Le Programme de privatisation des
Entreprises publiques aux Comores
* * * * *
Le
programme de privatisation des entreprise publiques est un phénomène qui existe depuis
les années 60 mais qui sest accéléré au cours des années 80 dans les pays
développés ( Grande Bretagne, France, Nouvelle Zélande, Russie
) et dans les pays
en voie de développement ( Chili, Jamaïque, Malaisie, Pologne, Ghana, Cote
dIvoire
). Entre 1984 et 1996 plus de 86 pays ont privatisé. Des
privatisations qui ont rapporté à ces Etats plus de 357 milliards de dollars. Le pays
qui a été à la pointe des privatisations au cours de ces dernières décennies
cest la Grande Bretagne de Margaret Thatcher qui a privatisé depuis 1979, près de
250 entreprises ( des entreprise importantes comme British Télécom, British Gas, British
Airways). La France a également beaucoup privatisé depuis 1986 ( La BNP, la Société
Générale, Air France, France télécom
).
En raison de la globalisation de
léconomie mondiale, caractérisée par la réduction de lintervention des
Etats dans le fonctionnement des marchés et lintégration croissante du commerce,
des flux de capitaux ainsi que des échanges dinformations et de technologies, le
phénomène des privatisations est devenu un phénomène mondial encouragé par la Banque
Mondiale et pratiqué par la majeure totalité des pays ( même la chine communiste
privatise ). Aux Comores, le programme de privatisation des entreprises publiques est
récent. Il entre dans le cadre du programme dajustement structurel mis en
uvre par la Banque Mondiale et le Fond Monétaire Internationale. Il a pour objectif
« de laisser au secteur privé le financement, la production de qualité et la
gestion efficace de biens et services productifs
Le programme de privatisation,
sinscrit donc dans une optique de développement économique à moyen terme des
industries et services compétitifs aux Comores. Lobjectif est de désengager
lEtat dans la gestion de ces entreprises, de recentrer les activités de lEtat
vers les services dutilité sociale, tels que léducation, la santé et de
laisser la gestion des services dinfrastructures à des opérateurs privés plus à
même de fournir des services efficaces de qualité.
Ce programme de privatisation
sorganise autour de ces objectifs clés à savoir :
laccroissement de la participation des
opérateurs économiques privés dans le financement des activités par lapport
dargent frais dans loptique dune modernisation de loutil de
production économique ;
laugmentation les ressources budgétaires
de lEtat par la cession des participations de lEtat, par la taxation des
profits bénéfices des entreprises privatisées et par léconomie
dinvestissements réalisée par lapport de capitaux du secteur privé ;
laugmentation de la productivité et la
compétitivité des entreprises privatisées et de léconomie
nationale;
la diminution des coûts et facteurs de
production de ces entreprises grâce à la modernisation et la rénovation des
infrastructures ;
lémergence dune épargne locale à
travers la création dun actionnariat national ;
la fourniture régulière des services de
qualité afin dassurer le bien-être de la population.
Le programme de privatisation des entreprises
publiques aux Comores est autorisé par des lois adoptées par lAssemblée
Fédérale. Ainsi cette assemblée a adopté, la loi N° 95-008/AF portant concession ou
privatisation des sociétés à capitaux publics.
Pour superviser ce processus, elle a
également adopté une loi N° 95-009/AF du 19 juin 1995 instituant la Commission de
privatisation, organe représentant le Gouvernement, chargée de gérer le processus de
privatisation selon des procédures transparentes faisant appel à la concurrence. Cette
Commission est placée sous lautorité du Premier Ministre et du Ministre des
Finances et du Budget. Elle jouit dune totale indépendance. Afin de mieux assurer
le suivi des dossiers, elle est dotée dune Cellule Technique composée de membres
permanents qui se sont repartis les dossiers des entreprises publiques à
privatiser.
En outre, lAssemblée Fédérale a
aussi adopté la loi N° 95-115 qui réglemente la procédure dappel à la
concurrence relative à la cession des titres détenus par lEtat dans les sociétés
à capitaux publics et les lois 97-003/AF et 97-004/AF spécifiques à la privatisation
des télécommunications et de la Société Comorienne des Hydrocarbures. Le programme de
privatisation actuel concerne cinq (5) entreprises : lEEDC ( Electricité et
Eau des Comores) , la Société Comorienne des Ports et des Transports Maritimes
(SOCOPOTRAM), Air Comores, la Société Comorienne des Hydrocarbures (SCH), la Société
Nationale des Postes et Télécommunications (SNPT).
1. La Société Eau et
Electricité des Comores (EEDC)
LEEDC était une entreprise publique à caractère industriel et commercial dotée
dune autonomie administrative, financière et patrimoniale au capital social de 1
641 millions de Fc, daprès la loi N° 94 038/AF du 24 décembre 1994 portant
statuts délectricité et eaux des Comores. Cette loi a abrogé la loi N° 91-018/PR
du 24 juillet 1981 créant létablissement public national EEDC.
LEEDC avait pour objet de « réaliser sur toute létendue du territoire
national toutes les entreprises et toutes les opérations concernant directement ou
indirectement létablissement et lexploitation des services publics de
production, transport et de distribution dénergie électrique, ainsi que les
services publics de captation, dadduction, de conservation et de distribution de
leau ». Les faiblesses de la performance technique et financière
enregistrées par cette société et le besoin dune meilleure couverture et
fourniture nationale en eau et en électricité ont poussé le gouvernement à opter pour
sa privatisation. Ainsi en 1994, 1995 et 1996 la situation financière désastreuse de
lex EEDC sest soldée par une perte de plusieurs millions de FC par an sans
compter laccumulation des arriérés de lEtat qui sélèvent à plus de
837 millions de FC.
En outre le pourcentage de la population desservie par lélectricité est moindre (
50%) comparée aux autres pays de la région ( 98% à lIle Maurice). La population
desservie par leau est seulement de 24%. A compter du mois de décembre 1996,
lEEDC nétait plus en mesure de fournir ses prestations, et la Grande Comore
vécut plus dun an dans lobscurité. Cette situation a eu pour effet de
perturber et paralyser la vie économique et sociale de lîle.
Pour
permettre une fourniture de services adéquats à la population comorienne, une meilleure
exploitation technique et financière des services eau et électricité et une extension
des investissements, le Gouvernement a décidé de privatiser la gestion de cette
entreprise. Et pour sauvegarder les intérêts nationaux, un organe réglementaire de
tutelle a été créé pour assurer le respect de lexécution du contrat par le
repreneur.
Afin de mieux préparer la mise en concession de lEEDC, la Commission de
privatisation a recruté un cabinet de conseil spécialisé dans la privatisation des
sociétés dinfrastructure. Ce cabinet a proposé un schéma de privatisation ainsi
que et les documents afférents qui ont été retenus par le conseil des ministres. Ce
schéma a du être modifié par la suite pour tenir compte des dispositions contenues dans
la lappel doffres.
Le Président de la Commission de Privatisation et le Ministre des Finances de
lépoque, aidés par des consultants et soutenus par la Caisse Française de
Développement, ont menés plusieurs négociations qui ont abouti au bouclage du dossier
de privatisation. Ainsi, la formule du contrat daffermage a été
retenue plutôt que celle de la concession qui sest avérée impossible à
appliquer en raison de la détérioration de loutil de production et labsence
de données financières fiables. LAgence Française de Développement (AFD)
sest engagée sur une participation financière de 60 millions de FF (soit 4,5
milliards FC) sous forme de subvention et de prêt pour appuyer la réforme du secteur de
leau et de lélectricité aux Comores.
Le contrat daffermage a été signé
finalement en avril 1997 avec la Sogéa, contrat repris ensuite par la Compagnie
Générale des Eaux. Toutefois la mise en vigueur du contrat na pu intervenir que le
14 janvier 1998. Un décret du 15 janvier 1998 a mis en place un nouveau cadre
réglementaire définissant les modalités de gestion des services publics de leau
et de lélectricité en transférant les droits et obligations de lEEDC à la
Comorienne de lEau et de lElectricité (CEE) une Société anonyme au
capital de 5 millions de Fc dont lobjet est la gestion dinstallation, de
production, de transport et de distribution de lelectricité et de leau aux
Comores. Après presque un an et demi dobscurité dans le pays, lélectricité
et leau sont rétablies dès la semaine qui a suivi la mise en vigueur du contrat.
La difficulté demeure maintenant dans la mise en place de lorgane chargé du suivi
de lexécution du contrat.
2. La Société Comorienne des
Ports et des Transports Maritimes (SOCOPOTRAM)
La SOCOPOTRAM est une
Société dEtat à caractère industriel et commercial dénommé créée par la loi
N° 91-012/AF du 12 septembre 1991 remplaçant la loi N° 91-006. Cette société a pour
objet notamment « de développer, dexploiter et de gérer les infrastructures
portuaires et les transports maritimes dans le cadre de la politique sectorielle définie
par le Gouvernement , de gérer les biens mobiliers et immobiliers qui lui sont
propres, dassurer le sauvetage et la lutte contre les incendies des navires en
mer». A cet effet, elle a en charge dassurer les opérations de chargement et de
déchargement des navires, de la gestion des ports et dassumer le rôle dagent
de compagnie de navigation et la gestion du navire Choungi.
Actuellement, la
SOCOPOTRAM est une société en cessation de paiement qui continue daccumuler des
arriérés de salaires. La mauvaise qualité des opérations portuaires et des services
maritimes entrave le développement économique. Cette société, na jamais
contribué au remboursement du prêt contracté auprès de la Banque Africaine de
Développement (BAD) pour la construction du port de Mustamudu, ni participé au
financement du budget de lEtat même au titre des différents impôts et taxes
prévus par la loi.
Les prix élevés de ses
prestations et le manque defficacité de ses services font que les armateurs
désertent de plus en plus les ports comoriens. Le trafic portuaire est en forte
régression alors que les autres ports de la région, notamment celui de longoni à
Mayotte, connaissent une croissance soutenue de leur trafic. Par conséquent, il
sest avéré nécessaire de soulager léconomie nationale des coûts
portuaires prohibitifs, de la mauvaise performance et de la désorganisation des
opérations portuaires, de réaliser dimportants investissements pour la
modernisation des infrastructures portuaires en privatisant cette entreprise.
La loi N° 95-008/AF du 19 juin 1995 a autorisé
la mise en concession de la SOCOPOTRAM, lEtat conservant la propriété des biens.
Ladoption de cette loi a été suivie par une libéralisation de la représentation
et de la consignation mais sans quun cadre juridique ne réglemente lexercice.
La stratégie retenue par la Commission de
Privatisation pour assurer la privatisation de la SOCOPOTRAM consiste à la mise en
concession auprès dopérateurs professionnels privés des opérations de
manutention des ports des Comores, à la création dune autorité portuaire chargée
doctroyer les licences, darbitrer les conflits entre les différents
opérateurs privés et de sassurer du respect des obligations prises par le
concessionnaire et enfin à la vente du bateau Choungui destiné au transport inter-îles
et au transbordement des marchandises.
La stratégie, les projets dappel
doffres le cahier de charges ainsi que les projets de texte de création de
lautorité portuaire ont été examinés et adoptés par la Commission de
privatisation. Cette stratégie a déjà été adoptée par le Gouvernement et
lensemble des documents techniques finalisés. Le Market-Test effectué a permis
détablir une première liste dinvestisseurs potentiels.
Afin de pouvoir achever le processus, la
Commission de Privatisation souhaite que le Gouvernement prépare, un projet loi portant
dissolution de la SOCOPOTRAM et portant création de lAutorité Portuaire des
Comores (APAC) et dapprouver le programme de travail avec les étapes
suivantes: la mise en place dun comité provisoire chargé de la gestion de la
manutention le licenciement du personnel administratif jugé pléthorique et le
redéploiement des dockers après négociation avec les syndicats et chiffrage des coûts
de licenciement.
La commission de privatisation a informé
le gouvernement de lurgence à clore dans les meilleurs délais ce dossier
SOCOPOTRAM en raison de la dégradation de la situation financière de cette entreprise et
des grèves à répétition du personnel qui pénalisent lactivité économique
du pays.
3. la Société Comorienne des
Hydrocarbures (SCH)
La SCH est une société à capitaux
publics créés par la loi N° 80-27 du mois de janvier 1980. Elle est sous la tutelle du
Ministère des finances et du budget. Elle a pour objet dimporter, de stocker et de
distribuer les produits pétroliers aux Comores. Elle est lune des rares sociétés
dEtat qui apporte une contribution subséquente au financement du budget au titre
des impôts (notamment la taxe unique) et des recettes de services. Cependant, le coût
élevé à limportation des produits pétroliers aux Comores constitue un handicap
important au développement et rend peu compétitif léconomie nationale. En outre,
la situation financière de la société sest détériorée et elle éprouve de plus
en plus de mal à honorer ses engagements.
Dans ce contexte le gouvernement comorien
désire privatiser les services dimportation et de stockage des produits pétroliers
avec pour objectif :
une meilleure exploitation et une gestion
rigoureuse afin dobtenir des gains defficacité pour permettre une baisse du
prix à limportation des hydrocarbures.
une augmentation des recettes de lEtat
pour permettre le remboursement de la dette contractée par lentreprise
la réalisation des investissements nécessaire
à la délocalisation des dépôts de la Grande Comore situés en plein centre ville à
côté dun établissement scolaire.
Des profondes restructurations
de la SCH ont été réalisées depuis 1995 notamment la vente de lunité
dembouteillage de gaz butane acquis par une société privée GAZCOM, la vente des
stations services à Moroni et à Anjouan suivi dune libéralisation de la
distribution des hydrocarbures et la vente du bateau Nimachoua qui assurait le
transbordement des produits pétroliers mais aussi du transport de personnes et de biens
entre les îles
LAssemblée Fédérale a
adopté le 24 juillet 1997 la loi N° 97-003/AF autorisant le Gouvernement à procéder à
la privatisation de la Société Comorienne des Hydrocarbures (SCH). Larticle 1er
de cette loi dispose que « la privatisation de la SCH se réalisera, soit par
transfert de la gestion, soit par cession de tout ou partie des actions au profit de
personnes physiques ou morales de droit privé ».
Le diagnostic formulé par le consultant recruté
par la commission de privatisation, chargé du dossier SCH se résume ainsi: les surcoûts
au niveau de la SCH sont importants et sont liés à la politique
dapprovisionnement, aux pertes techniques, aux frais de fonctionnement excessifs
mais également aux surcoûts structurels liés au mauvais dimensionnement des dépôts de
Moroni
Le consultant recommande donc une approche visant
à rechercher un investisseur stratégique qui prendrait le contrôle de la
SCH et accorder une exclusivité pendant 7 ans sur limportation des produits
pétroliers en contrepartie du financement par cet opérateur dun nouveau dépôt à
Moroni dans une zone moins exposé quactuellement . Les prix
dapprovisionnement seraient fixés par le gouvernement après appel doffres et
devaient être révisés périodiquement pour tenir compte des évolutions des cours
mondiaux.
Sur la base de ce schéma il est estimé que les
gains additionnels pour lEtat par rapport à la situation actuelle se situeraient à
3 600 000 000 francs comoriens. Les alternatives soumises au choix du gouvernement pour la
vente des actions de la société sont les suivantes :
67% du capital au repreneur stratégique et 33%
à lEtat
67% au repreneur stratégique, 20% à
lEtat et 13% aux opérateurs privés nationaux
100% du capital au repreneur stratégique avec
une participation symbolique «golden share » de lEtat.
Lobjectif recherché est dattirer un
éventuel repreneur en lui accordant la majorité des parts et garantir une gestion
privée tout en permettant à lEtat davoir un droit de regard. La commission
de privatisation a soumis les alternatives a) et b) au gouvernement qui avait retenu
loption a) mais qui par la suite est revenu sur sa décision.
Le consultant chargé également du
marketing de lopération a déjà établi une liste des soumissionnaires qui
comprend les grandes sociétés pétrolières internationales. Actuellement, la commission
de privatisation a déjà étudié les différents documents (convention, cahier de
charges) ainsi quun calendrier dexécution étalé sur un période de 6 mois.
En fait, le travail technique a suffisamment bien avancé et que seule des décisions
politiques doivent être prises pour pouvoir continuer le processus. Le Gouvernement vient
dautoriser lorganisation dune réunion des soumissionnaires qui était
programmée initialement en juillet 1998, mais qui a été annulée à la dernière
minute.
4. La Société Nationale des
Postes et Télécommunication (SNPT)
La SNPT est un établissement public à
caractère industriel et commercial doté de la personnalité civile et dune
autonomie financière. Ses statuts ont été institués par la loi N° 89-005/AF et mis en
uvre par lordonnance N° 92-004/PR. Cest une société qui a pour objet
entre autres de développer et moderniser le service public des postes et
télécommunications sur le territoire national de la République.
La SNPT dispose actuellement dun parc
téléphonique de 5508 lignes principales concentré dans la capitale et dune
densité téléphonique de 0,9 lignes pour 100 habitants. Il convient de constater que
près de 60% des demandes dabonnement demeurent insatisfaites et que 80% des
villages sont totalement privés de téléphone. La numérisation du réseau est loin
dêtre achevé, Internet nest pas accessible à tout le monde et le
téléphone mobile demeure à létat de projet.
Etant donné que le secteur des
télécommunications est un secteur important et stratégique pour le développement
économique et social des Comores, le gouvernement envisage la libéralisation des
télécommunications et la privatisation de la branche télécom de la SNPT par
louverture de son capital à des investisseurs privés. Cette privatisation est
nécessaire afin daugmenter la couverture géographique de faciliter le financement
des investissements à réaliser et améliorer la gestion opérationnelle du secteur des
télécommunications et de réduire les coûts de prestation de lentreprise afin
permettre à la population daccéder en plus grand nombre aux produits de cette
entreprise.
La loi 97- 004/ AF qui a autorisé la
libéralisation des télécommunications et la privatisation de la branche
Télécom de la SNPT a prévu la création de deux sociétés anonymes : la
société des télécommunications et la société des Postes et de lEpargne par
regroupement des activités de la Poste et de la Caisse dEpargne
La libéralisation des télécommunications
a pour objet louverture à la concurrence des services de transmission des données,
de la revente du service téléphonique, des Publiphones et des services à valeur
ajoutée, loctroi sur appel à la concurrence, dune licence nationale du
téléphone mobile avec possibilité doffrir le service international après une
période de 7 ans, loctroi à la société des télécommunications du service de
téléphone fixe avec exclusivité initiale de 7 ans pour le service de téléphone fixe
national et international.
Cette politique serait accompagnée de
mesures destinées à assurer une concurrence loyale et effective doù la
nécessité de créer une autorité de réglementation indépendante de lEtat. La
privatisation de la branche Télécom de la SNPT concernera la ventre des titres après
appel à la concurrence.
Cest une option choisie par la
Commission des privatisations pour « intéresser un maximum dopérateur étant
donné limportance des fonds nécessaires aux investissements en lui donnant le
maximum de garanties, former un noyau dur Etat secteur privé comorien afin
déviter que les détracteurs du processus voit en cela la perte dune partie
de sa souveraineté, éviter une situation de concurrence déloyale et dintimidation
des concurrents, de la clientèle et même du Gouvernement par lopérateur dominant,
satisfaire le désir du personnel de la SNPT qui a exprimé le souhait de vouloir
participer au capital de la société et percevoir le maximum de fonds dans la
transaction ».
A cet effet, il est nécessaire
davoir un cadre juridique adapté et dengager lopérateur à respecter
un cahier de charges précis. En fait loption de privatisation sera précisée et
soumise à lapprobation du Gouvernement par la Commission de Privatisation que
lorsquune évaluation profonde de la SNPT aura été effectuée.
5-La Société Nationale des
Transports Aériens Air Comores (SNTAC)
La SNTAC a été instituée par la loi N°
90-013/AF du 8 décembre 1990. Son capital était détenu exclusivement par le
Gouvernement comorien. En dépit dune forte demande, la société éprouvait
dénormes difficultés à fournir un service de transport aérien fiable et de
qualité et sa situation financière était désastreuse en raison dune gestion
inefficace, de charges importantes et dun sureffectif du personnel. Son seul avion
F27 était immobilisé et en hors détat de fonctionner.
En 1995 une alliance avec une compagnie
aérienne très mal conçue (Ashley) a précipité la faillite de cette entreprise qui a
été par la suite mise en liquidation et fermée le 30 novembre 1995. Cette liquidation
est supervisée par une Commission de liquidation nommée par le Gouvernement par décret
N° 95-347/PM. La loi N° 95-008/AF du 19 juin 1995 portant concession ou privatisation
des Sociétés à Capitaux Publics a autorisé dans son article 2 la vente de tout ou
partie des participations financières détenues par lEtat dans la Société Air -
Comores.
Du fait du caractère insulaire du pays mais
aussi de limportance que représente le tourisme dans la politique de développement
économique, il est primordial de mettre en place un service de transport aérien efficace
et sûr pour assurer le trafic inter-îles et international. Labsence dune
compagnie aérienne nationale se fait sentir par la population et a encouragé la
prolifération de petites compagnies aériennes privées qui ne remplissent pas toutes les
conditions de sécurité requises. Le Gouvernement envisage donc la création dune
nouvelle société aérienne privée de droit comorien. La capitalisation serait
constituée par un consortium formé dun opérateur stratégique aérien, qui
assurerait la gestion, lEtat comorien et des opérateurs privés. La démarche de
privatisation adoptée par le Gouvernement consiste en trois (3) étapes :
louverture à la concurrence du trafic inter-îles, la liquidation de la société
nationale Air Comores et la création dune nouvelle société de droit privé
comorien.
En ce qui concerne louverture à la
concurrence du trafic inter-îles, après la liquidation dAir Comores fut
prononcée, on assiste aussitôt à la création de petites compagnies de droit privé
comorien opérant le trafic inter-îles et régional. Mais, plusieurs de ces compagnies
ont disparu en raison du manque de professionnalisme, des difficultés à se conformer aux
normes de sécurité requise sur le plan national et internationale et surtout le
rétrécissement du marché consécutif aux problèmes politiques liés à la sécession
de lîle dAnjouan.
En ce qui concerne la liquidation de la société
nationale Air Comores, elle fut prononcée le 30 novembre 1995. Un cabinet daudit
comptable a été ensuite recruté pour appuyer le Comité de Liquidation pour établir un
bilan de liquidation , un plan et un calendrier dapurement des dettes en accord
avec les principaux créanciers, organiser la vente des actifs et clore la liquidation.
Le bilan de liquidation a été établi et
il est apparu que même si les actifs étaient vendus en totalité le passif ne serait pas
couvert. Toutefois la difficulté majeure réside dans lobtention du feu vert du
Gouvernement pour la vente du principal actif de la société: le bâtiment ayant
abrité la compagnie.
En ce qui concerne la création de la
nouvelle compagnie aérienne de droit comorien, lidée est de créer une compagnie
privée de droit comorien qui pourrait recevoir la concession sur 20 ans des droits de
trafic internationaux et les droits de trafic inter-îles en concurrence avec un ou
plusieurs opérateurs. La Commission de Privatisation a sélectionné un cabinet
spécialiste du transport aérien. Il ressort des premières études réalisées que la
réussite de lopération nécessite la réorganisation de lAviation Civile, la
réorganisation des aéroports pour garantir le financement de ses besoins urgents et
le démarrage de nouvelles infrastructures hôtelières afin de créer le marché
potentiel pour le transport aérien.
Actuellement, le consultant chargé
également du marketing de lopération a finalisé lOffering Mémorandum en
collaboration avec la Cellule Technique. Les opérations de démarchage auprès
dopérateurs professionnels ont aussitôt démarré. Le résultat de ces opérations
permettra de peaufiner la stratégie qui devra être adoptée par la Commission de
Privatisation et puis par le Gouvernement. Il est prévu dachever lopération
à la fin de cette année 1999.
Afin de réaliser le programme de privatisation,
le Gouvernement comorien a sollicité et obtenu auprès de la Banque Mondiale, plus
précisément de lAssociation Internationale pour le Développement (AID) un crédit
dun montant de 220 000 US$ . Cette institution financière a ensuite apporté un
appui supplémentaire dun montant de 300 000 US$ sous forme de don. LAgence
Française de Développement a participée à la privatisation du secteur de lEau et
de lElectricité sous forme de don et de prêt à hauteur de 60 000 000 FF. Cette
opération a également été appuyé par les Emirats Arabes unis qui ont contribué
pour lachat de pièces détachées et le Koweït par lapport de quatre (4)
groupes électrogènes.
En conclusion, il convient de constater que
parmi les cinq (5) entreprises publiques à privatiser, seule la gestion de lex EEDC
a été privatisée avec le contrat daffermage entré en application en janvier 1998
et qui a donné naissance à la Comorienne de leau et délectricité (CEE).
Ainsi le programme de privatisation na pas beaucoup progressé. Puisque la
Commission de privatisation dispose de tous les éléments pour faire avancer les dossiers
rapidement, il appartient par conséquent aux autorités politiques de faire cesser leurs
hésitations et de respecter le plan dexécution du programme de privatisation tout
en ayant le souci de préserver les acquis sociaux et le sauvegarde des intérêts majeurs
de la nation, en mettant en place des filets de protection sociale. Tout le monde doit
être conscient que la stabilité politique de notre pays est « la » condition
nécessaire pour attirer les capitaux étrangers sans lesquels le secteur privé de ce
pays, qui demeure un instrument idéal pour revitaliser léconomie comorienne,
demeurera embryonnaire et non créateur demplois.
Ismael Saadi
N.B. Cette étude a été
réalisée grâce aux contributions précieuses de Mer Chabani Abdallah Halifa,
Coordinateur National du Projet de la Banque Mondiale N° 2632 COM « Appui au
Développement des Petites Entreprises » (cf Wizani Revue juridique et judiciaire
N° 1 P. 33 et s).. Cette étude a été
réalisée grâce aux contributions précieuses de Mer Chabani Abdallah Halifa,
Coordinateur National du Projet de la Banque Mondiale N° 2632 COM « Appui au
Développement des Petites Entreprises » (cf Wizani Revue juridique et judiciaire
N° 1 P. 33 et s).