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L'Economie des Comores

Le Financement des PME

Le financement des petites et moyennes entreprises aux Comores

 

Le développement économique des Comores passe inévitablement par le développement de ses petites et moyennes entreprises (PME). Ces PME, qui demeurent à l'état embryonnaire, rencontrent des difficultés dans leur création et leur fonctionnement. Elles souffrent de plusieurs handicaps notamment l'inadaptation des aides de l'Etat et des bailleurs de fonds, l’insuffisance dans la conception et la faisabilité des projets, une gestion financière défaillante, et le rare recours aux crédits. Ce dernier handicap s'explique par le fait que l’entrepreneur comorien préfère s’autofinancer au risque de limiter le développement de son entreprise que de recourir à l’emprunt bancaire. Quant bien même il voulait emprunter, les établissements de crédits ne sont que deux (2) pour l’ensemble du pays. Non seulement leurs conditions d’octroi de crédits sont restrictives mais leurs taux d’intérêt demeurent également très élevés. Conséquence, les PME comoriennes sont sous capitalisées et font rapidement faillites, faute de ressources suffisantes pour financer leur cycle d’exploitation ainsi que leur investissement.

 

Conscients de l’importance qu’occupe le secteur privé dans le développement économique du pays, l’Etat et plusieurs bailleurs de fond ont mis en œuvre des projets qui ont pour but d’encourager la création et le développement des PME, de faciliter les modalités de leur création et l’octroi de crédit à des conditions avantageuses. C’est le cas du Projet de la Banque Mondiale d’Appui au Développement des Petites Entreprises (ADPE) qui finance les activités de l’Association pour la Promotion du Secteur Privé (APSP), supervise les processus de privatisation des entreprises publiques et met à la disposition de la Banque de Développement des Comores (BDC) une ligne de crédit en faveur des entreprises. En outre, pour améliorer l'environnement juridique et judiciaire des Affaires aux Comores, un nouveau Code des Investissements beaucoup plus libéral que celui de 1984 a été adopté en juin 1995 par les parlementaires pour faciliter le développement des investissements privés dans notre pays. Un Fonds National de Garantie (F.N.G) a été mis en place en 1996 pour garantir les prêts bancaires des entreprises. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et le Bureau International du Travail (BIT) ont mis en place depuis plus de trois ans, un Projet d’Appui à la Micro-entreprise (AMIE) pour faciliter la création et le financement des petites entreprises. Depuis janvier 2000, dans le cadre d'une deuxième phase d'activité, le projet AMIE se transforme en une structure comoriennes d'appui à la création et au développement des micro et petites entreprises. L’Agence Française de Développement (AFD) aide les SANDUK et bientôt les mutuelles d’épargne et de crédit des Comores (Meck) pour faciliter l’accès aux crédits à des conditions avantageuses des micro-entreprises.

 

En fait, les deux principales sources de financement des PME comoriennes demeurent, l’autofinancement (I) et le financement externe (II).

 

I : L’autofinancement

 

Il englobe le financement endogène et le financement informel. Ces deux modes de financement s’appliquent pour les PME. Le financement endogène concerne les fonds propres (une épargne personnelle complétée par celle des parents ou amis). Les Comoriens préfèrent rassembler leurs maigres économies pour créer leurs entreprises. Pour la plupart du temps, ce sont des personnes de la même famille, des amis de longue date qui consentent à regrouper leurs épargnes, collectées parfois après plusieurs années de labeur à l’étranger, pour démarrer leurs activités.

 

En fait, les Comoriens n’ont pas l’habitude de s’associer à des personnes étrangères pour créer une entreprise. Ainsi, il existe très peu de Sociétés Anonymes aux Comores. Les sociétés créées annuellement sont à une écrasante majorité des Sociétés à Responsabilité Limitée (SARL) dont les parts sociales sont détenues par des associés d'une même famille.

 

Autres modalités de financement des entreprises, le recours aux indemnités de licenciements ou de départ volontaire. En effet, les fonctionnaires qui ont opté pour le départ volontaire dans le cadre du programme d’Ajustement structurel (PAS) ou des salariés des entreprises publiques, licenciées dans le cadre des mesures d’assainissement, le cas de la SNPT (Société Nationale des postes et Télécommunication), de l’ex EEDC (Eau et Electricité des Comores), de la SOCOPOTRAM (Société comorienne des Ports et des Transports Maritimes) utilisent leur indemnité de licenciement pour créer des entreprises. Certains, mais il s’agit d’une minorité, réussissent à se frayer un chemin dans le monde difficile des affaires.

 

En fait, aucune étude n’a été menée localement pour dégager la part prise par le financement endogène dans la création d’entreprises. Mais compte tenu du nombre limité des établissements de crédit dans le pays et des conditions d’octroi de crédit rigoureuses fixées par ces établissements, il est évident que ce mode de financement occupe une place prépondérante aux Comores à l’instar des autres pays africains.

 

L’autre mode d’autofinancement des PME comoriennes est la "tontine" qui joue un rôle important surtout dans le secteur informel. En fait la tontine est une technique de mobilisation à court terme de l’épargne personnelle. Elle permet à l’épargnant de mettre régulièrement de l’argent de côté avec d’autres personnes, de disposer à un moment donné, d’une somme d’argent pour réaliser ses projets. Cette technique très répandue aux Comores est couramment utilisée pour, réaliser certaines dépenses ostentatoires (grand-mariage, naissance, décès), financer la construction des maisons, payer les études des enfants, ouvrir une épicerie, effectuer des voyages pour le commerce informel en France, aux Emirats Arabes Unies ou en Arabie Saoudite…

 

Toutes les enquêtes effectuées en Afrique francophone démontrent la place prépondérante de l’autofinancement (financement endogène, financement informel) dans la création des PME. Ce type de financement a ses avantages et ses inconvénients. Ainsi l’entrepreneur ne s’endette pas auprès des personnes étrangères ou envers certaines institutions. Mais l’entreprise demeure limitée dans ses capacités financières, d’où l’intérêt de recourir au financement externe.

 

II : le financement externe

 

Il s’agit des crédits que les entrepreneurs peuvent obtenir soit auprès de leurs familles, de leurs amis, de leurs clients et fournisseurs par le biais des avances, soit auprès des institutions bancaires. Le crédit bancaire demeure peu pratiqué aux Comores car d’une part, il ne correspond pas à la mentalité des entrepreneurs comoriens et d’autre part, les institutions bancaires aux Comores sont limitées. Elles ont au nombre de deux : la Banque de Développement des Comores qui octroie près de 95% des crédits à long terme et la Banque pour l’Industrie et le Commerce (BIC) qui octroie, la presque totalité des crédits à court terme. Depuis quelques années, d’autres types d’établissement de crédit de proximité se développent. Ce sont les SANDUK et les Mutuelles d’épargne et de crédit qui ne bénéficient qu’aux micro-entreprises, puisqu’ils n’octroient que des crédits d’un montant limité.

 

Par ailleurs, les établissements de crédits comoriens demeurent très rigoureux dans l’octroi de leurs crédits malgré leur situation de surliquidité et évaluent les projets d’investissement et les risques qui y sont associés, en se fondant essentiellement sur les garanties offertes. Les taux d’intérêt pratiqués sont très élevés et varient de 13% à 18% selon le type de crédits sollicité. D’où la réticence des entrepreneurs à recourir à ce type de financement pourtant nécessaire à la viabilité économique de leurs entreprises.

 

Pour apporter un début de réponse aux difficultés de financement des PME, l’Etat et les bailleurs de fonds ont mis en place des dispositifs pour encourager le financement des entreprises par le recours aux crédits à des taux avantageux. Au niveau de l’Etat, une Banque de développement a été mis en place en 1981 avec pour objectif de contribuer au développement économique du pays à travers le financement à moyen terme des activités de production. La Banque a bénéficié de plusieurs lignes de crédits de la part des bailleurs de fonds. La dernière ligne de crédit mise en place, est celle de la Banque Mondiale en 1996 dans le cadre du projet ADPE d’un montant de 1 056 373 200 Fc. Cette ligne de crédit a permis le financement de 1996 à nos jours de près de 27 entreprises pour un total de 509 391 474 Fc.

 

Un Fond National de Garantie (F.N.G) a été créé également par la loi N° 95-016/AF du 7 juillet 1995, en remplacement du Fonds d’assistance au secteur privé (FASP) qui était rattaché à l’ex Centre d’Appui au Secteur Privé (CASP) qui a été institué par le PNUD et le BIT en 1992 avec pour objectif entre autres d’accroître le volume du crédit par l’intermédiaire d’un système bancaire réceptif aux besoins des petites entreprises naissantes. Le F.N.G a pour but de garantir les prêts bancaires aux petites entreprises. Il est administré par un comité d’attribution composé par le Gouverneur de la Banque Centrale et des représentants du secteur privé, du système bancaire, des bailleurs de fonds et de l’union des Chambres de Commerce d’Industrie et de l’Artisanat. Les ressources du F.N.G proviennent essentiellement des fonds transférés par le FASP qui s’élèvent actuellement à près de 225 000 000 Fc. Sur 28 projets soumis au fonds, seuls 7 ont eu un avis favorable pour bénéficier de la garantie. Le Fonds est administré par l’Association pour la Promotion du Secteur Privé (APSP) qui a pris la relève depuis 1995 du CASP.

 

Le PNUD depuis un peu plus de trois ans a mis en place un projet d’Appui à la micro entreprise (AMIE) qui a pour objet d’encourager la création des petites entreprises et d’octroyer à des conditions favorables des prêts à ces petites entreprises. La première phase de ce projet fut un succès, car elle a bénéficié aux artisans, agriculteurs, pêcheurs et surtout aux femmes. Une seconde phase vient d’être mise en place dans le but de constituer une structure pérenne de droit comorien, d'appui à la création et au développement des micro et petites entreprises. Cette structure AMIE s'implantera dans les trois îles pour pouvoir assumer des appuis de proximité aux petites entreprises comoriennes.

 

D’une manière générale, les PME comoriennes ne bénéficient pas de structures administratives et financières adaptées qui facilitent leur financement. Le recours aux crédits par le biais des institutions bancaires n’est toujours pas encré dans la mentalité des entrepreneurs comoriens. Et ceux qui ont recours à ces crédits détournent parfois la destination de ces crédits et pénalisent ainsi le développement de leurs entreprises. A cet effet, il est nécessaire de mettre en place des établissements de crédits spécialisés, notamment à destination des agriculteurs et des artisans, pour permettre à nos entrepreneurs d’avoir une gamme de crédit adaptée à leurs besoins. Les entrepreneurs comoriens doivent de leur côté restructurer leur méthode de travail et l'organisation administrative et financière de leurs entreprises, en recrutant des cadres et un personnel qualifié, afin de mieux concevoir leurs projets et rentabiliser ainsi leur investissement pour le plus grand bien de tous les comoriens.

  

Ismaël SAADI

 

© MweziNet 2003