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Lycée de Mitsamiouli* : un établissement laissé à l'abandon
mise à jour 17/08/2005 |
Lycée de Mitsamiouli* : un établissement laissé
à l'abandon
Source : Al-Watwan, n° 611, décembre 2004
Le lycée de Mitsamiouli, cet
établissement qui a longtemps fait la fierté des régions de Mitsamiouli et
Mboudé, n'est plus ce qu'il était. L'étranger de passage a du mal à réaliser
qu'il s'agit d'un lieu d'enseignement. La colonne d'arbres qui longe la
principale allée du lycée cache une forêt d'images insoutenables et autres
petites mauvaises surprises.
Les murs du lycée n'ont pas échappé aux outrages du temps. Le moindre coup de
vent emporte avec lui des pans entiers de la toiture. Et inutile de parler des
difficultés que rencontrent les professeurs et les élèves pendant la saison de
pluie. L'eau inonde presque toutes les salles de classe et les table-bancs
nagent au beau milieu de la mare. Certains élèves n'hésitent pas à comparer
leur établissement à un … poulailler ou encore à un entrepôt. D'autres n'y
vont que pour tuer le temps, les conditions minimales d'apprentissage et
d'acquisition de connaissances n'étant pas réunies.
Pourtant, il n'est pas besoin d'être vraiment devin pour dire qu'à terme, si
rien n'est fait pour redonner à ce lycée ses lettres de noblesse, l'école
risque tout simplement de mettre la clé sous le paillasson. " Les autorités
ont fermé les yeux et laissent couler le bateau " nous dira Mohamed Abdou,
alias Mody, professeur de philosophie, avant d'ajouter : " Les cadres de
Mitsamiouli, supposés comprendre l'enjeu, font la sourde oreille. "
De son côté, Abdoulkarim Hassani, le proviseur de cet établissement qui
n'existe que de nom, affirme que les autres localités de Mboudé et de
Mitsamiouli attendent un geste fort de leur chef-lieu avant de voler au
secours du lycée. "Malheureusement, poursuit-il, ce réveil risque de prendre
du temps et pour cause : sur 300 élèves poursuivant leurs cours dans cet
établissement, 12 à 15% seulement sont natifs de Mitsamiouli".
Pour tenter d’inverser la situation, une association dénommée " Amicale du
lycée de Mitsamiouli " a vu le jour il y a six mois. Mais, pour l'heure,
aucune action concrète, sauf que ces anges tombés du ciel s'efforcent, dans un
premier temps, de clôturer l'établissement. La direction du lycée s'appuie sur
le droit d'inscription, fixé cette année à 7 500 fc pour non seulement
s'équiper en fournitures de bureau, mais aussi réparer les quelques mobiliers
en mauvais état, notamment les chaises et autres tables-bancs.
Parmi les projets figurant sur les cartons du proviseur, il y a celui de doter
le lycée de toilettes dignes de ce nom. Il faut peut-être dire que certains
bâtiments qui servaient auparavant de bibliothèque et de réfectoire sont tous
tombés en ruine. Même les citernes, qui servent parfois de bouffée d'oxygène
aux plusieurs milliers de familles de cette région dénommée ''madjuwani, ''
connaissent un état de vétusté avancé. Sans que cela écœure plus d'un.
" Nous avons en mémoire l'action de grande envergure lancée récemment par les
habitants de Hamahamet dans le cadre de l'extension du lycée de Mbeni. La
ville avait, elle seule, contribué à la construction de quatre des huit salles
de classe. Les autres localités ont financé le reste, " nous ont déclaré
certains enseignants comme pour forcer la main à Mitsamiouli.
Ce qui ne semble pas tout à fait possible dans cette région où, souligne-t-on,
les établissements privés entourant le lycée de Mitsamiouli poussent comme des
champignons. On dénombre en effet sept écoles privées de Mboudé et
Mitsamiouli. "Pire encore, explique le proviseur Abdoulkarim Hassani, les
élèves recalés dans son établissement sont toujours les bienvenus dans ces
écoles privées où, n'ayons pas peur des mots, les responsables misent beaucoup
sur l'argent que l'efficacité ".
L'année dernière, environ 100 élèves devant redoubler auraient quitté
carrément l'établissement. Raison pour laquelle le lycée de Mitsamiouli se
dépeuple d'une année à l'autre. Ceux qui y poursuivent actuellement leurs
études le sont par dépit. La plupart étaient, en effet, dans des écoles
privées ; mais pour n'avoir pas bien travaillé, leurs parents ont décidé de
les punir en les inscrivant dans cet établissement.
Le proviseur, lui, ne mâche pas ses mots et ne cesse de tirer la sonnette
d'alarme : au rythme où évoluent les choses, l'on va tout droit vers la
disparition du lycée. Au grand dam des enfants de toute la région. Voilà
comment un établissement, qui occupait la deuxième position au palmarès des
meilleures écoles en termes de taux de réussite aux examens se trouve, ces
dernières années, relégué au dernier plan.
Source : Al-Watwan, n° 611, décembre 2004
*note : Mitsamiouli est la principale ville du nord de l'île de Ngazidja (ou
Grande-Comore).
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