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Energie aux Comores |
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La
privatisation n'a pas produit de miracle |
La
privatisation n'a pas produit de miracle
By Ali Moindjie, Panafrican News Agency,
Analysis, 30 September 2000 Moroni, Comores
Depuis deux ans, l'exploitation de l'électricité aux
Comores est assurée par une filiale de la Générale des Eaux Vivendi, dénommée
"Comorienne de l'Eau et de l'Electricité", une société de droit comorien, à
100 pour cent française.
Le gouvernement d'alors a dû se résoudre à cette option, après la faillite de
la société nationale "EEDC", devenue évidente, en 1996-97, lorsque
l'entreprise publique avait quasiment arrêté ses activités.
L'EEDC ne pouvait ni acquérir les pièces de rechanges des groupes électrogènes
alors en panne, ni s'approvisionner en gasoil et en lubrifiant.
C'était la période "noire" pendant laquelle les abonnés au réseau
s'éclairaient à la bougie pendant que les plus fortunés s'arrachaient les
groupes électrogènes disponibles sur le marché alors que les artisans et les
entrepreneurs, contraints au chômage technique, fermaient leurs affaires en
chaîne.
A part le Koweit et l'Emirat de Sharjah qui avaient alors fourni des groupes
électrogènes de secours, les donateurs se refusaient d'apporter une quelconque
aide à cette société publique qui donnait ainsi la preuve de sa gestion
hasardeuse.
En clair les nouveaux venus se sont simplement chargés de gérer l'existant,
sans obligation de soutenir pour autant de nouveaux gros investissements.
Cette formule avait rencontré alors l'adhésion de l'Agence française de
développement (AFD) qui a consenti un appui de 41 millions de francs français
(1 dollar US = 7,20 FF) destinés à soutenir un programme de réhabilitation,
des actions d'accompagnement et à subventionner la trésorerie de la nouvelle
société.
La Banque Européenne pour le développement a accepté également de débloquer
des crédits.
De son côté, le gouvernement a octroyé d'importants avantages au repreneur :
d'abord, les installations ont été gracieusement laissées à la Comorienne de
l'Eau et de l'Électricité, c'est-à-dire sans aucun frais de location, ensuite
il est accordé à la CEE des exonérations fiscales limitées à l'origine à trois
ans mais prolongées depuis.
Le gouvernement, qui est propriétaire de la société des hydrocarbures, a
consenti à vendre le gasoil à la CEE à un prix préférentiel.
Depuis, la remise en service du réseau est devenu effective mais le prix de
l'électricité demeure élevé. En effet, le repreneur a fixé le prix de départ
110fc le KWH. Au terme du contrat d'affermage liant la société à l'Etat
comorien, ce prix varie en fonction de certains paramètres comme le prix du
gasoil, le coût de la main d'?uvre, la parité de la monnaie.
Suite donc à des réajustements qui interviennent tous les six mois, le kwh est
facturé aujourd'hui à 125 franc comoriens soit près de 2 ff.
"Au prix actuel du prix de l'électricité, vous pouvez être certain qu'aucun
investisseur étranger sérieux ne songerait à ouvrir une entreprise aux
Comores", affirme un entrepreneur comorien familier des pays de la région de
l'Océan indien.
Aujourd'hui, la facture d'électricité est devenue la charge la plus importante
dans le budget des ménages raccordés au réseau.
Cette cherté de l'électricité, combinée avec la faiblesse de la puissance
disponible -qui reste en deça des besoins- fait qu'elle demeure un produit de
luxe pour la grande majorité des Comoriens, comme le souligne M. Ben Imani.
Il aura manqué jusqu'ici une authentique politique d'extension du réseau, à
cause peut-être des problèmes de survie de l'ex-société nationale d'une part,
et du fait que le repreneur a mis jusqu'ici l'accent sur la remise en service
du réseau avec entretien minimal, d'autre part.
La plupart des raccordements intervenus ces dernières années, comme celui d'Itsikoundi
ou de Hétsa, ont été essentiellement financés par les communautés villageoises
qui se cotisent pour avoir l'électricité.
Depuis février 1999, la Banque Islamique de développement (BID) a donné son
accord pour financer un projet d'électrification de 80 villages, qui devrait
démarrer incessamment.
Par ailleurs, si aujourd'hui le réseau électrique est redevenu opérationnel,
les différents partenaires impliqués sont loin d'en être satisfaits.
La CEE a déploré à plusieurs reprises les arriérés de paiement des factures de
l'Etat qui ont atteint la barre des 900 millions FC en 1999, soulignant que
cette situation menaçait gravement l'équilibre de la société qui, excédée, en
est arrivée à interrompre l'alimentation électrique des ministères.
Le ministre Djaffar Mmadi avait laissé entendre alors que la CEE, qui occupait
le domaine publique, ne pouvait pas considérer le gouvernement comme un simple
client.
Mais depuis, il a été adopté un système de compteurs de pré-paiement que le
gouvernement s'efforce de tenir à jour grâce notamment à un protocole d'accord
de prélèvement automatique au trésor public.
Le deuxième grief que la CEE a exprimé à plusieurs reprises devant ses
interlocuteurs du gouvernement porte sur les branchement frauduleux.
Selon des statistiques officielles, aux Comores 40 pour cent de l'électricité
produite disparaît dans les branchements sauvages. S'y ajoutent les pertes
techniques estimées à environ 10 pour cent à cause de la vétusté du réseau.
La société ne peut survivre dans un tel contexte, reconnaît le directeur
général de l'énergie qui a dû participer, avec ses collègues et son ministre
de tutelle, à des campagnes de sensibilisation sur le terrain contre la
fraude.
La CEE estime ne pas pouvoir envisager de baisser le prix de l'électricité
tant que la fraude n'aura pas été maîtrisée.
Pour leur part, de plus en plus de cadres comoriens s'insurgent en privé
contre la privatisation qui a, selon eux, sacrifié les intérêts nationaux.
Aucun cadre comorien n'est impliqué dans la gestion de la société à qui il est
en outre reproché de n'avoir communiqué au gouvernement ni organigramme, ni
plan de formation pour les nationaux.
Les Comoriens ne détiennent aucune part du capital de la société qui occupe un
domaine public sans payer la redevance.
Le ministère exerce théoriquement un pouvoir de contrôle mais, en réalité, il
ne sait de la société que ce que celle-ci veut bien lui communiquer.
"Des audits ont lieu chaque année, mais ce sont des audits internes à la
Générale des Eaux, le gouvernement comorien n'en reçoit aucun rapport",
regrette une personnalité comorienne.
Quant à la redevance, elle n'est pas effectivement versée, suite à des
arguments techniques avancés par la CEE.
Celà n'a pas empêché le gouvernement d'accorder à la société une prolongation
de la période d'exonération des impôts et taxes, arrêtée à l'origine au mois
octobre 2001, pour, dit-on, éviter une hausse du prix de l'électricité suite à
augmentation du prix du gasoil intervenu en juillet 1999.
Selon un rapport interne du ministère de l'énergie, certains partenaires des
Comores sont gênés par le fait que la CEE aura à administrer elle-même le
Fonds de l'Eau et de l'Electricité (FEE) -non encore mis en place- appelé à
financer les investissements dans le domaine.
Quant aux ménages et aux entrepreneurs, ils se plaignent de devoir payer
l'électricité la plus chère au monde comme l'a affirmé la "Gazette des
Comores".
L'essentiel de la production électrique aux Comores est généré par des groupes
électrogènes tant à la centrale de Voidjou en Grande Comore, qu'à celles de
Tranéni à Anjouan et de Fomboni à Mohéli.
Quelques micro-centrales existent, mais leur production est présentée comme
négligeable par les statistiques officielles qui minimisent également la seule
installation hydroélectrique de Miringoni à Mohéli.
Les délestages sont quasi quotidiens. Officiellement, ils sont dûs aux
exigences d'entretien d'un équipement plutôt âgé et poussé à bout de ses
possibilités par une demande supérieure aux capacités de production.
L'un des groupes électrogènes de la centrale de Fomboni, par exemple, un
groupe d'origine russe, a été déclassé parce qu'on n'a jamais pu retrouvé le
fabricant pour fournir les pièces de rechange défaillantes.
Actuellement, la politique du gouvernement est de rechercher des alternatives
dans les énergies nouvelles et renouvelables.
Un projet pilote d'électricité solaire en cours n'a pas encore convaincu les
usagers, eu égard au prix élevé de l'installation des panneaux.
M. Ben Imani parle de géothermie et d'électricité éolienne, cependant ce ne
sont pas encore des projets, mais seulement des idéés.
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