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Les Associations Comoriennes 

FECOM
page mise à jour le 01/01/2000

LA FECOM ET LES ASSOCIATIONS COMORIENNES DE MARSEILLE

Aide aux villages d'origine, renseignement juridiques auprès des nouveaux arrivants, intégration en France et maintien des traditions dans l'émigration... la vie associative des comoriens de Marseille est multiforme. La FECOM fédère ces initiatives, sous la houlette de son président, Saïd Soihili, dit "Bruce".

 

par Fabienne Le Houerou,     Iremam-Cnrs

Mahoro, village d'environ cinq mille habitants au sud de la Grande Comore, est représenté à Marseille par l'Union fraternelle pour le développement de Mahoro (UFDM).

Cette association finance divers projets en faveur du "bled", comme, par exemple, la construction d'une pharmacie, d'une bibliothèque, de plusieurs salles de classe et de coopératives agricoles. Elle projette même d'électrifier le village. A l'instar de Mahoro, les associations comoriennes reflètent bien ce lien essentiel entre le village natal et la population comorienne habitant la cité phocéenne.

Le réseau marseillais est en correspondance permanente avec le village, et les va-et-vient entre la ville française et les Comores sont incessants. Les actions menées dans les différents villages par les associations marseillaises sont accompagnées d'un suivi vidéo :autant d'images qui témoignent de la progression des différents chantiers. Au sommet de la pyramide associative, la Fecom - la Fédération comorienne de Marseille- chapeaute le réseau, fort de plus de 150 associations. La Fecom est présidée par Bruce.

BRUCE, UN LEADER ASSOCIATIF

Son nom est Said Soilhi, mais à Marseille, on l'appelle Bruce. La trentaine, le sourire avenant, Said Soilhi est précisément originaire de Mahoro, village blotti entre mer et terre.

Figure leader de la communauté comorienne locale, il préside la Fecom, avec pour missions essentielles de représenter les siens et de les informer sur le chemin de l'intégration et de l'insertion. Autour de lui, une équipe dynamique d'hommes et de femmes jeunes assure l'encadrement juridique, social et culturel.

Médiateurs de la communauté, ils en sont les porte-parole et les ambassadeurs. Lorsque Saïid Soilhi arrive à Marseille en 1988, il a dix-sept ans. Plongeur dans un restaurant d'Aix-les-Bains pendant ses études, il réussit, après le baccalauréat, son concours d'entrée à l'Ecole des douanes. Mais, dit-il en souriant :"Je n'ai jamais rien fait avec mon diplôme.' très vite j'ai été happé par un rôle d'animateur".

Pendant plusieurs années, il dirige en effet un espace de lecture. Avant d'être élu président de la fédération, l'essentiel de son expérience professionnelle gravitait précisément autour des activités liées au livre. Après un stage de formation sur le statut des immigrés, il devient, en 1990, responsable juridique au sein de la Fecom, se spécialise alors en droit des étrangers et en devient le président en 1996i.Il insiste sur l'aspect juridique de sa mission : "Les gens ne connaissent pas leur droits   !", constate t-il.

C'est ainsi qu'il anime une émission juridique les dimanches, sur Radio Galère, où il explique, en comorien, les circulaires juridiques concernant le séjour des étrangers en France. "Dernièrement, j'ai donné des explications sur la circulaire Chevènement, continue Saïd - Bruce - Soilhi. Bien que 90 % des Comoriens aient la nationalité française, il existe toute une population de sans-papiers qui reste en marge et que nous« informons au mieux". Ces émissions sont complétées par un travail de terrain à la Fecom, qui assure, en outre, des permanences juridiques. Passage obligé pour les sans-papiers, la fédération accompagne le migrant dans ses démarches auprès des institutions françaises. "Pour l'année 1998, nous avons reçu à la Fecom deux mille demandes de séjours officielles" [ de séjours a régulariser], commente Said Soilhi.

MAINTIEN DU LIEN SOCIAL ET DE LA TRADITION

L'éclosion des associations comoriennes à Marseille a son histoire. Les années 90 ont vu l'essor de la vie associative, afin de répondre au besoin des Comoriens de France qui n'avaient pas de véritables interlocuteurs.

Ce besoin s'explique par les négligences de l'Etat comorien quant aux modalités de séjour de ses ressortissants ; Bruce déplore l'absence d'un statut juridique clair :"La seule chose clairement définie entre la France et les Comores sont les accords de coopération militaire, et nous ne  bénéficions pas d'une protection juridique et administrative". C'est ainsi que les associations pallient à certaines de ces carences, justifiant ainsi leur légitimité au sein de la communauté comorienne. La Fecom fonctionne parfois comme une mairie, répondant à des préoccupations liées au simple état civil des personnes. Par ailleurs, l'importance des flux migratoires et la difficulté inhérente à l'hétérogénéité de cette population, composée de citoyens français, d'étrangers et, parmi ces derniers, de sans-papiers, ont fait de ces associations des lieux incontournables pour l'accueil du migrant et pour sa future intégration. Dans son parcours vers la reconnaissance juridique, le sans-papiers est accompagné dans ses démarches par un membre de l'association. La solidarité est une valeur de base dans la société et les médiateurs de ces associations en sont les acteurs principaux Les pratiques sociales reposent sur un rapport de réciprocité. Il y a d'ailleurs, en langue comorienne, une confusion verbale entre les termes "prêter" et "emprunter". Les relations sont évaluées en terme de créance et de débit, et ces notions sont constitutives de l'identité comorienne. Traditionnellement, le temps passé à rendre service représente un investisse ment social réel, et dans une structure d'accueil, en terrain d'immigration, on retrouve ce type de gestion du lien social. Les médiateurs de ces associations apparaissent comme les garants d'un certain ordre traditionnel mais aussi comme les porte-parole de la modernité. Ils se situent donc à un point d'équilibre qui reflète assez bien le dilemme de l'ensemble des Comoriens, partagés entre leurs traditions et les valeurs qu'ils sont nécessairement contraints "de faire leur", afin de s'intégrer dans la société française. Ainsi en est-il de Bruce, un médiateur issu du tissu associatif, conciliant les qualités des hommes traditionnels et celles de l'homme moderne, et maîtrisant parfaitement les outils de communication. Son profil de "sage", passé par le moule marseillais, lui confère les qualités d'un véritable leader : il assume des fonctions multiples qui font de lui un homme entendu et écouté. Le documentaire "La ville en marche", diffusé par TF1, rend hommage au calme et à la discipline de la communauté comorienne marseillaise lors des manifestations provoquées par le meurtre, en 1995, du jeune Ibrahim Ali.

Dans ce film, un fonctionnaire marseillais remarque, avec une certaine admiration, la sérénité et la dignité avec lesquelles les leaders comoriens ont encadré les manifestations anti-racistes.

FECOM
48, rue Mazenod 
13 002 MARSEILLE