
L'ARTISANAT
2.
LES ARTS PLASTIQUES
3.
LA
MUSIQUE ET LES DANSES
4.
LA
LITTERATURE
5.
LE
THEATRE
II. POUR
UN PROGRAMME ARTISTIQUE SCOLAIRE
1.
CONTENU DE LA DEMARCHE
2.
PROGRAMME POUR LE 1er
CYCLE DU SECONDAIRE
CONCLUSION
INTRODUCTION
Aux Comores, il existe deux systèmes éducatifs où l'enfant peut évoluer
parallèlement et simultanément :
-
l'école coranique, une institution qui a pour mission de dispenser un
enseignement religieux visant à renforcer la culture et la religion islamique.
L'enfant peut y séjourner à partir de trois ans jusqu'à l'âge de sa majorité
"spirituelle".
-
l'école officielle, l'institution inspirée du modèle français, placée sous la
tutelle du ministère de l'éducation nationale.
La réforme du système éducatif en
cours de préparation se propose d'intégrer ces deux types d'institution
scolaire. Les langues d'enseignement sont le français et l'arabe. Jusqu'à la
fin des années 1980, l'enseignement aux Comores était essentiellement dispensé
dans les établissements publics. Depuis le début de la décennie 90,
l'enseignement privé connaît un développement rapide, en partie lié aux
perturbations sociaux politiques qui ont affecté le fonctionnement des
établissements publiques.
Par ailleurs, les Comores éprouvent un réel besoin de re-formulation du
programme de son enseignement, compte tenu des nouveaux défis auxquels se
trouvent confrontés les enfants en ce début de millénaire. Son enseignement
ne comporte pas encore de programme d'éducation artistique, à la différence de
nombreux pays. Pourtant les Comores, pays d'ancienne culture de plus de
millénaire, ont bel et bien une tradition artistique. Que ce soit dans le
domaine de l'artisanat, de la musique, du chant, de la
danse et du théâtre, l'expression artistique y est très riche et
représente une source d'inspiration inépuisable. Mais les arts plastiques,
tels qu'ils sont perçus à l'étranger, sont les formes d'art qui s’y sont
développées tardivement. Toutefois, on assiste aujourd'hui à une effervescence
de ces disciplines chez les jeunes. Il existe bien des peintres, des
graphistes, des céramistes, des architectes, des sculpteurs, etc.
I. UNE TRADITION ARTISTIQUE
1.
QUELQUES ASPECTS SUR L'artisanat
L'artisanat traditionnel
comorien trouve sa source d'inspiration dans l'organisation spatiale, dans les
pratiques sociales et dans l'environnement immédiat.
La modernisation de l'économie nationale, l'évolution constante du goût du
consommateur, les exigences du marché, commande à l'artisan de présenter des
produits compétitifs remplissant les critères de qualité et de prix. Ainsi on
trouve sur le marché de l'art des produits d'une nouvelle gamme destinée le
plus souvent aux touristes : il s'agit d'une miniaturisation d'objets usuels
traditionnels, d'une représentation d'éléments de la nature ou d'objets
résultant d'une pure création.
La poterie.
La poterie locale a une longue tradition, confirmée par les fouilles
archéologiques menées dans l'archipel. Elle a été et reste un art féminin,
parce que la tradition lui confère des aspects ludiques qui ne peuvent
intéresser que les femmes. Du modelage à la cuisson en passant par la
décoration, la technique rappelle une démarche créative qui serait propre à la
femme : femme conceptrice, génératrice de vie, et donatrice de soins. La
décoration de la pièce de poterie pourrait être comparée à une séance de
maquillage traditionnel.
Les femmes réalisent jusqu'à nos jours des types de poterie dont les motifs,
toujours géométriques et le travail de bordure, perpétuent un art de la
céramique qui remontent à plusieurs siècles.
Des tentatives timides et novatrices, liées à la demande touristique,
orientent la production vers une céramique qui semble être en rupture avec
une céramique utilitaire qui répondait aux besoins des consommateurs locaux.
Il s'agit notamment des modèles très variés de pots, de cassolettes, de
brûle-parfum et autres statuettes en forme d'animaux, d'avions, de bateaux,
etc.
L'art du bois.
L'art du bois s'est enrichi au cours des siècles, de différents apports
des pays de l'aire swahilie et de l'Orient.
Dans les anciennes mosquées et les vieilles demeures princières et nobles, le
bois est beaucoup utilisé dans le décor. Les portes d'entrée et les portes
intérieures, les poutres et les madriers sous les dalles de plaques de lave,
présentent des éléments décoratifs basés sur des motifs floraux ou sur des
tracés géométriques. Les battants des portes qui font actuellement la renommée
de l'artisanat comorien, sont d'un mouvement renaissant. Ce secteur reste
dynamique à cause de la créativité des menuisiers et des ébénistes, de
l'introduction de nouvelles techniques, la taille en creux, mais aussi à
cause de la préservation d'une tradition qui s'adapte en même temps aux
aspirations et besoins des comoriens.
Dans beaucoup de secteurs, comme celui du bâtiment, les influences dans la
conception et les techniques reflètent les apports de nouveaux réseaux
d'échanges qui se sont développés à partir de la colonisation. Le travail du
bois continu à se maintenir même avec les innovations technologiques dans une
tradition d'une sculpture et d'une calligraphie qui exprime la spécificité
d'une culture de tradition musulmane.
L'art de la calligraphie.
C'est dans les mosquées que l'art de la calligraphie sur bois et sur
corail trouve son épanouissement. On le retrouve notamment sur le cadre des
portes, sur les impostes et sur les poutres décorées des plafonds. Il reste
encore des témoignages de ce travail d'artiste de l'ancienne tradition, dans
les vieilles cités de l'archipel. Dans certaines maisons, ces témoignages font
encore partie du décor quotidien.
La vannerie et la sparterie.
La vannerie est essentiellement un art féminin, développé dans les espaces
domestiques des villes et villages où traditionnellement les femmes vivaient
cloîtrées. L'art de la sparterie était à l'origine une activité réservée aux
femmes nobles qui ne participaient pas aux travaux des champs. Il s'agit
notamment de la confection des nattes multicolores et rectangulaires utilisées
encore comme couvre-lit ou tapis, des petites nattes ovales qui servaient de
tapis de prière ou de tapisserie pour la décoration murale.
Ces produits reflètent les apports et les influences dues aux réseaux
d'échanges entre les Comores, l'Afrique de l'Est et Madagascar.
La bijouterie.
L'art de fabriquer des bijoux est une vieille tradition aux Comores. La
fabrication se faisait et se fait encore à partir de la refonte de bijoux ou
de la fusion des monnaies étrangères (or ou argent). On achète, on vend, on
fait transformer, on introduit des nouveaux modèles, on lance des modes. On
développe un art original où la créativité ne se conçoit pas sans les
influences et les modes venues d'ailleurs. L'observation d'une collection de
bijoux de mariée permet d'avoir une idée des pièces de la bijouterie
comorienne. Ces bijoux sont en massif, en filigrane ou réalisés à partir de
pièces montées.
2.
Les arts plastiques
De toutes les formes
artistiques, les arts plastiques se sont développés tardivement aux Comores,
sans doute à cause du caractère essentiellement oral de la culture, combinée à
la fois à une idée faussement répandue que l'islam interdit l'icône et la
représentation de la figure humaine et animale. L'image figurée n'a pas
toujours occupé une grande place dans la vie quotidienne.
Il n'y a pas encore de programme d'éducation artistique dans l'enseignement
publique. Toutefois on assiste aujourd'hui à une effervescence de la
discipline chez les jeunes comoriens, malgré l'absence d'une éducation
artistique dans les lycées et collèges.
L'art contemporain tel qu'il existe aux Comores montre des influences
africaines, orientales et européennes. Tandis que la sculpture reste rare, la
peinture commence à se développer et quelques artistes doués se forgent une
réputation au pays et ailleurs.
Notons que ces dernières années, le Programme Culturel Bantu organisé par le
CICIBA sur financement de l'Union européenne, a donné une place de choix à la
promotion des arts plastiques aux Comores. La stratégie développée est de
privilégier les actions structurantes. Ainsi une association d'artistes
plasticiens est née. A l'actif de l'association il y a eu plusieurs ateliers
d'échanges d'expériences et de création, une vingtaine d'expositions, des
centaines d'œuvres et une sensibilisation constante du public.
3.
La musique, LE CHANT et les danses
La musique est pour le
Comorien un moyen de communication efficace et prestigieuse. Aux fils des
siècles, les Comoriens ont exprimé leurs pensées, transmis leur expérience de
la vie, exercé leur imagination et leurs talents artistiques, presque
exclusivement par la musique.
Que se soit des berceuses qu'une mère chante à son bébé, des chants des
pêcheurs qui servent à attirer les poissons ou des chants religieux, la vie
est rythmée et mélodique. Le rôle de la musique et de la danse est si
important que, les fêtes religieuses et profanes qui marquent les grands
moments de la vie collective et les principaux actes de la vie familiale et
individuelle, ont singulièrement façonné l'habitat, aussi bien urbain que
rural. En effet, presque toutes les villes comoriennes sont dotées de
différentes catégories de forums qui accueillent des manifestations musicales
aux fonctions socioculturelles bien déterminées.
Le chant est une forme privilégiée de la littérature comorienne. Il a permis
la conservation, sans le support de l'écriture, de tous les événements
saillants de l'histoire nationale et locale : la fondation d'une dynastie,
l'avènement d'un roi, l'arrivée des nouveaux migrants, l'introduction d'une
technique, d'une nouvelle forme d'organisation sociale, etc. Tout est chanté
et ainsi "archivé" dans la mémoire collective, avec pour chaque chose, chaque
événement, sa charge de poésie, de mythe et de légende.
Il existe des danses d'hommes et des danses de femmes et toutes se déroulent
pendant les cérémonies liées au mariage et chacune a sa place dans l'ordre des
choses. D'autres danses témoignent de la diversité des influences.
La musique moderne et la chanson connaissent ces derniers temps un essor
favorable. Elles puisent dans les sources d'Afrique et d'Arabie. Certains
musiciens ont un son fortement rythmé tandis que d'autres jouent plutôt sur
les mélodies.
4.
La littérature
Autrefois, les histoires et
les contes faisaient parties de la tradition orale et l'écrit était rare,
d'autant plus que la fiction, le roman, sont des idées européennes. On peut
pourtant affirmer qu'une littérature propre au terroir a existé : c'était
celle des érudits, des nobles, des princes et autres chroniqueurs. Elle était
essentiellement d'expression arabe et swahili. Ce n'est que tardivement que la
langue comorienne a été employée comme langue littéraire.
Les Comores sont malheureusement restées longtemps en marge des mouvements
littéraires francophones : la problématique de l'homme comorien colonisé ne
s'est pas exprimée ni par la poésie moderne ni par le roman moderne, mais par
ces traditions littéraires d'oralité.
Actuellement il existe bien des poètes, des nouvellistes, des romanciers, des
dramaturges qui écrivent en comorien ou en français mais la diffusion de leurs
œuvres reste limitée.
5.
Le théâtre
Le théâtre se développe
également et dans ce domaine, la diffusion radiophonique est très appréciée du
public, qui retrouve dans cette expression le reflet de son quotidien dans
toute sa complexité. Nombreuses sont les pièces de théâtre s’appuyant sur des
thèmes historiques et sociaux. Plusieurs auteurs écrivent des pièces destinées
à la scène ou à la radio. Avec peu de moyen, des jeunes acteurs écrivent et
arrivent à monter à jouer leurs spectacles devant des salles souvent combles.
II.
POUR UN PROGRAMME D’EDUCATION ARTISTIQUE SCOLAIRE
L’éducation artistique, on le
sait, vise à développer, comme toute autre discipline enseignée, la
personnalité de l’individu à travers une approche spécifique du réel.
Cependant celle-ci a pour particularité d’en appeler à des aptitudes et des
fonctions dont la plupart sont d’ordre affectif sensoriel. Et c’est grâce à
leur affinement et en accord avec elles que pourra s’instaurer une créativité
équilibrée, où la sensibilité s’allie à la cognition, l’élan émotionnel à la
rationalité, l’imagination à l’expérience.
Le professeur d’arts plastiques aura alors pour vocation :
- d’initier l’adolescent à toutes les techniques relevant du visuel pour lui
apprendre à s’exprimer et à communiquer grâce à des signes non verbaux.
- d’éveiller l’élève à la perception du monde des objets, des formes et des
signes, de lui fournir au sens large du terme, les moyens de les exprimer.
L’enseignement des arts plastiques consiste surtout à aider les élèves dans
l’acquisition progressive des moyens leur permettant d’être apte à :
percevoir, interpréter, représenter, symboliser, communiquer.
1.
CONTENU DE LA DEMARCHE
Contrairement à des nombreux programmes, celui des arts plastiques laisse le
champ libre à l'imagination. Toutefois quelques soient les divergences des
cours proposés, ils doivent tourner autour de ces principes qui sont à la base
de cet enseignement :
Le premier traitant essentiellement de la
composition et des techniques,
Le second de quelques points forts : les
thèmes, le dessin libre et l'image,
Le troisième de l'observation et de la
créativité.
A.
LA COMPOSITION
Dans un premier temps, et au moyen
d'images découpées par exemple, on doit faire apparaître l'importance de la
place occupée par un élément, comment cette place conditionne les impressions
que l'on ressent en le regardant (impression d'équilibre, de stabilité, de
sécurité ou le contraire ; importance que prend l'élément situé à tel ou tel
endroit, etc.).
Dans un second temps, les amener à découvrir la structure d'une image.
Commencer par des constatations très évidentes, s'appuyant sur des tracés
géométriques avant d'aborder des types de compositions plus subtiles qui au
seul niveau du raisonnement seraient incompréhensibles par des enfants.
Opérer expérimentalement aussi souvent que possible en reconstituant par
exemple, une composition au moyen d'éléments découpés, simplifiés et
assemblés. Etablir des comparaisons et conduire pas à pas l'enfant vers l'idée
qu'il n'y a pas de composition type.
B.
LES TECHNIQUES
La technique ne doit pas être
génératrice de difficultés, de refus, de blocage. Il nous appartiendra d'en
libérer l'enfant en lui expliquant que l'idée engendre la production laquelle
crée les dispositifs plastiques à mettre en œuvre : ces derniers n'étant pas
réductibles à la combinaison d'éléments ou d'invariants préexistants, toute
solution sera acceptée, pourvu qu'elle soit capable de communiquer des
intentions.
Sortir du cadre de la feuille de papier et l'usage du crayon pour multiplier
les moyens d'expression. Entraîner l'enfant à toutes sortes d'assemblage et de
constructions à partir de matériaux traditionnels et de matériaux de
rencontre.
C.
LES THEMES
Ils permettent une approche
pluri ou interdisciplinaire. On peut faire des propositions aux élèves, les
élaborer avec eux par exemple, procéder à des séances de travail autour d'un
thème parfois volontairement peu défini. Ou bien dans le souci de liaison avec
d'autres disciplines, il est possible d'opérer autour des "thèmes
polyvalents", englobant plusieurs formes d'expressions artistiques : thèmes
techniques (impressionnisme, cubisme, etc.), thèmes du sujet (la mer, les
paysans, etc.), etc. Saisir également chaque concours de dessin lancé au
niveau national et faire participer les élèves au grand maximum.
D.
LE
DESSIN LIBRE
On exercera l'élève à chercher
la rigueur qui doit exister dans le rapport entre ses intentions et sa
production. Lorsque la seconde présente des résultats en adéquation suffisante
avec les premières, l'expression atteint son optimum et le dessin libre a
trouvé un sens.
E.
L'IMAGE
Une particulière importance
sera donnée à la lecture d'images. compte tenu de la prolifération de l'image
en tant que support à la communication visuelle (images fixes, images
séquentielles de bandes dessinées ou photographiées ou du cinéma), il est
indispensable d'entamer l'élève à la déchiffrer, pour lui permettre d'en
saisir le sens et les intentions, et d'adopter à son égard une attitude active
et critique.
L'essentiel est de faire apparaître que toute image est un ensemble organisé
utilisant un certain nombre de signes diversement agencés, que cet ensemble
est toujours chargé d'un sens qu'il s'agit de décoder.
Les exercices proposés impliqueront de façon simple mais précise :
La reconnaissance, dans l'image fixe, des
éléments plastiques constitutifs et de leur combinaison avec le texte,
La prise de conscience dans l'image
séquentielle et leur relation avec les éléments sonores (musicaux et autres),
L'apport de données fondamentales sur la
construction d'un message et les aspects techniques (prise de vue, plans,
découpage, etc.).
Il sera indispensable que toute analyse débouche sur une manipulation
concrétisée et ne se solde pas uniquement par le seul recours à la théorie
sans support pédagogique nécessaire.
F.
L'OBSERVATION
Des exercices d'observation et
de manipulation fondée sur l'expérimentation et l'analyse tendront par un
contact direct avec la réalité immédiate à faire prendre conscience des
différentes composantes de tout ensemble visuel (formes, couleurs, textures,
structures, etc.).
G.
LA CRÉATIVITÉ
La créativité dans l'art peut se
définir comme étant le processus par lequel l'artiste se base sur sa
sensibilité, son vécu ou son environnement pour créer des œuvres qui ont un
aspect nouveau. La créativité étant l'approfondissement d'une idée originale,
travaillée pour être finalement nouvelle ; elle se caractérise donc par
l'originalité, l'esprit d'adaptation et le souci de réalisation.
Le besoin de créer est une énergie potentielle que chacun porte en lui, et
commande l'élaboration non répétitive, le changement. Il est relativement
difficile d'obtenir de ces jeunes esprits une création originale. La peur de
ne pas "trouver" soi-même et de ne pouvoir faire "un joli dessin" condamne
l'action et la conduite de l'élève.
La créativité devrait donc être perçue ici, dans une certaine mesure, comme
une mentalité, une note d'originalité apportée à l'expression d'une idée,
d'une intention.
2.
PROGRAMME
Ce programme est non officiel. Il est le fruit de dix années d'expérience dans
une école privée et concerne le premier cycle du secondaire.
MATERIELS :
-
Matériels de dessin et de coloriage classique
-
Matériels naturels et de récupération
Classe de 6e
Objectifs :
Apprendre à réunir, à créer et à
utiliser les matériaux qui peuvent servir à la représentation et à la
communication.
Entraînement à l'observation, de "fini"
et de présentation où l'imagination est cesse sollicitée.
Centre de travail :
Le graphisme : format, mise en page,
recherche de composition.
Les couleurs : aplats, mélanges
complémentaires, neutres, tons rompus et tons rabattus, personnalité des
couleurs, tons froids et tons chauds.
La perspective : frontale, oblique,
aérienne.
Le dessin : proportions, rectangle
enveloppant, mise en place, croquis, valeurs.
Résultats attendus en fin d'années :
Habitude de soin et de propreté
Habitude à observer
Perception affinée des formes et des
couleurs
capacité à organiser un espace donné
Classe de 5e
Objectifs :
Consolider les acquis de la 6e
Approfondissement de l'apprentissage de
la couleur
Etude des différents types d'expression
graphique
Centre de travail :
Les couleurs : révision sur les
mélanges, les complémentaires, les neutres.
La perspective conique : frontale,
oblique, aérienne, paysages en perspective
Le dessin d'art : proportions, mise en
place, croquis, valeurs, dégradé, contraste, dessin avec valeurs en noir et
blanc et en couleurs, observation du corps humain.
Résultats attendus en fin d'années :
Distinction des différents types de
représentation graphique ainsi que leur utilisation pertinente dans chaque
domaine d'intervention.
Classe de 4e
Objectifs :
Consolidation des acquis de la 5e
Poursuite de l'affinement de la
perception esthétique et perfectionnement des moyens d'exprime celle-ci.
Centre de travail :
La perspective conique : frontale, oblique, aérienne, paysages en
perspective, intérieur en perspective, perspective cavalière
Le dessin : proportions, croquis poussés,
valeurs, clair obscur, le corps humain, dessin en couleurs.
La composition d'une œuvre d'art : unité,
variété, équilibre, mémoire visuelle, imagination, interprétation personnelle.
Résultats attendus en fin d'années :
Une expression plastique assez claire
de l'environnement social et culturel, à travers des codes et des signes.
Classe de 3e
Objectifs :
En général, la classe de 3e
constitue une cassure pour beaucoup d'élèves. Il est donc essentiel qu'un
acquis artistique, certes quantitativement limité mais sûr, soit installé dans
ces jeunes mentalités. Il conviendra de favoriser, grâce au travail sur thème,
l'expression libre et la production créative.
Centre de travail : Lecture de
l'image.
Analyse d'une œuvre d'art : unité,
variété, équilibre,mémoire visuelle,
imagination, expression libre à partir d'un thème,
composition d'une œuvre d'art.
Dessin d'art : dessin d'imagination,
mémoire visuelle,
initiation à la bande dessinée, affiches, panneaux publicitaires.
Perspective intérieure : aménagement d'un
espace donné, décoration plane.
Résultats attendus en fin d'années :
D'une manière générale, l'élève devrait pouvoir "se situer" vis-à-vis des
différentes modes d'expressions plastiques. Il sait "voir" et "regarder". Il
dispose de pré- requis notionnels et instrumentaux élémentaires nécessaires à
:
-
l'approche des diverses formes plastiques.
-
la
représentation d'un réel divers et évolutif qui constitue son environnement.
-
l'expression fondamentale de sa sensibilité individuelle.
Conclusion
Le but de l’enseignement artistique, à notre sens, consiste à
développer l’esprit du jeune dans le domaine de l’art, sans l’arracher du
cadre de la tradition en dehors duquel il serait dépaysé. L’objectif de
l’enseignement serait de le conscientiser sur la valeur du patrimoine
artistique de son pays et de le placer dans un contexte qui réunira à la fois,
la profondeur de la tradition avec tout ce qu'elle renferme de richesses et
l'inconnu de la modernité, avec ce qu'elle implique d'audaces et de
découvertes.
Dès les premières classes, l'enfant doit être initié aux valeurs et autres
richesses de son patrimoine culturel et de son environnement naturel, à
travers des activités d'observation et de création.
A l'exemple des autres pays africains et du monde entier, les Comores
devraient donc accorder une plus grande importance à l'éducation artistique
dans le scolaire. Pour cela, elles devraient : restructurer le programme
scolaire afin d'y introduire les matières artistiques à tous les niveaux ;
solliciter et obtenir des pays amis, la formation des futurs enseignants ;
encourager les artisans et les artistes dans l'exercice de leur métier.
En outre, une action permanente et dynamique de sensibilisation devra alors
être menée en direction des artistes afin qu'ils saisissent la valeur et la
noblesse de leur travail et l'intérêt qu'ils ont à transmettre leur savoir.
Cette campagne de sensibilisation devra aussi s'étendre à toute la population
afin qu'elle comprenne qu'en fait, l'activité artistique est sûrement un
élément irremplaçable du développement et de l'équilibre de l'homme. On
reconnaît à quel point le travail manuel engage l'être tout entier, corps,
esprit et jugement.
Je vous remercie de votre attention.
Port Elizabeth, 26 juin 2001
Sources bibliographiques :
-
Musique et société dans
l'Archipel des Comores, D. Ben Ali, mém.
anthropologie, EHESS 1982
-
Propos sur la création
littéraire écrite aux Comores, Club Kalam.
-
Comores : guide culturel,
Iain Walker, Prg. Cult. Bantou / UE 1998
-
Bilan de l'Education Pour
Tous à l'an 2000, Ministère de l'Education
Nationale, 2000
-
Culture, Style, Créativité, Design,
Abdallah A Naguib, Sém. sur l'Artisanat, Maurice déc. 1994 |