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JOURNEE DES ECONOMISTES DE L'ORSTOM 1998 sur le thème : "les différentes approches de la pauvreté" Paris, 7 octobre 1998 Approcher la pauvreté aux Comores : quelles possibilités? (version provisoire) Ali Mohamed Sinane - Economiste PNUD - Comores
Introduction et contexte La manifestation de la pauvreté aux Comores est relativement récente et semble avoir pris sa source au milieu des années 80. La population sappauvrit de jour en jour, si lon se réfère à lévolution du revenu réel par tête dhabitant. Celui ci continue de baisser de façon régulière depuis 1985 de lordre de 1 à 2% par an et se situe, aujourdhui à près de 17% de son niveau de 1985, ce qui a ramené le niveau de vie de la population à un niveau équivalent à celui dil y a plus de 23 ans au moment de lindépendance. Malgré une importante aide extérieure de lordre de 100 $ par habitant au cours de la période 1980-1997, soit léquivalent de plus dun cinquième du PIB et environ quatre fois la moyenne de lAfrique subsaharienne ; la croissance économique est restée sensiblement en deçà de laccroissement de la population (1,2% contre 2,7% par an). Une situation qui se traduit, au niveau micro-économique, par une montée régulière de la pauvreté. Lenquête sur la consommation des ménages de 1995 confirme cette détérioration du niveau de vie et lon estime à 51% le nombre des personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté [PNUD et Gouvernement Comorien, 1997]. Cette montée de la pauvreté est de deux ordres. La première structurelle et de long terme résulte dune croissance insuffisante de la production intérieure liée à la stratégie de développement adoptée à l'indépendance mais également aux multiples défaillances dans la mise en uvre des politiques macro-économiques appropriées qui ont conduit, à une baisse cumulative et généralisée de lactivité économique et du revenu par tête. La deuxième de nature conjoncturelle provient de phénomènes exogènes comme la chute du cours des produits dexportation, des mesures dajustement interne comme la réforme administrative avec les licenciements induits mais également de la dévaluation du franc comorien par rapport au franc français de 1994 qui a entraîné, une baisse du niveau du revenu relatif de ceux qui nont aucun lien avec lextérieur, soit par l'exportation ou par les transferts importants de la diaspora comorienne. La pauvreté est une préoccupation nouvelle en plus des dimensions macro-économiques et du maintien des équilibres budgétaires puisquelle est en partie la genèse des turbulences dordre politique qui remettent en cause les fondements de la nation depuis le deuxième trimestre de 1997. Face à cette situation, les nouvelles réflexions sur les scénarios de développement susceptibles dengendrer une croissance soutenue et une amélioration des conditions sociales et des niveaux de vie intègrent, la lutte (ou latténuation) de la pauvreté comme objectif fondamental. Cest dans ce contexte que le Gouvernement comorien par lappui du PNUD et de la Banque Mondiale a initié un cadre de soutien à la formulation dune stratégie nationale délimination de la pauvreté. Ceci afin de mieux appréhender le phénomène de pauvreté et de mener en conséquence des actions et programmes mieux ciblés et mieux intégrés aux contenus des politiques économiques en plus du développement du capital humain, de la préservation de l'environnement naturel et de la réduction de la croissance démographique. Cette communication se propose, de décrire les approches retenues aux Comores dans les investigations en cours du phénomène de pauvreté en récapitulant les principales caractéristiques et tente dexplorer dautres approches envisageables liées à la structuration et au fonctionnement de la société comorienne. I. La mesure de la pauvreté aux Comores : une préoccupation nouvelle La démarche globale retenue pour la mesure et létude de pauvreté est en deux étapes et sinscrit dans les approches habituelles communément admises par les économistes et les statisticiens : lapproche quantitative et l'approche quantitative. Aux Comores, la première enquête statistique réalisée auprès des ménages date de 1966 et portait principalement sur la consommation et la production vivrière. La deuxième est le recensement de la population et de lhabitat de 1980 et principalement de celui de 1991, qui a dune manière inhabituelle intégré plusieurs types dinformations pouvant aider à cerner la pauvreté même si, elle n'a pas permis de déterminer avec certitude le seuil de pauvreté. Cest en 1995, sur un financement du gouvernement comorien au travers d'un prêt du MERCAP (Macro-Economic Reform and Capacity Building Adjustment Program) de la Banque Mondiale et avec lassistance du PNUD, quune enquête exploratoire dite budget - consommation a été réalisée sur les trois îles de larchipel formant la RFIC. Cette enquête est dite exploratoire car les impératifs immédiats du gouvernement étant financier ; la question essentielle était de savoir comment mettre en place un certain nombre de réformes dans des conditions difficiles et en même temps empêcher une nouvelle dégradation de la pauvreté. Elle devrait être suivie en 1996 par une deuxième enquête "budget-consommation". Son objectif était double, connaître la structure des revenus et des ménages afin de mesurer la pauvreté mais également fournir les informations utiles pour le calcul des revenus et dépenses des ménages ainsi que le calcul de lindice des prix à la consommation. Lobjectif principal étant de dégager un profil de pauvreté et de donner une idée précise des poches de pauvreté et tracer un cadre pour un suivi de la situation de la pauvreté et permettre, aux pouvoirs publics de déterminer limpact des politiques de réforme économique sur le niveau de vie des pauvres. En complément à cette démarche quantitative, une étude qualitative sur les perceptions des dimensions du bien - être et de la pauvreté a été menée pour identifier comment se définissent, selon les populations, les concepts de bien - être et de pauvreté d'une part et d'autre part, identifier les éléments qui sont susceptibles de contribuer à améliorer le niveau de bien-être des populations ainsi que le minimum qu'il faut pour survivre au quotidien. 1). Evaluation monétaire de la pauvreté a. La méthode de collecte des données Lenquête exploratoire budget - consommation réalisée en 1995 a porté sur un échantillon de plus de 2 000 ménages sélectionnés par sondage aléatoire autopondéré, avec un taux de sondage uniforme denviron 1/40, à deux degrés, stratifié et en grappes. Trois strates ont été retenues : la capitale Moroni, les autres villes et le milieu rural. Sur la base de ces critères, 996 ménages ont été sélectionnés en Grande Comore, 864 à Anjouan et 144 à Mohéli, ce qui a conduit à un échantillon de 2004 ménages. Lenquête est construite sur la base dun questionnaire de 39 pages, regroupant 900 questions, a été rempli en deux visites dune heure chacune à 15 jours dintervalle, afin de recueillir des informations sur les caractéristiques socio-démographiques des ménages, le niveau et les conditions de vie. Dans sa conception, elle a combiné les méthodes classiques des enquêtes sur le budget et la consommation des ménages et en même temps, elle permet de répondre aux objectifs des enquêtes du programme dimension sociale de l'ajustement (DSA). b. Elaboration dun profil de pauvreté La méthode utilisée dans lanalyse empirique pour la détermination du profil de pauvreté est la combinaison de lapproche normative incluant les besoins biologiques et essentiels, et de lapproche relative qui consiste à définir comme pauvre, un pourcentage de la population se situant dans "le quintile inférieur" à la distribution des dépenses de consommation. Cette démarche a permis destimer sur la base du panier de la ménagère, le montant minimum permettant de vivre de manière convenable aux Comores. Le calcul est fait à partir du seuil de survie alimentaire déterminé, par lachat de 2400 calories de riz par personne soit 343 FC par jour et d'un supplément des besoins essentiels estimé en moyenne à 25% de la dépense totale qui est, le seuil de survie non alimentaire. Lon a obtenu quil faut un minimum de 457 Francs Comoriens (FC) soit un peu plus de 1$ des Etats Unis pour subvenir aux besoins dun adulte par jour soit 167.000 FC par an, l'équivalent de 446 $ comme seuil de pauvreté absolue. C'est la consommation des ménages qui a été utilisée comme étant le meilleur estimateur du revenu permanent du fait de sa relative stabilité dans le temps. La consommation inclut les dépenses monétaires, lautoconsommation et les cadeaux valorisés aux prix du marché et limputation dun loyer fictif pour les ménages propriétaires. Ainsi lanalyse de la consommation totale par habitant montre que 36.700 ménages représentant 254.000 personnes, soit environ 50,6% de la population, ont une consommation inférieure au seuil de pauvreté absolue. De plus en considérant la seule dépense alimentaire relative à la consommation de riz, lon observe que 26.100 ménages, soit 71% des ménages vivant en dessous du seuil de pauvreté absolue, ont une consommation inférieure au seuil de survie alimentaire estimé à 343 FC. Le classement des ménages en catégories socio-économiques homogènes selon une répartition par quintile et par ordre décroissant de dépenses de consommation (tableau 1) permet de saisir les modifications des dépenses moyennes de consommation lorsque lon passe des plus pauvres aux plus riches et den évaluer lincidence. Ainsi en considérant, le dernier quintile comme étant le seuil de pauvreté relative caractérisant les 20% des ménages les plus pauvres; l'on observe que le niveau moyen de consommation des comoriens les plus riches est six fois plus élevé que celui des 20% les plus pauvres. Le faible niveau de consommation de la catégorie des ménages la plus riche, environ 900 $ des Etats Unis est le fait de la faiblesse et de l'absence de diversification de l'économie mais surtout de la forte concentration d'une grande partie du patrimoine aux mains d'un petit nombre de familles. Tableau 1
Source : PNUD et Gouvernement Comorien Développement Humain Durable et Elimination de la Pauvreté : Eléments pour une stratégie Nationale , 1997, Editions Frison Roche, Paris, pp. 18-19. 2. Les perceptions de la pauvreté : lapproche qualitative Ces informations quantitatives ont été complétées par une deuxième enquête qualitative, effectuée auprès dune centaine de ménages choisis, de façon raisonnée, dans chacune des îles en fonction de leur situation de pauvreté. La stratégie dinvestigation proposée vise a capter et a analyser les perceptions quont les ménages de cette situation, les facteurs qu'ils considèrent en être à l'origine, les modifications de comportements qu'ils se proposent d'effectuer et des propositions dintervention pour supprimer ces situations [Bourhane, 1995]. Il est important de constater que ce même seuil de 500 FC par personne et par jour a été cité à nombreuses reprises lors de lenquête qualitative. Les chefs de ménages ont, en effet, souligne sur la nécessité de disposer dun revenu minimum de 500 FC par jour pour pouvoir survivre tout en recherchant de nouvelles opportunités de travail ou de revenu. Ceci renforce la pertinence analytique de ce seuil qui devient alors autant subjectif qu'objectif. 3. Qui sont les pauvres ? Les résultats de lenquête budget - consommation montrent que la tranche de la population se trouvant dans une pauvreté relative est élevée et lon peut affirmer avec certitude quelle augmente dune manière régulière, eu égard a la faiblesse du revenu réel par habitant depuis 1995, année de lenquête et au bas niveau des services publics en matière de santé et déducation. La pauvreté est présente, à des degrés divers, dans toutes les îles (tableau 2) et d'une manière très contrastée d'un village à un autre. Elle sévit plus particulièrement dans le milieu rural avec une incidence de plus de 54% où les ménages, sont généralement tributaires d'une seule activité (ou culture). Néanmoins, la pauvreté affecte moins les ménages qui se consacrent à la polyculture, à l'élevage, à la pêche et aux activités de commercialisation. Les paysans sans terre ou les métayers représentant 20% des ménages selon le recensement de 1991, forment le gros de la population la plus vulnérable des Comores. Ils se trouvent principalement à Anjouan et parmi les immigrants installés à Mohéli. Tableau 2 : Incidence de la pauvreté dans la population
Remarque : Lincidence de la pauvreté est représentée : (i) par le pourcentage (%) de pauvres dans la population de la case correspondante et (ii) par le nombre absolu de pauvres au seuil de pauvreté de 167.000 FC. Les chiffres de population correspondent à une population projetée de 502.085 en août 1995. Source : Développement humain durable et élimination de la pauvreté : éléments pour une stratégie nationale, 1997, PNUD, Moroni, 64 p. Les indicateurs sociaux sélectionnés dans chaque île (tableau 3) confirment les disparités socio-économiques inter - îles en plus des indicateurs de base permettant de cerner la pauvreté [PNUD et Gouvernement comorien, 1997]. L'indicateur de développement humain (IDH) calculé et publié dans les rapports annuels du PNUD, traduit un faible niveau de développement humain, classant les Comores au 141ème rang mondial sur un classement de 174 pays. Le calcul fait par île à partir des données de lenquête budget-consommation [Dubois, 1997], donne les résultats suivants pour les îles : Mohéli 0,494, Grande Comore 0,468 et Anjouan 0,356. Ces résultats montrent la disparité des différents niveaux de développement humain entre les îles et confirme à nouveau le décalage entre Anjouan et les deux autres îles. Avec une population estimée à 188.000 habitants (470 au km2), l'île dAnjouan est la plus pauvre avec un faible niveau de développement humain. Elle se caractérise par une forte densité de la population, dune forte incidence de la pauvreté et un taux de fécondité élevé. Ces observations sont confirmées par des enquêtes localisées qui ont également mis en évidence un taux élevé de malnutrition chez les enfants. Les problèmes environnementaux sont particulièrement sévères par suite dérosion des bassins versants en plus des problèmes dalimentation en eau potable. La Grande Comore avec près de 233.000 habitants (250 au km2) est la plus riche, bénéficie des revenus du secteur public, des secteurs formels et non formels et pour une large part, des transferts de la forte communauté émigrée résidant en France principalement. Mohéli, peuplée de 24.000 habitants (120 au km2), possède les avoirs ruraux et fonciers par habitant les plus élevés et reçoit un flux migratoire important en provenance des autres îles. Ces différences de niveau de développement humain se confirment également par les indicateurs sociaux sélectionnés par îles (tableau 3). Tableau 3
Source : Recensement 1991, Gouvernement des Comores ; Statistiques du Ministère de léducation, 1996. Ces approches de la pauvreté ne suffisent pas pour avoir la mesure exacte de celle ci dans toutes ses dimensions aux Comores. Bien qu'elles mettent en valeur une dimension importante de la pauvreté, la situation est complexe dans ce contexte insulaire de forte cohésion socioculturel. On peut affirmer avec certitude a partir de l'évaluation monétaire de la pauvreté et de la faiblesse du revenu par habitant que le phénomène de pauvreté est de plus en plus aigu aux Comores. Dun autre cote, il ressort de l'évaluation qualitative que les manifestations extrêmes de pauvreté (sans-abri, famine) sont très rares et que, si tant est quelles existent, elles se limitent a quelques poches de dimension réduite. Faire ce constat nest cependant pas suffisant pour apprécier la signification exacte de la pauvreté aux Comores, ni pour savoir comment affronter une situation qui semble inédite en cette fin de siècle, bien quelle en évoque des cas observes dans dautres pays. Cependant la mise en perspective de la structure sociale permet de disposer de quelques éléments de compréhension pour faire le contour de la pauvreté et des filets de sécurité traditionnels inhérents à la société comorienne. 4. Structure sociale et filets de sécurité traditionnels Laboutissement des analyses précédentes conduit à intégrer la structure sociale dans l'évaluation de la pauvreté telle quelle se pose aujourdhui comme étant une approche complémentaire, que lon peut situer dans le cadre théorique au niveau danalyse meso-économique. En effet, un certain nombre d'éléments se conjuguent au sein de la société comorienne pour protéger les plus pauvres et les plus vulnérables de ses membres. Dans sa logique, la structure sociale qui traduit sur le plan opérationnel à une structure de décision est très présente et basée sur les obligations des personnes vis à vis de la communauté et vice versa. Cest une piste de réflexion à explorer par un système d'information spécifique qui se situe à deux niveaux de décision : la famille et le village. Le premier et le plus important dentre eux est la famille dans son sens le plus large. Etant donné le mode d'héritage matrilinéaire et les responsabilités assumées par les femmes. La protection du bien être de la famille incombe a ces dernières [Blanchy et Said Islam, 1989]. Les membres de la famille en situation de besoin ont le droit de demander secours a leurs parents qui sont obliges dy répondre; un système particulièrement efficace pour protéger les mères célibataires et dune manière générale les femmes non mariées en situation d'extrême pauvreté. Le deuxième est le village, au sein duquel des liens étroits existent soutenus par les obligations religieuses, les rôles familiaux traditionnels et l'interdépendance habituelle aux petites communautés. Ces liens subsistent quand les membres du village voyagent a l'étranger, et les envois de fonds constituent une source très importante de capitaux et une sécurité contre l'adversité. Ces fonds sont destines non seulement a la famille de l'émigré, mais souvent aussi a la collectivité villageoise (associations religieuses et comité de développement religieux). L'on peut trouver dans ce cas, des éléments pouvant être assimilés à du capital socioculturel même s'il existe une certaine ambiguïté dans la définition de ce concept dont certains auteurs le préfèrent à la place du capital social [Schiff, 1995]. Ceci d'autant que les deux dimensions (social et culturel) ne se recoupent pas nécessairement chez les individus et chez les groupes sociaux. Malgré cette difficulté, certains utilisent le terme de capital socioculturel car celui-ci recouvre tout à la fois des aspects de normes et de valeurs, des droits et obligations, de relations hiérarchiques verticales et de relations sociales horizontales A lorigine développé par les sociologues, le capital social n'a été introduit que récemment dans lanalyse économique [Schiff 1992, Grootaert 1997] au niveau micro-économique en mettant laccent sur les liens individuels pour saisir et analyser l'apport économique qu'ils entraînent. Cependant son articulation dans un objectif d'élaborer une stratégie d'élimination de la pauvreté entre les niveaux macro, meso et micro reste a faire tant au niveau conceptuel que pour la mesure de limpact global de ce capital. Le capital social comme système de valeurs traditionnelles aux Comores constitue, un filet de sécurité traditionnel pour protéger les plus pauvres et constitue en même temps, une contrainte au développement en plus de celles admises pour les petites îles [Poirine, 1995]. En tant que tel, il saccommode mal à une stratégie de modernisation en vue dun développement et en même temps, il peut constituer une source de croissance potentielle. Linfluence que la tradition confère aux notables dans la société villageoise par exemple, nencourage pas les innovations, ni les idées nouvelles dans les domaines sectoriels. C'est également le cas de la tradition du grand mariage , virtuellement devenue la seule voie d'accès vers la prééminence sociale et au pouvoir de lhonneur [Chouzour, 1994], et qui absorbe des sommes énormes, qui peuvent représenter l'épargne de toute une famille pendant des années et les ressources privées qui pourraient être consacrées à linvestissement en sont réduites dautant. Cependant, la cohésion qui caractérise la société villageoise constitue un filet de sécurité pour les moins démunis, et ouvre de grandes possibilités pour la délégation a l'échelon local des responsabilités en matière de développement. Pour certains auteurs, le capital social aux Comores pourrait être intégré dans la mise en uvre d'une stratégie de développement soigneusement échelonnée et articulée en complément aux orientations actuelles au même titre que les autres formes de capital physique, humain et naturel [Dubois, 1997]. C'est dans cette logique, qu'à travers les initiatives communautaires qui est la forme essentielle du capital social aux Comores, ayant fait la preuve de sa cohésion et de son intérêt pour le processus de développement que le Fonds d'Appui au Développement Communautaire (FADC) a été crée. Son but est de mobiliser des ressources communautaires en vue de la réhabilitation et dans certains cas de la construction d'ouvrages publics au niveau villageois, et pour financer le développement institutionnel d'associations communautaires et d'ONG. Le village doit participer à hauteur de 20% aux coûts d'investissement (des taux plus faibles étant appliqués aux communautés préalablement identifiés comme pauvres), prendre en charge les coûts d'entretien et frais récurrents, et l'ensemble de la communauté doit participer à l'entreprise. Cette même démarche est suivi par presque tous les donateurs qui opèrent aux Comores. Ces constations nous conduisent à penser qu'il est nécessaire de mettre en place un ensemble de batteries d'information fiables complémentaires aux méthodes expérimentées dans d'autres pays pour permettre, de comprendre les décisions des individus et d'en expliquer les comportements. La réponse à la montée à la pauvreté aux Comores passe par la capitalisation de cette très forte cohésion sociale en encourageant d'autres formes d'innovations sociales. C'est au tour de ce concept qu'il faut chercher à situer les niveaux de décisions au niveau de l'économie comorienne et de repérer les relations de dépendance et dinclusion qui existent entre eux. Cette approche aura lavantage de faciliter l'appréhension très complexe de la réalité socio-économique en pleine mutation pour en analyser sa dynamique interne. 5. Nécessité de mise en place d'un système d'informations complémentaires Ainsi, il s'impose de mettre en place différents type d'enquêtes dans ce qui pourrait être assimilé au capital social principalement les obligations communautaires, les transferts des fonds des migrants, les pratiques sociales liées au mariage, les associations de développement, les règles d'héritage....En complément, la mise en place d'un observatoire socio-économique aidera d'étudier les groupes sociaux dans les îles, les changements dans les conditions de vie et les stratégies adoptées contre la détérioration du niveau de vie notamment par les paysans sans terre, les pêcheurs, la classe moyenne formée de fonctionnaires qui a accumulé plus d'une année d'arriérés de salaires.....Une meilleure compréhension de ces mécanismes facilitera la mise en place d'une politique originale de lutte contre la pauvreté s'appuyant en plus grande partie sur les initiatives communautaires qui ont fait la preuve de leur cohésion et de leur intérêt pour le processus de développement. C'est "l'actif" idéal dont dispose le pays pour développer les activités auxquelles les communautés locales et les bénéficiaires peuvent s'associer, tout en donnant aux pauvres la possibilité de construire leur avenir. Conclusion Nous venons de montrer que malgré la baisse du revenu réel par tête d'habitant depuis 1985 et de la montée de la pauvreté aux Comores, les manifestations extrêmes de pauvreté (famine et sans abri) sont rares. Ce sont les structures sociales traditionnelles qui constituent pour les membres de la communauté, un filet de sécurité efficace. Sur la base de cette remarque, la caractérisation de la pauvreté par les approches classiques quantitative et qualitative ne sont pas suffisantes pour cerner la portée exacte de la pauvreté dans une société à forte cohésion sociale. Ainsi en menant une réflexion entre l'économique et le socioculturel, avec pour objectif d'intégrer le socioculturel dans les politiques économiques; cela facilitera d'identifier les catégories de populations qui seront les cibles d'intervention particulières mais, également fournira les éléments dynamiques pour une stratégie d'élimination de la pauvreté aux Comores.
Références bibliographiques Banque Mondiale, 1994, Federal Islamic Republic of the Comoros : Poverty and Growth in a Traditional Small Island Society, Report No. 13401 COM, Washington, 33 p. Banque Mondiale, 1990 - Les dimensions sociales de l'ajustement en Afrique, Washington DC, Banque Mondiale Banque Mondiale, 1979, The Comoros : Problems and Prospects of a Small Island Economy, A World Bank Country Study, Washington, 177 p. Bourhane Mounira, 1997, Evaluation du Fonds d'Appui au Développement Communautaire, Moroni. Chouzour Sultan, 1994, Le pouvoir de l'honneur : tradition et contestation en Grande Comore, L'Harmattan, Paris, 284 p. Dubois Jean-Luc, 1997, Peut-on s'appuyer sur le capital socio-culturel pour réduire de la pauvreté aux Comores ?, N°1997-14T2, DIAL, Paris, 20 p. Grootaert Christiaan, 1997, "Social Capital: The Missing Link", in Monitoring Environmental Progress, Expanding the Measure of Wealth, 1996, World Bank, Washington, pp. 77-92. Nailane MHadji et Houmadi Abdallah, Enquête exploratoire budget-consommation, 1996, Direction de la Statistique, Moroni, 97 p. PNUD, 1997, Rapport sur le développement humain (le développement humain au service de l'éradication de la pauvreté), Economica, Paris, 268 p. PNUD et Gouvernement Comorien, 1997, Développement humain durable et élimination de la pauvreté : éléments pour une stratégie nationale, RFIC et PNUD, Editions Frison-Roche, Paris, 64 p. Poirine Bernard, 1995, Les petites économies insulaires : théories et stratégies de développement, L'Harmattan, Paris, 280 p. Schiff Maurice, 1992, "Social Capital, Labor Mobility and Welfare : The Impact of Uniting States", Rationality and Society, Vol.4, n°2, Sage, pp.157-175. Schiff Maurice, 1995, "Capital socio-culturel, diversité ethnique et réforme économique en Afrique subsaharienne", Revue d'économie du développement, 3/1995, pp. 42-52. Vivier Géraldine, 1996, "Les migrations comoriennes en France : histoire de migrations coutumières", Les dossiers du CEPED nº5, Janvier 1996, Paris, 44 p. |
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