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| L'Economie
des Comores |
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Rupture des liaisons maritimes : Les bateaux
comoriens interdits à Mayotte
mise à jour 19/08/2005 |

COMORES
Les bateaux comoriens interdits
Un article de Franck CELLIER paru dans
Le Quotidien de La Réunion
Les autorités françaises ont longtemps toléré les défaillances des bateaux
assurant la liaison entre Mayotte et les autres îles des Comores. Mais une
sérieuse avarie sur le Ville de Sima, le 1er décembre dernier, les a poussées
à davantage de sévérité. Tous les bateaux qui opéraient jusqu'alors sont
désormais interdits d'accès au port de Dzaoudzi.
Depuis le 3 décembre dernier il n'est plus possible d'emprunter une ligne
maritime régulière pour voyager entre Mayotte, sous administration française,
et les trois autres îles comoriennes indépendantes que sont Anjouan, Mohéli et
la Grande Comore. Les Affaires maritimes de Mayotte ont en effet notifié au
propriétaire du navire Tratringa, Camille Boudra, qu'il lui était interdit
d'exploiter son bateau à partir du port de Dzaoudzi.
Cette interdiction est intervenue deux jours après que le navire Ville de Sima
a été partiellement détruit par un incendie alors qu'il s'approchait des côtes
du nord de l'île Hippocampe. Si l'avarie n'a pas empêché le bateau de
rejoindre le port elle l'a en revanche condamné à la retraite. Les dégâts sont
trop importants pour envisager une réparation. Or ces deux bâtiments étaient
les seuls bateaux qui assuraient une liaison maritime régulière. Ne reste aux
Comoriens désireux de se rendre à Mayotte et trop pauvres pour se payer
l'avion qu'à avoir recours aux inquiétants kwassa-kwassa, ces barques légères
qui transportent habituellement les émigrants clandestins.
“Une série de négligences”
Si pour le Ville de Sima, la direction des affaires maritimes n'a fait que
tirer les conséquences de l'incapacité du navire à reprendre la mer, ce n'est
pas le cas pour le Tratringa qui semble plutôt avoir fait les frais de
l'incendie du Sima, commente Kamal'Eddine Saind ou dans Mayotte Hebdo. C'est
en effet suite à l'incendie du Ville de Sima que le directeur régional des
Affaires maritimes en visite à Mayotte a diligenté in extremis un contrôle
technique sur le Tratringa. Ce contrôle a mis en évidence “de nombreuses et
graves défaillances et ce malgré les prescriptions notifiées par l'inspecteur
de sécurité des navires à l'armateur le 21 septembre dernier.”
Quelques mois avant la mise à l'écart du Tratringa, les autorités mahoraises
avaient déjà signifié à deux autres navires battant pavillon comorien, le
Yasmina et le Nousra, une “interdiction d'accès aux eaux territoriales
françaises.” Il y a peu, c'est la Frégate des îles, reliant Moroni à Mayotte
qui s'est vu interdire le transport de passagers. Il est vrai que le naufrage
du Samson qui assurait la liaison entre les Comores et Madagascar le 8 mars
dernier et qui a provoqué la mort de près de 200 personnes, a renforcé les
exigences en matière de sécurité.
Pour les Affaires maritimes, ces mesures d'interdiction sont les conséquences
d'une “série de négligences” de la part des armateurs comoriens “qui n'ont pas
respecté le moratoire négocié depuis 2003.” Celui-ci portait sur un calendrier
de travaux à effectuer sur les bateaux de manière à renforcer progressivement
la sécurité des passagers.
La fin d'un arrangement
Selon Camille Boudra, qui dit avoir récemment effectué d'importants travaux
sur le Tratringa dans un chantier naval malgache, “les responsables des
Affaires maritimes ont interrompu unilatéralement le pacte puisqu'ils savaient
qu'aucun bateau ne peut actuellement se mettre aux normes internationales. Ils
s'étaient pourtant engagés à nous accompagner dans cette évolution jusqu'en
2005.”
Autrement dit, remarque Kamal'Eddine Saindou, “le service maritime a longtemps
fermé les yeux sur le respect des normes internationales de navigation
maritime au profit d'une démarche qui se voulait pragmatique, conciliant à la
fois les besoins des voyageurs et ceux de l'Etat dans sa lutte contre
l'immigration clandestine.” Il faut en effet savoir que la préfecture de
Mayotte expulsait les clandestins en leur payant une place sur le Tratringa ou
le Ville de Sima. La mise à l'écart des deux bateaux risque de forcer la
préfecture à baisser le rythme des interpellations ou à affréter des bateaux
spécialement pour cette mission, ce qui coûtera plus cher.
On comprend que l'incendie du Ville de Sima, le 1er décembre au petit matin, a
dû rétrospectivement donner la chair de poule aux représentants de l'autorité.
S'il y avait eu des victimes, on imagine sans mal que les proches de celles-ci
se seraient retournés contre l'Etat pour dénoncer son laxisme en toute
connaissance de cause. Selon Mayotte hebdo, il va sans doute falloir attendre
cinq ou six mois avant la mise en service d'un nouveau bateau entre les îles.
On attend le Tratringa III alors que d'autres armateurs ont eux aussi
l'intention d'affecter de nouveaux navires aux lignes inter comoriennes qui
connaissent un flux de passagers régulier et substantiel.
Franck CELLIER
Le Quotidien de La Réunion
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