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Les plages et les mangroves de Mayotte
mise à jour 05/06/2011

Les plages et les mangroves de Mayotte
Par Matthieu Jeanson, Docteur en géographie, Université de Pau et des Pays de l'Adour.


Les littoraux correspondent à un milieu physique particulier, qui dépend à la fois d'influences terrestres, marines et atmosphériques. Ils constituent des franges étroites, caractérisées par une grande diversité biologique. Les zones côtières sont en outre très convoitées par l’Homme qui y développe des activités variées, parfois conflictuelles et qui déstabilisent souvent ces milieux dynamiques et vulnérables. Les côtes de Mayotte s'étendent sur 240 kilomètres pour Grande-Terre et sur 25 kilomètres pour Petite-Terre. Ce littoral est constitué de falaises, de récifs coralliens, de mangroves et de plages. Ces différents milieux représentent un ensemble de paysages remarquables et unique à l’équilibre fragile qu'il convient de protéger. Cet article s’attache à faire une présentation de deux de ces milieux littoraux de Mayotte : les plages et les mangroves.

I. Les plages

Les plages constituent le paysage emblématique des îles tropicales et le support idéal pour les activités de loisirs et de tourismes. D’un point de vue scientifique, les plages sont des rivages où se déposent des sédiments dont la taille est supérieure à celle des constituants de la vase. Il peut s'agir de sables (0,2 à 2 mm), de graviers (2 mm à 2 cm) ou de galets (2 à 20 cm). À Mayotte, le système “plage” représente 58 kilomètres de linéaire, soit 22 % des côtes. On trouve trois grands types de plages. Des “plages ouvertes” présentant des accumulations sableuses longilignes (Sakouli, N’gouja…) ; des “plages de poche” encaissées dans les anses et les criques (Acoua, plage de Bonne Marée…) et des “plages adossées” représentant des faibles accumulations au pied d’une falaise (Mtsanga Banama, Mtsanga Kanoua…). On trouve également le cas à part des cordons sableux littoraux nés de l’opposition d’une dynamique fluviale et d’une dynamique marine. Ils séparent des pseudo-lagunes du lagon et constituent, soit des plages (Dapani), soit des barres pré-littorales (Tsingoni). Les plages de Mayotte sont relativement petites car, si elles peuvent être assez longues (environ 650 mètres pour N’gouja), elles ne sont jamais très larges (la majorité disparaît à marée haute) ; ceci témoigne de leur faible stock sédimentaire.

Les sédiments qui alimentent les plages mahoraises ont des origines diverses. Certains viennent du domaine lagonaire, ce sont des débris d'organismes marins. Ces sédiments bio-détritiques sont issus des coraux, coquilles de mollusques, algues calcaires ou fragments d'oursin concassés par les vagues.  Cependant, le gros des matériaux rencontrés sur les plages mahoraises est d'origine terrigène, c'est-à-dire de l'érosion des roches de l'île (roches volcaniques, altérites). Ces sédiments sont transportés vers le littoral par les rivières et fleuves principalement lors de la saison humide. On trouve donc des plages de sable noir basaltique telle que Trévani, de sable blond à dominance bio-détritique comme N’gouja et de sable ocre (Longoni) à marron (Musical plage) composé principalement d’altérites.

Les plages présentent une zonation peu variable d’un site à l’autre. Trois secteurs peuvent être distingués : l'avant-plage, le bas de plage et le haut de plage (Fig. 1). À l’arrière de la berme, s’étend un espace de transition avec la plaine côtière. Là, les sédiments sont en cours de stabilisation et pour une large part fossiles. La morphologie de certaines plages est parfois marquée dans la zone intertidale
[1] par la présence d’une ou de plusieurs dalles de beachrock (ou grès de plage : sables cimentés formant une roche dure). Les plages accueillent un écosystème relativement limité comparé aux récifs coralliens ou aux mangroves. On note la présence d’insectes, de crabes, d’échassiers et de tortues marines qui viennent pondre sur les bermes (Fig. 4c). La végétation qui colonise le haut de la plage fait preuve d’adaptation aux différentes contraintes littorales que sont le vent, le sel, les mouvements de sable, la sécheresse et la chaleur. De la mer vers la terre se développent des espèces rampantes comme la Patate à Durand (Ipomea pes-caprae), ainsi que certaines espèces herbacées (Urochloa reptans) qui délimitent l’extrême limite du marnage. En arrière peut se trouver une forêt littorale composée pour l’essentiel d’Hibiscus tiliaceus, de Thespesia populnea, Terminalia catappa (Badamier), Heritiera littoralis, Calophyllum inophyllum et, bien sûr, les emblèmes des littoraux mahorais: le cocotier (coco nucifera) et le baobab (Adansonia digitata).



Figure 1 : Coupe transversale d'une plage mahoraise.


II. Les mangroves

Les mangroves de Mayotte se développent sur environ 720 hectares. Elles se répartissent sur près de 120 sites différents (Fig. 2). Les surfaces occupées sont très variables : de moins d’un hectare jusqu’à plus de 200 hectares pour la mangrove la plus développée qui s’étend sur près de 8 km de côte dans la baie de Bouéni. Les lieux de prédilection pour le développement des mangroves sont les zones vaseuses, mais elles peuvent occasionnellement croître sur un substrat sableux, voire rocheux. Les mangroves sont tributaires de conditions écologiques particulières : un climat chaud, des précipitations relativement importantes, des sédiments en suspension et une protection aux grandes houles océaniques. L’implantation des mangroves autour de l’île de Mayotte est favorisée par des situations d’abri propices à leur développement : la présence d’un récif barrière quasiment continu qui offre une protection contre les grandes houles et la morphologie côtière de l’île qui offre de nombreuses baies plus ou moins profondes. Les espèces constitutives de la mangrove mahoraise sont les mêmes que celles que l’on rencontre à Madagascar et en Afrique de l’Est. Ces espèces sont au nombre de sept pour les palétuviers au sens strict. Sonneratia alba, les Rhizophoracées Rhizophora mucronata (Fig. 4a), Ceriops tagal et Bruguiera gymnorrhizae, et Avicennia marina, caractérisent la majorité des mangroves, alors que Lumnitzera racemosa et surtout Xylocarpus granatum sont les palétuviers les moins répandus.



Figure 2 : Répartition des mangroves de Mayotte.


Les mangroves ont pour caractéristique de présenter une organisation en bandes parallèles au rivage (Fig. 3), chacune de ces bandes bénéficiant de conditions écologiques particulières. Le facteur clé qui influence cette zonation étant la durée et la périodicité de l’immersion par l’eau marine qui détermine la salinité du sol. Du lagon vers l’intérieur des terres, on rencontre :

-
         la mangrove pionnière : elle occupe plutôt le front de mer et est formée par des peuplements de Sonneratia alba. Cette mangrove pionnière colonise la basse-slikke au fur et à mesure de l’avancée des dépôts sédimentaires.

-
         la zone centrale de la mangrove, est essentiellement constituée de peuplements très denses de Rhizophora mucronata, essence à laquelle peuvent s’associer Ceriops tagal et Bruguiera gymnorhiza.

-
         en arrière de la zone centrale, on peut observer un passage progressif ou brutal à des peuplements d’Avicennia marina ; avec, selon les mangroves, la faible présence de Lumnitzera racemosa, Xylocarpus granatum.

Entre ces différentes composantes, on peut rencontrer des cordons sableux constitués de sables volcaniques et/ou de sables coralliens. Leur présence et leur dynamique induit des perturbations sensibles dans la zonation et dans l’évolution des mangroves.



Figure 3 : Zonation transversale type des mangroves mahoraises.


Le rôle de la mangrove sur le plan écologique et physique n’est plus à démontrer du fait de sa position tampon entre les milieux marins et terrestres. Son rôle physique est essentiel pour la protection du littoral contre les agressions terrestres envers le lagon (piégeage des sédiments des eaux boueuses après des fortes pluies) et contre les fortes houles lors de tempêtes (limitation de l’érosion). Ce piégeage des particules véhiculées par les eaux de ruissellement permet de maintenir la qualité et la transparence des eaux lagonaires, un facteur essentiel à la survie et au développement des formations coralliennes. Ce rôle de filtre est fondamental à Mayotte, compte tenu des problèmes d’érosion des bassins versants, d’origine naturelle et anthropique et de l’importance écologique, touristique et économique du lagon de Mayotte.

Dans les eaux de la mangrove les éléments nutritifs apportés par les cours d’eau ou provenant de la mangrove elle-même sont abondants. Ils permettent le développement d’une chaîne alimentaire complexe et d'une faune diversifiée. Parmi les peuplements marins, on rencontre des huîtres (Crassostrea cucculata) qui vivent fixées sur les racines échasses des Rhizophora ou sur les branches des Sonneratia ; des mollusques ; des crabes, dont le gros crabe de palétuviers (Scylla serrata) et le crabe violoniste, et des crevettes très diversifiées. La mangrove constitue également des lieux de reproduction, de nurseries et de refuge pour de nombreux organismes récifaux avant leur migration vers le lagon et les récifs coralliens. Le Périophtalme (Fig. 4b), petit poisson aux gros yeux que l’on peut voir sur les rochers ou les racines de palétuviers, constitue l’espèce caractéristique de ce biotope. La faune terrestre est représentée par des insectes ; des arachnides ; des reptiles : on citera en particulier le lézard Phelsuma robertmertensi, strictement endémique à Mayotte. De nombreux oiseaux sont présents, les mangroves constituent des lieux privilégiés de refuge ou d’alimentation pour certaines espèces. Cette faune est, en général, particulièrement riche dans les mangroves préservées. On peut y rencontrer des oiseaux marins (sternes), des oiseaux littoraux (plusieurs espèces d’échassiers et de limicoles, Fig. 4d) ainsi que de nombreuses espèces d’oiseaux terrestres.



Figure 4 : (a) Palétuviers Rhizophora mucronata dans la mangrove de Kani Kéli ; (b) périophtalme ; (c) : tortue verte (Chelonia mydas) ; (d) échassiers.




Bibliographie


De La Torre, Y., Aubie, S., 2003. Etude de la morphodynamique des littoraux de Mayotte. Phase 1 : Synthèse, typologie et tendance d’évolution. Rapport BRGM/RP- 52320-FR, 43 p.

Fromard F., 2000. Les mangroves de Mayotte. Analyse écologique et propositions de restauration. LET-CNRS Toulouse, ESPACES Mayotte, 61 p.

Jeanson, M, 2009, Morphodynamique du littoral de Mayotte - Des processus au réseau de surveillance, Thèse de doctorat, Université du Littoral Côte d’opale, 353 p.


 
[1] Zone intertidale : zone de balancement des marées.