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| L'Education
en France et aux Comores |
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la première
étudiante Comorienne de Mayotte à obtenir un doctorat à la réunion
mise à jour
25/12/2006 |
Un article de

http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=18583
LES FORMES DE LA PEUR DANS LES LITTÉRATURES DE L'OCÉAN INDIEN
Au confluent du monde réel et de son irréalité
Publié dans l'édition du mercredi 15 novembre 2006 (page 16)
À 29 ans, Hidaya Chakrina est la première étudiante mahoraise (elle précise :
"comorienne") à préparer - et obtenir - avec le professeur Bernard Terramorsi,
un Doctorat à l'Université de La Réunion. Elle s'est spécialisée en
littératures comparées et aime particulièrement travailler sur la tradition
orale et les croyances populaires. Elle a soutenu sa thèse doctorale le 28
octobre dernier devant un jury de 5 universitaires spécialistes en
littératures et ethnologie.
CULTURE ET IDENTITÉ
- Qu'est-ce qui vous a donné envie de travailler sur les symbolisations de la
peur dans les récits de l'OI ? Est-ce un thème plus prégnant que d'autres ?
Plus riches de formes multiples ?
En fait, ma recherche en thèse de Doctorat constitue une continuité de mon
travail de DEA. Car au cours de ma 1ère année de 3ème cycle, mes études
portaient sur le personnage maléfique du djinn dans les contes mahorais. Et
lorsque j'ai envisagé d'effectuer une thèse de Doctorat, j'ai souhaité
approfondir ce que j'avais commencé et poursuivre sur le même registre. Cela
m'amenait donc à travailler sur des figures qui incarnaient une peur, mais
j'éprouvais des difficultés à formuler l'intitulé actuel de ma recherche, même
si je savais sur quoi celle-ci allait porter. J'en ai alors discuté avec mon
Directeur de thèse, M. Bernard Terramorsi (qu'encore une fois, je tiens à
remercier), et au fil de nos entretiens, ce sujet sur les traductions de la
peur s'est révélé de plus en plus évident dans la mesure où il rendait
davantage compte des aspects que je comptais étudier.
- Quelles sont les principales formes données à ces peurs dans les récits ?
De manière générale, je dirais que les entités qui incarnent la peur sont des
êtres dits surnaturels (ainsi la figure du mort), des créatures monstrueuses
(dont relève par exemple le djinn, dont il était question précédemment), ou au
contraire des personnages humains qui sont perçus par les autres comme des
êtres inquiétants, propres à susciter la peur (à l'instar du Métis, du
Noir...). Mais tous ont en commun de se trouver à la lisière de 2 mondes -
celui dans lequel s'inscrit le quotidien des hommes et celui souvent
déconcertant, voire apeurant d'où proviennent certaines entités redoutées.
Ces figures-là se situent au confluent de 2 conceptions antagonistes - la
croyance en le supra-humain ou le surnaturel ; le déni de cette forme de
croyance - ou au contraire complémentaires - l'inscription de ce qui pourrait
passer pour une irréalité, voire une impossibilité, dans le réel c'est-à-dire
que, dans ce cas précis, les événements qui découlent de la rencontre avec ce
que Freud nommait « l'inquiétante étrangeté », ou cette rencontre elle-même,
s'insèrent dans le vécu des protagonistes.
- Avez-vous catégorisé les peurs selon les pays ? Selon les époques ? A quoi
correspondent-elles selon vous ?
Non, je n'ai pas procédé de la sorte. En vérité, il est des figures, parmi
celles que j'ai considérées, qui existent dans nombre de cultures, de sociétés
- je citerais à nouveau la figure universelle du mort. Je les ai analysées en
expliquant surtout ce qu'elles représentaient, ce qu'elles signifiaient dans
les diverses sociétés insulaires du Sud-Ouest indocéanique, en mettant
l'accent sur leurs points communs, mais davantage sur leurs points de
différence, sans pour autant omettre d'aller puiser des éclaircissements dans
les folklores, les cultures de pays ou de régions spatialement proches ou
éloignées de notre aire géographique (à l'instar de l'Afrique, de l'Asie).
En vérité, ce sont soit des lieux qui sont culturellement représentés dans nos
îles, soit des lieux où les littératures, le fonds folklorique, la société
abordent, interrogent les mêmes thèmes, sous la forme d'avatars, que ceux qui
ponctuent les textes de nos îles.
Les entités qui génèrent la peur dans les récits de mon corpus de thèse
correspondent en outre à une part intime de nous-mêmes, celle avec laquelle on
s'accorde mal, mais aussi celle qu'on peine à accepter. Elles nous renvoient
notre appréhension du monde alentour, des autres, lorsqu'on pense que ceux-ci
incarnent une dissemblance que nous ne saurions ignorer, une dissemblance qui
nous interpelle, voire qui nous paralyse si on s'imagine ou qu'on se persuade
qu'elle symbolise une dangerosité.
- Les peurs sont-elles "exorcisées" - quelle qu'en soit l'origine - par les
récits qu'on en fait ?
"Exorcisées", oui, d'une certaine manière puisqu'elles sont nommées, décrites
et projetées hors de nous-mêmes, de notre pouvoir imaginatif ou de nos
croyances pour faire l'objet d'une représentation à la fois culturelle et
littéraire. Cette phase de projection symbolique dure au moyen de la
narration, du texte, mais également de l'héritage culturel qui pérennise leur
existence. Ainsi, les peurs telles qu'elles sont exprimées, c'est-à-dire en
tant qu'altérations de l'Autre, sont toujours là.
- Quel rôle joue l'interculturalité dans les symbolisations à l'ouvre dans les
récits que vous avez étudiés ?
L'interculturalité joue un rôle fondamental dans la question de la
représentation des peurs de notre zone géographique. Car cette représentation
naît de métissages culturels prégnants. L'interculturalité introduit une
richesse que ne sauraient générer les cultures du monde si elles étaient
considérées isolément. Elle nous ramène à la fondation de nos sociétés, à
l'origine des peuplements. C'est d'ailleurs en grande partie pour ces diverses
raisons que j'ai souhaité élaborer un travail d'ensemble : jusqu'ici, les
chercheurs qui travaillaient sur l'océan Indien ne s'intéressaient qu'à une
littérature spécifique : celle de Madagascar, celle des Comores, ou celle de
La Réunion par exemple. Pour ma part, je tenais à procéder autrement afin de
voir à quels résultats j'allais parvenir. J'ai donc travaillé sur plusieurs
littératures issues de différentes îles (La Réunion, Maurice, Madagascar et
Mayotte pour les Comores). Bien entendu, les recherches de cette nature sont
difficiles à mener dans la mesure où il faut réunir des récits qui proviennent
de milieux culturels variés, hétérogènes, même si nous observons des contacts
entre nos îles. Toutefois, le résultat me paraît intéressant ; la recherche
elle-même, loin d'être terminée, mérite qu'on y revienne ou qu'on
l'approfondisse. Il y a encore beaucoup à faire et à examiner dans ce domaine.
Propos recueillis par P. David |