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L'Economie des Comores

Stratégies De Lutte Contre La Pauvreté Aux Comores
Mémoire pour l’obtention de
la
MAITRISE en SCIENCES ECONOMIQUES
 Par
Mohamed Nassurdine Ibrahim Ahamada

 

L'AUTEUR

Mohamed Nassurdine Ibrahim Ahamada
BP: 4877 Conakry
Tel: 00 37747690980
Email: dnassur@yahoo.fr

 

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République de Guinée
Travail-Justice- Solidarité

 

Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique

                  

UNIVERSITE KOFI ANNAN DE GUINEE (UKAG)

DROIT, SCIENCES ECONOMIQUES, SCIENCES DES GESTIONS, MIAGE
Année Universitaire 2002-2003
Stratégies De Lutte Contre La Pauvreté Aux Comores

Mémoire pour l’obtention de la

MAITRISE
en
SCIENCES ECONOMIQUES
 
Par

Mohamed Nassurdine Ibrahim Ahamada
 

Email : dnassur@yahoo.fr

 

Table des matières

Dédicace………………………………………………………………………………………………

2

Sigles et Abréviations………………………………………………………………………………..

3

Avant-propos…………………………………………………………………………………………

5

Introduction…………………………………………………………………………………………..

6

 
PREMIERE PARTIE: PROFIL ET CAUSES DE LA PAUVRETE
 

 Chapitre 1: Profil de la pauvret酅……………………………………             9
 

  

1.1. Evaluation monétaire de la pauvret酅…………………………………………

9

     

1.1.1. Méthode de collecte des données……………………………………………..

9

      

1.1.2. Elaboration  du profil de la pauvret酅…………………………………….

9

 

1.2. Identification géographique des pauvres………………………………………….

10

 

1.3. Couverture sociale et filet traditionnel de sécurit酅…………………………..

13

 
 Chapitre  2 : Causes de la pauvreté
…………………………...…………          14
 

 

2.1. Faiblesse globale de l'économie……………………...................................………………....

14

 

 

2.1.1. Baisse du PIB réel par habitant………………………………….....................................

14

 

 

2.1.2. La précarité de l'agriculture……………………………………………………

15

 

 

 

2.1.2.1. Produits d'exportation……………………………………………………...

15

 

 

 

2.1.2.2. Les produits vivriers……………………………………………………….

18

 

 

 

2.1.2.3. Pêche et élevage……………………………………………………………

18

 

 

2.1.3. Paralysie de l'industrie…………………………………………………………

18

 

 

2.1.4. Secteur tertiaire………………………………………………………………..

19

 

2.2. Causes socio-politiques………………………………………………………..…..

19

 

 

2.2.1. Augmentation de la population……………………………………………...…

19

 

 

 

2.2.1.1. Exiguïté du pays par rapport à la population………………………………

19

 

 

 

2.2.1.2. Explosion démographique…………………………………………………

20

 

 

2.2.2. L'impact  de la tradition sur la pauvret酅………………………………….

20

 

 

2.2.3. Instabilité politique…………………………………………………………….

22

 

 

2.2.4 Le poids de l'Union des Comores sur l'économie comorienne…………………

23

 

2.3. La dévaluation de 1994; catalyseur de la pauvreté aux Comores……

24

 
DEUXIEME PARTIE: LES MESURES DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETE
 

Chapitre 3 : Revue des stratégies passées…   …………………….……..           27
 

 

3.1. Cadre macroéconomique………………………………..…………………………

27

 

3.2. Appui au secteur priv酅………………………………………………………..

28

 

 

3.2.1. Moyens institutionnels mis en œuvre………………………………………….

28

 

 

3.2.2. Moyens financiers utilisés……………………………………………………..

29

 

 

 

3.2.2.1. Sources traditionnelles…………………………………………………….

29

 

 

 

3.2.2.2. Sources modernes…………………………………………………………

31

 

 

3.2.3. Revenu des Comoriens de l'étranger………………………………………….

33

 

 

3.2.4. Apport du secteur informel…………………………………………………….

34

 

3.3. Politiques sociales et lutte contre la pauvret酅………………………………...

35

 

 

3.3.1. Politique éducative…………………………………………………………….

35

 

 

3.3.2. Politique sanitaire……………………………………………………………...

36

 

 

3.3.3. Contradictions de l'évolution de la fécondité ………..………………………..

35

 
Chapitre 4 : Nouvelles opportunités de croissance
…………   …………           38
 

 

4.1. Appuyer les secteurs porteurs de croissance……………………………………….

38

 

 

4.1.1. Intervention en milieu rural……………………………………………………

39

 

 

 

4.1.1.1. Agriculture…………………………………………………………………

39

 

 

 

4.1.1.2. Améliorer la pêche…………………………………………………………

41

 

 

4.1.2. Création d'un port franc………………………………………………………..

41

 

 

4.1.3. Les micro-crédits et l'émergence des PME/PMI………………………………

42

 

 

4.1.4. Améliorer le domaine touristique……………………………………………...

43

 

 

4.1.5. Dynamisme culturel……………………………………………………………

44

 

4.2. Fournir des infrastructures et services de base…………………………………….

45

 

 

4.2.1. Améliorer l'adduction de l'eau potable………………………………………...

45

 

 

4.2.2. L'électricité; outil de développement………………………………………….

45

 

 

4.2.3. Postes et télécommunications…………………………………………………

46

 

 

4.2.4. Protéger le capital naturel……………………………………………………..

48

 

 

4.2.5. Améliorer le domaine social……………………………………………………………..

48

 

 

 

4.2.5.1. Amélioration de capacités humaines …  ………………………………….

49

 

 

 

4.2.4.2. Domaine sanitaire …………………………………………………………

50

 

 

 

4.2.4.3. Planning familial…………………………………………………………..

50

 

 

4.2.6. Assurer la paix et la sécurit酅……………………………………………..

51

 

 

4.2.7. Bonne gouvernance et développement économique aux Comores……………

51

 

4.3. Moyens financiers mis en œuvre…………………………………………………..

52

 

 

4.3.1. Evaluation des flux d'épargne disponible……………………………………...

52

 

 

 

4.3.1.1. Mobilisation de l'épargne interne………………………………………….

52

 

 

 

4.3.1.2. Evaluation de transferts de fonds………………………………………….

52

 

 

4.3.2. Politique Budgétaire et lutte contre la pauvret酅………………………….

53

 

 

4.3.3. Allégement de la dette ……………………...…………………………………

53

Conclusion……...……………………………………………………………………………………..

55

Annexes……..…………………………………………………………………………………………

55

Bibliographie générale………………………………………………………………………………

61

DEDICACE

Ce travail est dédié à :
-         Dieu Allah le tout puissant de m’avoir crée et me donné le courage et la chance de terminer le deuxième cycle universitaire.
-         Notre cher père feu Ibrahim Ahamada, que ce mémoire lui soit une prière le conduisant au chemin droit.
-         Notre chère mère Madame Ladhati Issa pour son éducation et son amour.
-         Notre chère maîtresse d’école coranique Mme. Andhoimati Mikidad
-         Nos frères et sœurs ;

M. Mohamed Chami Ahamed
Mme. Chamsia Ahamed
M. Aboubacar Ahamed
Mme. Mariama Ibrahim

M. Youssouf Ibrahim
M. Mahamoud Ibrahim
M. Dahalane Ibrahim
M. Abdoul-Razak Ibrahim

-         Nos cousins et cousines, mes nièces et neveux ;
-         Parents d’accueil en Guinée Mme Néné Fatoumata BAH, Mr. DIALLO Younoussa et Mme. Néné Oumou BARRY ;
-         Enfin à toute la première promotion de Droit, Economie et Gestion de l’Université Kofi Annan de Guinée.

Sigles et Abréviations 

AFD :

Agence Française de Développement

AMIE :

Appui à la Micro Entreprise

BCC :

Banque Centrale des Comores

BDC :

Banque de Développement des Comores

BEAC :

Banque Centrale des Etats d'Afrique Centrale

BECEAO :

Banque Centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest

BIAO :

Banque Internationale pour l'Afrique de l'Ouest

BIC :

Banque pour l'Industrie et le Commerce

BIT :

Bureau International de Travail

BNP :

Banque Nationale de Paris

CCIAC :

Chambre de Commerce, d'Industrie et d'Agriculture des Comores

CEEC :

Compagnie d’Eau et Electricité des Comores

CEMAC :

Communauté Economique  et Monétaire de l'Afrique Centrale

CFA :

Communauté Financière Africaine

CNE :

Caisse Nationale d'Epargne

COI :

Commission de l'Océan Indien

COMESA :

Marché Commun des Etats d'Afrique de l’Est et Australe

DID :

Développement International Desjardins

DSCRP:   

Document Stratégique de Croissance et de Réduction de la Pauvreté

EEDC :

Electricité et Eau Des Comores

FADC:   

Fonds d'Appui au Développement Communautaire

FARSP :

Fonds d'Assistance au Secteur Privé

FC :

Francs Comoriens

FIDA: 

Fonds International de Développement Agricole

FMI :

Fonds Monétaire International

FNG :

Fonds National de Garantie

FNUAP :

Fonds des Nations Unies pour la Population  

FRF :

Francs Français

IDH :

Indicateur de Développement Humain

INSEE :

Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques

ONG :

Organisation Non Gouvernementale

ONU :

Organisation des Nations Unies

OUA :

Organisation de l'Unité Africaine

PAS :

Programme d'Ajustement Structurel

PIB :

Produit Intérieur Brut

PME :

Petites et Moyennes Entreprises

PNAC :

Pharmacie Nationale des Comores

PNB :

Produit National Brut

PNUD :    

Programme de Nations Unies pour le Développement

PPTE :

Pays Pauvres Très Endettés

RFIC :

République Fédérale Islamique des Comores

SARL :

Société à Responsabilité Limitée

SCH :

Société Comorienne des Hydrocarbures

SNPT :

Société Nationale des Postes et des Télécommunications

SOCOPOTRAM :

Société Comorienne des Ports et des Transports Maritimes

UEMOA :

Union Economique Monétaire Ouest Africaine

USD :

Dollars Américain

AVANT PROPOS

Ce travail de mémoire est destiné non seulement aux étudiants de pays en développement en général, mais aussi et surtout à ceux de la Guinée et des Îles Comores en particulier, et enfin aux  autorités comoriennes.

Tous les pays du monde ont un seul mot d’ordre : améliorer le bien-être de la population et réduire au maximum les inégalités sociales.

Il est nécessaire de remarquer que la plupart des pays indépendants du Tiers monde n’ont pas réussi à amorcer jusqu’à présent leur développement économique, malgré les importantes aides reçues de la part de la communauté internationale. C’est cette optique qui nous a guidé et qui explique le choix du sujet.

Ce présent mémoire se compose de II parties dont IV chapitres, se propose d’étudier la pauvreté aux Comores, un archipel de l’Océan Indien.

Nous remercions vivement tous ceux qui ont participé à sa réalisation :
-         Notre dévoué directeur de mémoire Dr. BAYO Abdoul-Karim pour sa contribution incontestable sur le fond et la forme de ce mémoire, en qualité de directeur du thème.
-         A notre cher grand frère M. Mouhamed CHAMI Ahmed, merci pour tous ceux que vous nous avez fait pour notre réussite. Les mots nous manquent pour exprimer notre profonde gratitude.
-         A notre chère future épouse Mlle BARRY Fatoumata Lamarana diplômée de maîtrise en gestion Université Kofi Annan, pour son soutien moral, matériel et financier qui nous a toujours témoigné durant tout notre cycle universitaire.
-         A nos amis fidèles Ali M’Kouboi Ali, Adallah Hadji Achirafi et Ben-Omar Attoumane Tara pour leur disponibilité.
-         A nos collaborateurs Dr Makanera Al-Hassan Doyen de la Faculté de Droit à l’Université Kofi Annan et Dr. DIALLO Thierno Ibrahima Professeur de Statistique à l’Université Kofi Annan et Directeur Technique à l’UGAR, pour leur franche collaboration.
-         A l’équipe de la comptabilité de l’EDG pour leur disponibilité et ouverture d’esprit.
-         A nos frères et sœurs comoriens en Guinée et au peuple guinéen.
-         Enfin à tous ceux qui de près ou de loin ont contribué à notre formation.
Puisse ce mémoire aider à inspirer nos lecteurs à prendre les meilleures décisions de lutte contre la pauvreté à chaque instant et en toutes circonstances. 

                                                                      Le Candidat

INTRODUCTION

Les Comores sont un archipel peu étendu, constitué de  quatre (4) îles volcaniques occupant une superficie de quelques 2236 km², situées au sud-ouest de l’Océan Indien, à l’entrée du canal de Mozambique entre la côte Est-africaine et le nord-ouest de Madagascar.

Selon les estimations actuelles, la population du pays est de 652000 habitants. Les Comores sont membre de la commission de l’Océan indien (COI), de la zone monétaire (Zone franc), de la zone d’échanges préférentiels groupant des Etats de l’Afrique Australe et de l’Océan indien (Le marché commun des Etats d’Afrique de l’Est et Australe COMESA).

Dépourvues de richesses naturelles particulières (Or, pétrole, bauxite, aluminium…) et surpeuplées (densité moyenne de 306 habitants par Km2 en 2002), les Comores font partie des pays les moins avancés avec un PIB par tête inférieur à 500$ (le PIB par tête est de 371$ estimation de 2002). La croissance économique était de 2,5% du PIB en  2002[1].

Les îles sont : Grande-Comore, Mohéli, Anjouan et Mayotte (Mayotte est encore sous l’administration française).

Le climat de l’archipel des Comores est de type tropical humide avec :
-         une saison chaude et humide de novembre-mai ;
-        
une saison fraîche et sèche de juin en octobre.
La température moyenne est de 25°C.

Les îles de la lune (Djazär Al Qamar) pour les géographes arabes du Moyen Age, les Comores avant le XV ème siècle ont été habitées par des animistes bantous venant d’Afrique de l’Est. Entre XV ème et XIX ème siècle, l’archipel est émergé en une multitude de sultanats fortement marqués par une civilisation arabo-persique (instauration de l’Islam).

A la fin de XIX ème siècle, les Comores sont passées sous le régime de protectorat français, en 1822 la France affirme sa présence aux Comores (annexion de l’Île de Mayotte). Elles sont proclamées colonie française en 1912 et rattachées au gouvernement de Madagascar en 1914. En 1956, l’archipel, séparé de Madagascar, devient territoire d’Outre-Mer. Il obtient en 1961 une autonomie interne.

Les Comores accèdent à l’indépendance le 6 juillet 1975, dirigées par le Président Ahamed Abdallah Abderhmane, à l’exception de l’île de Mayotte qui demeure dans la République française en tant que collectivité territoriale à statut particulier. La République Fédérale Islamique des Comores fut instituée en 1978.

Ainsi se sont succédés à la tête de l’Etat, Ahamed Abdallah le 6 juillet 1975, Ali Soilihi le 3 août  1975, Ahamed Abdallah 21 mai 1978, Saïd Mohamed Djohar en 1989, Mohamed TAKI  en 1995, Azali Assoumani en 1998. Depuis 1975, les Comores ont toujours été en rupture constitutionnelle et toutes les tentatives de reformes auraient échoué. Des textes constitutionnels taillés à l’image de leurs acteurs qualifiés  d’incapables, sont en permanence violés par celui qui est aux commandes de l’Etat.

En  1997, avènement d’une crise séparatiste, Anjouan souhaite d’abord retourner à la France avant de vouloir son autonomie. Un accord de réconciliation a été signé le 17 février 2001 entre les différentes parties et créant de nouvelles Comores portant le nom de l’UNION DES COMORES consacrant à la fois l’unité, l’intégrité et une large autonomie aux îles.

Depuis l’indépendance, les Comores ont toujours  été tributaires de l’aide au développement sur le plan bilatéral et multilatéral. Au côté, les subventions non remboursables de la part de la communauté internationale à l’Etat comorien représentent près de la moitié des recettes de l’Etat (voir annexes). Cependant, cette aide n’a pas été utilisée à bon escient et n’a pas contribué au développement socioéconomique du pays. Bien au contraire, l’endettement s’est accru et s’élève de nos jours à plus de 100 millions de dollars[2] (soit 100 milliards de francs comoriens FC) c’est-à-dire un montant presque égal au PIB.

Cependant, la population s’appauvrit de jour en jour, si l’on se réfère à l’évolution du PIB réel par tête d’habitant. Celui-ci continu de baisser de façon régulière depuis 1985 de l’ordre de 1 à 2% par an et se situe, aujourd’hui au près de 26% de son niveau de 1985, ce qui a ramené le niveau de vie de la population à un niveau équivalent à celui de 1975 c’est-à-dire au moment de l’indépendance.

Malgré une importante aide de l’ordre de 100$[3] en moyenne par habitant et par an sur la période 1980-1999, la croissance économique est restée sensiblement en deçà de l’accroissement de la population (1,2% contre 2,7% par an). Une situation qui se traduit, au niveau micro-économique, par une montée régulière de la pauvreté.

Selon une enquête réalisée par le gouvernement comorien et le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) sur la consommation des ménages de 1995, les résultats de l’étude confirment cette détérioration du niveau de vie et l’on estime à 51% le nombre des personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté[4].

La pauvreté est devenue une préoccupation très importante aux Comores, en plus des dimensions macro-économiques et du maintien des équilibres budgétaires puisqu’elle est en partie la genèse des turbulences d’ordre politique et des crises séparatistes qui remettent en cause les fondements de la nation depuis 1997.

C’est ce qui nous conduit à nous poser les questions suivantes : Quelles sont les causes de la pauvreté ? Quelles sont les mesures de lutte contre la pauvreté aux Comores ?

Dans le souci d’apporter notre modeste contribution à la lutte contre la pauvreté et à un développement durable du pays, nous présentons notre plan en deux parties. La première partie portera sur le profil et les causes de la pauvreté et la deuxième partie traitera les mesures de lutte contre la pauvreté aux Comores.

 

Première  partie : 

PROFIL ET CAUSES  DE LA PAUVRETE

CHAPITRE 1 :  PROFIL DE LA PAUVRETE

1.1. EVALUATION MONETAIRE DE LA PAUVRETE

Aux Comores, la première enquête réalisée  auprès des ménages date de 1966 par l’INSEE, puis en 1980 et 1991. Ces études n’ont pas permis de déterminer avec certitude le seuil de la pauvreté.

C’est en 1995, sur un financement du gouvernement comorien à travers un prêt du MERCAP (Macro-Economic Reform and Capacity Building Adjustment Program) de la Banque Mondiale et avec l’assistance du PNUD, qu’une enquête exploratoire dite budget-consommation a été réalisée sur les trois îles de l’archipel formant la République Fédérale Islamique des Comores.

La question essentielle était de savoir comment mettre en place un certain nombre de réformes dans des conditions difficiles et en même temps empêcher une nouvelle dégradation de la pauvreté.

1.1.1.      La méthode de collecte des données

L’enquête par sondage “ budget - consommation ” réalisée en 1995 a porté sur un échantillon de plus de 2000 ménages sélectionnés. Trois strates ont été retenues : la capitale Moroni, les autres villes et le milieu rural. Sur la base de ces critères, 996 ménages ont été sélectionnés en Grande-Comore, 864 à Anjouan et 144 à Mohéli, ce qui a conduit à un échantillon de 2004 ménages. L’enquête était constituée de 900 questions basées sur le niveau de vie des ménages (voir annexes).

1.1.2.      Elaboration du profil de pauvreté 

Le calcul est fait à partir du seuil de survie alimentaire, déterminé par l’achat de 2400 calories de riz par personne soit 343 FC par jour et d'un supplément des besoins essentiels estimé en moyenne à 25% de la dépense totale qui est, le seuil de survie non alimentaire.

L’on a obtenu qu’il faut un minimum de 457 Francs comoriens (FC) soit un peu plus de 1$ USD pour subvenir aux besoins d’un adulte par jour soit 167.000 francs comoriens (FC) par an, l'équivalent de 446 $ USD comme seuil de pauvreté absolue. Ainsi, l’analyse de la consommation totale par habitant montre que 36.700 ménages représentant 254.000 personnes (soit environ 50,6% de la population) ont une consommation inférieure au seuil de pauvreté absolue.

Tableau 1 : Classement de niveau de vie par consommation

Catégories de ménages
Niveau moyen de dépenses de consommation en FC/an

Les plus riches

337.859

Les riches

204.557

Les personnes à revenus moyens

153.105

Les pauvres

101.178

Les plus pauvres

  51.198

Source : PNUD et Gouvernement comorien “ Développement Humain Durable et Elimination de la Pauvreté Eléments pour une stratégie Nationale ”, 1997, Editions Frison Roche, Paris

Le classement des ménages en catégories socio-économiques homogènes selon une répartition par cinq groupes et par ordre décroissant de dépenses de consommation (tableau 1) permet de connaître l’écart de niveau de vie entre riches et pauvres. Ainsi en considérant le dernier groupe comme étant le seuil de pauvreté relative caractérisant les 20% des ménages les plus pauvres, l'on observe que le niveau moyen de consommation des comoriens les plus riches est six fois plus élevé que celui des 20% les plus pauvres. Nous pouvons dire que la plus grande partie du patrimoine appartient aux mains d'un petit nombre de familles.

1.2.  IDENTIFICATION  GEOGRAPHIQUE DES PAUVRES

La pauvreté est présente, à des degrés divers, dans toutes les îles (tableau 2) et d'une manière très contrastée d'un milieu à un autre. Elle sévit plus particulièrement dans le milieu rural avec une incidence de près de 55% où les ménages, sont généralement tributaires d'une seule activité (agriculture).

Néanmoins, la pauvreté affecte moins les ménages qui se consacrent à la polyculture, à l'élevage, à la pêche et aux activités de commercialisation. Les paysans sans terre ou les métayers représentant 20% des ménages selon le recensement de 1991, forment la couche de la population la plus vulnérable des Comores. Ils se trouvent principalement à Anjouan et parmi les immigrants installés à l’île de Mohéli.

Tableau 2 : Incidence de la pauvreté sur la population

 

Moroni

Milieu urbain

Milieu rural

Ensemble

Grande Comore

incidence

10,9%

38,6%

46,1%

41,1%

Nombre de pauvres

3 713

4 068

97 920

105 701

Population

34 168

10 546

212 471

257 185

Anjouan

Incidence

 

51,1%

67,3%

62,1%

Nombre de pauvres

 

33 931

95 234

129 165

Population

 

66 400

141 528

207 928

Mohéli

Incidence

 

32,9%

59,1%

52%

Nombre de pauvres

 

3279

15 958

19237

Population

 

9 954

27 018

369 722

RFIC

Incidence

10,9%

47,5%

54,8 %

50,6%

Nombre de pauvres

3 713

41 278

209 112

254 103

Population

34 168

86 900

381 017

502 085

Source : Développement humain durable et élimination de la pauvreté : éléments pour une stratégie nationale, 1997, PNUD, Moroni.

L’incidence de la pauvreté est représentée par le pourcentage (%) de pauvres dans la population de la case correspondante et par le nombre absolu de pauvres au seuil de pauvreté de 167.000 FC par an. L’effectif de la population cible est de 502.085 habitants (données d’août 1995).

Anjouan, avec une population estimée à 237.328 habitants en 2002 et une densité de 559,7hab/km2, est l'Île la plus pauvre avec un faible niveau de développement humain. Elle se caractérise par une forte densité de la population, une forte incidence de la pauvreté et un taux de fécondité élevé.

Ces observations sont confirmées par des enquêtes localisées qui ont également mis en évidence un taux élevé de malnutrition chez les enfants[5]. Les problèmes environnementaux sont particulièrement sévères par suite d’érosion des bassins versants en plus des problèmes d’alimentation en eau potable.

Grande-Comore, avec près de 290140 habitants (252,7hab/km2) est l’Île la plus riche. Elle bénéficie plus de l’appui du secteur public, des secteurs formels et non formels. Les transferts de fonds de la forte communauté émigrée résidant en France principalement contribuent à l’enrichissement de cette partie de l’archipel[6].

Mohéli, peuplée de 30644 habitants (105,6hab/km2), possède des avoirs ruraux et fonciers par habitant les plus élevés. Elle reçoit plus un flux migratoire important en provenance des autres îles (Grande-Comore et Anjouan).

Ces différences de niveau de développement humain se confirment également par les indicateurs socio-économiques sélectionnés par îles (tableau 3).

Tableau 3 : Données économiques et sociales

Eléments

Grande-Comore

Anjouan

Mohéli

Comores

Densité hab/km2 (2001)

252,7

559,7

105,6

306

Production d’énergie électrique Mkwh  (2002)

26,41

1,52

0,5

28,43

Terres cultivées par rapport au potentiel (%) 2002

 

70

 

90 

 

70

 

76,6

Répartition des terres cultivables par habitant (hectare)

0,38

0,25

 

1

0,54

Santé

Taux de mortalité infantile (‰) 2001

 

 

 

 

84

Espérance de vie  (2001)

 

 

 

 

59

Accès à l'eau potable (%) 1998

43

81,5

71

65,16

Nombre d'habitants/ lit d'hôpital (1991)

557

513

280

450

Education

Taux de scolarisation (%) 2002

-

-

-

60

Taux d'alphabétisation (%) 2001

68,7

42,23

86,8

65,91

Taux brut de scolarisation primaire (%) 1999

99,6

70,6

99,9

90

(%) des jeunes filles dans l'enseignement primaire 1995

47

45

46

46

Travail

Population active (%) 1997

27

29

28

28

Développement

Indice de développement humain (%) 2001

0,519

0,369

0,426

0,438

Taux d’accroissement annuel de la population (%) 2002

2,2

3

3,6

2,7

Taux de pauvreté (consommation<446$) 1995

41

62,1

52

50,6

Répartition pauvreté :

- en milieu rural (%)

46,1

67,3

59,1

54,8

- en milieu urbain (%)

38,6

51,1

32,9

47,5

Source:  Recensement 1991, Gouvernement des Comores ; Statistique du, MinIstère de l'éducation, 1996,  Projet FNUAP/BIT/COI/95/p02/UPP – août 1997, Banque mondiale 2001 et Profil Environnement de l’Union des Comores 2002.

Ces indicateurs du tableau 3 confirment les disparités socio-économiques inter-îles en plus des indicateurs de base permettant de cerner la pauvreté. L'indicateur de développement humain (IDH) calculé et publié dans les rapports annuels du PNUD, traduit un faible niveau de développement humain et classe en 2001 les Comores au 124ème rang mondial sur un classement de 162[7] pays. Les données du tableau 3 montrent la disparité des différents niveaux de développement humain entre les Îles et confirment à nouveau le décalage entre Anjouan et les deux autres Îles.

Ces indicateurs de la pauvreté, bien qu'elles mettent en valeur une dimension importante de la pauvreté, ne suffisent pas pour avoir la mesure exacte de celle-ci dans toutes ses dimensions aux Comores. On peut affirmer avec certitude qu’à partir de l'évaluation monétaire de la pauvreté et de la faiblesse du revenu par habitant, que le phénomène de pauvreté est de plus en plus aigu aux Comores. D’un autre côté, il ressort de l'évaluation qualitative que les manifestations extrêmes de pauvreté (sans-abri, famine) sont très rares. Cela est dû à la forte cohésion sociale.

1.3. COUVERTURE SOCIALE ET FILET TRADITIONNEL DE SECURITE

L’aboutissement des analyses précédentes conduit à intégrer la structure sociale dans l'évaluation de la pauvreté telle qu’elle se pose aujourd’hui. En effet, un certain nombre d'éléments se conjuguent au sein de la société comorienne pour protéger les plus pauvres et les plus vulnérables de ses membres. Nous avons :

-         La Famille : étant donné le mode d'héritage matrilinéaire et les responsabilités assumées par les femmes, la protection du bien être de la famille incombe à ces dernières. Les membres de la famille en situation de besoin ont le droit de demander secours à leurs parents qui sont obligés d’y répondre ; un système particulièrement efficace pour protéger les mères célibataires et d’une manière générale les femmes non mariées en situation d'extrême pauvreté.

-         Le village : des liens étroits existent, soutenus par les institutions religieuses. Ici les rôles familiaux traditionnels et l'interdépendance habituelle aux communautés sont de rigueur. Ces liens se resserrent surtout entre les membres du village à l'étranger ; et les envois de fonds constituent une source très importante d’investissement et de sécurité alimentaire. Ces fonds sont destinés non seulement à la famille de l'émigré, mais souvent aussi à la collectivité villageoise (associations religieuses et comité de développement religieux).

Le système de valeurs traditionnelles aux Comores constitue, un filet de sécurité traditionnel pour protéger les plus pauvres.

CHAPITRE 2 : CAUSES DE LA PAUVRETE

Les causes de la montée de la pauvreté aux Comores sont de trois ordres au moins.

La première, est structurelle et de long terme, résulte de la faiblesse de la production intérieure, liée à la stratégie de développement adoptée depuis l'indépendance.

La deuxième est socio-politique (explosion démographique, influence de la tradition, instabilité politique, etc.).

La troisième est de nature conjoncturelle, elle provient de phénomènes exogènes comme la chute du cours des produits d’exportation, des mesures d’ajustement interne comme la réforme administrative mais surtout de la dévaluation du franc comorien par rapport au franc français de 1994, qui a entraîné une baisse du niveau du revenu relatif de ceux qui n’ont aucun lien avec l’extérieur, soit par l'exportation ou par les transferts de fonds importants de la diaspora comorienne.

2.1. FAIBLESSE GLOBALE DE L’ECONOMIE

Les Comores ont été inscrites en 1976 sur la liste des pays les moins avancés devant bénéficier en priorité de l’assistance du système des Nations Unies[8]. En effet, dépourvu de richesses minières, pénalisé par une inflation démographique excessive, l’archipel est sérieusement handicapé par l’isolement (les communications étant difficiles, donc coûteuses entre les îles mais aussi avec le reste du monde).

Source : Agenda des Comores 2002

2.1.1. BAISSE DU PIB REEL PAR HABITANT

Le PIB réel par tête est inférieur à 500$. Près de 40% du PIB proviennent de l’agriculture, alors que le secteur industriel qui comporte pourtant la transformation des produits agricoles ne dépasse pas 11% ; le commerce et le transport qui regroupent près de 15% de la population active représentent 49% du PIB. Compte tenu des aides extérieures, des envois de fonds par les comoriens travaillant à l’étranger, le produit national brut (PNB) est sans doute un peu plus élevé par rapport au PIB.

Depuis 1985, l’accroissement de la richesse globale des Comores exprimée par le montant du PIB demeure trop faible pour répondre à l’augmentation de la population en croissance régulière. La croissance moyenne du PIB est estimée à 5,3% par an. Cependant, en termes réels, pour tenir compte d’une inflation moyenne de 4%, étant donné que le taux d’accroissement de la population est de près 3% par an, cela représente une baisse régulière du PIB réel par tête de 1 à 2% par an.

Les théories du sous-développement distinguent souvent un secteur traditionnel et un secteur moderne. La cassure entre ces deux économies est particulièrement nette aux Comores, mais le secteur moderne semble être surtout caractérisé par son obsolescence.       

2.1.2. LA PRECARITE DE L’AGRICULTURE

Elle occupe la plus grande majorité de la population active c’est-à-dire qu’elle emploie 80%, mais elle reste peu productive car elle ne contribue qu’à 40% du Produit Intérieur Brut (PIB). L’agriculture reste, en effet, très primitive ; les paysans utilisent encore souvent le croc (mbaya)[9], outil préhistorique. L’usage d’outils plus commodes (binettes, houes) ne se développe que depuis quelques années.

Cette agriculture, surtout pratiquée dans les zones proches des villes, est encore freinée par un métayage qui n’émerge que lentement de l’esclavage (le métayer ne reçoit pas toujours une part définie de la récolte, son maître ne lui laissant que ce qu’il juge nécessaire à sa subsistance).

Dans les hauts plateaux, les paysans sont souvent propriétaires de leurs parcelles. Mais celles-ci sont fréquemment éparpillées à une grande distance les unes des autres et leur superficie totale dépasse rarement un hectare.

Ce secteur présente une structure dualiste : une production destinée à l’exportation c’est-à-dire produit de rente et une agriculture de subsistance (production vivrière).

2.1.2.1. Produits d’exportation 

La production destinée à l’exportation est limitée à un petit nombre de cultures de spéculation. Les principaux produits d’exportations sont : la Vanille, le Girofle et l’Ylang-Ylang.

§         La Vanille 

Elle est d’origine mexicaine, les Aztèques l’appelaient « TLILXOCIL » (fleur noire), par allusion à sa couleur du fruit séché. La gousse de vanille est le fruit d’une orchidée. Sur 20.000 variétés d’orchidées existantes, la vanille est la seule à produire un fruit comestible[10]. Elle sert à aromatiser les chocolats, les boissons, du tabac, des parfums, des crèmes et toutes sortes de cuisines.

Cependant, ce n’est qu’au début de XIXème siècle que le vannier a été importé en Europe pour y être cultivé, puis voyage de l’Europe pour l’Océan Indien.

Aujourd’hui, l’archipel est le deuxième exportateur mondial derrière l’île voisine, Madagascar. La culture et la commercialisation de ce produit rythment, dans une large mesure, la vie économique du pays. Aujourd’hui, la vanille se heurte à plusieurs concurrents, notamment l’île de Madagascar et l’Indonésie. Cette concurrence est manifestée suite au remplacement de la vanille de synthèse qui coûte beaucoup moins cher.

En terme de production, les données s’établissent  à 130 tonnes en 1996, 150 tonnes  en 1997 et 180 tonnes en 1998. Le vieillissement des lianes, leur non-renouvellement consécutif à cause de la baisse tendancielle du prix d’achat au producteur, sur le marché mondial, auraient entraîné une baisse de la production jusqu’à 134 tonnes en 1999. Ce fléchissement de la production se confirme en tendance à la baisse pour l’année 2000 puisque la barre de 130 tonnes n’a pas pu être affranchie. Et ce malgré la reprise des cours à la suite des catastrophes naturelles qui ont secoué Madagascar qu’a ravagé près de 40% de culture de ce pays concurrent.


 
Source : Agenda des Comores 2002 : ECONOMIE : Produits d’Exportation : la Vanille.

§         Ylang-ylang 

Traduit comme fleur des fleurs en langue malaise, l’ylang-ylang  est un arbre tropical à fleur mauve ou jaune, atteignant jusqu’à 25 pieds. Il est originaire des îles de l’Océan Indien (Madagascar, Comores, la Réunion et Indonésie.).

Très longtemps, les Philippins avaient l’habitude d’utiliser les fleurs pour faire une pommade qu’ils massaient sur leur corps pour écarter des maladies pendant la saison des pluies, et surtout un anti-venin pour les patients mordus par un serpent.

Aux Comores, pendant les mariages, les femmes utilisaient les fleurs pour décorer leur tête, mais ces fleurs étaient surtout rependues sur le lit du couple comme aphrodisiaque.

Aujourd’hui ce produit est utilisé dans beaucoup de domaines notamment à la pharmacie dans le cadre de :

-         traitement des difficultés sexuelles et des problèmes digestifs ;

-         soulagement des muscles tendus et les palpitations ;

-         traitement de malaria et d’autres fièvres tropicales ;

-         antidépresseur ;

-         de la beauté (crème de la peau et tonique des cheveux).

On utilise également la fleur à la parfumerie pour fabriquer des  parfums de luxe, mais aussi à la savonnerie. 

Les Comores se placent au premier rang mondial pour la production d’ylang-ylang devant Madagascar et les îles de l’Océanie. Cependant, le développement de la production est freiné par le vieillissement des plantations qui datent de la colonisation.

La production est essentiellement réalisée sur l’Île d’Anjouan. La crise séparatiste au niveau de cette Île a freiné les exportations en 1999, puisque le cordon douanier n’a enregistré que 10 tonnes à l’exportation.

    
Source : Agenda des Comores 2002 : ECONOMIE,  Produits d’Exportation, L’Ylang-ylang.

 

§         Le Girofle 

Bouton desséché des fleurs de giroflier dit aussi « clou de girofle » utilisé comme condiment. Le giroflier est un arbre d’origine indonésienne à feuillage persistant, pouvant atteindre 12 à 15 mètres de hauteur. Les clous de girofle servent d’aromates dans l’alimentation d’un grand nombre de pays. On cultive également le giroflier pour ses feuilles dont on extrait une essence très riche en eugénol. Ce dernier sert à fabriquer de la vanille artificielle.

Les essences de clous, de feuilles et des branches du giroflier servent également en pharmacie pour la préparation de divers médicaments, en parfumerie, en savonnerie, la préparation de dentifrices, préparation de certaines peintures et de vernis, en chirurgie (propriétés bactéricides et anesthésiant), en droguerie etc.

Cependant, la récolte de ce produit a une potentialité de 2000 tonnes par an. Le marché de Girofle est très instable à cause de ses multiples concurrents de l’Océan Indien, notamment  l’archipel de l’Indonésie, la grande  Île malgache et l’Île de la Réunion.

La baisse tendancielle du prix d’achat au producteur a entraîné une baisse de production ; et les paysans ont été contraints d’abandonner cette production en faveur d’autres productions plus rentables. Le prix, après avoir été sur l’intervalle de 150 à 250 FC le kilogramme soit une valeur de 2 à 3,33 francs français avant l’année 1997 a atteint des sommets de flambée de 1750 FC à 2000 FC le kilogramme, en faveur de la baisse de la production indonésienne suite à un incendie qui a ravagé toutes les plantations de girofliers en l’an 2002. 

§         Autres produits d’exportation 

Par suite de l’effondrement des cours de l’huile de coprah, très concurrencée par les huiles palmistes, les exportations ont pratiquement cessé. Les exportations des autres « essences » aromatiques (basilique, jasmin et la rose) ont poursuivi leur évolution à la baisse par suite de la concurrence des producteurs asiatiques (Thaïlande, Vietnam, Indonésie), mais surtout en raison des problèmes politiques consécutifs et la crise séparatiste des autres Îles (Anjouan et Mohéli).

2.1.2.2. Les produits vivriers 

Pour la production vivrière, bien qu’il y ait eu des progrès, la quantité produite reste très insuffisante pour nourrir l’ensemble de la population. Cette production est constituée généralement de la banane, manioc, fruit à pin, des légumes, etc. la commercialisation des ces produits au sein des Îles se heurte au manque d’équipement de conservation (hangars et d’autres lieux de stocks). Il est très difficile d’estimer cette production puisqu’elle est essentiellement auto-consommée.

En raison de la pression de la demande intérieure et de l’insuffisance de la production domestique, l’inflation  reste toujours élevée, comme l’atteste la progression des indices de prix à la consommation des farines (+12,8%) et des légumes (+31,6%)[11]. Aujourd’hui, l’Île d’Anjouan et la Grande-Comore importent de produits vivriers  de Madagascar.  

2.1.2.3. Pêche et élevage 

§         La pêche 

le pays dispose d’importantes ressources halieutiques estimées à 85.000 tonnes par an[12], mais la pêche, uniquement artisanale, n’est pratiquée que sur une étroite bande côtière, avec des petites pirogues à balançoires « N’galawa ».

Malgré l’accroissement du nombre de pêcheurs et la motorisation des pirogues ces dernières années, la production reste inférieure aux besoins nationaux. L’absence d’équipements de  conservation, les délestages quotidiens, le pays se trouve en difficulté de commercialiser les produits de pêche. La production ne dépasse guère les 13.000[13] tonnes par an.

§         L’élevage 

Actuellement, la consommation annuelle de viande ne dépasse pas 5 kilogrammes  par habitant et par an. Le manque de protéine touche une grande partie de la population. Ni les importations de viande ni la pêche ne sont en effet encore capables de combler cette carence.

Si les efforts de sensibilisation menés en matière de santé animale ont été couronnés de succès, la vulgarisation de pratiques d’élevage amélioré n’a pas encore fourni de résultats significatifs. Le troupeau est estimé à 43.200 bovins, 18.000 ovins et 113.000 caprins, 170.850 volailles[14] ; il se développe régulièrement mais reste, cependant très en dessous des besoins de l’archipel.

2.1.3. PARALYSIE DE L’INDUSTRIE

Le secteur manufacturier demeure handicapé par l’étroitesse du marché intérieur, à laquelle s’ajoute le faible développement des communications maritimes et aériennes, les pénuries récurrente d’électricité et d’eau, la non-compétitivité des entreprises comoriennes due à l’appartenance à la Zone franc.

Les entreprises comoriennes ont une taille souvent très modeste et se consacrent essentiellement à la transformation des cultures de rente (conditionnement de la vanille, distillation des plantes à parfum) et au secteur du Bâtiment et Travaux Publics (concassage de lave, construction immobilière).

Le programme de privatisation n’a connu ces dernières années, aucune avancée, même si les objectifs annoncés demeurent la privatisation des entreprises de distribution des produits pétroliers SCH (Société Comorienne des Hydrocarbures) et de manutention portuaire SOCOPOTRAM (Société Comorienne de Transports Maritimes).

Le groupe Vivendi a renoncé, en décembre 2001, à poursuivre l’exploitation de la Compagnie d’Eau et Electricité des Comores (CEEC)  à cause du non-respect par les autorités comoriennes des accords sur la privatisation[15].

2.1.4. SECTEUR TERTIAIRE

Ce secteur est caractérisé par un petit commerce d’import-export. Ce dernier aurait des possibilités de se développer mais il bute sur la précarité des moyens de communication entre les Îles et  au sein des Îles. On assiste pourtant, dans ce domaine à la montée spectaculaire d’un secteur informel, constitué des petites activités familiales et individuelles notamment :

-         vente de bijoux ;

-         produits alimentaires ;

-         produits artisanaux ;

-         vente d’habits ; etc. 

2.2.  CAUSES  SOCIO-POLITIQUES

2.2.1.  AUGMENTATION DE LA POPULATION

2.2.1.1.  Exiguïté du pays par rapport à la population

En 1866 un géographe français A. GEVREY estimait la population des Comores à 65 000 habitants. Les recensements de l’INSEE (Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques) de 1966  donnent des chiffres de 246 000 habitants.

Aujourd’hui en l’an 2003 les estimations sont à 652 000 habitants[16], ce qui signifie que la population a presque triplé sur 37 ans. Cet accroissement place les Comores parmi les pays ayant une des croissances démographiques les plus élevées du monde.

La densité moyenne est très élevée (306hab/km2) et varie sensiblement d’une Île à l’autre et à l’intérieur des Îles : Grande-Comore 252,7hab/km2, Mohéli 105,6hab/km; Anjouan, avec 559,7hab/km2, est loin la plus densément peuplée. Dans certaines régions de l’Île, la densité dépasserait 1000hab/km2. Ces disparités qui semblent déjà graves à première vue le sont encore plus si on compare les densités non pas par rapport à la surface totale de l’île mais par rapport à la surface agricole utile (terres cultivables et pâturages)[17].


Source : Agenda des Comores 2002- Les Comores, Superficie et Population.

Près de 80% des Comoriens vivent directement de l’agriculture et de la pêche et trouvent des difficultés, car certaines terres considérées comme cultivables n’ont qu’un très faible rendement.

On peut considérer que dans certaines régions (Nioumakélé, Jimlimé) la surface réellement cultivable va en diminution. C’est-à-dire que l’accroissement démographique entraîne non seulement une réduction des terres cultivables mais également une diminution de la production locale.

2.2.1.2.  Explosion démographique 

L’espérance de vie ne dépasse guère 59 ans[18]. Aux Comores, la natalité reste en effet très forte, mais aussi la mortalité infantile est élevée et pouvant atteindre plus de 84/1000[19]. La conjonction de cette forte natalité et d’une mortalité encore très élevée explique la prépondérance des jeunes dans la population et l’allure très évasée de la pyramide des âges, comme dans la plupart des pays du Tiers Monde.

Environ 44%  de cette population ont moins de 15 ans, plus de 50% moins de 20 ans[20]. C’est-à-dire que la population active a à sa charge plus de la moitié de la population. De cette population active, une petite fraction seulement est salariée.

 Figure 5

Source : Conscience comorienne 1999,  Données de la crise, La pression démographique

Le taux d’accroissement de la population serait voisin de 2,7% par an (la population double son effectif tous les 26 ans). Cependant il est hors de doute que ce taux d’accroissement démographique représente une charge insupportable pour l’économie comorienne : les investissements nécessaires chaque année, ne seraient-ce que pour maintenir le niveau de vie (hôpitaux, salles de classe, transport, énergie, créations d’emplois, etc.) ne peuvent suivre cette progression.

 Figure 6


Source : Conscience comorienne 1999; Données de la crise, L'exiguïté du pays par rapport à sa population.

2.2.2. L’IMPACT DE LA TRADITION SUR LA PAUVRETE

Il est bien de noter que l’influence dont la tradition confère aux  « notables » est devenue virtuellement la seule voie d’accès vers la prééminence sociale et le pouvoir d’honneur aux Comores. Les coutumes règlent la plupart des problèmes de la vie quotidienne autour d’une valeur fondamentale : le respect de l’honneur.

Au sein d’un même village, les jeunes enfants sont repartis dès leur naissance en classes d’âges et parcourent les épreuves de la vie pour devenir peut être un jour des notables. Divers rites et cérémonies marquent les étapes pour permettre à l’individu de trouver une place dans la société.

Le mariage coutumier ou le Grand mariage, regroupe les notables et toutes les classes d’âges, hommes et femmes au cours des cérémonies qui durent une dizaine de jours. Ces cérémonies se réalisent suivant un ordre rituel (spectacle, danses et multiples festins). La famille du marié y présente l’or, du bétail, un trousseau à la mariée et régale tout le village, tandis que la mariée apporte de son côté, la maison conjugale.

En terme économique, le coût d’une telle fête est très élevé ; en moyenne autour de 30 millions de FC et peut aller, dans certains cas jusqu’à 80 millions FC. Les dépenses recouvrent la dot sociale (autour de 2 millions FC) qui est remise à la famille de la fille le dimanche, neuvième jour du mariage ; le don des tissus (de 2 à 3 millions). Le financement des danses, du spectacle du samedi soir tourne autour de 400.000 FC. Pour acquérir l’argent permettant de financer ces festivités, le futur marié doit travailler dur et épargner pendant plusieurs années.

On ignore le montant réellement dépensé au cours d’une année pour la réalisation de toutes ces cérémonies qui concernent surtout l’Île de la Grande-Comore et, dans une moindre mesure, Mohéli et Anjouan.

Néanmoins selon les informations officieuses on avance un montant de 5 à 6 milliards FC par an, et cela sur toute l’étendue du territoire. Ces dépenses coutumières (Grand mariage ou enterrement) sont souvent qualifiées d’ostentatoires ; elles ont toujours été critiquées allant même jusqu’à l’interdiction des cérémonies. Car une bonne partie de produits consommés (bétail, riz, sucre…) est importée. Cela continue à accroître le déficit de la balance commerciale.

On peut cependant remarquer que, non seulement l’interdiction de cette pratique n’a jamais abouti, mais au contraire qu’elle  se renforce avec le besoin d’affirmation identitaire actuelle.

Si le Grand mariage est considéré pour certains auteurs comme un instrument de redistribution du revenu, il est également sans doute un facteur d’appauvrissement car il détruit l’épargne des familles en limitant leur possibilité d’investissement.

2.2.3. INSTABILITE POLITIQUE

Force est de constater que 22 coups d’Etat et tentatives de coups d’Etat ont eu lieu en 28 ans d’indépendance. L’Etat comorien est caractérisé par une instabilité politique quasi-permanente, et une gestion économique et financière catastrophiques. Aucun des régimes qui se sont succédés aux Comores, n’a eu la chance de bénéficier du temps nécessaire pour  mettre en place une véritable politique de développement. Cet échec de la gestion économique et financière du pays se caractérise notamment par : 

-         une croissance irrégulière et faible du PIB ;

-         une balance des paiements déséquilibrée ;

-         un déséquilibre budgétaire permanent ;

-         des investissements publics insuffisants ;

-         un chômage très élevé qui frappe particulièrement les jeunes ;

-         une accumulation des arriérés de salaires impayés des fonctionnaires et difficulté de paiement de service de la dette ;

-         un pillage systématique des deniers publics et détournement de l’aide internationale ;

-         une augmentation de la pauvreté et des émeutes des populations des Îles.

Cette instabilité politique a eu pour résultat le retrait de certains bailleurs des fonds internationaux dans le financement de l’aide au développement, compte tenu du risque pays très élevé.

Conséquence de cela, la pauvreté s’accroît de plus en plus et surtout sur Anjouan ; les bidonvilles font leur apparition dans la capitale Moroni et la jeunesse, face à son avenir incertain.

C’est pour cela que la population de l’Île d’Anjouan a voulu se rattacher à la France afin de bénéficier un niveau de vie équivalent à celui de l’Île  de Mayotte dont le niveau de vie est cinq fois plus que celui des Îles de l’Union des Comores.

Alors que l’amélioration des cours des produits d’exportation pourrait enfin permettre une amélioration de la situation socio-économique, les incertitudes institutionnelles et politiques qui demeurent, notamment sur les modalités du partage des compétences entre l’Union et les Îles, risquent de perturber encore gravement l’économie comorienne.

2.2.4. LE POIDS DE L’UNION DES COMORES SUR L’ECONOMIE COMORIENNE

Il est nécessaire de rappeler que  depuis l’indépendance, les autorités centrales avaient négligé le développement de deux autres Îles sœurs au profit de l’Île où siège le gouvernement (Grande-Comore). A Anjouan par exemple, la plupart des régions sont enclavées (manque des infrastructures routières, électricité, téléphone ou même de l’eau potable).

Ces disparités entre les Îles ont favorisé l’émergence des mouvements séparatistes dans les années 90. Le pays a connu  les premières crises séparatistes avec la sécession de l’Île de Mohéli mais surtout celle d’Anjouan en 1997 qui voulait se retourner à la colonisation pour se rattacher à celle de Mayotte dont le niveau de vie est cinq fois supérieur à celui de l’Union des Comores.

Face à cette situation douloureuse, des conférences inter-îles avaient regroupé toutes les parties comoriennes en vue de mettre fin à la crise séparatiste. Il s’agit notamment de la conférence d’Addis-Abeba en Ethiopie du 13 décembre 1997 et celle d’Antananarivo dans la grande Île malgache le 13 décembre 1998[21] sous l’égide des observateurs internationaux : l’Organisation de l’Unité Africaine (O.U.A), l’Organisation des Nations Unies (O.N.U) et la Ligue Arabe. Ces rencontres n’ont pas pu déboucher sur une sortie de crise.

C’est ainsi que la République Fédérale Islamique des Comores vivra trois années durant dans un conflit inter-îles qui causa plusieurs pertes de vies humaines, des dégâts matériels considérables et surtout paralysa l’économie comorienne.

Il a fallu attendre la signature de l’accord-cadre de réconciliation nationale dénommée « Accord de Fomboni » réunissant d’une part le gouvernement comorien et d’autre part les différentes parties des Îles (Grande-Comore, Anjouan et Mohéli).

L’accord signé le 17 février 2001[22] à Fomboni sur l’Île de Mohéli a permis de construire un nouvel ensemble comorien « Union des Comores » qui répond adéquatement à la nécessité d’un partage du pouvoir entre l’ensemble des Îles, afin de permettre à celles-ci de concrétiser leurs aspirations légitimes, d’administrer et de gérer librement leurs propres affaires et de promouvoir ainsi le développement socio-économique.

Cependant, la nouvelle république « Union des Comores » est constituée d’un président d’Union et un gouvernement d’Union, en plus, un président et un gouvernement pour chaque Île autonome.

Les conflits qui opposent le gouvernement de l’Union et ceux des Îles autonomes sur les partages de compétences pénalisent dans ce cas toute reprise de la croissance économique. Ce qui entraîne une aggravation de la pauvreté.

Nous rappelons qu’une mission de la Banque mondiale s’est rendue récemment aux Comores dans le cadre de l’examen du Document de Stratégie de Croissance et de Réduction de la Pauvreté (DSCRP) en cours d’élaboration qui, devrait permettre au pays de bénéficier du dispositif d’allègement de la dette à titre d’Initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés).

Les responsables de la Banque mondiale attirent l’attention des dirigeants comoriens sur la gravité de la situation économique et sociale du pays. Pour illustrer les propos de la Banque mondiale, revenons à la structure gouvernementale : actuellement au Comores il y a 4 présidents et 30 ministres[23] contre 1 président et 12 ministres pour l’ancienne république.

L’existence des ces différents ministres, entraîne des dépenses importantes de fonctionnement ainsi que des voyages fréquents à l’étranger qui sont très coûteux ; cela absorbe pratiquement les ressources du pays. Donc l’Etat n’arrive pas à mobiliser le ressources nécessaires pour financer les services vitaux de la population tels que l’éducation, la santé, les travaux d’adduction d’eau ainsi que la construction des infrastructures ( routes, ponts…).

2.3.  LA DEVALUATION DE 1994 ; CATALYSEUR DE LA PAUVRETE AUX COMORES.

Il est bien de noter qu’au moment de l’indépendance, les ex-colonies françaises ont adopté des monnaies attachées au franc français par une parité fixe sous le nom  de Zone franc.

La « Zone franc » se divise en trois sous-régions monétaires dirigées par trois banques respectives : l’UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest Africaine) est dirigée par la BCEAO (Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest), la CEMAC (Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale) est dirigée par la BEAC (Banque des Etats d’Afrique Centrale) et enfin la BCC (Banque Centrale des Comores) pour l’Union des Comores.

Les enjeux d’un tel système sont évidents : la France a conservé des relations commerciales et financières très développées avec ses anciennes colonies. C’est aussi la meilleure façon d’assurer la sécurité  de ses relations et assurer une stabilité monétaire par le lien fixe entre le franc français et les autres monnaies de la Zone franc ; la parité fixe et la libre convertibilité sont assurées par le trésor public français.

Depuis 1999 et l’adoption de l’Euro par la France, cette réalité s’est étendue à toute la Zone Euro.  La parité entre Euro, franc CFA et le franc comorien a  été fixée à : 1 Euro = 655,957 FCFA = 491,96775 FC (franc comorien).

Cependant cette politique monétaire  est contre-productive. Pour attirer les capitaux étrangers vers les pays de la Zone franc, l’Union européenne pratique une politique de taux d’intérêt le plus élevé[24].

La politique du taux d’intérêt  appliquée par l’Union européenne dans les pays de la Zone franc (hausse du taux d’intérêt) pour attirer les capitaux étrangers est très néfaste à l’économie comorienne. Car elle implique un coût d’acquisition très élevé de crédit pour les petits entrepreneurs locaux. Cet obstacle empêche les petites et moyennes entreprises d’exister par manque de financement.

Ensuite, des relations commerciales des Comores avec les Îles de la sous-région se trouvent handicapées par sa monnaie forte : le franc comorien étant surévalué par rapport aux autres monnaies de la sous-région, les produits libellés en franc comorien deviennent trop chers sur le marché de la sous-région. Ce qui entraîne une perte de compétitivité.

Selon les accords entre la France et les pays de la Zone franc, la France pourrait décider unilatéralement la dévaluation du franc CFA ou comorien, lorsque les devises obtenues à partir des exportations s’avèrent insuffisantes par rapport aux importations.

C’est dans ce contexte que les pays de la Zone franc ont vu leurs monnaies dévaluées en janvier 1994 dans l’ordre de 50% pour le CFA et 33,33% pour le cas  des Comores. Du coup, 1 FRF qui valait 50 FCFA et 50 FC avant 1994, vaut maintenant respectivement 100 FCFA et 75 FC. Pour ce faire, les prix des produits importés ont augmenté d’autant, ce qui a entraîné un déficit aigu de la balance commerciale et une inflation  importée compte tenu de la faiblesse de l’adaptation de l’économie comorienne à la conjoncture. Il faut 75.000 FC pour importer un produit de 1.000 FRF, alors qu’il ne fallait que 50.000 FC avant la dévaluation.

C’est  précisément ce qui a affecté l’économie comorienne : les prix des produits importés ont augmenté de 33,33 % et celui du pétrole de 30%, tandis que l’indexation de salaire ne dépasse guère les 15%, ce qui aboutit à une chute du pouvoir d’achat de la population, d’où une augmentation de la pauvreté.

En outre, puisque le franc comorien a perdu les 33,33 % de sa valeur, l’importateur français peut acheter 1,5 kg de Girofle pour 10 FRF au lieu d’un seul kilogramme avant la dévaluation, ce qui contraint le pays à exporter 25% de plus de produits pour acquérir une même somme de devises étrangères. Cela aboutit à une dilapidation des ressources naturelles et des dégâts environnementaux considérables (déforestation, monocultures de rentes détruisant les terres cultivables…).

Deuxième partie :

LES MESURES DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETE

                                                                                                      

CHAPITRE  3 :  REVUE DES STRATEGIES PASSEES

3.1. CADRE MACRO-ECONOMIQUE

Suite à la dévaluation du franc CFA et comorien respectivement de 50% et 33,33% en 1994, les autorités comoriennes ont mené une politique budgétaire restrictive pour réduire les déséquilibres macroéconomiques afin d’empêcher une nouvelle dévaluation. Alors que l’inflation consécutive à la dévaluation, avait atteint 25%, les mesures  d’accompagnement initiées, ont permis de ramener le niveau à 5,5% en 1995 puis à 1,6% en 1997. Avec la sécession de l’Île d’Anjouan, les autorités comoriennes ont vu augmenter l’inflation à 4,4%[25] et une baisse du PIB réel par tête à hauteur de 2,3% jusqu’en 1999.

De nos jours, les autorités comoriennes envisagent de mettre en place le DSCRP (Document Stratégique de Croissance et de Réduction de la Pauvreté), qui permettrait  un allègement de la dette à titre de l’Initiative-PPTE (Pays Pauvres Très Endettés).

Avec la création du document « Comores : développement humain durable et élimination de la pauvreté  élément pour une stratégie nationale »  en 1997 et les institutions de financement du secteur rural, les autorités comoriennes ont montré leur volonté pour lutter contre la pauvreté.

Les études réalisées par le PNUD et le gouvernement comorien ont permis d’identifier le profil de la pauvreté absolue. La pauvreté est identifiée à travers les 3 Îles de la république des Comores. Ainsi, Anjouan se présente comme l’Île la plus défavorisée, suivie de celle de Mohéli. Pour  chaque Île, le milieu rural reste le plus touché par la pauvreté. Le  résultat de l’enquête a permis la mise en place d’un schéma directeur qui identifie les types d’interventions les plus pertinentes pour lutter contre la pauvreté et améliorer les revenus et les conditions de vie des populations défavorisées.

Trois axes d’interventions ont été retenus par le schéma directeur à savoir : l’intervention entre les Îles, le milieu rural et le milieu urbain.

Ainsi, toutes les interventions en faveur de la lutte contre la pauvreté ont été interrompues, suite aux crises séparatistes. Le gouvernement comorien au lieu de s’occuper de la réduction de la pauvreté, cherche à réconcilier les Îles.

Par ailleurs, les autorités viennent de finaliser  une première version du DSCRP-intermédiaire. Dans ce contexte de l’élaboration du DSCRP, un don a été offert par la Banque mondiale pour financer une assistance au gouvernement des Comores. L’objectif de ce don  est de renforcer la capacité du gouvernement à effectuer une analyse de la pauvreté, à mettre en œuvre une démarche participative pour l’élaboration de ses politiques, à effectuer un travail sectoriel et à exécuter son programme de   réduction de la pauvreté. Sur la base des grands axes de la stratégie de réduction de la pauvreté des Comores, quatre composantes suivantes seraient soutenues :

-         étude de la pauvreté ;

-         élaboration des programmes sectoriels de réduction de la pauvreté ;

-         renforcement du secteur participatif ;

-         préparation et exécution du programme de réduction de la pauvreté.

De nos jours, seule l’étude de la pauvreté a pu être réalisée aux Comores. Suite aux conflits institutionnels entre l’Union et les Îles, le processus de mise en œuvre du Document  Stratégique de Croissance Réduction de la Pauvreté a beaucoup perdu son dynamisme.

Malgré les difficultés politiques, le gouvernement comorien se bat à réduire la pauvreté par l’amélioration des infrastructures de base et le secteur social. C’est dans ce cadre que la construction du port de Mohéli financée par l’Union européenne et le gouvernement comorien a vu le jour en 1998. Ce port faciliterait le cheminement des produits vivriers de l’Île de Mohéli vers les autres Îles sœurs.

La construction de différentes routes dans les zones rurales (zones de Gnumakélé, Sima, Djando…) ont permis de désenclaver ces zones et de permettre aux paysans de vendre leurs produits sans difficulté mais aussi d’acquérir les produits importés à faibles coûts.

Dans le domaine social, la fourniture des services d’éducation et de santé  sont des investissements primordiaux pour l’Etat comorien ; la construction des différents établissements scolaires et des postes de santé ont permis aux groupes les plus démunis de scolariser leurs enfants mais aussi  d’accéder aux soins médicaux à un coût supportable.  L’Etat a intensifié aussi le programme de la lutte contre le paludisme et celui du planning familial pour réduire le taux de natalité.

3.2.  L’APPUI AU SECTEUR PRIVE

3.2.1.  Les moyens institutionnels mis en œuvre

Conscients de l’importance qu’occupe le secteur privé dans le développement économique du pays, l’Etat et plusieurs bailleurs de fonds ont créé des projets qui ont pour but d’encourager la création et le développement des entreprises. Il s’agit de :

-         la Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture des Comores  (CCIAC) ;

-         Appui à la Micro entreprise (AMIE) ;

-         Fonds National de Garantie (FNG).

§         La Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture des Comores  (CCIAC)

Elle a pour objet de :

-         encourager  la création des petites et moyennes entreprises ;

-         assurer pleinement le rôle d’interface entre le secteur privé et le pouvoir public ;

-         accentuer les actions de promotions et d’encadrement des entreprises comoriennes ;

-         aider le secteur privé comorien à participer aux mutations technologiques, économiques et commerciales en cours dans le monde ;

-         améliorer les actions d’accompagnement des entreprises comoriennes dans leurs initiatives d’intégration et d’ouverture vers  les marchés de la sous-région et du monde.

§         L’Appui à la Micro-Entreprise (AMIE)

Depuis l’an 2000 le PNUD et le Bureau International du Travail (BIT) ont mis en place un projet d’appui à la micro-entreprise (AMIE) qui a pour objet d’encourager la création des petites entreprises, d’octroyer à des conditions favorables des prêts à ces petites entreprises.

La première phase de ce projet fut un succès, car elle a bénéficié aux artisans, agriculteurs, pêcheurs et surtout aux femmes. Une seconde phase vient d’être mise en place dans le but de constituer de l’appui à la création et au développement de petites entreprises. Cette structure AMIE envisage de s’implanter dans les trois Îles pour pouvoir assurer des appuis de proximité aux petites entreprises comoriennes.

§         Fonds National de Garantie (FNG)

Créé par la loi N°95-016/AF du 7 juillet 1995[26], en remplacement du Fonds d’Assistance au Secteur Privé (FASP) qui a été institué par le PNUD et le BIT (Bureau International de Travail) en 1992 avec pour objectif d’accroître le volume du crédit par l’intermédiaire d’un système bancaire réceptif aux besoins des petites entreprises naissantes, le FNG a pour but de garantir les prêts bancaires aux petites entreprises.

Pour améliorer l’environnement juridique et judiciaire des affaires aux Comores, un nouveau code des investissements beaucoup plus libéral que celui de 1984 a été adopté en juin 1995 par le parlement, pour faciliter le développement des investissements privés dans le pays.

3.2.2. Les moyens financiers utilisés

Le développement économique des Comores passe entre autres par le développement du secteur privé. Ce dernier rencontre des difficultés dans son fonctionnement. Il souffre de plusieurs handicaps dont l’inadaptation dans la conception à la faisabilité des projets, d’une gestion  financière défaillante des entreprises, et surtout le manque d’information d’accès au  crédit bancaire. Celui-ci n’est accordé que par deux (2) établissements de crédits pour l’ensemble  du pays.

A cet effet, les conditions d’octroi de crédits sont restrictives et le taux d’intérêt demeure également  très élevé. Conséquence, les entreprises comoriennes sont  sous-capitalisées et font rapidement faillites, faute  des ressources suffisantes pour financer leur cycle d’exploitation ainsi que leur investissement.

En effet, on remarque deux sources financières aux Comores à savoir : les sources traditionnelles et les sources modernes

3.2.2.1. Sources Traditionnelles

§         L’autofinancement

Il englobe le financement endogène et le financement informel. Ces deux modes de financement se trouvent présents dans le secteur privé comorien.

Le financement endogène : il concerne les fonds propres (une épargne personnelle complétée par celle  des parents ou amis). Les comoriens préfèrent rassembler leurs maigres économies pour créer leurs entreprises.

En fait, les gens  n’ont pas l’habitude de s’associer avec d’autres personnes pour créer une entreprise. Dans la majorité des cas, ce sont des personnes de même famille ou des amis de longue date, qui regroupent leurs épargnes, collectées parfois après plusieurs années de labeur à l’étranger, pour démarrer leurs activités. Ainsi, il existe très peu de sociétés anonymes aux Comores. Les sociétés créées annuellement sont en majorité à responsabilité limitée (SARL) dont les parts sociales sont détenues par les associés d’une même famille.

Le financement par la Tontine : la tontine selon Larousse est l’association de personnes versant de l’argent à une caisse commune dont le montant est remis à tour de rôle à chaque membre ; montant de la caisse ainsi constitué. A travers cette définition, nous comprenons que la tontine soit une source de crédit sans intérêt, mais qu’elle n’est accessible qu’aux membres.

Cette source de crédit est caractérisée par sa nature  mutualiste qui assure sa survie. Cette technique de mobilisation de l’épargne personnelle ne se pratique qu’à court terme. Elle permet à l’épargnant de mettre régulièrement de l’argent de côté avec d’autres personnes, de disposer à un moment donné, d’une somme d’argent pour réaliser ses projets.

Par ailleurs, cette technique est très répandue aux Comores et  est couramment utilisée pour réaliser certaines dépenses souvent ostentatoires (Grand mariage, naissance, décès) ; pour ouvrir  une épicerie ; effectuer des voyages de commerce informel en France, aux Emirats Arabes Unis ou en Arabie Saoudite.

A côté de la tontine, il existe une autre source d’aide (solidarité). Lorsque  survient un événement extraordinaire dans un ménage (mariage, décès …), chaque membre de la communauté doit contribuer pour aider ce ménage. Cette aide  dont le montant n’est pas fixé est considérée comme une source de financement, mais  une source qui ne finance que la consommation.

§         Le financement externe

Il s’agit des crédits que les entrepreneurs, peuvent obtenir soit auprès des particuliers soit auprès  des établissements de crédits.

Les prêts entre particuliers : ce  sont des prêts moins utilisés aux Comores. On les qualifie d’intouchables à cause du taux d’intérêt mensuel très élevé et surtout de la crédibilité entre les particuliers. Puisque la dette peut s’accumuler, la contrainte n’est que morale. Le seul pouvoir qu’a le prêteur  c’est de mettre le débiteur dans l’impossibilité d’un  autre prêt, parfois même auprès d’un autre créancier.

Le crédit bancaire : les banques, sont les premières institutions de crédits aux Comores mais elles restent mal connues. La population considère que les banques ne sont que  pour les riches. Elles ne sont pas une source de financement mais plutôt un lieu d’épargne pour ceux qui ont un surplus de ressources financières. En plus, les institutions bancaires aux Comores sont limitées. Elles ne sont qu’au nombre de deux (2) : la  Banque de Développement des Comores (BDC) et la Banque pour l’Industrie et le Commerce (BIC).

La Banque pour l’Industrie le Commerce (BIC) : elle a été créée en 1982 pour succéder à la Banque Commerciale des Comores mise en liquidation. Initialement, son capital de 300 millions de FC était réparti entre la Banque Internationale pour l’Afrique de l’Ouest (BIAO 51%), l’Etat comorien (34%) et les privés nationaux (15%).

Cependant, en 1990, lors de la cession volontaire du réseau de la BIAO par son actionnaire majoritaire, la Banque Nationale de Paris (BNP) acquiert la BIC pour renforcer son réseau dans l’Océan Indien. Il s’agit de la seule banque commerciale aux Comores. En raison de son monopole, La BIC collecte la majorité des dépôts et octroie presque la totalité des crédits à court terme.

A cause de son taux de rémunération  ramené à 3%, ainsi que la grille des taux débiteurs qui demeurent  actuellement dans la fourchette de 11 à 18 %, de sorte que les petits et moyens épargnants ont d’énormes difficultés pour épargner ou bénéficier des crédits.

La  Banque de Développement des Comores (BDC) : elle a été créée en 1981 pour remplacer la Société de  Crédit pour le développement des Comores mise en liquidation en raison de sa mauvaise situation financière.

La loi n° 81-026/PR portant création de la BDC lui a fixé comme objectif  de contribuer au développement économique du pays à travers le financement à moyen et à long terme  des activités de production. Son capital de 300 millions de FC, est détenu par l’Etat (50%), la Banque Centrale des Comores (16%) ; le tiers restant est reparti en parts égales entre l’Agence Française de Développement AFD (16,7%) et la Banque  Européenne d’Investissement (16,7%).

La BDC intervient principalement dans les secteurs  de l’industrie, du transport et de l’habitat[27]. Les ressources de la BDC proviennent uniquement des lignes des crédits octroyés par les institutions internationales d’aides au développement. Près de 95% des crédits à long terme octroyés  aux Comores sont accordés par la BDC. Ces crédits concernant les secteurs d’industrie, d’hôtellerie, de l’artisanat, de l’agriculture.

§         Autres modes de financement des entreprises 

Les autres modes de financement des entreprises proviennent aux  recours des indemnités de licenciement ou de départ volontaire. En effet, les fonctionnaires qui ont opté pour le départ volontaire dans le cadre du programme  d’ajustement structurel (PAS) ou des salariés des entreprises publiques licenciés dans le cadre des mesures d’assainissement, comme le cas de la SNPT (Société Nationale des Postes et des Télécommunications) ; de l’EEDC (Electricité et Eau Des Comores) ou de la SOCOPOTRAM (Société Comorienne des Ports et des Transports Maritimes), utilisent leur indemnité de licenciement pour créer des entreprises. Parmi eux, une petite minorité réussit.

En effet, aucune étude n’a été menée localement pour dégager la part de ces types de financement. Mais compte tenu du nombre limité des établissements de crédits dans le pays et des conditions d’octroi de crédits rigoureuses fixées par ces établissement, il est évident qu’aux Comores ce mode de financement occupe une place prépondérante.

3.2.2.2. Les sources modernes

Dans l’idée de pallier aux insuffisances de sources traditionnelles  et de faciliter l’accès aux crédits aux pauvres, pour financer les secteurs (urbain et rural), le gouvernement comorien et les bailleurs de fonds ont encouragé la création des institutions de crédits modernes.

§         La Caisse Nationale d’Epargne (CNE)

D’après l’ordonnance N° 92-004/PR du 1er Août 1992 portant création de la CNE au sein de la SNPT (société des postes et de la télécommunication), la CNE a pour objet «la mobilisation de l’épargne populaire ». Selon cette ordonnance, «suivant l’évolution des ressources disponibles, elle peut être amenée à octroyer des crédits à sa clientèle ou à assurer sous forme de prêt, le financement de projet d’intérêt national ». En l’absence de gestion rigoureuse, la CNE a connu dans le passé plusieurs malversations. Ainsi près de 50% de dépôts étaient utilisés pour financer ces pertes.

§         Les « SANDUK » (caisses d’argent) et les Mutuelles d’Epargne  et des Crédits des Comores (MECK).

Deux réseaux sont mis en place aux Comores à partir de 1996 par le gouvernement comorien et des bailleurs de fonds internationaux (Fonds International de Développement Agricole FIDA et l’assistance  technique d’une ONG canadienne Développement International Desjardins DID) : les « SANDUK » et les Mutuelles d’Epargne et des Crédits des Comores (MECK). Ce sont des organismes qui ont pour objet d’aider les personnes qui ne peuvent pas accéder  aux crédits des institutions bancaires à cause des formalités juridiques et administratives complexes, mais qui ont la volonté de produire ou investir. Ce sont des sociétés à capitaux variables, associant des personnes volontairement réunies pour satisfaire leurs besoins économiques, sociaux et culturels communs au moyen d’une entreprise dont la propriété est collective et où le pouvoir est exercé démocratiquement  par ses membres qui  sont propriétaires-usagers.

Les finalités de ces sociétés sont : favoriser l’émergence aux Comores  d’un véritable réseau autonome d’institutions, mutualistes, capables d’améliorer de façon significative l’intermédiation financière en milieu rural et garantir sa pérennité. Elles doivent être  en mesure de collecter l’épargne, de la faire fructifier et de  la rétrocéder pour financer des initiatives économiques de base pour la population.

De nos jours douze (12) Mutuelles d’Epargne et des Crédits sont en exercice (6 en Grande-Comore, 5 à Anjouan et 1 à Mohéli). L’ensemble des mutuelles au 31 décembre 1998 disposait de 1810 membres. L’épargne collectée à ce moment était de 258 millions de FC.

Ces mutuelles ont connu une progression fulgurante au cours des deux premières années de leur mise en place. Toutefois, le non paiement par le gouvernement comorien des fonds  de contrepartie au FIDA en 1998 a conduit  au retrait de l’assistance technique du DID. Cette situation se répercute négativement sur les activités des mutuelles. Certains d’entre elles ont acquis une autonomie financière et les responsables cherchent d’autres bailleurs de fonds  tels que AFD, PNUD, et la Banque mondiale.

§         Fonds d’Appui au Développement Communautaire (FADC)

Le FADC est un fonds social mis en place par le gouvernement comorien avec l’appui de la Banque mondiale. Il fonctionne comme un organisme à caractère public doté de la personnalité morale jouissant d’une autonomie administrative et financière. De par son statut d’institution financière, il est chargé d’apporter une assistance financière, technique et matérielle aux communautés villageoises et aux quartiers défavorisés des villes.

Objectif :

-         apporter un appui technique et financier aux communautés dans le cadre du développement socio-économique  des Comores ;

-         prendre part à la lutte pour la réduction de la pauvreté  en soutenant l’amélioration des conditions de vie des populations les plus démunies ;

-         fournir un concours financier aux communautés pour la construction et la rénovation des infrastructures de base ;

-         Pérenniser les infrastructures de base en mettant en place  un mécanisme  de gestion durable afin de permettre aux communautés de se prendre progressivement en charge.

Programmes :  le FADC a pour mandat de mettre en place un programme  d’action social en faveur des communautés dans les domaines suivants :

-         infrastructures sociales (écoles, postes de santé et adduction d’eau) ;

-         infrastructures productrices ou d’appui à la production (entrepôts , marchés…) ;

-         infrastructures de développement (pistes, ponts, digues…) ;

-         infrastructures pour protection d’environnement ;

-         activité génératrice des revenus (entreprises communautaires).

Cependant, le village bénéficiaire du projet doit participer à hauteur de 20%  au coût d’investissement. Des taux plus faibles étant appliqués aux communautés préalablement identifiées comme pauvres. Le village doit prendre en charge le coût d’entretien et frais récurrents ; l’ensemble de la communauté doit participer à l’entreprise. Les tableaux ci-dessous indiquent les plans d’action du FADC  2000-2001.

Tableau 4 : Construction des infrastructures de base 2001

Iles

Population

Nombre de projets

Coût en FC

Grande-Comore

104.650

68

2.046.641.239

Anjouan

68.120

30

   790.270.150

Mohéli

64.213

35

   780.812.083

Comores

236.983

133

3.617.723.472

Tableau 5 : Projets d’activité génératrice de revenu

Iles

Nombre de projets

Montant en FC

Grande-Comore

35

    65.000.000

Anjouan

27

   50.000.000

Mohéli

18

  35.000.000

Comores

80

150.000.000

Source : Agenda des Comores 2002, Le FADC plan d’action 2001

Au cours de cette 2ème phase (2000-2004), le FADC a prévu la réalisation de 240 sous-projets d’infrastructures de base, 205 sous-projets d’activités génératrice de revenus et 40 sous-projets de renforcement de capacités. L’ensemble de ce programme doit créer 810 emplois permanents et 4800 emplois temporaires.

Aux Comores, la population a une ancienne tradition : l’organisation d’initiatives de développement local. C’est pourquoi le FADC a adopté le concept de développement communautaire qui lui a permis de faire adhérer les communautés aux objectifs fixés, à un commun accord et arriver à un succès indéniable auprès des bénéficiaires. Cette conception du développement socio-économique trouve ses racines dans l’approche participative qui privilégie l’implication des bénéficiaires  dans toutes les phases du cycle du projet.

3.2.3. Revenu des Comoriens de l’étranger

On estime à plus de 100.000 c’est-à-dire le 1/6ème de la population totale, le nombre de comoriens vivant à l’étranger. Ces migrations engendrent des transferts d’argent réguliers qui servent  à financer, en majorité semble-t-il, la réalisation de projets communautaires, la construction de logements familiaux, et le financement des cérémonies de Grand mariage.

La balance courante a enregistré en 2001 un montant de 14 milliards FC en entrée de capitaux privés. Une analyse plus fine montrerait sans doute que la majorité des 14 milliards provient de transferts familiaux.

Cependant, on connaît mal le montant réel des entrées puisqu’une bonne partie d’entre elles transite hors circuits financiers officiels. Elles rentrent sous forme de liquidités au porteur, et sont, par la suite intégrées dans des circuits informels, par le biais des tontines, ou directement thésaurisées dans les familles, au travers le système des prêts interindividuels réciproques du Grand mariage.

Par ailleurs, des grandes différences existent entre les îles à ce sujet. L’enquête « Budget-consommation » montre que les transferts sont surtout importants en Grande-Comore puisqu’ils vont jusqu’à 20%  du revenu de la population. En effet, les habitants de cette Île ont tendance à beaucoup émigrer vers la France. Par contre, l’Île de Mohéli et celle d’Anjouan ont des populations qui émigrent moins à l’étranger ; ce qui fait que leurs transferts représentent respectivement 5% et 3% du revenu. 

On trouve dans la plupart des villages, des associations ayant pour objectif de réaliser des projets culturels, sociaux et, plus récemment, économiques. En milieux urbains, des association privées, par exemple pour la défense de l’environnement ou des chaînes audiovisuelles associatives, contribuent au fonctionnement de la vie citadine.

Ces associations gèrent notamment dans le but d’aménagement communautaire, les fonds provenant de la diaspora comorienne ou de bailleurs de fonds dans le cadre du développement local ou de la protection de l’environnement.

C’est sur cette base qu’ont été mises en place, des institutions comme le Fonds d’Appui au Développement  Communautaire (FADC) qui finance la réalisation de petits projets ou les « Sanduks » (caisses d’argent) gérées  par les communautés villageoises pour financer leurs projets. Ces deux institutions ont facilité aux communautés la lutte contre la pauvreté en réalisant des projets sans conflits familiaux et sans blocages structurels.

3.2.4. Apport du secteur informel

Le secteur informel regroupe généralement les personnes qui n’ont aucune formation intellectuelle, les personnes déçues par le secteur de l’économie moderne, n’ayant pas obtenu ou ayant perdu leur emploi.

Ce secteur est caractérisé surtout aux Comores par des petits commerces inter-îles ou d’import-export. Il s’agit des petites activités familiales ou individuelles. Par son dynamisme ce secteur participe activement à la lutte contre la pauvreté. Il emploie une grande main d’œuvre, distribue des revenus élevés, offre sur le marché, des biens et services, et répond aux besoins d’une large couche de la population, surtout la plus démunie.

Ce secteur fourni d’une manière générale de :

-         fournitures scolaires ;

-         produits alimentaires ;

-         médecine traditionnelle ;

-         bijoux et produits cosmétiques.

Au regard de la structure de l’économie nationale, le secteur informel constitue un enjeu stratégique indispensable pour le développement et la lutte contre la pauvreté. Pour cela, son encouragement est indispensable.

D’une manière générale, le secteur privé comorien ne bénéficie pas les structures administratives et financières adaptées qui facilitent leur financement. Le recours aux crédits par le biais des institutions bancaires n’est toujours pas ancré dans les mentalités des entrepreneurs comoriens et surtout en milieu rural. Ceux qui ont pris le crédit bancaire ou mutuel, par manque d’encadrement, ont mal orienté leurs ressources et finalement ils sont tombés en faillite.

A cet effet, il est nécessaire de mettre  en place des établissements des crédits spécialisés notamment pour les agriculteurs et les artisans, pour  permettre aux entrepreneurs  comoriens d’avoir une gamme des crédits adaptés à leur besoin. Les entrepreneurs doivent de leur côté restructurer leur méthode de travail et l’organisation  administrative et financière de leurs entreprises, en recrutant un personnel qualifié afin de mieux concevoir leurs projets et rentabiliser  ainsi leur investissement.

3.3.  POLITIQUES SOCIALES ET LUTTE CONTRE LA PAUVRETE

Le gouvernement comorien cherche toujours à répondre aux objectifs exprimés notamment dans le cadre d la campagne de «l’éducation pour tous ». Toutefois, vu les contraintes institutionnelles et surtout financières (impôts et emprunts), la part de l’éducation et de la santé dans le budget national ne dépasse pas les 15% et 3%[28] respectivement.

A l’instar de ce qui se passe dans d’autres pays à faible revenu, la plus grande partie du budget de fonctionnement est consacrée au paiement des salaires. Cette situation, rend nécessaire une importante contribution des ménages et des communautés pour permettre un meilleur fonctionnement des services d’éducation et de santé. Il convient également de souligner que les dépenses d’investissement pour ces secteurs sont financés intégralement par les bailleurs de fonds internationaux.

3.3.1.  Politique éducative

l’analyse préliminaire du budget et des dépenses effectuées montre que le secteur de l’éducation occupe une place de choix dans le budget de l’Etat. En terme de répartitions de différents niveaux, il apparaît que la plus grande partie des dépenses éducatives de l’Etat, environ 40%, est affectée au niveau du primaire.

Toutefois, les efforts du gouvernement et participation des parents et des communautés sont freinés par l’inefficacité du système. Les données plus récentes au niveau national font état d’un taux net de scolarisation de 60%[29], et seulement la moitié des inscrits (32%) atteignent le CM2(cours élémentaires deuxième année).

Ces obstacles sont liés en grande partie au faible niveau de qualification de nombreux enseignants, l’absence du matériel  et manuel pédagogique et surtout aux grèves successives et fermetures d’écoles dues aux arriérés des salaires qu’accuse le pays.

Certes la forte concentration des enseignants  payés par l’Etat dans certaines zones des îles est source d’iniquités dont souffrent les zones rurales pauvres. Là, les communautés villageoises sont contraintes de prendre en charge elles-mêmes les salaires d’enseignants recrutés localement, voir contribuer aux constructions des salles de classes.

3.3.2. Politique sanitaire

En matière de santé publique, les Comores ont fait en 20 ans des progrès incontestables, si bien que l’espérance de vie à la naissance est passée de 47 ans en 1980 à 59,4  ans en 2001 ; la mortalité infantile  qui était estimée à 250‰ en 1980  se situe aujourd’hui à 84‰. la couverture vaccinale est passée de 25% en 1984 à 91%  en l’an 2000[30] ; de plus, les incidences du paludisme, de la lèpre et de la tuberculose ont fortement diminué.

Pourtant le financement du secteur apparaît inadéquat par rapport aux besoins de la population. Cependant une allocation de 3% du budget dont  les trois quart  sont  alloués aux salaires, il serait plus difficile de faire face au  maintien des infrastructures sanitaires compte tenu de l’accroissement inquiétant de la population.

En outre, seul un tiers du personnel de la santé est réellement qualifié. Ce dernier se trouve dans la majorité des cas en  concentre en milieu urbain au détriment des zones les plus défavorisées.

Enfin, une grande partie de la population, surtout les plus démunis n’ont pas accès aux soins primaires, étant dans l’incapacité de payer les frais de consultation ou  d’achat des médicaments.

3.3.3.  Contradictions de l’évolution de la fécondité

Tandis que le taux de mortalité poursuit son déclin, la natalité comorienne n’accuse jusqu’à présent aucune baisse véritable. La fécondité ne laisse en effet apparaître aucun signe de ralentissement et la pyramide des âges, très évasé par le bas, indiquant une forte proportion des jeunes. Il n’y a, dans ces conditions, aucune raison d’admettre qu’on assistera à un ralentissement de la pyramide démographique malgré tous les efforts faits par le gouvernement comorien, le Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP) ainsi que des ONG étrangères, en matière de planning familial.

Si la transition démographique est beaucoup plus lente à se manifester aux Comores comme dans beaucoup de pays africains, cela tient à la forte pression sociale en faveur de la natalité. Cette attitude profondément nataliste concerne pratiquement toutes les couches de la société, à l’exception d’une petite frange urbaine scolarisée qui exprime un désir de limitation de naissances. L’influence du slogan « la richesse d’un pauvre c’est ses enfants », mais aussi de voir un certain nombre d’enfants en âge adulte compte tenu du risque de décès, puisque dans le milieu rural, la main-d’œuvre est souvent le seul intrant sur lequel on puisse investir pour améliorer la production et les revenus et pour diversifier  les sources de revenu en organisant le départ de certains membres de la famille vers d’autres activités (fonction publique, émigration…).

Pourtant, si l’objectif des couples est bien de voir un nombre d’enfants venant au monde atteindre l’âge d’adulte, la diminution de la mortalité infantile grâce au progrès technique de la médecine comme la vaccination, la réhydratation, ou le traitement des eaux, le taux brut de natalité devrait à moyen terme diminuer. Or, l’incidence de la fécondité reste aux Comores de 5 à 6 enfants par femmes. Cependant, le progrès de la médicine et les campagnes du planning familial n’étaient sans doute pas assez forts pour ébranler eux seuls le comportement des ménages.

Par ailleurs, un changement ne pourrait  s’effectuer qu’avec une modification significative de niveau de vie et des conditions d’existence (avoir des lieux de loisir à moindre coût).

CHAPITRE  4 :  NOUVELLES OPPORTUNITES DE CROISSANCE

Tout pays dont l’ambition est de sortir du sous-développement a besoin de se projeter dans l’avenir, il doit en conséquence avoir un pressant besoin d’adopter des stratégies, des plans et des programmes ; c’est-à-dire, fixer des objectifs clairs, recenser les atouts et les handicaps de l’économie et proposer des politiques socio-économiques susceptibles d’atteindre ces objectifs.

Dépourvues de richesses minérales, et même dénuées de technologie industrielle, les Comores sont loin d’être aussi pauvres : le pays possède de potentialités appréciables qui restent encore mal connues.

Malgré l’étroitesse des terres cultivables, les sols Comoriens sont très fertiles, ils sont abondamment arrosés par les pluies. Ces sols ont des propriétés particulières :

-         très forte capacité de rétention de l’eau (jusqu’à 300% du poids sec) ;

-         très forte teneur en matière organique (pouvant atteindre plus de 40%)[31].

Selon les études, l’Île de Mohéli serait propice à la culture vivrière ; par contre, les deux îles sœurs, les cultures de rente (la Grande-Comore produit la Vanille ; et Anjouan, le Girofle et l’Ylang-ylang).

Le pays dispose d’importantes ressources halieutiques estimées à 85.000 tonnes par an[32]. Mais, c’est en définitive, le secteur du tourisme qui semble détenir les plus fortes potentialités de croissance. Les centaines de plages, les différentes sites touristiques, les espèces très rares, les Comores possèdent un atout touristique.

L’archipel, de par sa position géographique, présente des avantages certains, pour faciliter les échanges entre le continent africain et l’île Malgache, voire les autres îles de l’océan Indien, les quelles jouent un rôle très actif dans le commerce  international (voir la carte géographique).

Dans notre stratégie de lutte contre la pauvreté, l’objectif est la réduction significative et durable de la pauvreté, et placer le pays sur la voie d’une croissance économique et un développement durable. Il s’agit, d’augmenter les revenus de ménages, d’améliorer leur état de santé, le niveau d’éducation ;  bref, améliorer les conditions de vie de la population et particulièrement les plus démunis.

Pour réaliser l’objectif visé de notre étude, il est à envisager une stratégie de développement qui s’articule sur deux (2) axes principaux :

-         Accélération de la croissance économique en appuyant sur les secteurs porteurs de croissance ;

-         Le développement des infrastructures et services de base.

4.1. APPUYER LES SECTEURS PORTEURS DE CROISSANCE

Seule une forte croissance permettrait d’augmenter la richesse nationale, résorber le chômage et réduire les inégalités. Si l’on considère comme seuil de pauvreté le montant de 167.000 FC, on peut estimer à partir des données de l’enquête à 21.819 millions FC[33], le montant de revenus supplémentaires qu’il faudrait distribuer directement aux pauvres pour hausser leur revenu au niveau de ce seuil. Etant donné que le PIB courant s’élève à 121.300 millions FC, ce montant de 21.819 millions FC à distribuer représente 18% du PIB. Il traduit, en fait, l’effort minimum de création de richesse nouvelle ou de redistribution  de la richesse existante, qu’il faudrait pour éradiquer la pauvreté. Ce montant supposé de redistribution donne un ordre de grandeur de l’effort à entreprendre.

Or, l’augmentation du PIB de 18%, en supposant que la population est constante, peut être réalisée par une croissance annuelle de 1,8% pendant une décennie (10 ans). Sachant que la population augmente de 2,7% par an, il faudrait que la croissance réelle du PIB avoisine les 4,5% par an pendant 10 ans.

En veillant cependant à ce que les fruits de cette croissance profitent en priorité à ceux qui sont plus pauvres dans les différentes Îles, les milieux urbains et ruraux, et les catégories de ménages, on pourrait obtenir une forte réduction de la pauvreté  à une décennie. Des actions ciblées, orientées vers les plus pauvres demeureront toujours nécessaires, pour assurer une redistribution efficace des fruits de cette croissance.

4.1.1. INTERVENTION EN MILIEU RURAL

4.1.1.1. Agriculture

Dans cette nouvelle politique de lutte contre la pauvreté, plusieurs facteurs militent en faveur d’une croissance économique portée par le secteur  rural (agriculture, élevage, pêche et tourisme). En effet, cette stratégie est plus importante du fait que près de 71,5%[34] de la population vivent en milieu rural et dont 55%  en dessous du seuil de la pauvreté. Le milieu rural constitue le principal pourvoyeur de revenus de la population car il emploie près de 80% de la population active comorienne. Donc le défi de réduction de la pauvreté dans l’archipel équivaut dans une large mesure à celui du développement accéléré du milieu rural.

D’importants investissements nationaux et étrangers ont été mis en place pour assurer la mise en œuvre des objectifs dans le cadre des différents programmes et des projets de développement. Cependant, les approches diverses et manque d’infrastructures de base ont limité les investissements privés et n’ont pas permis la modernisation du secteur et le dynamisme nécessaire à la réduction de la pauvreté.

Les principaux objectifs visés par la politique de développement rural sont les suivants :

-         Améliorer du revenu de la population rurale ;

-         Améliorer la production vivrière et assurer la sécurité alimentaire ;

-         Préserver les ressources  naturelles.

Pour atteindre ces objectifs fixés, cinq principes de développement ci-après sont nécessaires :

1.      La société doit pouvoir atteindre un équilibre nutritionnel et sanitaire. L’intégration systématique des investissements sociaux (amélioration de l’habitat, soins de santé primaires, hygiène de base, école de brousse, centre de formation) dans la préoccupation de développement rural doit être obtenu afin de réduire les inégalités par rapport aux zones urbaines.

2.      La société rurale doit disposer d’un espace économique suffisant, garanti au plan foncier. Le développement de l’agriculture ne pose pas que des problèmes techniques ; souvent, il se heurte au pouvoir des propriétaires terriens. Ces inégalités dans la répartition des terres et des conditions de vie poussent à des revendications des populations. Les règles de fermage et métayages  ne permettent pas l’acquisition d’un revenu acceptable pour les paysans compte-tenu  de la part considérable des revenus générés par les semences et perçus par les propriétaires des terres souvent sédentaires des milieux urbains. C’est pour cela, des reformes agricoles (reformes agraires) sont nécessaires pour encourager les paysans. La reforme agraire : selon le lexique économique, « c’est une politique économique de nature culturelle qui sert à modifier la répartition des terres en réduisant la concentration de la propriété foncière » ; c’est-à-dire les paysans sans terre doivent les acquérir pour qu’ils puissent bénéficier de la totalité des retombées qui proviennent de leurs cultures ; la propriété foncière constitue une garantie pour les paysans : le Slogan : « la terre à ceux qui la travaillent ».

3.      A côté de la sécurisation foncière, cet espace doit être rendu viable par le système des prix des facteurs de production et l’accès aux crédits ruraux 

4.      La société rurale doit pouvoir défendre cet espace en s’organisant sur une base paysanne (associations villageoises, groupements de producteurs, coopératives ou organisations professionnelles agricoles) et en pesant dans les rapports politiques.

5.      Enfin, elle doit pouvoir exploiter l’espace par l’accès à un panel diversifié de techniques culturales, d’outils agricoles et d’instants biologiques qu’il lui soit adapté. Dans ce domaine aussi, seul un transfert effectif des responsabilités aux instances villageoises peut permettre une réelle action de réhabilitation du capital foncier et de lutte contre la dégradation écologique.


Source : BAYO Abdoul-karim, Economie du développement, Cours de l’Université de  Kofi Annan, 2003

§         Le renforcement des systèmes de productions

Les défis à relever en matière de production sont considérables. Pour accroître le

 revenu rural, la production devrait être aussi augmentée. Face à ces besoins et compte-tenu de la contrainte d’espace cultivable, le choix concernant les systèmes de production doit inévitablement s’effectuer en vue de parvenir à une intensification de l’agriculture, il s’agirait de fertiliser les sols par des engrais ou produire des variétés à haut rendement.

Pour arriver à ces buts, le renforcement et l’amélioration de la qualité et de l’efficacité des services et d’infrastructures de base  sont nécessaires, à savoir :

-         l’accès à l’eau potable ;

-         bénéficier des soins médicaux nécessaires (poste de santé, médicaments à bon prix) ;

-         la construction et le maintien des infrastructures rurales(routes, pistes rurales, quai d’embarquement de marchandises) ;

-         avoir des magasins des stocks des marchandises ;

-         l’accès à l’électricité et les moyens de communication.

Ainsi ces mesures pourront inciter les paysans à produire beaucoup plus en leur facilitant l’écoulement de leurs excédents vers les marchés de consommation urbains.

§         Sécurité alimentaire

Le programme de sécurité alimentaire vise à réduire la dépendance vis-à-vis des importations. Il doit assurer la protection tarifaire des produits locaux, le soutien logistique et l’équilibre entre les produits locaux et les produits importés. Ces actions concernent l’augmentation directe de la production par les moyens agronomiques c’est-à-dire l’augmentation de la productivité. En plus, l’amélioration du réseau de distribution et de commercialisation des produits alimentaires est nécessaire. Cette action facilitera la distribution des surplus vivriers locaux à un coût très faible. Donc, le prix des produits locaux va concurrencer celui des produits importés.

4.1.1.2.  Améliorer la pêche

La production en matière de pêche aux Comores ne dépasse guère les 4.500 tonnes par an. Or la présence dans ces eaux de deux courants marins de nutrition et de reproduction ainsi qu’un phénomène «d’upwelling» expliquent l’abondance des Thons sur les mers comoriennes ; rien que dans un rayon de 50 kilomètres  autour de l’archipel.

Avec une potentialité de 85.000 tonnes par an, le pays pourrait assurer sa consommation et même exporter sur les marchés internationaux (exemple au Japon, premier consommateur du Thon).

Aujourd’hui, plusieurs projets de développement (en collaboration avec le Japon, et Union européenne) visent à améliorer les techniques traditionnelles de pêche, mais surtout d’installer une pêche industrielle sur l’archipel. Cependant, le manque d’énergie électrique et l’instabilité politique ne permettent pas ces projets de voir le jour.

Pourtant, une pêche industrielle et une conserverie pourraient réduire les importations en matière de protéines, créer de l’emploi et redistribuer des revenus aux pauvres. A cet effet, des mesures nécessaires doivent être mises en place pour inciter les investisseurs privés d’exploiter le secteur ; il s’agirait de :

-         assurer la paix dans le pays ;

-         fournir une énergie électrique suffisante et stable ;

-         améliorer les moyens de communications.

4.1.2.  CREATION D’UN PORT FRANC

Selon le lexique économique, un  port franc appelé aussi zone franche est un « espace économique enclavé, délimité géographiquement  ou sectoriellement, bénéficiant de  privilèges dans le domaine fiscal et des contraintes réduites pour les réglementations et procédures administratives ». Cependant, ce projet est devenu un véritable serpent de mer puisque le géographe français A .Gevrey le mentionnait déjà depuis 1870[35].

Néanmoins de par leur position géographique, les Comores présentent des avantages pour  faciliter le commerce régional. Les marchandises étrangères peuvent transiter ou pénétrer dans le territoire sans formalités ni paiement de droits, ou bien des entreprises étrangères peuvent s’installer et profiter d’exonération en matière d’impôts. Du fait que la plupart des bateaux provenant de l’Asie et des pays du Golf passent dans le Canal de Mozambique pour se rendre en Afrique du Sud et en Amérique Latine, les Comores peuvent bénéficier beaucoup d'avantages multiples notamment, la création massive d’emploi.

Avec une main d’œuvre abondante, l’Île d’Anjouan serait le lieu propice à la zone franche. Cependant, sa réalisation demande un certain nombre de conditions préalables qui sont actuellement guère présentes aux Comores. Ce sont :

-         la stabilité socio-politique ;

-         la volonté d’entreprendre ;

-         une main-d’œuvre qualifiée aux travaux industriels ;

-         des communications faciles ;

-         une énergie électrique stable.

Les Comores doivent prendre des exemples des zones franches qui existent et qui sont dynamiques pour leur développement. Nous pouvons citer quelques zones franches comme celles de l’Île Maurice, la Tunisie et le Singapour.

4.1.3. LES MICRO-CREDITS ET L’EMERGENCE DES PME/PMI

Conscients de l’importance que révèlent les micro-entreprises dans l’économie nationale, dont la plupart dans le secteur informel, les PME  constituent un enjeu stratégique indispensable pour le développement économique et la lutte contre la pauvreté.

A cet égard, l’émergence de ces PME doit permettre à atteindre des objectifs comme suit :

-         contribuer à la croissance économique ;

-         favoriser l’emploi à la population, surtout aux pauvres ;

-         élargir l’assiette fiscale ;

-         adopter  la stratégie de substitution aux importations ;

-         faire rentrer des devises ;

-         encourager les femmes à participer aux activités économiques.

En effet les résultats de  l’enquête qualitative du « Budget-consommation », ont montré que le premier souhait des pauvres était de trouver un emploi ; monter des projets correspondant à leurs capacités  afin d’obtenir un revenu et sortir de l’état de pauvreté absolue. Cela veut dire, par exemple, pour le paysan sans terre d’Anjouan, d’avoir un terrain pour cultiver ; pour l’agriculteur de Mohéli, d’avoir un moyen de transport vers les autres Îles ; pour la femme, chef de ménage, de pouvoir entreprendre un petit commerce ou créer un atelier (couture, coiffure …).

Comme il a été dit lors du sommet sur les micro-crédits à Washington  en février 1997 : « On a constaté que prêter aux plus démunis  permet la création d’emploi ; ce qui permettrait à une personne de sortir de la pauvreté. La création de ce nouvel emploi stimule le développement économique local et allége le fardeau de l’Etat, qui doit souvent prendre en charge ces démunis.»[36].

Autant d’exemples signifient à penser qu’avec les petits financements de démarrage il serait possible de multiplier les activités qui permettent aux pauvres de se prendre en charge  afin d’améliorer leur niveau de vie.

A cet effet les gouvernements doivent envisager des mesures d’élargissement de l’offre des services financiers, à travers une meilleure couverture géographique du pays, l’installation des micro finances dans les zones d’extrême pauvreté notamment à Anjouan, augmenter le plafond de crédit octroyé en vue de satisfaire les besoins croissants de financement du milieu rural ; mettre en place des établissements spécialisés, au service des agriculteurs et des artisans.

Cependant, seul le crédit ne  pourrait suffire d’encourager la création des micro entreprises. Par ailleurs les gouvernements doivent créer un environnement favorable pour faciliter et sécuriser l’investissement. Il s’agit alors de :

-         assurer la stabilité socio-politique ;

-         sécuriser les investissements nationaux et étrangers ;

-         fournir de l’énergie électrique stable ;

-         construire des infrastructures de base (ponts, routes, ports…) ;

-         organiser des formations de création et de gestion d’entreprise ;

-         adapter le programme d’étude au besoin du marché ;

-         créer un guichet unique de formalités afin de réduire les coûts et la durée des opérations ;

-         baisser le capital minimum pour investir.

4.1.4.  AMELIORER LE DOMAINE TOURISTIQUE

Avec ces multitudes de plages, îlots et d’autres sites touristiques, le secteur du tourisme aux Comores occupe une place de choix dans le développement socio-économique. Néanmoins, ce secteur rencontre beaucoup de difficultés pour arriver aux résultats escomptés. Ces difficultés sont entre autres :   

-         l’influence de la religion aux affaires de l’Etat ;

-         l’insuffisance de liaisons nationales et internationales ;

-         des tarifs aériens prohibitifs ;

-         une économie non bancarisée ;

-         manque d’infrastructures et services de base (routes, aménagement des sites touristiques, électricité, télécommunications) ;

-         et surtout une instabilité politique qui règne dans le pays.

Ces insuffisances institutionnelles et structurelles ont paralysé le secteur. De nos jours, le plus grand complexe balnéaire des Comores « GALAWA BEACH» géré par des investisseurs sud-africains s’est trouvé dans l’obligation de suspendre ses activités, à cause de l’instabilité politique qui règne dans le pays mais surtout de  l’absence d’énergie électrique causant une augmentation des charges d’exploitation des entreprises comoriennes.

Pourtant, plusieurs autres secteurs, du nombre desquels le tourisme peut courir à la dynamique économique et sociale du pays notamment, dans le domaine de l’artisanat et la culture. C’est pourquoi, une politique active devrait être encouragée pour améliorer ce secteur. Dans ce contexte, le gouvernement devrait fixer comme objectif :

-         contribuer à la mobilisation de devises ;

-         créer de l’emploi et une large redistribution de revenu ;

-         contribuer à l’accélération de la croissance économique ;

-         favoriser l’émergence du domaine artisanal et culturel.

Par ailleurs, ces objectifs ne peuvent pas être atteints sans l’amélioration des moyens nécessaires tels que :

-         aménagement des sites touristiques ;

-         allègement fiscaux du secteur ;

-         les moyens de transport avec l’extérieur, entre les îles et au sein des îles ;

-         les moyens de télécommunications ;

-         la sécurité des touristes ;

-         protection de l’environnement et des monuments culturels ;

-         construction et maintien des infrastructures d’accueil ;

-         le marketing touristique à travers l’Internet et la télévision ;

-         organisation des associations culturelles villageoises et privilégier le contact des touristes et des populations rurales.

Si nous voulons, tout à la fois, préserver l’environnement naturel et la culture traditionnelle, il faudrait que le type du tourisme envisagé soit compatible avec les actions de protection de la nature. Cette forme de tourisme souvent appelée « éco-tourisme » ou tourisme écologique s’intègre dans le double objectif : développement durable, car il respecte l’environnement naturel et culturel, et de réduction de la pauvreté car les retombées économiques qu’il suscite touchent directement les populations locales.

4.1.5. DYNAMISME CULTUREL

On a souvent dénoncé la tradition du grand mariage, en raison d’un certain nombre d’inconvénients, qui peuvent se ramener à deux arguments clés. A titre individuel, on y voit le risque d’un endettement à vie. A titre collectif, on critique le fait que le capital lentement accumulé n’est pas placé  à sa rentabilité optimale pendant la période de l’épargne et que les dépenses occasionnées sont ostentatoires et tourner vers l’extérieur au détriment de la production locale.

Pourtant, il serait possible sans difficulté majeure, de réduire ces inconvénients en instituant des mécanismes de financement appropriés qui pourrait couvrir le risque inhérent au système actuel. Avec des fonds provenant des diasporas comoriennes, les zones rurales pourraient les utiliser à travers les associations pour créer de l’emploi en installant des petites unités de productions villageoises.

On peut songer également d’instaurer en banque des « Comptes spéciaux de grand mariage » pour subventionner l’achat de produits locaux. De plus, l’organisation de concours primés de produits artisanaux exceptionnels, l’ouverture d’un musée de grand mariage présentant des plus belles pièces lors d’exposition sont là quelques exemples parmi d’autres qui permettraient de créer une dynamique d’innovation visant à accroître les retombées économiques sur le plan interne.

Enfin, les dépenses occasionnées par l’achat de cadeaux pourraient encourager le développement d’un artisanat national de qualité concernant la bijouterie, la broderie, les vêtements de cérémonie, les essences et la parfumerie etc. Cela susciterait une création d’emploi massif, mais faciliterait  aussi la réponse aux besoins croissants du tourisme en matière d’artisanat, donc des revenus supplémentaires.

4.2. FOURNIR DES INFRASTRUCTURES ET SERVICES DE BASE

4.2.1.  AMELIORER L’ADDUCTION DE L’EAU POTABLE

Aux Comores, en moyenne près de 35% de la population sont privés de l’eau potable[37]. En Grande-Comore, le cas est encore extrêmement difficile puisque près de 80% des villages n’ont pas accès à l’eau potable. Cela est dû à l’absence des rivières dans cette Île. Par conséquent, plusieurs maladies touchent les populations des Îles.

Par ailleurs, pour améliorer l’état de santé des populations, il serait nécessaire d’offrir de l’eau, suffisante, de bonne qualité et à un coût accessible. Il s’agit de :

-         augmenter les barrages pour recueillir l’eau dans l’Île d’Anjouan et celle de Mohéli ;

-         reboiser les forêts pour protéger les rivières ;

-         augmenter le parc de branchements par des méthodes de forages et pompages à énergie solaire sur l’Île de la Grande-Comore.

4.2.2.  L’ELECTRICITE, OUTIL DE DEVELOPPEMENT

En raison des ses multitudes applications, à la fois industrielles et domestiques, il serait très difficile d’envisager de vivre aujourd’hui sans électricité. Le progrès technique, social, le développement de tout ce qui est lié  au processus de production de transformation, transport ou distribution exige de l’énergie électrique.

Selon les données statistiques « la consommation moyenne de l’énergie électrique double chaque dix ans dans les pays industrialisés. Dans les pays en voie de développement, cette évolution est encore plus rapide»[38].

A cet égard, le gouvernement comorien ne doit pas cesser  de se pencher sur les questions qui touchent de près ou de loin le bien être des citoyens.  Doivent être au centre de préoccupations du gouvernement, l’électricité et l’électrification des îles Comores.

En effet, le problème est d’une grande importance : une grande partie du territoire surtout  sur l’Île d’Anjouan et sur celle de Mohéli est encore privée de cet élément énergétique, essentiel au développement d’un pays. Dans les principales villes des trois Îles (Moroni, Mutsamudu et Fomboni), la plupart des quartiers connaissent des délestages électriques répétés et la durée du délestage peut aller jusqu’à une semaine, voir plus.

De nos jours, la situation dans le domaine de l’électricité demeure particulièrement  préoccupante. Le conflit politique opposant le gouvernement de l’union à ceux d’Anjouan et de la Grande-Comore aggrave encore un peu plus la situation.

Deux  entités[39] ont la charge opérationnelle du secteur : la  MAMWE, créée par l’ex-République Fédérale Islamique des Comores, qui assure aujourd’hui la distribution sur les Îles de Grande-Comore et de Mohéli, et Electricité d’Anjouan, créée par les autorités d’Anjouan depuis 1997 pour desservir l’île.

La situation financière de ces deux entités demeure particulièrement difficile. Le secteur est aujourd’hui au bord de la rupture. Il est donc urgent que les autorités comoriennes trouvent une solution efficace pour sauver ce secteur, sinon, il risquerait de conduire les Îles dans une obscurité totale. Il s’agirait de :

-         améliorer la gestion interne (réduire le coût d’exploitation) ;

-         lutter contre les branchements clandestins ;

-         fusionner les deux entités pour réduire le coût de production ;

-         baisser le prix de kWh pour réduire la fraude.  

Le gouvernement devrait aussi mettre un point de réflexion sur les substitutions d’énergies combustibles importés à celles qui sont renouvelables. D’autant plus que les unités de production sont de taille petite, l’énergie renouvelable (solaire ou éolienne) pourrait être utilisée dans les petites industries ou dans les lieux domestiques. En matière  d’énergie solaire et éolienne, les quatre Îles sont bien dépourvues (moyenne annuelle d’insolation est de 2600 heures)[40]. C’est dans ce contexte qu’un projet d’énergie solaire (Enercom) est né aux Comores. Ce projet intervient sur le milieu rural en électrifiant les lieux domestiques, des mosquées ou des places publiques, grâce aux panneaux solaires.

Enfin on peut envisager l’exploitation de biogaz (méthane obtenu par la fermentation de déchets organiques) sur les Îles en général de l’énergie géothermique en Grande-Comore en particulier.

4.2.3.  POSTES ET TELECOMMUNICATIONS

L’inauguration du réseau téléphonique des portables a eu lieu vendredi le 24 octobre 2003. Le financement de ce projet de réseau mobile dénommé « HURI » est rendu possible grâce aux fonds propres de la Snpt d’une part et de la collaboration de la société française des télécommunications, Alcatel d’autre part.

La réalisation de ce projet de grande envergure pour le développement des télécommunications aux Comores est nécessaire. Surtout quand le téléphone cellulaire contribuera sans doute à désenclaver l’archipel en matière de communication. C’est un service complémentaire offert à la population pour améliorer ses moyens de communications aussi bien professionnels que privés.

Cependant, malgré les efforts fournis de la part de la Snpt pour l’extension du téléphone fixe, « la liste d’attente pour l’installation d’une ligne téléphonique a atteint des proportions inquiétantes »[41]. Les services offerts sont loin de répondre aux exigences des populations et de l’économie. La capacité des installations est insuffisante pour les clients et la qualité des services particulièrement déficiente au regard du taux élevé d’encombrements.

En raison de son monopole, le tarif fixé par la Snpt est considérablement élevé et le service fourni est déficient. Jusqu’à présent, le téléphone est considéré comme un produit de luxe pour une grande majorité de la population.

Le parc téléphonique est de 6332 lignes utilisées dont 60% dans la capitale Moroni. La télé-densité (nombre de lignes du réseau fixe  par 100 habitants) n’excède pas 0,9% contre 6,56% sur l’Ile sœur de Mayotte ou encore 16,21% sur l’Ile Maurice.[42]

Le téléphone reste un service qui n’est pas accessible aux pauvres. Plus de 80% des villages comoriens n’ont pas accès aux télécommunications. Cela a des conséquences sur le développement socio-économique du pays.

En ce qui concerne le service de l’Internet, la Snpt reste toujours la seule fournisseuse au niveau des trois Îles. La société compte environ 800 abonnés (ce sont généralement des organismes internationaux, des administrations publiques et quelques entreprises privées). La raison de cette faiblesse d’internautes est, au fait que le tarif de la connexion est très élevé et le service aussi est très lent.

Le prix tarifaire  de la connexion fixé par la Snpt est de 75 FC/3min équivaut à 1FRF/3min, soit 300GNF/3min c’est-à-dire deux fois le prix d’une connexion dans un cybercafé de la Guinée.

De même, bien que la Poste ait connu une certaine reforme ces dernières années, elle accuse toujours de déficits sur ses activités annuelles. Son taux de couverture dans le pays est très faible, surtout en milieu rural où se trouve la majorité des pauvres.

Dans ce contexte, en raison de la nécessité des communications pour un développement socio-économique, le gouvernement comorien doit envisager comme objectif d’offrir des services des postes et télécommunications suffisants, de qualité et à des prix compétitifs. Il s’agit particulièrement d’augmenter la télé-densité, améliorer la qualité des services offerts, développer les activités de la poste et consolider sa viabilité financière.

Pour parvenir à ces objectifs, le gouvernement devrait instaurer un environnement favorable aux investissements. Il s’agirait donc de :

-         libérer le marché des télécommunications ;

-         faciliter les conditions d’accès sur le marché ;

-         élaborer un schéma directeur de développement de la poste ;

-         augmenter les cabines téléphoniques GSM dans le milieu rural.

Pour que les télécommunications soient un fruit dont les pauvres peuvent bénéficier pour améliorer leur bien-être, il serait crucial de mettre en place une campagne de sensibilisation dans les zones rurales sur les opportunités que peut offrir l’Internet aux communautés villageoises, pour leur développement socio-économique et leur désenclavement.

Comme dans beaucoup de pays en développement, les communautés villageoises peuvent à travers le service du Net, montrer au monde entier leurs potentialités (touristiques, agricoles, artisanales, culturelles, etc.), et présenter aux bailleurs de fonds étrangers des projets de développement rentables.

4.2.4. PROTEGER LE CAPITAL NATUREL

Comme beaucoup de petites économies insulaires, les Comores sont très riches en patrimoine naturel extrêmement diversifié. La présence de nombreux sites naturels (plages, îlots, lacs, volcan, etc.), d’espèces uniques en ce qui concerne la faune (le cœlacanthe, les tortues marines, la roussette de Livingstone, les makis, les dugongs, les dauphins, etc.) et la flore (les fleurs à parfum, les orchidées, les mangroves, etc.) confère à l’ensemble des îles une originalité particulière.

Cependant, ce patrimoine est très fragile et on assiste à une dégradation du milieu naturel, et même d’un certain milieu culturel, sous la poussée démographique. Un certain nombre de problèmes cruciaux font leur apparition notamment :

-         l’eau potable tend à se raréfier ;

-         les besoins en bois pour la cuisine accélèrent la déforestation ;

-         le sable de mer et certains types de roches sont excessivement utilisés pour la construction ;

-         certaines espèces de la faune et de la flore sont menacées.

La résistance à la montée de la pauvreté explique pour une partie cette situation, car les pauvres cherchent partout à améliorer leurs revenus par la revente du sable des plages, ou encore la pêche à la dynamite.

Au regard de ce qui se passe sur l’environnement, des actions spécifiques sont à mettre en place pour assurer une meilleure gestion de l’environnement. Il s’agit de : 

-         la promotion de la participation des communautés villageoises au reboisement de la forêt des Îles ;

-         protéger les rivières ainsi que les lacs existants ;

-         utiliser des foyers améliorés (cuisine en terre cuite) ;

-         faire usage du bio gaz ;

-         baisser le prix du pétrole de cuisine et celui de matériels de construction ;

-         renforcer les mesures de sanction pour ceux qui voudront détruire l’environnement ;

-         empêcher les braconniers de capturer les espèces supposées être observées par les touristes.

4.2.5. AMELIORER LE DOMAINE SOCIAL

Les observations des dépenses dans les secteurs sociaux montrent qu’en majorité, les dépenses courantes dans les secteurs sociaux sont destinées aux paiements des salaires, lesquels n’ont pas toujours été versés régulièrement, ce qui a entraîné une faiblesse de motivation ou la perte du personnel qualifié.

Dans le secteur de l’éducation, l’Etat consacre 15% du budget national. Mais, la mauvaise gestion de ces fonds provoque des grèves et des fermetures d’écoles consécutive si bien que l’importante allocation des fonds faite se révèle inefficace. On constate dans ce cas un taux de redoublements ou d’abandons très élevé.

L’accès aux services est inégal, particulièrement dans le domaine de la santé. Le coût de la consultation et des médicaments est devenu une barrière pour les pauvres d’accéder aux soins nécessaires.

En dépit des progrès réalisés ces dernières années dans le domaine de santé et de l’éducation, le pays reste confronté à un défi de santé et de valorisation de ses ressources humaines ; conditions indispensables pour le développement socio-économique. C’est pourquoi, l’amélioration des conditions sociales doit être une des priorités dans les mesures de lutte contre la pauvreté.

4.2.5.1. Amélioration de capacités humaines

Pour améliorer le secteur de l’éducation, le gouvernement doit fixer des objectifs fondamentaux qui sont :

-         réduire le taux de redoublements et d’abandons ;

-         atteindre un taux de scolarisation primaire de 100% ;

-         un large accès à la formation technique et professionnelle ;

-         égalité entre filles et garçons et entre les différentes régions ;

-         réduire les dépenses éducatives des parents et des communautés surtout les plus démunis.

Pour atteindre ces objectifs cités, le gouvernement devrait mettre en œuvre des reformes nécessaires pour l’efficacité du système éducatif. Il s’agirait de :

-         allouer de ressource suffisante dans le secteur éducatif ;

-         rationaliser les dépenses salariales dans le sens de l’assainissement de l’effectif du personnel pour permettre le recrutement du personnel qualifié ;

-         pour suivre la construction des infrastructures scolaires, le recrutement, la formation et l’encadrement du corps enseignant.

L’éducation est un fardeau pour les familles pauvres, surtout quand il s’agit de la formation après le baccalauréat. En effet, à cause de l’absence d’université et d’écoles de formation professionnelle dans l’archipel, les parents se trouvent dans l’obligation de réunir des fonds considérables pour la formation universitaire de leurs enfants à l’étranger. 

Compte tenu du coût de la formation et l’incapacité pour les pauvres de financer les études de leurs enfants à l’étranger, ces derniers se retrouvent sur le marché de l’emploi avec un niveau d’études qui n’excède pas le baccalauréat. Ce niveau leur permet juste d’avoir un emploi précaire et un faible revenu de subsistance.

Face à cette situation, la création d’écoles de formation technique et professionnelle est indispensable pour permettre aux enfants des familles pauvres d’accéder au marché d’emploi et de participer au développement socio-économique.

Enfin, pour réduire les charges parentales des études universitaires, le gouvernement devrait mener des négociations avec un pays de la sous-région comme l’Île de Madagascar pour faciliter l’accès des étudiants comoriens aux universités malgaches. Cela pourrait être aussi l’occasion de freiner beaucoup la sortie de devises dans le pays.

4.2.5.2. Domaine sanitaire

Le financement du secteur paraît inadéquat par rapport aux besoins de la population et au regard de la faible qualité des soins dispensés par les structures publiques.

Cependant, il est important que le gouvernement se penche de plus sur le plan sanitaire en fixant comme objectifs d’assurer l’accès aux services de santé de qualité pour tous (les hommes et les femmes). Il s’agirait donc de mettre en place un système de santé accessible et capable de répondre aux besoins de la population. La santé, état de bien-être physique et mental, contribue à l’augmentation de la productivité et donc à la croissance économique. C’est pour cela il serait nécessaire de :

-         disposer un système de santé solide ;

-         renforcer les programmes de lutte contre les maladies (paludisme, choléras, VIH-Sida…) ;

-         réduire le taux de mortalité et améliorer la nutrition.

Pour arriver à ces objectifs, des stratégies suivantes sont indispensables :

-         construire et maintenir les soins des infrastructures sanitaires ;

-         organiser des formations périodiques du personnel ;

-         régulariser les arriérés des salaires et recruter du personnel qualifié ;

-         intensifier la lutte contre le paludisme en incitant la population à l’utilisation des moustiquaires ;

-         favoriser l’accès des pauvres aux services de santé essentiel en éradiquant les barrières financières aux consultations et en réduisant les prix des médicaments génériques distribués par la Pharmacie Nationale des Comores (PNAC) ;

-         réduire les fléaux (choléras, tuberculose, VIH-Sida …) ; pour cela il serait nécessaire de sensibiliser les communautés villageoises pour les mesures préventives de ces maladies.

4.2.5.3. Planning familial

D’après les statistiques, le taux d’accroissement de la population s’approche de 3% par an. La densité est de 306hab/km². Dans ce cas il est hors de doute que ce taux d’accroissement de la population représente une charge pour l’économie comorienne. En plus, l’enquête « Budget-consommation » montre que la pauvreté frappe souvent les familles de taille grande c’est-à-dire des familles à plusieurs enfants.

Malgré les efforts réalisés en matière de planning familial ces dix dernières années, par le gouvernement comorien et l’assistance du Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP), le taux de natalité reste toujours inquiétant. C’est pour cela qu’il est crucial de ramener le problème sur une nouvelle piste de réflexion dont nous proposons les stratégies suivantes : 

-         sensibiliser les communautés villageoises aux dangers liés à cet accroissement ;

-         réduire le chômage ;

-         poser le problème dans les milieux de cultes comme les mosquées ;

-         apprendre les populations aux méthodes contraceptives ;

-         réduire les mariages précoces ;

-         créer des lieux de loisir (places publiques, cinéma…) ;

-         faire des campagnes de sensibilisation dans les médias publics et privés ;

-         créer un fonds d’appui aux activités féminines. 

4.2.6. ASSURER LA PAIX ET LA SECURITE

Le développement économique d’un pays, quelques  soient les orientations adoptées, la stabilité et la sécurité constituent un fondement pour une croissance économique durable. Il est donc nécessaire d’avoir des institutions qui font confiance à  la fois aux nationaux, mais aussi aux étrangers désirant de  s’installer dans le pays. Cependant l’instauration d’un climat de  confiance doit être la priorité du gouvernement comorien pour permettre la reprise des négociations avec les bailleurs de fonds, mais aussi de protéger les couches vulnérables.

Pour ce faire, l’effort que le gouvernement devrait fournir pour orienter le pays sur une bonne voie serait de :

-         prévenir et résoudre les conflits insulaires et sociaux ;

-         réconcilier les parties en conflit ;

-         rechercher la paix, la maintenir et l’imposer ;

-         intensifier les luttes contre le mercenariat et  les ruptures institutionnelles ;

-         sensibiliser les populations aux conséquences des conflits sociaux.

4.2.7. BONNE GOUVERNANCE ET DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE AUX COMORES

Il faut rappeler que les bailleurs de fonds ne sont pas d’accord sur la définition de la bonne gouvernance. Pour certains, la bonne gouvernance voudrait simplement dire les élections libres et le respect des institutions. Pour d’autres, la bonne gouvernance signifie non seulement les élections libres et le respect des institutions mais aussi la transparence dans la gestion des affaires publiques.

Nous retiendrons ici la dernière définition.

La question que l’on doit se poser est de savoir comment intégrer la bonne gouvernance dans la gestion de l’administration économique et financière des Comores ? Cette question n’est pas une nouveauté dans le paysage politique des Comores à partir du moment où elle a constitué ces dernières années la préoccupation fondamentale des populations aussi bien africaines que comoriennes.

L’observateur banal de la société comorienne peut se demander pourquoi l’Etat comorien n’arrive pas à mobiliser les ressources pour financer son développement alors que tous les mécanismes institutionnels, juridiques et politiques sont mis en place ?

La réponse à cette question nous ramène à poser la problématique de la bonne gouvernance. L’absence de la bonne gouvernance au niveau de la gestion des ressources de l’Etat fait aujourd’hui que l’Etat n’arrive pas à formuler des solutions adéquates pour un développement socio-économique.

Cette mauvaise gouvernance est engendrée par plusieurs facteurs :

-         les arriérés des salaires impayés des fonctionnaires ;

-         des salaires très faibles par rapport au pouvoir d’achat ;

-         taux de taxation douanière et fiscale élevé ;

-         manque d’une politique pour encourager le secteur privé ;

-         l’absence d’un Etat fort défendant l’intérêt général ;

-         le changement successif du gouvernement ; en fin des facteurs sociaux.

Par ailleurs, le gouvernement devrait agir sur certains points focaux pour améliorer la gestion de l’administration. Il s’agirait de :

-         assurer l’éducation et la formation des citoyens ;

-         assurer le respect de la loi et des règlements par le pouvoir ;

-         veiller à ce que le citoyen puisse effectivement jouir de ses droits et sa liberté ;

-         accorder une large diffusion des informations aux médias publics et privés ;

-         organiser régulièrement des points de presse avec les différents ministres, afin de présenter au public la situation de leurs activités.

4.3. LES MOYENS FINANCIERS MIS EN ŒUVRE

Pour pouvoir réaliser les objectifs que nous avons proposés afin de réduire la pauvreté, le pays doit compter en premier lieu sur la mobilisation de l’épargne interne. Toutefois, l’épargne interne ne sera pas suffisante, il faut nécessairement l’apport important des financements extérieurs.

4.3.1.  EVALUATION DES FLUX D’EPARGNE DISPONIBLE

4.3.1.1.  Mobilisation de l’épargne interne

Epargne privée :  il existe, en effet une épargne intérieure qui pour des raisons de confiance, ne transite que partiellement dans les circuits officiels de la Banque de Développement des Comores et de la Banque de l’Industrie et le Commerce. Cependant, une étude des flux d’épargne des ménages productifs et des petites entreprises familiales pourrait en estimer les montants globaux et les diriger vers des secteurs créateurs d’emploi.

Epargne publique : l’épargne publique ne peut être accrue qu’à condition de réduire les dépenses non productives et de maintenir les grands équilibres macroéconomiques (équilibres budgétaires, équilibre de la balance des paiements, contrôle de l’inflation) ; il s’agirait donc de :

-         améliorer les recettes fiscales ;

-         contrôler les salaires (supprimer les salaires fictifs) ;

-         privatiser les entreprises publiques afin de réduire le poids financier ;

-         lutter contre la corruption, les détournements de fonds.

4.3.1.2. Evaluation des transferts de fonds

Il est nécessaire en premier lieu de connaître l’importance du montant effectif des transferts familiaux et privés qui atteignent les Comores. Cela demande une étude détaillée des divers flux financiers, qu’ils passent ou non par le système officiel, de leur origine et de leurs affectations prévues. Ce travail permettrait de connaître le poids réel de ce flux dans l’économie et de mettre en place une politique de rémunération, pour encourager les placements ou d’initiation à l’investissement dans certain secteurs particuliers.

La connaissance de l’ensemble des flux d’épargne disponibles, de leurs affectations actuelles devrait faciliter la mise en place d’une politique incitatrice qui orienterait en fonction des aspirations des divers acteurs socio-économiques, cette épargne vers des investissements qui permettraient de relancer la production, d’investir dans les secteurs porteurs de croissance.

4.3.2.  POLITIQUE BUDGETAIRE ET LUTTE CONTRE LA PAUVRETE

La situation des finances publiques s’est fortement dégradée en 2001, le déficit en terme d’engagement, représente 4% du PIB contre 1,9% en 2000[43]. Certes, les recettes ont progressé de 22%, mais dans le même temps les dépenses totales augmentaient de 27%.

Concernant les recettes fiscales, le taux de pression fiscale est resté particulièrement faible car il ne dépasse pas les 10% du PIB ; les 60% des recettes proviennent des taxes douanières[44]. Plusieurs raisons sont la cause de cette faiblesse : les taxes douanières restent très élevées, ce qui favorise la fraude et l’évasion fiscale au niveau des douanes et de l’Administration fiscale, et l’activité économique reste informelle.

Toutefois, dans le programme de la réduction de la pauvreté, les enjeux de la politique budgétaire des gouvernements seraient de:

-         mobiliser des ressources suffisantes ;

-         orienter ces  ressources pour les actions de lutte contre la pauvreté ; 

-         protéger les couches vulnérables.

Pour ce faire, le gouvernement de l’Union et ceux des Iles devraient envisager une importante réforme, il s’agirait de :

-         élargir l’assiette fiscale ;

-         renforcer le contrôle fiscal (lutter contre les fraudes) ;

-         harmoniser les taux de taxation au niveau des trois (3) Îles ;

-         épurer les recettes douanières ;

-         renforcer les recettes non fiscales ;

-         réduire les dépenses non productives.

4.3.3.  ALLEGEMENT DE LA DETTE

Malgré l’importante aide et des mécanismes d’allégement de la dette  de la part du monde, le pays se trouve avec une dette extérieure intolérable. Le montant de la dette dépasse 200 millions de dollars USD, soit près de 100% du PIB. Le service de la dette reste un poids considérable pour le développement socio-économique du pays. Dans ce contexte, le pays doit procéder à d’autres méthodes d’allégement de la dette comme l’Initiative-PPTE.

Qu’est ce que l’Initiative PPTE ?

Créées en 1996 à l’occasion du sommet du G7 de Lyon, l’Initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés) vise à trouver une solution au problème de la dette des pays les plus pauvres.

A travers le Fonds monétaire (FMI) et la Banque mondiale, un cadre d’action a été élaboré pour fournir une assistance spéciale aux pays pauvres très endettés, en vue de ramener à un niveau soutenable la charge de l’endettement extérieur de ces pays. L’Initiative-PPTE est un dispositif global de réduction de la dette qui requiert la participation de tous les créanciers. Elle vise à garantir qu’aucun pays ne soit pas confronté à une charge d’endettement intolérable.

Les Comores sont éligibles à l’Initiative-PPTE depuis 2001[45]. Cependant, le point de décision pour l’allégement de la dette  qui était prévu en 2003 est repoussé à un temps ultérieur, au regard des difficultés rencontrées par les autorités comoriennes dans la mise en œuvre du processus de décentralisation.

En effet, la mission conjointe du FMI et de la Banque mondiale, menée en juillet 2002, a fait le point sur les performances du programme établi sur la période juillet 2001-juin 2002. Les services du FMI n’ont pas jugé possible de prolonger cet accord, les objectifs du programme intérimaire n’ayant pas été atteints, mais surtout en raison de la confusion administrative qui règne actuellement dans l’Union des Comores et qui rend difficile le dialogue avec les multiples autorités comoriennes qui gèrent les îles.

L’absence d’un accord entre toutes les parties comoriennes sur le partage de compétences entre les gouvernements, de même que l’absence d’un consensus sur la gestion des finances publiques et des entreprises publiques, rendent particulièrement difficile l’élaboration du DSCRP.

Il est donc crucial que les autorités comoriennes prennent conscience du danger dont le pays court. La réalisation du DSCRP permettrait au pays de bénéficier une annulation de la dette voir une assistance pour accélérer la croissance économique.

Ensuite, le pays pourrait bénéficier des investissements de par le monde, notamment d’Afrique du Sud et de l’Île Maurice. Cela pourrait susciter une création massive d’emploi et donc une redistribution de revenus.

Enfin, à travers le DSCRP, le gouvernement pourrait intervenir dans les zones pauvres pour améliorer leur niveau de vie. Cela constituerait une des  solutions d’apaisement des conflits insulaires qui bloquent le développements du pays.

CONCLUSION

Nous avons voulu à travers ce mémoire, proposer des éléments pour une stratégie nouvelle de réduction de la pauvreté, supplémentaires aux politiques menées depuis l’indépendance par les autorités Comoriennes visant à réduire la pauvreté.

Comme on le sait, le PIB réel par habitant décroît environ 1,5% par an depuis 1985.Cette baisse entraîne une baisse du niveau de vie de la population voire une certaine paupérisation de celle-ci.

Cependant, la pauvreté aux Comores frappe inégalement les différentes couches sociales. Elle touche beaucoup plus le milieu rural que le milieu urbain . Dans ce cas, l’Île d’Anjouan est un exemple éloquent avec un taux moyen de 62%.

Pourtant,  une croissance du PIB réel de 5% par an, accompagnée de mesures de redistributions adéquates des revenus et d’allocation efficace des ressources publiques pourraient fortement, sur une longue période, réduire la pauvreté.

 A cet égard, la nouvelle stratégie doit s’appuyer sur des secteurs créateurs de revenus mais qui ne sont pas ou qui sont moins exploités tels que le secteur touristique, la zone franche, la pêche, l’agriculture.

Par ailleurs, pour pouvoir réaliser ces objectifs, le pays doit compter en premier lieu sur la mobilisation de l’épargne interne (publique et privée) ; en deuxième lieu, la réduction des dépenses non productives ; en troisième lieu, attirer l’aide internationale ; et enfin demander le moratoire sur le remboursement de la dette. Ainsi les services destinés au paiement de la dette pourront être canalisés plus efficacement selon les priorités de la lutte contre la pauvreté.

Cependant, aucune action ne pourrait être possible sans la stabilité politique et la sécurité des investissements, deux aspects fondamentaux d’un développement qui se présentent guère sur cet archipel.

ANNEXES

 

 

Annexe 2 : Conte Nationaux des Comores

 

(en millions des francs comoriens)

PIB nominal

1998

1999

2000

2001

 

84,5

103

109,1

121,3

Variations en pourcentage

Taux de croissance du PIB en volume

1,2

1,9

-1,1

1,9

 

3,5

3,5

4,8

5,9

Source :FMI, Banque de France- Rapport Zone franc-2001

 

Annexe 3 : Quantités produites

 

(en tonnes)

 

 

1997

1998

1999

2000

2001

 

Vanille

120

130

140

140

140

 

Clous de girofle

1097

1700

2500

2000

2000

 

Ylang-ylang

35

37

40

40

40

 

 

 

 

 

 

 

 

Sources : FMI et administration  comorienne: Banque de France-Rapport Zone franc-2001

 

Annexe 4 : Tableau des opérations financières de l'Etat comorien

 

 

(en millions de francs comoriens)

 

 

1998

1999

2000

2001

 

RECETTES TOTALES

17812

18885

15557

17612

 

Recettes 

10865

12079

11018

13435

 

Recettes fiscales

9277

10509

9724

11115

 

Recettes non fiscales

1588

1570

1294

2320

 

Dons extérieurs

6947

6806

4539

4177

 

DEPENSES TOTALES ET PRETS NETS

21038

19669

17615

22441

 

Dépenses courantes

13648

14138

13493

14904

 

Salaires

7190

6430

6093

6319

 

Autres Biens et Services

3121

4642

4179

5018

 

Transferts

615

1033

844

1326

 

Intérêts

960

950

960

1345

 

Autres Dépenses courantes(assistance technique)

1762

1083

1427

896

 

Dépenses Exceptionnelles(transition ,etc)

 

 

 

2323

 

Dépenses en capital

7390

5531

4157

5250

 

Sur financement interne

360

192

130

461

 

Sur financement Externe

7030

5339

4027

4789

 

Prêts Nets

0

0

-35

-36

 

Solde primaire(1)

-2183

-1301

-1645

-585

 

Solde base engagement (dons inclus)(2)

-3226

-784

-2058

-4829

 

Arriérés 

2677

624

1964

2100

 

Sur Dette Extérieure

887

534

551

916

 

Sur Dette Intérieure

1790

90

1413

1184

 

AUTRES

-3191

495

395

 

 

SOLDE (base caisse)(3)

-3740

335

301

-2729

 

FINANCEMENT

3740

-336

-302

2729

 

Extérieur (net)

1593

-504

108

4603

 

Tirages

1845

63

940

5321

 

Amortissement

-3782

-4367

-3765

-2240

 

Financement Exceptionnel

0

0

0

285

 

Arriérés en principal

3530

3800

2933

1237

 

Intérieur (net)

2147

168

-410

-1874

 

Ecart de Financement

 

-1

-1

 

 

PIB nominal

84514

102781

109136

121296

 

 

En pourcentage du PIB

 

 

RECETTES TOTALES

21,1

18,4

14,3

14,5

 

Dépenses Courantes

16,1

13,8

12,4

12,3

 

Solde:

 

 

 

 

 

Base engagements , dons inclus

-3,8

-0,8

-1,9

-4

 

Base caisse

-4,4

0,3

0,3

-2,2

 

 

 

 

 

 

 

Source :FMI  et Banque de France -Rapport Zone franc-2001

 

 

 

 

Annexe 5 : Dette extérieure des Comores

 

 

 

 

 

 

 

(encours en millions de dollars)

 

 

1997

1998

1999

2000

 

DETTE A COURT ET  A LONG TERME

219,4

227,1

228,3

231,7

 

Dette à long terme

202,7

211,6

206,2

201,9

 

Dette publique garantie

202,7

211,6

206,2

201,9

 

Dette privée non garantie

0

0

0

0

 

Recours aux crédits FMI

2,8

2,7

2,2

1,5

 

Dette à court terme

13,9

12,9

19,9

28,4

 

Dons arriérés d'intérêts sur dette à long terme

8,9

11,8

12,9

19,4

 

Envers créanciers publics

8,9

11,8

12,9

19,4

 

Envers créanciers privés

0

0

0

0

 

Pour mémoire

 

 

 

 

 

Arriérés sur principal de  dette à long terme

36,7

40,6

44,4

60,6

 

Envers créanciers publics

36,7

40,6

44,4

60,6

 

Envers créanciers privés

0

0

0

0

 

Crédits à l'exportation

3,3

2,7

4,4

4,1

 

 

 

 

 

 

 

 

indicateurs de dette (en pourcentage)

 

Dette totale/export biens et services

536,9

445,2

421,8

428,9

 

Dette totale /PNB

103,3

105,6

102,5

114,6

 

Service dette / exports biens et services

5,6

3,9

5,7

5

 

Intérêts dette/ export biens et services

2

0,8

1,7

2,4

 

Dette multilatérale/dette totale

72,6

74,2

72,2

69,4

 

Source :Banque mondiale 2001

 

 

 

 

 

 

Annexe 6 : Balance des paiements des Comores                           

 

 

 

 

 

 

(millions des francs comoriens)

 

 

1998

1999

2000

2001

 

TRANSACTIONS COURANTES

-2408

-933

1604

4872

 

TRANSACTIONS COURANTES (hors transferts officiels)

9813

8149

-2935

-460

 

Balance commerciale                         

-16099

-15823

-12647

-12913

 

Exportations

2632

4181

7263

8962

 

Vanille

1058

1835

4105

5400

 

Girofle

180

1177

2012

2433

 

Ylang-ylang

582

563

887

999

 

Autres

812

606

259

130

 

Importations

18731

20004

19910

21875

 

Services

-5660

-5365

-2968

-1977

 

Transferts unilatéraux

19351

20255

17219

19762

 

Privés

11946

13039

12680

14430

 

Publics

7405

7216

4539

5332

 

COMPTE DE CAPITAL

-3449

-1775

-464

3111

 

Investissements directs

170

125

50

56

 

Emprunts à long terme

-1698

-2796

-2826

4603

 

Crédits relatifs au commerce

-737

18

-669

-436

 

Banques commerciales

-412

-427

2055

-1622

 

Autres

 

 

 

-3500

 

Capitaux à CT(y c erreurs et omissions)

-772

1305

926

-2790

 

SOLDE  GLOBAL

-5857

-2708

1140

7983

 

FINANCEMENT

5857

2707

-1141

-1544

 

Variation des réserves officiels(hausse:-)

1440

-1726

-4978

-4876

 

Variation des arriérés extérieurs

4417

4433

3837

3332

 

Financement exceptionnel

0

0

0

0

 

Ecart de financement

 

-1

-1

6439

 

 

 

 

 

 

 

Sources: FMI et autorités comoriennes ; Banque de France -Rapport Zone franc-2001

 

 

Annexe 7 : Les caractéristiques de l’Enquête Exploratoire

Budget-Consommation

 

Financée par le gouvernement comorien sur prêt du MERCAP (Macro-Economique Reform and Capacity Building Adjustemennt Program) de la Banque mondiale, par le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), l’enquête exploratoire budget consommation a été réalisée au cours du mois d’août 1995 sur l’ensemble du territoire dans le but de fournir des informations sur le niveau de vie des ménages, sur les situations de pauvreté et sur les groupes cibles qui  pourraient bénéficier d’interventions prioritaire de l’Etat.

Un échantillon de 2004 ménages a été sélectionné par sondage aléatoire auto pondéré, avec un taux de sondage uniforme d’environ 1/40, à deux degrés, stratifié en grappes. Trois strates   ont été retenues : la capitale Moroni, les autres villes et le milieu rural. Les ménages se répartissent à travers les îles de la manière suivante : 996  en Grande-Comore, 864 à Anjouan, 144 à Mohéli.

 

Un questionnaire de 39 pages, regroupant 900 questions, a été rempli en deux visites d’une heure chacune à 15 jours d’intervalle, afin de recueillit des informations sur :

-         les caractéristiques socio-économiques des ménages : leur  taille et la composition de famille, le statut matrimonial ;

-         le niveau de vie : les revenus et ressources disponibles, les productions, les dépenses de consommation et l’autoconsommation, les transferts et les dons, épargne.

-         Les conditions de vie : le niveau de l’éducation, l’accès à la santé, les habitudes alimentaires, les caractéristiques du logement, les biens d’équipement, les activités et le type  d’emploi.

 

Cette enquête originale et riche en informations, a puisé pour sa conception dans les méthodes classiques des enquêtes sur le budget et la consommation des ménages et dans les objectifs des enquêtes prioritaires de la dimension sociale de l’ajustement.

 

Référence : Synthèse effectuée à partir du  document Enquête exploratoire budget- consommation, Nailane M’hadji et Houmadi Abdallah, juin 1996, Direction de la Statistique, Moroni

 


Source : Agenda des Comores 2002

 


Source : Agenda des Comores 2002.

 

 

Annexe 10 : COMMERCE   EXTERIEUR

Evolution du Commerce extérieur, 1985-1999, (millions de FC)

 

1988

1989

1990

1991

1992

1993

1994

1995

1996

1997

1998

1999

IMPORTATIONS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alimentation

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Viandes et abats

914

840

548

1259

1924

1176

1247

1617

1456

2469

2350

2512

Riz

2437

2761

2247

2022

2605

1650

2614

5252

3318

3947

4096

3365

Produits pétroliers

1061

783

1655

1757

1040

1793

2546

2897

1509

1384

962

1333

Ciment

708

312

961

921

832

1020

1676

1652

880

843

813

822

Fer et acier

763

341

301

483

296

626

778

804

858

668

709

645

Autres importations

10389

9470

9842

11214

13107

10552

14828

13189

15828

17465

14901

16774

Total IMPORTATIONS

16272

14507

15554

17656

19804

16817

23689

25411

23849

26776

23831

25451

EXPORTATIONS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Essence d'Ylang-ylang

744

1276

1473

992

1140

806

930

855

645

716

793

753

Vanille

4975

3621

2554

4482

4117

4796

2767

2320

1035

1119

1058

1788

Girofle

467

629

363

1092

108

268

522

134

210

89

268

522

Divers

956

1508

1966

1297

1447

1047

1202

927

546

706

533

662

Total Exports domestiques

7142

7034

6356

7863

6812

6917

5421

4236

2436

2630

2652

3725

Source : PNUD  aux Comores, 2000

 

Annexe 11 : AIDE EXTERIEURE

Evolution de l'aide extérieure par secteur, 1996-1999 (milliers de $)

 

1996

1997

1998

1999

Gestion de l'économie

4017

941

563

582

Administration du développement

2365

2129

734

741

Ressources Humaines

4381

3248

2337

696

Enseignement secondaire

3028

2026

1655

179

Enseignement technique

799

565

243

254

Enseignement supérieur

374

443

112

36

Santé

6930

7249

5009

2232

Soins de santé primaires

2561

1730

1588

353

Lutte contre les maladies

287

165

222

357

Planification familiale

463

313

312

14

Hôpitaux et dispensaires

2594

3787

1792

196

Développement social

1983

1875

1604

384

Développement urbain

514

877

877

0

Eau potable et Assainissement

198

42

5

50

Culture

858

672

551

91

Agriculture, Elevage et Pêche

2402

2886

1976

1684

Cultures vivrières

1147

1316

1533

1472

Elevage

0

101

390

162

Pêcheries

143

24

0

0

Développement régional

7555

3675

3604

1013

Industrie

1427

2233

1076

350

Transports

12532

9749

2473

5584

Communications

897

346

164

1171

Energie

1145

2347

3321

3059

Autres secteurs

1147

708

4712

5480

Total

46781

37386

27573

22976

Evolution de l'aide extérieure par type d'assistance, 1996-1999 (milliers de $)

 

1996

1997

1998

1999

Coopération Technique autonome

13236

10907

7282

3654

Coopération Technique liée aux projets d'investissement

8312

7529

6634

3351

Projets d'investissement

20632

10376

12664

9532

Aide Programme/Budget ou appui à la BP

4454

848

728

5599

Aide alimentaire

147

451

190

334

Assistance ou secours d'urgence

 

 

75

506

Total générale

46781

30111

27573

22976

Evolution de l'aide extérieure par donateur, 1996-1999 (milliers de $)

 

1996

1997

1998

1999

1. Assistance Multilatérale

24969

14580

15257

17495

1.1. Système des Nations Unies

12253

10836

7780

3809

FAO

 

191

294

120

IDA

6312

5554

4120

 

FIDA

786

832

 

 

FENU

382

442

 

181

PNUD

1451

1506

1259

1174

PNUE

 

 

53

24

FNUAP

1043

721

422

371

UNICEF

683

773

666

666

PAM

147

 

 

150

OMS

1404

781

941

1123

OMM

37

29

 

 

Divers

8

7

25

 

1.2. Autres

12716

3744

7477

13686

BISD

174

 

 

1706

ISESCO

30

45

30

45

OUA

25

 

 

 

Union Européenne

12487

3699

7442

11909

Divers

 

 

5

26

2. Assistance bilatérale

21065

14788

11622

5271

Canada

188

158

 

 

Chine

679

921

980

1160

Egypte

145

230

110

25

France

19020

9929

9825

3654

Italie

 

256

 

 

Japon

262

1857

 

 

Koweit

 

660

590

384

Maroc

58

50

2

 

Nigeria

90

90

90

11

République de Corée

 

90

 

 

Suède

139

 

 

 

Emirats arabes Unies

 

500

 

 

Royaume Uni

73

19

 

13

Etats Unis d'Amérique

397

 

25

 

Divers

14

28

0

24

3. Organisations Non gouvernementales

749

743

694

210

Agence des musulmans d'Afrique

393

438

247

65

Care

101

 

 

 

Comité International de la Croix Rouge

32

79

78

 

Fondation Damien

92

81

79

 

International Family Planing Association (IFPA)

76

58

56

53

Médecins du Monde

55

87

85

 

Volontaires sans Frontières

 

 

149

92

Total général

46783

30111

27573

22976

Source :Le PNUD aux Comores, 2000

 

Annexe 12 : Population , Production, PIB, PNB et Commerce extérieur, 1960-1999

Année

Population

Urbanisation (%)

PIB

(millions)

FC

PIB/Tête (FC)

PIB/Tête ($)

PNB/tête $

PIB constant (millions) FC

Exports

(millions) FC)

Import

(millions FC)

Indice Production totale (%)

Indice Production Alimentaire (%)

1960

196936

9.8

4723

23982

98

57

41136

800

940

54

57

1961

204223

11.1

4953

24253

99

57

41026

686

909

58

58

1962

211779

12.4

5202

24563

100

63

40979

626

1088

62

59

1963

219615

13.7

5462

24871

102

74

40919

1163

1335

66

60

1964

227740

15.0

5635

24743

101

78

40148

986

1508

70

62

1965

236167

16.3

5954

25211

103

96

40343

916

1623

74

63

1966

244905

16.9

6746

27545

112

88

43471

953

1783

78

66

1967

253060

17.5

7055

27879

113

90

43235

938

1850

78

66

1968

261487

18.2

7107

27179

110

87

41421

1008

1763

82

68

1969

270195

18.8

7462

27617

106

87

40874

1289

2092

83

70

1970

279192

19.4

8043

28808

104

89

43906

1278

2373

84

71

1971

288489

19.8

9432

32694

119

101

48265

1572

2835

87

72

1972

298096

20.1

10016

33600

133

114

49892

1511

2932

96

71

1973

308023

20.5

11082

35978

161

138

50255

1106

3369

103

77

1974

318280

20.8

16781

52724

219

187

54870

2102

6202

106

78

1975

329018

21.2

15011

45624

213

181

47855

2037

4976

110

76

1976

293991

21.6

12569

42752

179

176

36760

2223

3118

114

80

1977

303781

22.0

13961

45959

187

185

38271

2202

4053

118

79

1978

313896

22.4

16703

53213

236

233

39620

2127

4329

122

81

1979

324349

22.8

21227

65445

308

285

43772

3736

6135

105

81

1980

335150

23.2

24901

74298

352

370

46342

2705

5917

104

86

1981

344031

23.7

29426

85533

315

333

50112

4461

8792

103

76

1982

353148

24.1

35128

99472

303

305

55495

6435

10726

103

80

1983

362507

24.6

42496

117228

308

306

63160

7419

14267

102

85

1984

372113

25.0

46068

123801

283

287

64812

3079

19664

102

82

1985

381974

25.5

51436

134658

300

297

62916

7048

17871

100

85

1986

392096

26.0

56270

143511

414

411

64080

7022

14890

96

90

1987

402487

26.5

59035

146676

488

486

65183

3499

16859

99

94

1988

413153

26.9

61796

149572

502

497

66925

6398

16270

103

97

1989

424101

27.4

63397

149485

469

472

65789

5758

14506

104

99

1990

435282

27.9

68074

156391

574

573

68074

4883

12314

97

99

1991

446817

28.4

69670

155925

553

551

64390

6871

15122

99

102

1992

458658

28.9

71844

156640

592

573

71237

5672

15414

101

102

1993

470812

29.4

74628

158509

560

532

71997

6111

14027

103

107

1994

483289

29.9

83739

173269

416

435

70965

4491

18714

106

108

1995

496096

30.4

86812

174990

467

449

70660

4236

20027

105

114

1996

509242

31.0

83181

163343

426

414

70609

2314

19835

106

111

1997

522737

31.5

82331

157500