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L'Economie des Comores

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DIAL : Développement et Insertion Internationale

Centre Européen de Recherche en Economie du Développement

****

Version provisoire

Commentaires bienvenus

 

PEUT-ON S'APPUYER

SUR LE CAPITAL SOCIO-CULTUREL

POUR REDUIRE LA PAUVRETE

AUX COMORES ?

 

 

JeanLuc.Dubois@hol.fr

Février 1998

 

  *****

          Résumé
 
Introduction
 
1. Un accroissement de la pauvreté
La baisse du produit réel par tête
Une majorité de la population est concernée
2. De fortes inégalités dans les conditions de vie
Retracées par la distribution de la consommation
Des profils de pauvreté différenciés
Des inégalités régionales confirmées
3. De nouvelles opportunités de croissance
 
                    La nécessité d'une reprise de la croissance
                    Possibilités et limites des secteurs productifs traditionnels
                    La valorisation du capital socio-culturel

 

4. Une stratégie de développement complémentaire
 
                    L'amorce d'une nouvelle croissance
                    Synergie avec d'autres formes de capital
 
Conclusion

      

annexe I : A propos des données du PIB réel et par tête
annexe II:  Données complémentaires

 

Résumé

Le PIB réel par habitant des Comores baisse depuis 1985. Il est aujourd'hui de 16% moins élevé qu'il y a 10 ans, au moment de l'indépendance. Dissimulée ou voyante, la pauvreté touche inégalement les diverses îles et leurs catégories de population et continue de s'accroître. Elle explique pour partie les difficultés politiques actuelles de l'archipel. Le gouvernement a bien mis en place une importante politique de réformes économiques, mais la croissance ne repart pas. Pourtant, une croissance de près de 5% par an, accompagnée de mesures de redistribution adéquates, est indispensable pour fortement réduire la pauvreté en une dizaine d'années. La difficulté réside dans la reprise d'une croissance durable sachant que la plupart des secteurs traditionnels de l'agriculture, de l'industrie ou du commerce, connaissent des limites à leur expansion. C'est pourquoi, il semble normal de se demander si, on ne pourrait pas trouver, au sein même de l'originalité sociale et culturelle comorienne, les mécanismes et avantages comparatifs qui permettraient d'enclencher une reprise de la croissance, puis de l'alimenter.

 

Introduction

         Pour celui qui se rend régulièrement dans l'archipel des Comores, une conclusion s'impose d'évidence : la vie quotidienne y devient plus difficile d'année en année. Les prix des produits de première nécessité continuent d'augmenter impliquant des dépenses toujours plus élevées pour assurer l’alimentation, la santé avec l'achat des médicaments, l’éducation avec les livres scolaires, etc. Dans le même temps, il devient de plus en plus difficile de vendre ses propres productions à bon prix et de trouver un emploi. Le paiement des salaires, pour ceux qui ont un emploi, accuse en permanence du retard. Seules quelques familles, en majorité de Grande Comore, reçoivent, du fait de la présence de parents à l’étranger, de quoi équilibrer leur budget du ménage et investir pour l’avenir.

        Ces quelques constatations donnent une idée de la situation telle que la perçoit actuellement la plupart des ménages comoriens. Elle résulte d'un phénomène de plus en plus net : la pauvreté, pourtant si souvent dissimulée, s'accroît dans l'archipel et le pays ne crée plus suffisamment de richesse pour satisfaire aux besoins de tous à un niveau équivalent à celui des années passées.

1. Un accroissement de la pauvreté

        La pauvreté touche maintenant plus de la moitié de la population. Elle est le résultat d'une baisse régulière du produit réel par tête depuis quelques années.

 

1.1. La baisse du produit réel par tête

       Depuis 1985, l'accroissement de la richesse globale des Comores exprimée par le montant du Produit Intérieur Brut (PIB) demeure trop faible pour répondre à l'augmentation des besoins d'une population en croissance régulière. Les Comptes de la Nation montrent, en effet que, entre 1984 et 1995, le PIB à prix courants s'est accru de 86%, soit une croissance moyenne de 5,3% par an. Cependant, en termes réels, pour tenir compte d'une inflation moyenne de 4,4%, le PIB ne s'est accru que de 12%, soit en fait moins de 1% par an.

         Par tête, étant donné la croissance annuelle de la population de presque 3%, cela représente une baisse régulière de 1% à 2% par an. Il en résulte que le PIB réel par tête est en 1995 de 17% moins élevé que celui de 1984, ce qui a pour effet de ramener le niveau de vie actuel à un niveau équivalent à celui d’il y a plus de 25 ans. Les estimations des montants du PIB pour 1996 et 1997 confirment la poursuite de cette tendance à la baisse.

       Les quatre graphiques ci-dessous, en retraçant les évolutions de la population, du PIB courant, du PIB réel et du PIB réel par tête sur la période 1968 à 1995 donnent une vision d'ensemble de la situation.

       Entre 1968 et 1995, la population de l'archipel est passée de près de 258 000 habitants à presque 500 000. La partition de l'île de Mayotte qui, au moment de l'indépendance était peuplée d'environ 45 000 habitants, explique le décrochement de 1975 sur une courbe qui traduit une croissance régulière à un taux proche de 3% (cf. figure 1).

 

 

Source : Développement humain durable et élimination de la pauvreté : éléments pour une stratégie nationale, 1997, PNUD, Moroni, 64 p.

        Le PIB à prix courants, après avoir connu une légère croissance dans les années précédant l'indépendance (1970-74), a décru entre 1975 et 1978 sous le régime dirigiste du président Ali Soilih (cf. 2ème graphique). La croissance s'est ensuite rétablie de façon régulière jusqu'en 1984. Elle a connu un fléchissement au début des années 90, devenant plus inflationniste. La dévaluation du franc comorien de 33,3% en 1994 a d'ailleurs renforcé cette tendance (cf. figure 2).

 

 

Source : Développement humain durable et élimination de la pauvreté : éléments pour une stratégie nationale, 1997, PNUD, Moroni, 64 p. ; World Development Indicators, 1997, World Bank, Washington, CD-Rom.

 

        L'évolution du PIB à prix constant, obtenu par déflation du PIB à prix courant au moyen d'indices de prix sur la base de 1987 confirme la forte chute dans les deux années qui ont suivi l'indépendance en 1975 et 1976. Ont ensuite suivies dix années de forte croissance de 1977 à 1988. Après cette date, la légère croissance jusqu'en 1993 a été marquée par de fortes fluctuations, suivant ensuite d'une décroissance régulière (cf. figure 3).

 

 

Source : Développement humain durable et élimination de la pauvreté : éléments pour une stratégie nationale, 1997, PNUD, Moroni, 64 p. ; World Development Indicators, 1997, World Bank, Washington, CD-Rom.

 

        Il en résulte une stagnation du PIB réel par tête sur l'ensemble de la période. Les deux phases d'amélioration de 1968-75 et 1977-84 ont été compensées par deux phases de détérioration, l'une brutale en 1976, l'autre plus fluctuante après 1985. On assiste alors à une décroissance à partir de 1985 qui, malgré quelques années de reprise (en 1988, 1990, 1992) tend à s'accentuer.

 

 

Source : Développement humain durable et élimination de la pauvreté : éléments pour une stratégie nationale, 1997, PNUD, Moroni, 64 p. ; World Development Indicators, 1997, World Bank, Washington, CD-Rom.

       Cette situation se traduit, au niveau micro-économique, par une montée régulière de la pauvreté. Certaines catégories sociales parviennent à conserver un niveau de vie en l’état, mais d’autres, en compensation, voient le leur baisser fortement. Il en résulte que la pauvreté devient de plus en plus voyante et fort préoccupante, malgré une fierté comorienne naturelle à la dissimuler. Les poches de pauvreté rurales s'accroissent dans certaines îles, particulièrement à Anjouan, des bidonvilles font leur apparition dans certains quartiers urbains comme à Moroni et la jeunesse, incertaine face à son avenir, devient plus contestataire.

         Mais la pauvreté discrète, celle qui n’est pas affichée, est encore plus répandue et ne peut être saisie que par l’observation de comportements spécifiques comme la réduction du nombre de repas par jour, les modifications dans la composition des repas, la difficulté à mettre les enfants à l’école, l’accès moins fréquent aux soins de santé, la difficulté à trouver un logement, etc.  Comportements que mettent en valeur les enquêtes auprès des ménages. 

1.2. Une majorité de la population est concernée

         Deux enquêtes ont été réalisées dans l'archipel en 1995. La première, à dominante quantitative, intitulée "enquête exploratoire budget-consommation", a porté sur un échantillon de plus de 2 000 ménages sélectionnés de façon aléatoire, au 1/40ème, dans la population des trois îles (cf. encadré 3). Elle fournit une mesure du niveau de vie des ménages en termes de revenu, de consommation et de production, et décrit leurs conditions de vie, notamment l’accès à l’éducation, à la santé, à l’emploi, au logement, etc.

 

         Ces informations ont été complétées par une deuxième enquête qualitative, effectuée auprès d’une centaine de ménages choisis, de façon raisonnée, dans chacune des îles en fonction de leur situation de pauvreté. Cette enquête présente donc la perception qu'ont les ménages de cette situation, les facteurs qu'ils considèrent en être à l'origine, les modifications de comportements qu'ils se proposent d'effectuer et des propositions d’intervention pour supprimer ces situations.

 

Encadré 5. Les caractéristiques de l’Enquête Exploratoire

Budget-Consommation

Financée par le gouvernement comorien sur prêt du MERCAP (Macro-Economic Reform and Capacity Building Adjustment Program) de la Banque Mondiale, et par le PNUD (Programme des Nations-Unies pour le Développement), l’enquête exploratoire budget-consommation a été réalisée au cours du mois d’août 1995 sur

l’ensemble du territoire dans le but de fournir des informations sur le niveau et les conditions de vie des ménages, sur les situations de pauvreté et sur les groupes cibles qui pourraient bénéficier d’interventions prioritaires de l’État.

Un échantillon de 2 004 ménages a été sélectionné par sondage aléatoire autopondéré, avec un taux de sondage uniforme d’environ 1/40, à deux degrés, stratifié et en grappes. Trois strates ont été retenues : la capitale Moroni, les autres villes et le milieu rural. Les ménages se répartissent à travers les îles de la manière suivante : 996 à la Grande Comore, 864 à Anjouan, 144 à Mohéli.

Un questionnaire de 39 pages, regroupant 900 questions, a été rempli en deux visites d’une heure chacune à 15 jours d’intervalle, afin de recueillir des informations sur :

- les caractéristiques socio-démographiques des ménages : leur taille et la composition de la famille, le statut matrimonial ;

- le niveau de vie : les revenus et ressources disponibles, les productions, les dépenses de consommation et l’autoconsommation, les transferts et les dons, l’épargne.

- les conditions de vie : le niveau d’éducation, l’accès à la santé, les habitudes alimentaires, les caractéristiques du logement, les biens d’équipement, les activités et le type d’emploi.

Cette enquête originale et riche en informations, a puisé pour sa conception dans les méthodes classiques des enquêtes sur le budget et la consommation des ménages et dans les objectifs des enquêtes prioritaires de la dimension sociale de l’ajustement.

 

Référence : Synthèse effectuée à partir du document Enquête exploratoire budget-consommation, Nailane M’hadji et Houmadi Abdallah, juin 1996, Direction de la Statistique, Moroni.

 

        L’enquête exploratoire budget-consommation donne un montant de 189 000 FC pour la consommation moyenne par personne et par an dans l’ensemble du pays ; la consommation étant considérée comme le meilleur estimateur du revenu permanent du ménage.

        Les résultats détaillés donnent des différences notables pour chaque île : 219 000 FC pour la Grande Comore, 180 000 FC pour Mohéli et 156 000 FC pour Anjouan. Anjouan, dont la population est importante (208 000 habitants en 1995 contre 257 000 pour la Grande Comore et 37 000 pour Mohéli) est donc l'île dont la consommation par tête est la plus faible.

 

        Cependant ces différences sont encore plus marquées lorsque compare la capitale Moroni, avec 378 000 FC de consommation moyenne par tête, au milieu urbain des autres villes dont la consommation est de 190 000 FC et au milieu rural dont la consommation est de 171 000 FC.

 

         Pour évaluer l'incidence de la pauvreté, on détermine, sur la distribution des consommations par tête observées pour chaque ménage, un seuil de pauvreté absolu en dessous duquel toute personne sera considérée comme pauvre. Ce seuil a été estimé à 167 000 FC par personne et par an, soit un peu moins de 500 FC par jour. Il comprend 125 000 FC par an (seuil de pauvreté alimentaire) pour acheter 2 400 calories de riz par jour et 42 000 FC supplémentaires, représentant 25% des dépenses totales du panier de la ménagère, pour l’achat de produits et de services de base comme l’habillement, le logement, les soins de santé, les transports.

         Il est intéressant de remarquer que ce même seuil de 500 FC par personne et par jour a été cité à nombreuses reprises lors de l’enquête qualitative. Les chefs de ménages ont, en effet, insisté sur la nécessité de disposer d’un revenu minimum de 500 FC par jour pour pouvoir survivre tout en recherchant de nouvelles opportunités de travail ou de revenu. Ceci renforce la pertinence analytique de ce seuil qui devient alors autant subjectif qu'objectif.

        Sur la base du seuil de pauvreté absolu de 167 000 FC, on obtient 46 % des ménages pauvres et près de 51% des personnes, soit plus de la majorité de la population.

        On remarque que la pauvreté est présente, à des degrés divers, dans toutes les îles tant en milieu rural qu’en milieu urbain (cf. tableau 6). La capitale Moroni avec 11% de personnes pauvres est la moins touchée. Par contre, en milieu urbain, les pauvres représentent près de 48% de la population et, en milieu rural, 55%.

       L'incidence de la pauvreté, varie fortement d'une île à l'autre : de 41% à la Grande Comore et 52% à Mohéli, à 62% pour Anjouan. Ce sont donc Anjouan et le milieu rural qui sont donc les deux sites les plus touchés, l'incidence culminant à 67% en milieu rural anjouanais.

Tableau 6. Incidence de la pauvreté dans la population

Iles de l’archipel Données

Moroni

Milieu urbain

Milieu rural

Ensemble

Grande Comore Incidence %

10,9

38,6

46,1

41,1

Nbre de pauvres

3 713

4 068

97 920

105 701

Population

34 168

10 546

212 471

257 185

Anjouan Incidence %

51,1

67,3

62,1

Nbre de pauvres

33 931

95 234

129 165

Population

66 400

141 528

207 928

Mohéli Incidence %

32,9

59,1

52

Nbre de pauvres

3 279

15 958

19 237

Population

9 954

27 018

36 972

RFIC Incidence %

10,9

47,5

54,9

50,6

Nbre de pauvres

3 713

41 278

209 112

254 103

Population

34 168

86 900

381 017

502 085

 

Remarque : L’incidence de la pauvreté est représentée : (i) par le pourcentage (%) de pauvres dans la population de la case correspondante et (ii) par le nombre absolu de pauvres au seuil de pauvreté de 167 000 FC. Les chiffres de population correspondent à une population projetée de 502 085 en août 1995.

Source : Développement humain durable et élimination de la pauvreté : éléments pour une stratégie nationale, 1997, PNUD, Moroni, 64 p.

        L'adoption d'un seuil de pauvreté absolu de 167 000 FC permet d'opérer une distinction entre pauvres et non-pauvres au sein de la population. En étudiant, sur la base de cette dichotomie, les informations de l'enquête exploratoire budget-consommation on peut alors faire ressortir quelques traits caractéristiques de la situation des populations pauvres.

         On observe ainsi que les pauvres appartiennent à des familles qui ont une taille supérieure à la moyenne nationale, soit 7,5 au lieu de 6,3 personnes, et que leur consommation est allouée pour 75% à l'alimentation, pour 2,8% aux dépenses d’énergie et seulement pour 1% aux dépenses de santé. Pourcentages qui varient d'ailleurs avec l’intensité de la pauvreté. Ainsi, à Moroni, où la pauvreté est moins sévère ils ne consacrent que 60,4% de leurs dépenses à l’alimentation alors qu’à Anjouan en milieu rural, autre extrême, ils y affectent 81,2% de leurs dépenses.

       Les pauvres ont aussi un niveau d’éducation plus faible et donc une probabilité plus forte de ne pas savoir lire (ils sont 27% au lieu de 20% pour les non-pauvres) et de ne pas savoir écrire en comorien (35% au lieu de 27%), ou de ne pas savoir faire des calculs (77% au lieu de 60%). L’accès à la langue française leur est plus limité (12% au lieu de 30% pour les non pauvres). Leur logement est plus souvent en tôle ou en palme (53% contre 43% pour les non-pauvres) qu'en dur (26% contre 35%). Il est étroit par rapport à la taille de la famille, avec un accès difficile à l’eau courante (présente dans seulement 33% des cas). L'eau vient donc des citernes et fontaines publiques (67% des cas) et l’éclairage se fait à la lampe à pétrole (82%).

        On remarque aussi que la profession du chef de ménage n’est pas un facteur de pauvreté déterminant, car on trouve des ménages pauvres dans la plupart des professions. Cependant, les ménages dont le chef est agriculteur, pêcheur, ménagère ou sans activité ont une probabilité plus forte de se trouver en situation de pauvreté. Il y a deux cas extrêmes : les ménages dont le chef est une ménagère avec de nombreux enfants et ceux dont le chef est agriculteur sans terres à cultiver, ce qui est fréquent à Anjouan. Ceux là ont de très fortes probabilités de se trouver dans une situation d'extrême pauvreté.

 

2. De fortes inégalités dans les conditions de vie

       Les enquêtes montrent aussi qu'il existent de fortes inégalités du niveau de vie entre les différentes catégories sociales et entre les îles. Ce qui peut aussi amener à penser que la baisse du niveau de vie depuis 1985 a affecté différemment les groupes socio-économiques, la capitale et les diverses îles.

2.1. Retracées par la distribution de la consommation

        Pour donner une idée de la distribution du niveau de vie entre catégories sociales, on s'appuie sur le découpage en quintile de la distribution de la consommation par tête. On obtient une répartition de la population en cinq classes de consommation, regroupant chacune 20% des personnes, des plus pauvres aux plus riches :

 

Classe 1 : les très pauvres qui ont une consommation moyenne de 51 198 FC ;

Classe 2 : les pauvres qui ont une consommation moyenne de 101 178 FC ;

Classe 3 : les médians qui ont une consommation moyenne de 153 105 FC ;

Classe 4 : les riches qui ont une consommation moyenne de 204 557 FC ;

Classe 5 : les très riches qui ont une consommation moyenne de 337 800 FC.

 

        La distribution de la population, classée selon ces cinq catégories, entre les trois îles confirme les résultats précédents sur l'incidence de la pauvreté (cf. tableau 7). On retrouve une dominance de catégories pauvres à Anjouan, où la classe des très pauvres est la plus nombreuse et représente près de 24% de la population, et une dominance de catégories riches à Mohéli ainsi que, dans une moindre mesure, à la Grande Comore où se situe Moroni.

 

Tableau 7. Distribution spatiale des quintiles de population

classés selon le niveau de vie

 

Iles de l’archipel

Très pauvres

Pauvres

Médians

Riches

Très riches

Ensemble

Consommation

moyenne en FC

51 198

101 178

153 105

204 557

337 859

188 985

Grande Comore

%

18,1

18,9

18,7

20,7

23,6

100

Population

46 192

48 703

48 200

53 338

60 752

257 185

Anjouan

%

23,9

21,0

22,2

18,4

14,5

100

Population

49 771

43 681

46 192

38 159

30 125

207 928

Mohéli

%

12,1

21,7

16,3

24,1

25,8

100

Population

4 454

8 033

6 025

8 920

9 540

36 972

RFIC

%

20

20

20

20

20

100

Population

100 417

100 417

100 417

100 417

100 417

502 085

 

Source : Développement humain durable et élimination de la pauvreté : éléments pour une stratégie nationale, 1997, PNUD, Moroni, 64 p.

        Cette répartition en cinq catégorie met en valeur les différences de comportements lorsqu’on passe de classes pauvres à des classes plus riches. On pourrait, d'ailleurs, considérer les deux premiers quintiles comme des seuils de pauvreté relative : le premier caractérisant les 20% de personnes extrêmement pauvres, et le second, les 40% de pauvres. Mais ces seuils de pauvreté qui ne permettent de caractériser qu'une pauvreté relative, présentent moins d'intérêt que le seuil de 167 000 FC qui, déterminé de manière absolue, correspondant au montant minimal de dépenses requis pour l'achat des produits de première nécessité. Il est d'ailleurs supérieur à la dépense de consommation moyenne de la classe de niveau de vie médian.

 

2.2. Des profil de pauvreté différenciés

         L'analyse par niveau de vie ne fait que confirmer, avec plus de détails, les résultats de l'analyse dichotomique sur la pauvreté. Ainsi, on remarque que la taille moyenne du ménage diminue au fur et à mesure que son niveau de vie augmente : les très pauvres ont une taille moyenne de 7,8 personnes, les pauvres de 7,4, les médians de 6,9, les riches de 6,1 et les très riches de 4,6. De même, la loi d’Engel se trouve vérifiée : la part de la consommation alimentaire dans la consommation totale diminue avec la hausse du niveau de vie et on assiste à une augmentation des dépenses de logement, d’éducation, de santé, d’énergie et de transport. Les ménages les plus pauvres ont plus facilement recours à l'autoconsommation qui représente près du tiers de leur consommation alimentaire, part qui décroît avec la hausse du niveau de vie (cf. tableau 8).

 

Tableau 8. Part de l’autoconsommation dans la consommation alimentaire

selon le niveau de vie

Iles de l’archipel

Très pauvres

Pauvres

Médians

Riches

Très riches

Ensemble

Consommation
alimentaire en FC

38 283

73 274

119 625

159 978

242 084

140 420

Grande Comore

26,1

20,1

12,9

8,7

8,6

10,3

Anjouan

29,9

21,7

13,4

14,7

18,3

17,6

Mohéli

32,6

21,3

15,1

9,8

16,2

15,7

RFIC

29,1

21

13,4

11,4

11,6

13,5

 

Source : Développement humain durable et élimination de la pauvreté : éléments pour une stratégie nationale, 1997, PNUD, Moroni, 64 p.

 

        On retrouve, de même, le fait que le pourcentage des personnes sachant lire et écrire, notamment en français, ou faire des calculs s'accroît avec l'augmentation du niveau de vie. Il en est de même en ce qui concerne l'accès à un logement en dur, à l’eau courante et à l’électricité.

 

        Le statut professionnel, la présence d’une activité secondaire et, en milieu rural, l’accès à la terre sont les trois facteurs les plus explicatifs du niveau de vie. Les professions libérales (qui ne représentent que 0,5% des emplois), un grand nombre de salariés (12,9%) et, dans une moindre mesure, des commerçants (3% de l'ensemble) et des travailleurs indépendants (7%), se retrouvent parmi les catégories riches et très riches. A l’inverse, les ménagères (6,6% des emplois), les pêcheurs (5,4%) et les agriculteurs (53,6%), se répartissent dans une proportion équivalente entre toutes les catégories.

 

         Les transferts représentent en moyenne 10% du revenu des ménages (cf. Tableau 9). Ils sont de deux sortes : des transferts internes qui vont des catégories riches aux catégories pauvres, et des transferts qui viennent de l’étranger. Ces derniers sont surtout importants à la Grande Comore puisqu'ils vont jusqu'à représenter plus de 20% du revenu alors qu’ils ne comptent que pour 3% à Anjouan et 5% à Mohéli. C'est encore à Anjouan, où le niveau de pauvreté est pourtant le plus élevé, que les transferts ont le moins d'impact dans le revenu.

 

Tableau 9. Part des transferts dans le revenu

selon le niveau de vie

 

Iles de l’archipel

Très pauvres

Pauvres

Médians

Riches

Très riches

Ensemble

Grande Comore

25,3

7,2

7,8

18,2

21,9

18,2

Anjouan

6,1

3,9

6,1

5,4

2,1

3,3

Mohéli

8,4

1

8,1

19,6

0

5,5

RFIC

15,6

5,3

7,4

13,2

11,9

11,1

 

Source : Développement humain durable et élimination de la pauvreté : éléments pour une stratégie nationale, 1997, PNUD, Moroni, 64 p.

 

2.3. Des inégalités régionales confirmées

        Les tableaux précédents ont déjà suscité l'attention sur certaines des inégalités régionales, entre îles et milieux urbain ou rural, en considérant l'incidence de la pauvreté ou la distribution des différentes catégories sociales.

 

         Une autre manière d'appréhender la différence entre les îles consiste à s'appuyer sur l’indicateur de développement humain (IDH). Résultant de la synthèse de trois grandeurs : la longévité, le niveau des connaissances et le niveau de vie, il donne, au niveau macro-économique une mesure du niveau de développement complémentaire de celle PIB réel par tête. La longévité est représentée par l’espérance de vie ; le niveau de connaissance par deux variables : le taux d’alphabétisation des adultes et le taux global de scolarisation pour les enseignements primaire, secondaire et tertiaire. Le niveau de vie est représenté par le PIB, mais cette fois exprimé en parité de pouvoir d’achat.

 

       L'IDH, qui combine indicateurs socio-économiques sur les conditions de vie et niveau de vie, a le mérite d'intégrer, au même moment, un aspect de pauvreté monétaire relié au court terme (comme le PIB ppa) et un aspect de pauvreté humaine résultant du développement à long terme des capacité humaines (tels que la longévité et le niveau de connaissances). Ceci montre l'intérêt de son utilisation pour faire ressortir les différences dans les effets du développement au niveau régional.

 

         En 1994, l’indice de développement humain s'élevait à 0,412 situant les Comores au 140ème rang sur 175 pays. Ce classement est similaire à celui du PIB en parité de pouvoir d'achat qui, avec 1.366 $ E.U. par tête, classait les Comores au 141ème rang. Ces deux mesures, malgré leurs aspects réducteurs de la réalité socio-économique, laissent penser que les niveaux de développement économique et de développement humain sont en relative concordance.

        L'IDH national est calculé annuellement pour les trois îles de l'archipel, prises ensemble. Il serait pourtant souhaitable de calculer les indicateurs régionaux correspondants. Mais cela demande de connaître, pour chaque île, l'espérance de vie à la naissance, le taux d'alphabétisation de la population adulte, le taux global de scolarisation (primaire, secondaire et supérieur) et le PIB par tête en parité de pouvoir d'achat. Or ces informations sont difficiles à obtenir de façon régulières.

 

        Cependant, l’enquête exploratoire budget-consommation fournit, pour 1995, le taux d'alphabétisation des adultes, le taux global de scolarisation et la consommation moyenne par tête pour chacune des îles. Mais cette dernière grandeur n'est pas corrigée des variations de prix relatives et n'est donc pas exprimée en parité de pouvoir d'achat. Si, l'on accepte de faire quelques hypothèses sur la distribution de l'espérance de vie, que l'on suppose semblable pour chaque île, et sur l'existence d'une étroite relation entre le PIB par tête ajusté et la consommation moyenne, on peut alors calculer des estimations régionales, sans doute pas trop éloignées de la réalité, qui permettent de désagréger l'IDH national par île.

    Or, en 1994, la valeur 0,412 de l'IDH des Comores résultait de la combinaison des indices de longévité (0,518), de connaissance (0,508) et de niveau de vie (0,209), sachant que l'espérance de vie est de 56,1 ans, le taux d'alphabétisation des adultes de 56,7%, le taux global de scolarisation de 39% et le PIB par tête, en parité de pouvoir d'achat, de 1.366 $ E.U. De son côté, l'enquête exploratoire budget-consommation fournissait, pour 1995, les résultats par île ci-dessous pour le taux d'alphabétisation des adultes, le taux global de scolarisation et la consommation moyenne par tête (cf. Tableau 10)

 

Tableau 10. Résultats de l'enquête exploratoire entrant dans l'estimation

régionale de l'IDH

 

 

Gde Comore

Anjouan

Mohéli

Ensemble

Taux d'alphabétisation des adultes %

68,7

42,3

86,8

60,0

Taux global de scolarisation %

48,1

23,2

50,1

37,8

Consommation par tête (FC)

219 000

156 000

180 300

189 000

 

        On peut tout d'abord remarquer que quelques différences, peu importantes, existent entre les résultats de l'enquête datés de 1995 et les données entrant dans la confection de l'IDH pour 1994. Ainsi, le taux d'alphabétisation des adultes est de 60% en 1995 pour 56,7% en 1994, sans que l'on puisse dire s'il s'agit d'une erreur de mesure ou d'une évolution positive entre deux années. De même, le taux global de scolarisation est de 37,8% en 1995 au lieu de au lieu de 39% en 1994. Ces changements ont pour effet de rendre la valeur de L'IDH national égale à 0,418 au lieu de 0,412. Cependant, cela ne change pas le classement des Comores au niveau international.

 

        Pour estimer des indicateurs insulaires de développement humain, on fera donc les deux hypothèses suivantes : d'une part, l'espérance de vie est la même est égale à 56,1 ans sur chaque île, et, d'autre part, la distribution du PIB par tête en parité de pouvoir d'achat est homothétique de celle de la consommation par tête. On obtient alors les valeurs suivantes pour les trois indicateurs insulaires : Mohéli 0,494, Grande Comore 0,468 et Anjouan 0,356. Ces résultats montrent la disparité des différents niveaux de développement humain entre les îles et confirme à nouveau le décalage entre Anjouan et les deux autres îles.

 

3. De nouvelles opportunités de croissance

 

        Ainsi, la baisse du niveau de vie depuis 1985 a affecté a des degrés les catégories sociales, les milieux urbain et rural et les diverses îles. Il en est résulté une augmentation de la pauvreté et des inégalités expliquant, pour partie, la déchirure actuelle de la cohésion sociale. Le problème est donc de lutter contre la pauvreté et de réduire les inégalités.

3.1. La nécessité d'une reprise de la croissance

         Si l'on considère comme seuil de pauvreté le montant de 167.000 FC, on peut estimer à partir des données de l'enquête à 19.633 millions FC en 1995, le montant de revenu supplémentaire qu'il faudrait distribuer directement aux pauvres pour hausser leur revenu au niveau de ce seuil. Comme le PIB à prix courants de 1995 s'élève à 87.313 millions FC, ce montant représente 23% du PIB. Il traduit, en fait, l'effort minimum de création de richesse nouvelle, ou de redistribution de la richesse existante, qu’il faudrait faire pour éradiquer la pauvreté. A condition, toutefois, que les coûts de redistribution, notamment du ciblage vers les plus pauvres, demeurent négligeables, ce qui, dans les faits, est loin d'être le cas. Néanmoins, ce montant donne un ordre de grandeur de l'effort à entreprendre.

           Or, l'augmentation du PIB de 23%, en supposant la population constante, peut être réalisé par une croissance annuelle de 2% pendant une décennie. Sachant que la population augmente de 2,7% par an, il faudrait que la croissance avoisine les 5% par an. En veillant, cependant à ce que les fruits de cette croissance bénéficient en priorité à ceux qui sont les plus pauvres dans les différentes îles, les milieux urbain et rural, et les catégories de ménages, on pourrait obtenir une forte réduction de la pauvreté en une décennie. D'autant plus que le montant des épargnes publique et privée avoisinait, en 1995, les 23.000 millions de FC, comprenant près de 18.000 millions d'aide publique et environ 6.000 millions de transferts net privés.

       Des actions ciblées, orientées vers les plus pauvres, demeureront toujours nécessaires, pour assurer une redistribution efficace des fruits de cette croissance. Mais, en aucun cas, elles ne peuvent remplacer la nécessité d'accroître, en premier lieu, le produit distribuable. C'est donc sur la recherche des mécanismes permettant d'enclencher le processus de croissance, puis de l'entretenir que doivent porter les priorités.

        Dans ce contexte, on peut envisager deux directions d'action qui sont complémentaires. La première consiste à rechercher, dans les secteurs traditionnels de l'agriculture, de l'industrie et du commerce, des nouvelles opportunités de croissance. La seconde vise à explorer des nouveaux sentiers de croissance basés sur la valorisation d'aspects propres à la socio-culture des Comores. Cette dernière solution, moins classique, peut cependant présenter l'avantage de mieux répondre aux aspirations sociales et donc d'obtenir une plus forte adhésion..

3.2. Possibilités et limites des secteurs productifs traditionnels

 

        La plupart des secteurs de production dans l'agriculture, l'industrie et les services rencontrent actuellement de nombreuses difficultés qui ont pour effet de limiter leur possibilités d'expansion à moyen terme.

       Dans l'agriculture, la production des cultures d'exportation est freinée par la baisse des cours mondiaux (vanille et clou de girofle) due à la concurrence de pays à faibles coûts de production (Madagascar, Sri Lanka, Indonésie). Se rajoute aussi une tendance à la perte de qualité des plantations due à l'insuffisance de soins (vanille et ilang-ilang). Une relance de la production agricole d'exportation imposerait un accroissement de la productivité et le choix de circuits de distribution permettant d'écouler certains produits (vanille naturelle et ilang-ilang de catégorie supérieure) sur des marchés préférentiels. En ce qui concerne, la production vivrière, maraîchère et le petit élevage, une augmentation des productions permettraient de mieux répondre à la demande domestique, de remplacer petit à petit certaines consommations importées et, pour quelques produits particuliers, de se tourner vers l'exportation (cultures de contre saison, œufs, volailles, etc.). Mais, outre la capacité d'investissement dans ces secteurs, elle demande une amélioration du système de communication insulaire et la mise en place de circuits de distribution adéquats.

   L'augmentation de la production industrielle est aussi freinée par les difficultés structurelles inhérentes au pays : marché étroit, peu de main d'œuvre qualifiée, coûts élevés dus à l'appartenance à la zone franc, insuffisance d'infrastructure (énergie, communication), etc. Malgré les efforts récents entrepris (réforme du code des investissements, privatisation d'entreprises publiques) l'instabilité politique continue de freiner les investisseurs extérieurs. Peu d'entreprises se sont créées qui occupent souvent des créneaux de production en situation monopolistique, ce qui ne les encourage pas à chercher des débouchés à l'extérieur. La création de la zone industrielle de Mavouna à Moroni, effectuée avec l'appui des bailleurs de fonds par des actions volontaires de formation des entrepreneurs et d'octroi de crédits a été un demi-échec, les entreprises s'avérant peu nombreuses, produisant à des coûts non compétitifs, le plus souvent, en situation de monopole.

        Pourtant la mise en place de petites unités visant à satisfaire la demande domestique de sel, d'œufs, de poulets, de poisson en conserve, etc. devrait être possible, dans une première étape, à condition de faire appel à peu d'intrants importés. Elle encouragerait l'émergence de vocations d'entrepreneurs exportateurs au fur et à mesure de leur développement. Une solution alternative, actuellement envisagée, consisterait à établir une zone franche, probablement sur l'île d'Anjouan. Cependant, sa réalisation demande, pour être effective, un certain nombre de conditions préalables qui sont actuellement guère présentes aux Comores, comme par exemple la stabilité politique, la volonté d'entreprendre, une main d'œuvre habituée au travail industriel, des communications faciles, etc. Sans compter, la présence de zones équivalentes ayant fait leurs preuves à l'île Maurice, à Madagascar et aux Seychelles.

        En ce qui concerne les services, le commerce d'import-export plafonne en raison de la stagnation de la production intérieure et est fort dépendant, de façon saisonnière, des flux d'argent et de marchandises liés à l'émigration. Le commerce intérieur aurait des possibilités de se développer mais il butte sur la précarité des moyens de communication, entre les îles et au sein des îles, et sur la faiblesse de la demande intérieure. On assiste, pourtant, dans ce domaine à la montée d'un secteur informel récent constitué de petites activités familiales ou individuelles. Secteur qui, à quelques exceptions près, semble plus une réponse au besoin de survie des ménages qu'à l'expression d'innovations économiques. Pourtant, le développement d'activités en relation avec les diverses formes de tourisme qui émergent actuellement pourrait être porteur d'avenir, même si elle demande une amélioration des moyens de transports et des infrastructures de communication interne.

3.3. La valorisation du capital socio-culturel

 

       Par capital socio-culturel (certains sociologues parlent de capital social), on entend l'ensemble des éléments de la structure sociale, normes et valeurs, réseaux et organisations qui affectent les relations entre personnes, à travers lesquels elles formulent des décisions et ont accès au pouvoir. Même si dans le détail, les définitions du capital socio-culturel varient d'un auteur à l'autre, on retrouve toujours l'ensemble des relations verticales ou horizontales qui intègrent une personne au sein d'un réseau social en fonction de valeurs particulières.

        Le capital socio-culturel n'a été que récemment introduit dans l'analyse économique. Au niveau micro-économique, intégrant l'aspect de partage d'information, il permet de comprendre les décisions des individus et d'en expliquer le comportements. Ainsi, on peut choisir de ne pas migrer à la recherche d'un travail, pour conserver un réseau de relations efficace. Au niveau macro-économique, il se rapproche de l'analyse institutionnelles, en intégrant les associations et les réseaux issus d'une base relationnelle horizontale. Le capital socio-culturel peut alors intervenir dans la croissance au même titre que le capital physique (terre, machines, infrastructure), le capital humain (niveau de santé et d'éducation), le capital naturel (écologie et environnement). Il partage d'ailleurs, comme le capital humain le fait d'être simultanément un bien de consommation et une forme d'investissement.

       Dans le cas de petites îles insulaires, le capital socio-culturel a, de fait, une importance énorme puisqu'il contribue à créer la cohésion sociale autour d'un ensemble des normes, des traditions religieuses et culturelles, les groupements associatifs reconnus par tous.

        Aux Comores, entrerait dans le capital social pratiques religieuses liées à l'islam, les associations villageoises (projet culturel), les associations de développement (caisses d'argent), les règles d'héritage notamment à l'égard des femmes (dot de la maison), les relations avec les migrants (transferts), les obligations communautaires, les traditions sociales (grand mariages), etc. Pour certains auteurs, l'ensemble de ces pratiques est maintenu par une valeur fondamentale : le sens de l'honneur. Une valeur qui guiderait tous les comportements d'innovation comme de réaction et qui demande donc d'être respecté en premier lieu quelques soient les circonstances créées par un contexte économique donné.

       Le capital socio-culturel est rarement pris en compte dans la mise en œuvre d'une stratégie de croissance particulière alors que associé aux autres formes de capital, il permettrait de surmonter certains blocages et d'accélérer la croissance. Dans un pays où l'expansion du capital physique demeure difficile à réaliser, où le maintien du capital humain se heurte aux restrictions budgétaires, où le capital naturel est fragile, on peut se demander si le fait de mettre l'accent sur la valorisation du capital socio-culturel n'offre pas une possibilité de croissance supplémentaire. Il s'agit, en tout cas d'une piste inexplorée, dont les divers éléments, actuellement présents, demandent à être articulés dans le cadre d'une stratégie cohérente.

 

Le phénomène migratoire et ses conséquences financières

 

Le phénomène migratoire, et les relations socio-économiques qui se nouent autour de lui, représentent le premier de ses éléments.

Le nombre de comoriens ayant migré à l'extérieur est difficile à estimer. Il est, en général, estimé à plus de 100.000 personnes, situées essentiellement à Madagascar (environ 30.000 personnes), en Afrique orientale (environ 20.000 personnes) et en France. Dans ce dernier cas, il faut tenir compte de ceux qui ont migré à Mayotte (soit 10.000), à la Réunion (estimé à près de 3.000) et dans la métropole où le recensement de 1990 donne un total de 12.000 personnes d’origine comorienne, chiffre qui semble largement sous-estimé.

        Ces migrations engendrent des transferts d'argent réguliers qui servent à financer, en majorité semble-t-il, la réalisation de projets communautaires, la construction de logements familiaux et le financement des cérémonies de grands mariages. Les montants globaux sont mal connus. La balance des paiements courants comptabilise, en 1995, 6 milliards de FC en entrée de capitaux privés et 3 milliards en sortie, soit uniquement 3 milliards de transferts nets. Une analyse plus fine montrerait sans doute que la grande majorité des 6 milliards, en entrée, sont le fait de transferts familiaux, les entreprises privées investissant peu aux Comores, et que les 3 milliards en sortie sont essentiellement le fait d'entreprises et de commerces locaux.

       Cependant, même avec 6 milliards on est loin du montant de 10 à 12 milliards couramment cité, mais non vérifié, et qui serait d'un niveau comparable au budget de l'Etat. En fait, on connaît mal le montant réel des entrées de capitaux. Une bonne partie d’entre eux transite hors des circuits financiers officiels sous la forme de liquidités au porteur et sont, par la suite, intégrés dans des circuits informels, par le biais de tontines ou directement thésaurisés dans les familles, notamment par le système des prêts inter-individuels réciproques pour le grand mariage.

       Deux remarques s'imposent cependant. Premièrement, la dévaluation du franc comorien de 33%, en 1994, en augmentant la valeur des transferts de l’extérieur, exprimés en monnaie nationale, peut avoir contribué à en accroître les montants absolus à partir de cette date et à changer les comportements des acteurs. Deuxièmement, ce phénomène concerne beaucoup plus la Grande Comore qu'Anjouan ou Mohéli, dont les ressortissants émigrent peu. Ce que confirment les résultats de l'enquête exploratoire budget-consommation relatifs aux transferts familiaux (cf. tableau 9).

 

La tradition associative et ses conséquences

 

       Le deuxième élément réside dans la présence de nombreuses associations qui ont pour objectifs de réaliser des projets culturels, sociaux et, plus, récemment économiques. Ces associations sont implantées en milieu rural comme en milieu urbain. Elles sont plus fréquentes à la Grande Comore et à Anjouan qu'à Mohéli. Elles gèrent, notamment, dans le but d'aménagements communautaires, l'argent envoyé de l'étranger par les membres qui ont émigrés, ou offerts par les bailleurs de fonds dans le cadre du développement local ou de la protection de l'environnement.

        Sur cette base ont été mis en place, par exemple, le Fonds d'Appui au Développement Communautaire (FADC), qui aide financièrement à la réalisation de petits projets communautaires, et les Sanduks, qui sont des "caisses d’argent" gérées par des communautés villageoises pour financer leurs projets de développement, et approvisionnées par l’épargne locale complétée, dans la phase de lancement, par un prêt extérieur.

        Les 10 premières Sanduk (5 à la Grande Comore et 5 à Anjouan) ont été instaurées, à titre expérimental en avril 1993, avec un prêt complémentaire de la Caisse Française de Développement (CFD). Leur mise en place s'est faite au fur et à mesure de la constitution des comités de gestion. En 1995, l’ensemble des caisses regroupaient 1.304 adhérents et 960 crédits avaient été alloués totalisant 77 millions de FC avec taux de remboursement dépassait les 95%.

 

       La création d’un Sanduk impose de constituer un groupe d’au moins 5 personnes responsables collectivement du prêt. Ils désignent leur comité de gestion qui relance les mauvais payeurs. Chaque membre d’un Sanduk cotise un droit d’entrée d’environ 10.000 FC qui contient une part du capital apporté et une part du premier crédit obtenu. Ensuite, pour chaque franc apporté par les membres du Sanduk, la CFD prête 4 FC supplémentaires augmentant le montant épargné et permettant des emprunts individuels plafonnés à 50.000 FC pour investir dans l’agriculture vivrière, le petit commerce, la création d’une épicerie, la rénovation d’un logement pour location, un atelier de bijoux, etc..

        Le bon fonctionnement des Sanduks vient de ce que les communautés villageoises se sont appropriées ce système de financement, décidant des manières de régler les conflits du au non-remboursement. Une réflexion a été menée sur les objectifs des prêts et sur les règles de gestion. Si bien que, par exemple, le plafond des crédits accordés a été modifié et porté à 75.000 FC puis à 200.000 FC pour certaines Sanduk, et à 150.000 FC pour d'autres.

        Les Sanduks, comme le FADC, sont deux exemples de réussite parmi d'autres, qui montrent l'efficacité d'une démarche répondant aux désirs des communautés de réaliser des projets autour d'un objectif commun, et ce, en dépit des fréquents conflits familiaux et des difficultés matérielles.

La dynamique du grand mariage

 

        La dynamique engendrée par les cérémonies du grand mariage est le troisième élément. Le grand mariage est aux Comores, particulièrement à la Grande Comore et dans une moindre mesure à Anjouan, une fête traditionnelle et une institution sociale. Il permet aux hommes d’accéder au rang de notables en leur conférant une reconnaissance dans la société, qu’ils partagent avec leurs femmes.

        Les cérémonies durent pendant une douzaine de jours et toutes les classes d’âge, hommes et femmes y sont associées. La cérémonie du mariage proprement dit se déroule le dimanche. Elle est précédée, le samedi, par un spectacle populaire et trois jours de danses : danses des hommes et danses des femmes suivant des règles traditionnelles. Neuf jours de festin lui font suite. Au cours de ces cérémonies, la famille du marié présente à l’épousée de l’or, du bétail, un trousseau, et régale tout le village, tandis que la mariée apporte, de son côté, la maison conjugale.

    En termes économiques, le coût d’une telle opération est très élevé, en moyenne autour de 30 millions FC, et peut aller, dans certains cas, jusqu’à 80 millions FC ; la tendance à des dépenses de plus en plus somptueuses étant une caractéristique de ces dernières années. Les dépenses recouvrent le montant de la dot sociale (autour de 2 millions FC) qui est remise à la famille de l’épousée le dimanche, le don des tissus (de 2 à 3 millions de FC) qui s’effectue le neuvième jour, le financement des danses, du spectacle du samedi soir (autour de 400.000 FC), la distribution de cigarettes et de tabac, la série des festins quotidiens, les éclairages, etc..

    Pour acquérir l’argent permettant de financer toutes ces festivités le futur marié doit épargner pendant de longues années. Cette tradition a donc pour premier effet d’imposer la constitution d’un capital, ce qui est extrêmement positif dans un environnement où les besoins de consommation non satisfaits sont importants.

            Pour constituer cette épargne, le futur marié doit travailler dur, souvent s’expatrier à l’étranger pour gagner plus et se priver de nombreuses satisfactions matérielles. Il y a donc une relation entre la vivacité de cette tradition et la forte proportion de comoriens à l’étranger. Mais il s’agit surtout d’une épreuve de longue haleine qui forme le caractère et qui motive au travail et à la réussite durement acquise. On retrouve là deux caractéristiques essentielles de la création d’entreprises et du développement d’un pays. Ce qui traduit le deuxième aspect positif de cette tradition.

        On ne connaît pas le montant réel dépensé au cours d'une année pour la réalisation de toutes ces cérémonies qui concernent surtout la Grande Comore et, dans une moindre mesure, Anjouan. Là encore, on avance encore un chiffre de 5 à 6 milliards FC, mais aucune estimation n'a encore été faite tant sur les montants globaux dépensés que sur les types de dépenses effectuées.

4. Une stratégie de développement complémentaire

 

En articulant ces trois éléments qui traduisent certaines des dynamiques du capital socio-culturel existant, on peut proposer une stratégie de développement qui complète les orientations actuelles..

         Il ne s'agit, en aucune manière, de remettre en cause ces orientations qui ont visé, en premier lieu, à rétablir avec un certain succès, les grands équilibres macro-économiques (équilibre budgétaire, balance des paiements, contrôle des prix), puis à restructurer l'appareil productif (réforme administrative, privatisation des entreprises publiques), enfin à réformer les secteurs concernant le capital humain (éducation et santé). Mais, il s'agit plutôt, de proposer, dans le contexte actuel, et en parallèle à la mise en œuvre de ces réformes, les moyens de faciliter une reprise de la croissance, en s'appuyant sur des dynamiques existantes.

4.1. L'amorce d'une nouvelle croissance

        Il semble, en effet, que le problème actuel de la croissance, soit surtout celui de l'amorce de la reprise. Dans un contexte d'instabilité politique et de méfiance qui freine cette reprise, il faut par défaut, s'appuyer sur les dynamiques présentes et, par une politique appropriée, leur permettre d'entraîner, petit à petit, l'ensemble du système économique. Or ces dynamiques existent, au sein du capital socio-culturel, à travers les liens sociaux que représentent les migrations, le fonctionnement d'associations et les cérémonies du grand mariages. Il faut donc les récupérer comme autant de facteurs de croissance en canalisant les flux financiers qu'ils engendrent et en les réorientant à des fins productives.

Evaluer les flux d'épargne disponibles

        Le premier travail à entreprendre est donc d'estimer le montant effectif des transferts familiaux privés qui atteignent les Comores. Cela demande une étude détaillés des divers flux financiers, qu'ils transitent ou non par le système officiel, de leur origines et de leurs affectations prévues. Ce travail permettra de connaître le poids réel de ces flux dans l'économie et de mettre en place une politique de rémunération, pour encourager les placements, ou d'incitations à l'investissement dans certains secteurs particuliers.

        Un travail équivalent reste à faire concernant l'épargne intérieure, celle qui n'est pas issue des transferts extérieurs. Une étude des flux d'épargne des ménages productifs et des petites entreprises familiales, pourrait en estimer les montants globaux, et en déterminer les origines et les affectations. Il existe, en effet, une épargne intérieure qui pour des raisons de confiance, ne transite que partiellement par les circuits officiels de la Banque de développement des Comores et de la Banque industrielle et commerciale. Mais elle demeure, actuellement, difficile à distinguer de celle qui résulte des transferts de l'extérieur.

        A ces flux se rajoutent ceux venant de l'épargne des entreprises privées et de l'épargne publique. L'épargne intérieure ne peut être accrue qu'à condition de réduire les dépenses non productives et de maintenir les grands équilibres macro-économiques (équilibre budgétaire, équilibre de la balance des paiements, contrôle de l'inflation). C'est ce à quoi s'active le gouvernement, avec un relatif succès, dans le cadre de sa politique de réforme (nouvelle fiscalité, réforme administrative, contrôle des salaires, mise en fermage et privatisation des entreprises publiques, etc.).

        La connaissance de l'ensemble des flux d'épargne disponibles, de leurs affectations actuelles devrait faciliter la mise en place d'une politique incitatrice qui oriente, en fonction des aspirations des divers acteurs sociaux, cette épargne vers des investissements permettant de relancer la production, d'augmenter la productivité et d'améliorer la qualité de secteurs particuliers.

Par le biais des associations, orienter l'épargne à des fins productives

        Cependant, cette épargne, intérieure ou d'origine externe, une fois repérée, il faut soit l'orienter vers des placements financiers intérieurs, soit l'affecter à la réalisation de projets de développement. Ceci afin de répondre aux aspirations de création et aux besoins d'activités nouvelles des ménages, notamment des pauvres.

 

        Les résultats de l’enquête qualitative ont, en effet, montré que le premier souhait des pauvres était, à défaut de trouver un emploi, de monter des projets correspondant à leurs capacités afin d'obtenir un revenu et de sortir de l’état de pauvreté. Cela veut dire, par exemple, pour le paysans sans terre d’Anjouan, d’acheter un terrain ou d’obtenir le fermage de terres à cultiver, pour l’agriculteur de Mohéli, d’acheter un moyen de transport vers les autres îles, pour la femme chef de ménage, de monter un petit commerce ou un atelier de transformation, etc.

       Autant d'exemples qui incitent à penser qu'avec de petits financements de démarrage, prélevés sur l'épargne intérieure, il serait possible de multiplier les activités qui permettent aux pauvres de prendre en charge l'amélioration de leur niveau de vie.

        Il se pose alors un problème institutionnel. Les deux grandes institutions financières que sont la Banque de développement des Comores et la Banque industrielle et commerciale, répondent mal à ce type de besoin. Non seulement, elles prêtent de l'argent aux plus riches et mettent l'accent sur de gros projets rentables à court terme, mais, de plus, en termes de placement, elles ont perdu la confiance d'une partie de la population qui préfère passer par les circuits informels. Cette image de marque négative leur nuit fortement alors qu'elle pourrait facilement être améliorée.

       En attendant, il semble qu'une alternative puisse être envisagée à travers la dynamique associative actuelle. C'est ce que démontrent la constitution de l'Union des Sanduks, qui devient, petit à petit, une sorte de banque populaire, et le succès du Fonds d'aide au développement communautaire (FADC) qui finance, sous la forme de projets socio-culturels, la réalisation de multiples initiatives.

        En décembre 1995, l’assemblée générale des Sanduks a institué une Union des Sanduks, en établissant les droits et devoirs afférents à chacune des caisses membres de l'Union : droit d’entrée, cotisations, information, etc., de façon à ce que l'équilibre financier soit aussi assuré au niveau de l’Union. Ceci permet d’envisager une augmentation du nombre des Sanduks à travers le pays de façon maîtrisée et contrôlée.

       Le succès cette opération permet d’envisager une collaboration plus étroite avec le FADC pour lancer le financement de projets communautaires productifs et donc générateurs de revenus, et avec la Banque de développement des Comores pour aider au financement de l’Union. Dans le même temps l'Union passerait de 10 caisses à une cinquantaine, avec l'appui la Caisse Française de Développement et l’Union Européenne.

        Avec l'association de l'Union des Sanduks et du FADC, un mécanisme financier complet, basé sur la dynamique associative, se met ainsi en place qui permet d'encourager les initiatives productrices de revenus tout en respectant les us et coutumes et en répondant aux aspirations locales. Il fournit les financements requis et stimule ainsi, un développement qui prend sa source dans la présence d'un fort capital socio-culturel. Ceci démontre la possibilité d'investir l'épargne privée dans des activités productives tout en renforçant la cohésion sociale et la sécurité humaine.

 

       Pour approfondir cette démarche, on peut faire référence à un certain nombre de traditions sociales qui ont des conséquences économiques directes. C'est le cas, par exemple, de l'habitude qu'ont les parents de construire une maison pour doter leur fille, ce qui permet ensuite de garantir stabilité familiale et sécurité aux enfants en cas de séparation conjugale. C'est aussi le cas des cérémonies de grand mariage au cours desquelles, important élément de la cohésion sociale, et au cours desquelles ont lieu des dépenses importantes.

S'appuyer sur la dynamique des grands mariages

On a souvent dénoncé cette tradition du grand mariage, en raison d'un certain nombre d'inconvénients, qui peuvent se ramener à deux arguments clés. A titre individuel, on y voit le risque d’un endettement à vie résultant du système des dons, qui financent les festivités, et des contre-dons, qui sont remboursables à terme par les membres d’un même lignage. A titre collectif, on critique le fait que le capital lentement accumulé n’est pas placé à sa rentabilité optimale pendant la période d’épargne et que les dépenses occasionnées sont plus souvent ostentatoires et tournées vers l'extérieur, que productives et encourageant la production locale.

       Pourtant, il serait possible, sans difficulté majeure, de réduire ces inconvénients en instituant des mécanismes de financement appropriés qui couvriraient les risques inhérents au système actuel. On peut songer, par exemple, à instaurer en banque des "comptes spéciaux de grand mariage" qui seraient rémunérés, à verser des primes incitant au désendettement, ou des subventions à l’achat de produits fabriqués localement. De plus, l’organisation de concours primés pour les produits artisanaux exceptionnels, l’ouverture d’un musée du grand mariage présentant les plus belles pièces lors d’expositions, etc., sont quelques exemples parmi d’autres qui permettraient de créer une dynamique d’innovations visant à accroître les retombées économiques sur le plan interne.

         Enfin, les dépenses occasionnées par l’achat de cadeaux pourraient encourager le développement d’un artisanat national de qualité concernant le travail de l’or, la bijouterie, la broderie, le travail du cuir et la cordonnerie, les essences et la parfumerie, etc.. Cela permettrait, non seulement que l’ensemble du capital épargné soit recyclé dans l’économie nationale, suscitant la création d’emplois, mais faciliterait la réponse aux besoins croissants du tourisme en matière d’artisanat, ce qui apporterait des revenus supplémentaires.

        La tradition du grand mariage, partagée par une bonne partie de la population, se veut une école de formation humaine au pouvoir et à la sagesse. On voit qu'elle porte en elle la potentialité d'amorcer une dynamique économique originale. Il est donc souhaitable d’imaginer, puis de mettre en place, les mécanismes qui permettront de récupérer cette dynamique au profit d'un développement économique orienté vers le bien-être de tous.

4.2. Synergie avec d'autres formes de capital

        Cependant, le capital socio-culturel ne pourra réellement jouer son rôle de catalyseur et de nouveau facteur de croissance que s'il est associé, dans la politique économique, aux autres formes de capital : physique, humain et naturel. Cela impose donc de continuer à investir, parallèlement, dans les autres facteurs pour créer un effet de synergie susceptible d'accélérer la croissance.

 

Améliorer le capital physique

 

        L'ensemble des réformes mises en œuvre concernant les entreprises publiques ont ce même objectif. Sous la forme de privatisations ou de mise en fermage, elles visent à améliorer la gestion et l'efficacité des entreprises existantes. Pour celles qui ont été dissoutes il faut encourager leur remplacement par des entreprises privées qui ne pourront que respecter les contraintes de rentabilité. Cela est vrai pour l'ensemble des moyens de communication au sein des îles, entre les îles et avec l'extérieur. Mais cela demande que les infrastructures de base soient, au préalable, financées par l'épargne publique.

 

        Un soutien devra être apporté au développement des petites et moyennes entreprises. Certaines visant à de petites activités d'import-substitution, d'autres valorisant le savoir faire traditionnel (travail de l'or, des bijoux, des parfums, des tissus précieux, etc.), répondre aux besoins d'apparat des cérémonies locales et déboucher, à terme, sur l'exportation, notamment vers les pays du golfe persique. Elles pourraient engendrer autour d'elles, sous la forme de sous-traitance, des pépinières de micro-entreprises, plus ou moins formelles, travaillant dans les mêmes secteurs.

 

       Enfin, l'organisation d'un tourisme écologique sous la forme de relais chez l'habitant et de circuits de randonnées, le commerce de produits d'artisanat de qualité, la mise en valeur du patrimoine naturel (flore et faune originale) et historique, etc., qui sont autant de potentialités réalisables à moyen terme, demandent la mise en place, au préalable, d'infrastructure d'accueil et de communication.

Développer le capital humain

        Les systèmes d’éducation et de santé ont connu, l’un et l’autre, de profondes réformes qui visent à en accroître l'efficacité afin de mieux répondre aux besoins de la population dans un contexte de ressources raréfiées. Dans le domaine de l’éducation, les orientations du système éducatif mettent l'accent sur l'enseignement de base obligatoire de 6 à 14 ans, en assurant une éducation primaire de qualité pour tous, sur un taux de scolarisation de 80% des enfants, et sur le renforcement des formations technique et professionnelle pour faciliter l’insertion au marché du travail. La mise en place de systèmes de formation professionnelle adaptés au nouveau contexte est essentiel pour encourager le développement de petites entreprises. Il est aussi indispensable de former, à travers quelques pôles d'excellence, une élite comorienne ouverte sur le monde extérieur qui sera l'acteur d'une croissance tirée par les exportations.

 

        En matière de santé publique, les Comores ont fait en 20 ans des progrès incontestables si bien que l’espérance de vie à la naissance est passée de 47 ans en 1980 à 55 ans en 1996, la mortalité infantile qui était estimée à 250 pour 1.000 en 1980 est maintenant de 116 pour 1.000, la couverture vaccinale est passée de 21% en 1984 à 85% en 1991. De plus les incidences du paludisme, de la lèpre et de la tuberculose ont fortement diminué. Pourtant la crise économique actuelle risque de remettre en cause certains de ces acquis. Avec une allocation représentant 7,2% du budget, et dont les trois-quarts sont alloués aux salaires, il devient de plus en plus difficile de faire face au maintien des infrastructures sanitaires et aux besoins d’une population qui s’accroît rapidement.

 

        Les réformes visent à améliorer l’efficacité du système en mettant l’accent sur la prévention et les soins primaires, en associant les communautés villageoises à la gestion de leurs centres de santé et en généralisant le système de recouvrement des coûts. Elles ont pour objectifs de ralentir la croissance démographique, de réduire les taux de mortalité et de morbidité maternelle et infantiles, d'assurer un équilibre nutritionnel pour l’ensemble de la population et d'améliorer l’accessibilité aux médicaments essentiels. Elles ne prévoient malheureusement aucun mécanisme pour la prise en charge des plus démunis, cet aspect restant à la discrétion des centres de santé eux-mêmes. Avec la généralisation du paiement à l’acte il y a de fortes chances que de nombreuses familles se trouvent exclues du système de soins. C’est pourquoi certains centres recherchent les moyens de repérer les plus démunis et d’établir des critères de qualification spécifiques comme, l’absence d’emploi, l’absence d’emploi, le fait d’être femme chef de famille, l’absence d’emploi, le type de logement, etc..

 

        Enfin, on peut inclure les interventions ciblées envers les plus pauvres qui visent, sous la forme de filets de sécurité, à aider les plus pauvres et à les associer, dans la mesure du possible, au phénomène de croissance, comme, par exemple, la mise en place de travaux à haute intensité de main d'œuvre, l'accès aux soins de santé gratuits, les distributions d'aide alimentaire, etc. Elles représentent les embryons d'une politique sociale.

 

Protéger le capital naturel

        Comme beaucoup de petites économies insulaires, les Comores sont riches d'un patrimoine naturel extrêmement diversifié. La présence de nombreux sites naturels (plages, îlots, lacs, chemins de randonnée, le volcan Khartala, etc.), d’espèces uniques en ce qui concerne la faune (avec le cœlacanthe, les tortues marines, la roussette de Livingstone, les makis, les dugongs, les dauphins, etc.) et la flore (avec les fleurs à parfum, les orchidées, les mangroves, les plantes d’ornement, les variétés d’arbres fruitiers, etc.) confère à l’ensemble des îles une originalité particulière.

 

        Cependant, ce patrimoine est fragile et on assiste à une lente dégradation du milieu naturel, et même d’un certain milieu culturel, sous la poussée démographique. Un certain nombre de problèmes cruciaux font leur apparition : l’eau potable tend à se raréfier ; les besoins en bois de chauffe des ménages, pour la cuisine notamment, accélèrent la déforestation ; le sable et certains types de roches sont excessivement utilisés pour la construction ; certaines espèces de la faune et de la flore sont menacées d'extinction.

 

        La résistance à la montée de la pauvreté explique pour partie cette situation car les ménages cherchent par tous les moyens à réduire les dépenses (cueillette du bois de chauffe induisant la déforestation, prises de pierres à bâtir sur les monuments historiques, etc.) ou à améliorer ses revenus (par la revente du sable des plages, la pêche à la dynamite, etc.). L’augmentation régulière de la population a pour effet d'accroître les déchets et les ordures, polluant ainsi l’environnement.

 

        Si l’on veut, tout à la fois, préserver cet environnement naturel et la culture traditionnelle comorienne, il faut que le type de tourisme envisagé soit compatible avec les actions actuelles de protection de la nature, qu’il s’intègre dans le milieu social et culturel pour en favoriser l’épanouissement, et qu’il encourage toutes les initiatives locales, en matière d’artisanat notamment.

 

        Cette forme de tourisme souvent appelée "éco-tourisme" ou "tourisme écologique" s’intègre dans le double objectif de "développement durable", car il respecte les environnements naturel et culturel, et de "réduction de la pauvreté" car les retombées économiques qu’il suscite touchent directement la population. Il s’adresse à une clientèle qui évite les concentrations touristiques, recherche une immersion dans la nature, privilégie les contacts avec la populations et avec sa culture, et pratique une découverte itinérante en séjournant dans des structures d’hébergement légères, auprès de sites attractifs.

 

        C'est le moyen, par excellence, de valoriser le capital socio-culturel (par exemple, en organisant des rencontres avec les communautés), de protéger le capital naturel (en soignant les espèces susceptibles d'être observées) et d'améliorer le capital physique (en investissant dans les infrastructures d'accueil)construction de relais et moyens de transports) au même moment.

Conclusion

        On a voulu par ce papier proposer des éléments pour une stratégie nouvelle, complémentaire des politiques menées actuellement qui s'appuierait sur un facteur insuffisamment pris en compte dans le phénomène de croissance : la présence du capital socio-culturel. Or celui-ci s'avère être important aux Comores en raison de la densité des relations sociales, à implication culturelle, politique et économique, qui y existent. Dans un pays où l'accroissement du capital physique progresse peu, où le capital humain à du mal à être maintenu à son niveau et où le capital naturel est menacé par la croissance de la population, il peut y avoir là des potentialités de croissance nouvelles.

 

        La stratégie proposée s'appuie sur une réorientation des flux financiers issus de l'émigration, sur la présence de traditions associatives à but culturel et plus récemment économique, et sur la dynamique sociale engendrée par le phénomène du grand mariage dont la tendance ostentatoire pourrait être détournée vers le financements d'activités productrices. Activités qui permettraient, en premier lieu, de répondre à la demande des cérémonies locales et d'une clientèle de touristes plus nombreuses, mais qui pourrait, petit à petit, se tourner vers l'exportation, en procurant à l'archipel un avantage comparatif.

 

        Dans un tel contexte, cette tradition au lieu d'être critiquable deviendrait tout à la fois un vecteur de développement et de cohésion sociale, et pourrait alors se répandre à travers l'ensemble des îles, et à Mohéli notamment.

 

        On a là un moyen de relancer la croissance tout en conservant les spécificités culturelles des Comores et donc de lutter contre la montée de la pauvreté tout en renforçant la cohésion sociale. C'est peut-être l'une des solutions qui permettrait d'apaiser les turbulences politiques qui résultent, du moins, à Anjouan de la montée de la pauvreté et de la perception qu'ont les populations des inégalités insulaires relatives.

 

        Cependant, pour s'assurer empiriquement de la pertinence de cette stratégie, un certain nombre d'hypothèses doivent être levées. Tout d'abord, en ce qui concerne l'importance des flux financiers issus de l'émigration et les finalités de leur utilisation. Le même problème se pose ensuite, en ce qui concerne le montant de l'épargne intérieure et son utilisation pour la construction de maisons pour les filles ou pour l'organisation des cérémonies de grand mariage. Aucune mesure systématique n'a été jusqu'ici encore effectuée pour évaluer les flux financiers annuels correspondants. Il serait bon de connaître la destination des ces flux et de distinguer ceux qui favorisent les activités locales génératrices d'emploi et de valeur ajoutée et ceux qui déséquilibrent la balance commerciale en augmentent les importations.

 

        Si par hasard, les montants de ces flux s'avéraient particulièrement faibles ou si leur utilisations se tournait vers d'autres fins que celles envisagées, la proposition d'une croissance s'appuyant sur la valorisation du capital socio-culturel se trouverait sérieusement affaibli. C'est pourquoi avant de poursuivre plus avant l'analyse théorique, il serait nécessaire de vérifier, par la mise en œuvre d'enquêtes et d'investigations spécifiques auprès de la population comorienne l'importance et la finalité de ces flux, et de décrire les circuits financiers à travers lesquels ils opèrent.

 

ANNEXE I : A propos des données du PIB réel et par tête

Les données sur lesquelles se base cette étude diffèrent légèrement de celles fournies par la Banque Mondiale dans World Development Indicators 1997. En effet, les données de la Banque ne commencent qu'en 1980 pour les Comores.

 

        Pour obtenir des séries longues, de 1968 à 1995, nous avons consulté le premier rapport économique de 1968, puis les recensements de population de 1980 et 1991, les rapports macro-économiques de la Banque Mondiale de 1979, 1983 et 1987, et la synthèse de données publiées en 1997. On a ainsi pu reconstituer les séries sur la population, le PIB courant aux prix du marché, le PIB par tête correspondant, le PNB courant aux prix du marché et le PNB par tête correspondant, les déflateurs du PIB, les PIB et PNB réels et par tête.

 

        Cela a cependant demandé de résoudre un certain nombre d'incohérences et d'arbitrer entre données contradictoires.

 

        Pour la population, on a effectué des projections de populations en se basant sur les deux recensements : (i) Le Recensement Général de la Population et de l’Habitat du 15 septembre 1980, Volume 1 : Caractéristiques démographiques et mouvements de population, Direction de la Statistique, Moroni ; et (ii) Les Principaux résultats du Recensement Général de la Population et de l’Habitat du 15 septembre 1991, Direction de la Statistique, Moroni.

 

Pour les valeurs du PIB et les déflateurs correspondants, on s'est appuyé sur les trois rapports macro-économiques de la Banque mondiale : (i) en 1979, The Comoros : Problems and Prospects of a Small Island Economy, 177 p. ; (ii) en 1983, The Comoros : Current Economic Situation and Prospects, 153 p. ; et (iii) en 1987, Les Comores : le sentier ardu de la croissance économique: le besoin d’ajustement, Rapport Nº 6690-COM, 72 p. Pour les années récentes, à partir de 1992, on a privilégié les données issues des "World Development Indicators 1997" de la Banque mondiale à celles du Comité Technique Permanent de suivi du Programme d'Ajustement Structurel. Ces données nous ont fourni la série des valeurs du PNB, certaines valeurs manquantes du PIB pour les années 1981, 1982, 1987, obligeant aussi à des arbitrages pour les années 1980 et postérieures à 1991.

 

1. Les données brutes par période

Le tableau A1 rassemble des informations relatives aux diverses périodes abordées par les rapports macro-économiques de la Banque mondiale. Comme l'année de base est différente pour chaque période, on ne peut comparer entre elles les valeurs correspondantes du PIB réel. Par contre, on peut comparer entre eux les taux de croissance du PIB réel pour chacune des périodes, les déflateurs permettant le passage des valeurs courantes aux valeurs réelles. Le taux de change (en FC pour 1 $ E.U.) permet la conversion en dollars E.U. et donc les comparaisons internationales.

 

On peut estimer, pour chaque période, l’évolution du PIB réel par tête en comparant entre eux les taux de croissance du PIB courant, de l’indice des prix traduisant l’inflation, et de la population. Ainsi, pour la période 1976-1980, on note que la croissance de 17,7% du PIB courant est absorbée par une croissance des prix de 12,6% et une croissance de la population de 3,3%. Il en résulte que la croissance résiduelle qui traduit l’augmentation des ressources réelles disponibles par tête n’a été que de 1,8%.

 

On s’aperçoit ainsi que la croissance résiduelle du PIB réel par tête n’a été que de 1,7% par an entre 1968 et 1975, de 1,8% entre 1976 et 1980, et de 0,4% entre 1983 et 1986.

 

On remarque aussi que le taux de croissance annuel de la population est proche de 3% sur toute la période, la partition de Mayotte ayant pour effet de réduire la population totale en 1975. On note cependant une légère tendance à la baisse au cours de ces dernières années.

 

Les taux de change entre le Franc Comorien (FC) et le dollar américain ($ E.U.) permettent de calculer le PIB courant par tête en $E.U. Ce qui donne 104 $ E.U. en 1968, 242 $ en 1975, 180 $ en 1976, 349 $ en 1980, 301$ en 1983 et 399 $ en 1986. Il était de 508 $ en 1988 et 452 $ en 1995. On remarquera cependant que les variations du taux de change expliquent à elles seules une bonne part de l’évolution du PIB par tête en $ E.U.

 

2. La reconstitution de séries chronologiques

Le tableau A1 fournit la reconstitution des séries de population depuis 1968 pour chacune des îles et pour l'archipel. Le tableau A2 fournit, à côté de la population totale, les séries du PIB de 1968 à 1995, et du PNB de 1970 à 1995, aux prix courants du marché et par tête. Le tableau A3 fournit, à côté de la population, la série de déflateurs sur la base de l'année 1975, année de l'indépendance, et les données des PIB et PNB réels et par tête.

 

Le graphique A4 donne fournit la courbe d'inflation mesurée par la série des déflateurs du PIB. Cette série initialement calculée sur l'année de base 1975 a été ensuite ramenée à l'année 1987 pour assurer la cohérence avec les données des World Development Indicators et assurer un cohérence entre tous les graphiques (figures 1, 2, 3, 4 dans le texte et A4, A5 en annexe).

 

Le graphique A5 en présentant les courbes du PIB rée par tête et de la consommation privée réelle par tête, complète les figures du texte expliquant la montée de la pauvreté. Il permet de voir la relation qui existe, au niveau macro-économique, entre le PIB et la consommation et montre que la consommation est restée pratiquement stable entre 1980 et 1995, et ce malgré la baisse du PIB.

 

Tableau A1. Données brutes issues des rapports par période

Période

d'étude

Agrégat

économique

Année

t1

Année

t2

Taux de

croissance

1968-1975

1968

1975

PIB courant

6.605 mFC

15.011 mFC

12,40%

Population

257.547 hab

284.684 hab

1,50%

PIB/tête courant

25.646 FC

52.729 FC

10,90%

Indice des prix

54,7

100

9,20%

PIB constant

12.076 mFC

15.011 mFC

3,20%

PIB/tête constant

46.889 FC

52.729 FC

1,70%

Taux de change

246,9 FCFA

214,3 FCFA

1976-1980

1976

1980

PIB courant

12.839 mFC

24.704 mFC

17,70%

Population

294.127 hab

335.150 hab

3,30%

PIB/tête courant

43.651 FC

73.710 FC

14,40%

Indice des prix

70,5

110,8

12,60%

PIB constant

18.219 mFC

22.305 mFC

5,10%

PIB/tête constant

61.943 FC

66.552 FC

1,80%

Taux de change

238,98 FC

211,30 FC

1983- 1986

1983

1986

PIB courant

42.496 mFC

56.270 mFC

9,70%

Population

362.493 hab

392.062 hab

2,70%

PIB/tête courant

117.232 FC

143.523 FC

7,00%

Indice des prix

88,4

107,1

6,60%

PIB constant

48.083 mFC

52.536 mFC

3,10%

PIB/tête constant

132.645 FC

133.999 FC

0,40%

Taux de change

382 FC

346 FC

 

N.B. : mFC = millions de FC ; FCFA : Franc CFA converti en FC à l'indépendance.

Tableau A2. Séries de la population, du PIB et du PNB à prix courants et par tête

Années

Population

PIB courant

millions FC

PIB courant par tête FC

PNB courant

millions FC

PNB courant

par tête FC

1 968

257 547

6 605

25 646

1 969

269 770

7 183

26 626

1 970

281 993

8 043

28 522

6 856

24 313

1 971

291 537

9 432

32 353

8 041

27 581

1 972

301 356

10 016

33 236

8 539

28 335

1 973

311 491

11 082

35 577

9 447

30 328

1 974

321 992

16 781

52 116

14.305

44 426

1 975

284 684

15 011

52 729

12 797

44 951

1 976

294 127

12 839

43 651

12 361

42 026

1 977

303 883

14 249

46 890

13 771

45 317

1 978

313 966

16 972

54 057

16 494

52 534

1 979

324 374

21 386

65 930

19 656

60 597

1 980

335 150

26 094

77 858

26 198

78 168

1 981

344 027

31 051

90 257

31 118

90 452

1 982

353 140

35 190

99 649

35 371

100 617

1 983

362 493

42 496

117 233

42 321

117 460

1 984

372 095

46 968

126 226

46 701

126 414

1 985

381 950

51 437

134 669

50 909

134 324

1 986

392 062

56 270

143 523

55 743

143 309

1 987

402 453

59 035

146 688

58 741

147 110

1 988

413 113

61 796

149 586

61 130

149 076

1 989

424 055

63 397

149 502

63 802

151 451

1 990

435 287

68 075

156 389

67 883

156 774

1 991

446 817

69 620

155 813

69 476

156 052

1 992

458 648

69 858

152 313

70 882

154 545

1 993

470 793

79 223

168 276

79 739

169 372

1 994

483 260

83 509

172 803

83 690

173 178

1 995

496 057

87 313

176 014

87 502

176 395

 

Tableau A3. Séries des PIB et PNB réels par tête aux prix de 1975

Années

Population

Déflateurs base 1975

PIB réel en millions FC

PIB réel

par tête FC

PNB réel en

millions FC

PNB réel

par tête FC

1968

257 547

54,7

12 075

46 884

1969

269 770

58,2

12 342

45 750

1970

281 993

58,4

13 772

48 839

11 740

41 631

1971

291 537

62,3

15 140

51 930

12 907

44 272

1972

301 356

64,0

15 650

51 932

13 342

44 274

1973

311 491

70,3

15 764

50 608

13 438

43 141

1974

321 992

97,5

17 211

53 453

14 672

45 566

1975

284 684

100,0

15 011

52 729

12 797

44 952

1976

294 127

108,8

11 801

40 121

11 361

38 627

1977

303 833

116,0

12 284

40 429

11 872

39 073

1978

313 966

134,3

12 637

40 251

12 281

39 117

1979

324 374

154,4

13 851

42 701

12 731

39 247

1980

335 150

157,5

16 568

49 433

16 634

49 630

1981

344 027

184,7

16 812

48 867

16 848

48 972

1982

353 140

190,6

18 463

52 282

18 558

52 551

1983

362 493

218,2

19 476

53 727

19 396

53 506

1984

372 095

232,0

20 245

54 408

20 130

54 098

1985

381 950

248,6

20 691

54 171

20 478

53 615

1986

392 062

267,9

21 004

53 573

20 807

53 072

1987

402 453

276,2

21 374

53 109

21 268

52 845

1988

413 113

281,8

21 929

53 082

21 693

52 510

1989

424 055

298,3

21 253

50 118

21 389

50 438

1990

435 287

303,9

22 400

51 461

22 337

51 316

1991

446 817

328,7

21 180

47 403

21 137

47 305

1992

458 648

306,6

22 785

49 678

23 119

50 406

1993

470 793

334,3

23 698

50 337

23 853

50 665

1994

483 260

361,9

23 075

47 749

23 125

47 852

1995

496 057

386,7

22 579

45 517

22 628

45 615

 

ANNEXE II : Données complémentaires

Figure A4. Évolution de l'inflation mesurée par les déflateurs du PIB

 

On distingue trois grandes périodes en ce qui concerne l'inflation. Une période de relative stabilité jusqu'à l'indépendance mais remise en cause dans l'année précédent l'indépendance. Une inflation modérée après 1975 mais ayant tendance à s'accélérer au début des années 1990. Une forte inflation à partir de 1992 et dans les années qui ont suivies la dévaluation du franc comorien.

Figure A5. Évolution du PIB et de la consommation privée en termes réels 1980-95

 

La courbe de la consommation privée est restée stable sur toute la période 1980-95, en dépit des évolutions du PIB réel par tête. Tout ce passe comme si elle traduisait un seuil de consommation collective minimale atteint au plus fort de la crise en 1976 et demeuré inchangé au cours des années.

 

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