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Faits Divers
Air Bourbon, Ascension rapide et chute brutale

13/11/2004
Article de la Lettre de l'Océan Indien
http://www.africaintelligence.fr/loi/default.asp

Air Bourbon sur la corde raide
Air Bourbon vrille un peu. Air Austral fait la sourde oreille à tout rapprochement. Le projet Air Comores International est reporté d'un an.
E
rick Lazarus, président d'Air Bourbon, n'a pas franchement convaincu, le 8 novembre, en annonçant que sa compagnie serait "complètement rétablie" à la fin du mois grâce aux capitaux trouvés "tant en interne qu'en externe" pour poursuivre durablement son activité.
Si les salaires des 160 employés et quelques dettes urgentes envers des prestataires aéroportuaires ont pu être payés ces derniers jours grâce à 1,2 million d'euros libérés dans le cadre d'une augmentation de capital en cours, le patron d'Air Bourbon n'a donné aucune précision supplémentaire quant à "un prêt à moyen terme de 2,8 millions d'euros" sur le point d'être contracté.
Les difficultés financières de l'entreprise, qui opère depuis juin 2003 entre la Réunion et la métropole, ne sont plus niées par ses dirigeants qui recherchent le soutien des collectivités locales. Le conseil régional et le conseil général ont été sollicités à plusieurs reprises, ces dernières semaines pour cautionner des emprunts bancaires que la compagnie peine à obtenir de ses bailleurs initiaux, au premier rang desquels la Banque de la Réunion. Région et Département sont les piliers de la Sematra, société d'économie mixte qui détient 40% du capital d'Air Austral.
Les actionnaires d'Air Bourbon, pour l'essentiel des chefs d'entreprises locaux, multiplient les appels du pied en faveur d'un rapprochement des deux compagnies réunionnaises. Mais Air Austral, qui doit se doter d'un troisième Boeing 777 en juin 2005 pour étoffer sa desserte de la métropole, fait la sourde oreille, considérant l'activité de sa rivale et de son unique Airbus A 330 comme structurellement déficitaire. Alors que l'ampleur du trou creusé par Air Bourbon en dix-huit mois d'exploitation reste à évaluer, les effets d'annonce successifs d'Erick Lazarus sèment désormais le doute. Dernier en date : le projet Air Comores International, qui devait desservir l'océan Indien au départ de Moroni dès ce mois de novembre, est reporté d'un an.


La Une du JIR du 26/11/2004 www.jir.fr

27/11/2004
Article de CLICANOO Le site du JIR, Journal de L'Ile de la REUNION
www.jir.fr
Une aventure de 18 mois
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002 : création d’une compagnie aérienne privée, constituée de capitaux réunionnais. Elle annonce qu’elle vise 11% du marché métropole-Réunion.
18 décembre 2002 : Air Bourbon présente son dossier devant le Conseil supérieur de l’aviation marchande.
30 mai 2003 : l’aviation civile accorde à Air Bourbon son certificat et sa lettre de transport qui donnent à la compagnie son existence officielle.
7 juin 2003 : l’A340-200 d’Air Bourbon effectue son premier vol commercial.
24 novembre 2003 : l’assemblée des actionnaires vote une augmentation de capital.
Fin 2003 : Air Bourbon annonce l’ouverture de lignes sur Milan et des rotations sur Mayotte. En six mois d’activité, la société a déjà perdu 1,7 million d’euros.
30 décembre 2003 : la compagnie inaugure sa nouvelle agence dans l’aérogare de Gillot. Elle termine l’année avec 39 408 passagers transportés et 4% de parts de marché sur l’axe Réunion-métropole.
12 février 2004 : le capital de la compagnie est porté à 4,5 millions d’euros. Arrivée de nouveaux actionnaires.
4 avril : en plus de ses trois rotations hebdomadaires sur Paris et une sur Lyon, Air Bourbon inaugure une liaison avec Milan. Elle ne durera que 6 mois.
23 juin : ouverture de la liaison Paris-Comores.
7 juillet : Air Bourbon établit une connexion avec Mayotte. Une liaison hebdomadaire se fait donc entre Mayotte - Moroni - Paris.
26 août : Erik Lazarus annonce la création de la compagnie Air Comores international, (après avoir récupéré le pavillon d’Air Comores) dont Air Bourbon détiendrait 40% du capital. Il prévoit des vols vers Dubaï, Dzaoudzi, Marseille, à partir de Pierrefonds dès novembre.
Septembre : les difficultés financières de la compagnie s’aggravent. Les dettes s’accumulent, le pétrole flambe, la société doit trouver des liquidités pour couvrir ses dépenses d’exploitation et des fonds pour financer sa croissance.
Elle envisage une troisième augmentation de capital mais peine à trouver de nouvelles ressources.
26 octobre : un conseil stratégique des actionnaires mandate Jacques Thibier pour essayer de trouver une voie pour assurer la pérennité de la compagnie.
À partir du 9 novembre : Air Bourbon est contrainte de payer comptant chaque soir avant le décollage de l’avion les redevances aéroportuaires. La CCI lui refuse tout crédit. Elle lui donne jusqu’au 25 novembre pour apurer ses dettes qui s’élèvent à 146 000 euros.
25 novembre : l’Airbus décolle vers Paris, peut-être pour son ultime vol pour Air Bourbon.
29 novembre : La compagnie dépose son bilan en raison de graves difficultés financières, trois jours après sa cessation d'activité et l'annulation de ses vols entre la Réunion et la métropole.
3 décembre : Le tribunal mixte de commerce de Saint-Denis de La Réunion prononce le placement en redressement judiciaire pour une période de 8 mois de la compagnie réunionnaise Air Bourbon.
3 décembre : Démission de Frédéric Pralus, directeur général mais aussi dirigeant responsable vis à vis de la Direction générale de l’aviation civile, Air Bourbon n’a plus de certificat de transport aérien ni de licence. Elle est de fait clouée au sol. De son côté Airbus a résilié le contrat de location de l’A.340 200.
9 décembre 2004 : La liquidation est prononcée

Dès le départ, Air Bourbon s’était envolée avec du plomb dans l’aile. Elle n’est jamais parvenue à surmonter son handicap.


03/12/2004
(AFP), La compagnie Air Bourbon placée en redressement judiciaire

Le tribunal mixte de commerce de Saint-Denis (La Réunion) a prononcé vendredi le placement en redressement judiciaire pour une période de 8 mois de la compagnie réunionnaise Air Bourbon.
La compagnie avait déposé son bilan lundi en raison de graves difficultés financières, trois jours après sa cessation d'activité et l'annulation de ses vols entre la Réunion et la métropole.
Le tribunal de commerce a fixé au 1er novembre la date de la cessation de paiement et a nommé deux administrateurs judiciaires pour établir l'état des créances de la compagnie.
Air Bourbon disposera d'un délai de 8 mois pour redresser la situation. Un premier rapport de l'administrateur sur la situation de l'entreprise sera examiné par le tribunal de commerce le 8 décembre. "C'est un grand soulagement pour mon personnel et pour les passagers d'Air Bourbon", a déclaré le président de la compagnie, Erick Lazarus, à la sortie de la salle d'audience.
M. Lazarus a refusé de s'exprimer sur les éléments du plan de redressement fournis au tribunal. Il n'a pas pu annoncer la date de la reprise des vols de la compagnie, indiquant simplement que cela ira "assez vite".
Air Bourbon a accusé un passif de 7 millions d'euros (estimé au 31 décembre 2004) pour un chiffre d'affaire de 46 M EUR. M. Lazarus avait expliqué ce déficit par la sous-capitalisation de sa société et la flambée des prix du pétrole.
Il a indiqué que tous les coupons vendus par Air Bourbon seront honorés, y compris ceux prévus pour les vols annulés ces huit derniers jours. Les annulations ont entraîné l'affrêtement de deux avions spéciaux, jeudi et vendredi, par les pouvoirs publics pour rapatrier en métropole et à la Réunion près de 2.000 passagers bloqués.
Des milliers d'autres passagers, qui avaient payé leur billet pour les mois de décembre et janvier, craignaient de tout perdre en cas de liquidation judiciaire.
Créée en juin 2003 par des actionnaires privés, la compagnie Air Bourbon est une des quatre compagnies aériennes qui effectuent la liaison Réunion-métropole. Ne possédant qu'un seul appareil, un Airbus A 340 actuellement en révision à Bruxelles, elle propose quatre vols par semaine entre Saint-Denis, Paris, Lyon ou Marseille. Air Bourbon occupe la quatrième place des compagnies aériennes desservant la Réunion avec 10% des parts de marché, derrière Air France (40%), Corsair (20%) et la compagnie réunionnaise Air Austral (20%).


Photo JIR

03/12/2004
4,8 millions d'euros d’ardoises pour Air Bourbon

En lisant l'article du JIR sur les dettes d'Air Bourbon (lien ci-dessous) http://www.jir.fr/articles/article.asp?id=92166 on n'est pas tellement rassuré pour la reprise rapide des vols. De même on y apprend qu'il y a des coûts énormes pour une compagnie aérienne, que nous simples passagers ne soupçonnons même pas, comme les taxes de contrôle aérien (on n'y pense pas) ou les taxes de survol (pour ma part je découvre !), c'est ainsi que l'on apprend que Air Bourbon a des dettes de centaines de milliers d'Euros envers le Yémen et le Soudan, alors qu'on ne comprend pas pour quelle raison de prime abord. Il ont aussi laissé des ardoises aux Comores : 24 440 euros à Com'air Assistance et 166 000 euros à Comor Hydrocarbures, cela risque d'avoir des répercussions sur la paie des salariés Comoriens concernés.
On comprend aussi le pourquoi du prix du billet, et la raison qui fait que la destination réunion ou Comores ne sera jamais bon marché. Selon le patron de Corsair, qui dessert la réunion, la marge sur un vol est de 2 à 3 % avec les tarifs qu'ils pratiquent, et pourtant Air Bourbon exploite un appareil 15% plus cher que le leur, le vol d'Air Bourbon était donc structurellement déficitaire. Des frais d'exploitation astronomiques : Pour exploiter son unique avion, Air Bourbon a recruté 21 pilotes et copilotes (sept équipages), 61 hôtesses et stewards (dont 50 basés à la Réunion) et 28 personnels d'administration. La location de l'appareil revient à 450 000 dollars par mois et les frais d'entretien à 186 000 dollars par mois. Heureusement, Air Bourbon peut compter sur les 10 tonnes de fret qu'elle commercialise et qui lui rapporteront 5 millions d'euros chaque année. Tout ceci laisse à réfléchir lorsque l'on lance des projets de "compagnie aérienne Comorienne", à fortiori lorsque l'on voit que Air Madagascar s'est associée en catastrophe avec Air Mauritius pour ne pas disparaitre à son tour. Si même Madagascar ne peut pas avoir sa compagnie aérienne, n'y pensons même plus pour les Comores.


09/12/2004
Pas de miracle pour Air Bourbon
Article de CLICANOO Le site du JIR, Journal de L'Ile de la REUNION
www.jir.fr

“C’est la mort dans l’âme que nous avons pris notre décision. Toutes les voies ont été explorées, mais il n’y avait pas d’autre issue. Le financement n’existait pas”. Jean Brunet, président du tribunal de commerce de Saint-Denis, a ainsi commenté la liquidation judiciaire d’Air Bourbon qu’il venait de prononcer hier après-midi. Érick Lazarus, président de la compagnie, reconnaissait lui-même à la sortie de l’audience : “Nous avions trouvé de l’argent, mais pas assez. Il nous en aurait fallu beaucoup plus pour tenir jusqu’à fin janvier”.
À Champ-Fleuri, hier après-midi, l’ambiance était très différente de celle de vendredi dernier. Seules quelques hôtesses avaient fait le déplacement en uniforme. A leur arrivée, Érick Lazarus et Philippe de Bournonville, respectivement président et secrétaire général d’Air Bourbon, affichaient un visage fermé comme le reste du personnel de la compagnie venu en civil. Les dés semblaient déjà jetés d’autant que depuis le début de la matinée Frédéric Pralus, directeur général, annonçait la liquidation.
Jusqu’au bout le président Brunet aura tendu la perche à Air Bourbon. Mercredi de la semaine dernière, le tribunal de commerce avait décidé de s’accorder 48 heures avant de se prononcer. Les responsables de la société devaient mettre à profit ce délai pour consolider le plan de reprise de l’activité. Ils avaient notamment à faire la preuve de la réalité de l’assise financière des investisseurs pressentis. Vendredi, la juridiction ouvrait une procédure de redressement judiciaire et plaçait Air Bourbon en observation pour quelques jours. Étaient nommés représentants des créanciers les mandataires Piec et Badat. Deux administrateurs judiciaires, l’un lyonnais, Michel Chavaux, l’autre parisien Picard étaient également désignés. La mission confiée à ces derniers par le tribunal de commerce était très claire. Ils devaient remettre hier un rapport sur la situation réelle d’Air Bourbon.
Un document accablant
Ce document remis hier après-midi par Michel Chavaux s’est vraisemblablement révélé déterminant dans le processus de prise de décision du tribunal de commerce. Jusqu’à vendredi, il ne disposait que des éléments que voulait bien lui fournir Érick Lazarus. Avec le rapport Chavaux, la juridiction a eu sous les yeux la première photographie réelle de la situation d’Air Bourbon et les masques sont tombés.
“Je sais faire une addition, confiait en aparté Michel Chavaux, il n’y avait pas d’argent pour faire repartir cette société”. En dépit de ce diagnostic sans appel, le président Brunet prenait tout de même le temps d’entendre pendant près de deux heures Érick Lazarus, son conseil Me Arnaud, des représentants du personnel, le mandataire Badat et l’administrateur Michel Chavaux.
Il aura sans doute été question une dernière fois du plan philippin. Sa dernière mouture prévoyait un investissement à hauteur de 30 millions d’euros. Ce sauveur philippin a-t-il existé ailleurs que dans l’imagination d’Érick Lazarus ? On peut au moins lui faire crédit sur ce point. Le président d’Air Bourbon s’est vraiment battu jusqu’au bout pour sauver son entreprise. De toute façon, on voit mal comment il aurait pu balader pendant une semaine le tribunal de commerce en s’appuyant sur du vent. Un avocat croisé hier après-midi dans les couloirs du palais indiquait avoir vu des documents accréditant le plan philippin avec comme banque la Barclay’s Bank.
Mais à l’évidence, l’ultime argumentation déployée par Érick Lazarus aura été insuffisante pour convaincre le tribunal de commerce. Ce dernier ne pouvait plus se permettre d’ergoter.
Un redécollage compromis
Depuis vendredi et la démission de Frédéric Pralus, directeur général mais aussi dirigeant responsable vis à vis de la Direction générale de l’aviation civile, Air Bourbon n’avait plus de certificat de transport aérien ni de licence. Elle était de fait clouée au sol. De son côté Airbus avait résilié le contrat de location de l’A.340 200.
Comment dans ces conditions la compagnie aurait-t-elle pu redécoller même si le tribunal de commerce n’avait pas prononcé sa liquidation ?
Tout cela a dû peser dans la balance. Au final, la disparition d’Air Bourbon se solde par un immense gâchis. 166 salariés dont certains connaissent leur deuxième licenciement après celui consécutif à la disparition d’Air Lib ont perdu hier leur emploi. Des milliers de passagers n’ont plus entre les mains qu’un chiffon de papier (voir par ailleurs). A qui la faute ? Il sera facile de désigner des boucs émissaires mais il conviendrait plutôt de s’interroger sur le point de savoir si Air Bourbon n’a pas été avant tout victime de sa propre fragilité.
En moins de deux ans, deux compagnies, Air Lib et maintenant Air Bourbon, ont été rayées du paysage aérien réunionnais. Voilà de quoi faire réfléchir ceux qui dans l’avenir auraient la tentation de se lancer dans l’aventure. Renforcer ou compléter la desserte de la Réunion implique de démarrer sur des bases solides. Dès le départ, Air Bourbon s’était envolée avec du plomb dans l’aile. Elle n’est jamais parvenue à surmonter son handicap. Le rideau est aujourd’hui tiré. Trois compagnies vont maintenant se partager les dépouilles, à savoir les 9% de parts de marché conquis en un peu plus d’un an par Air Bourbon. Sauront-elles résister à la tentation de ne pas faire flamber les prix ?
Alain Dupuis