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Un Collectif pour venir en aide aux familles des
victimes du ferry "Le SAMSON"

ARTICLE PARU DANS LE MAGAZINE AMINA N°415
 

Quelques mois après l’annonce du naufrage du ferry “Le Samson” au large de Madagascar, un collectif de soutien aux familles des victimes comoriennes veut tout mettre en oeuvre pour connaître la vérité sur ce drame. Malgré son peu de moyens financiers, ce collectif appelé “Le Collectif Samson” est déterminé à défendre les droits des Comoriens. Amina Kadi et Rahmata M’baé font partie de ce collectif.

Entretien:

Pourquoi avoir choisi des femmes pour créer le Collectif Samson?

Il se trouve que notre association de femmes comoriennes, Umoja, a eu l’initiative de se recueillir dans une salle en région parisienne, quelques jours après l’annonce du drame. Le 21 mars 2004, on a fait une fatiha, une prière collective. Umoja a été rejoint, par la suite, par plusieurs autres associations formant aujourd’hui le collectif Samson. Rahmata et moi représentons Umoja au sein de ce collectif.

Quelles actions avez-vous engagées?

Nous avons organisé récemment une journée culturelle à Sarcelles. Nous souhaitons prochainement organiser un madjiliss (1). On attend toujours une réponse, car ce n’est pas évident.

Quel a été l’objectif de cette journée culturelle? L’objectif était de mobiliser et sensibiliser la communauté comorienne sur le naufrage. Il était important d’avoir une pensée pour ces gens qui sont morts.

Que vous a rapporté cette journée ?

Nous avons réalisé 1 900 € de bénéfices. Beaucoup de personnes sont venues. Mais tous les participants étaient des bénévoles. Les artistes comoriens ont participé gratuitement. Toutes nos dépenses sont sorties de nos poches.

Le Samson naviguait entre les Comores et Madagascar dans des conditions dangereuses. Ce bateau n’était pas aux normes, quelles démarches allez-vous entreprendre pour que ces moyens de transport disparaissent?

Nous ne sommes pas des animaux. Même si le gouvernement ne bouge pas, il faut que nous, les Comoriens, nous réagissions, vis-à-vis des familles des victimes et de nous-mêmes qui sommes en vie. Nous voulons faire une enquête pour savoir qui a raison, qui a tort dans cette histoire pour qu’un drame pareil ne se reproduise plus.

Quel va être le rôle du collectif après l’enquête?

Le rôle du collectif ne va pas s’arrêter sur ce drame. C’est une association qui va aller au-delà et répondre à tous les besoins urgents qui touchent la communauté comorienne aux Comores et ailleurs.

Avez-vous des liens avec des associations comoriennes aux Comores?

Nous sommes en train de travailler en parallèle avec d’autres collectifs comme le nôtre aux Comores. Il existe là-bas, un collectif des familles des victimes et un autre qui a comme rôle de demander la vérité. Et il y a le collectif de soutien aux familles. Nous avons reçu son président - fondateur.

Son collectif existait avant le nôtre. Après avoir eu connaissance de la création du nôtre en France, il est venu nous rencontrer. Il nous a dit avoir engagé un journaliste comorien pour faire une enquête au niveau de Madagascar, Anjouan et la Grande Comore. Quant à nous, on a déjà engagé un avocat comorien, maître Elaniou, en France. Il doit partir aux Comores dans les jours à venir si tout va bien.

Comment comptez-vous rémunérer cet avocat?

Rahmata : La compagnie aérienne Yémenia est notre partenaire. Elle va offrir un billet aller-retour à notre avocat.

Amina: On a l’intention de vendre des lessos (2) et des t-shirts dans les manifestations culturelles comoriennes. Ces tee-shirts vont porter le symbole du Samson. Cela ne sera pas seulement une rentrée d’argent, mais servira aussi de moyen de sensibilisation pour les autres Comoriens. Cette campagne va s’étendre sur Marseille, Dunkerque, Lyon... On veut se mobiliser pour toutes les catastrophes qui touchent la communauté comorienne.

Le problème des Comores, c’est la pauvreté, qui pousse de nombreuses personnes à partir. Comment attirer leur attention sur les réelles conditions de vie en France?

Amina, La pauvreté existe partout. Dans les pays sous développés, on se dit “Le bonheur est ailleurs”. Tout le monde a tendance à penser: “Je vais vendre ma maison pour envoyer mon enfant en France.” Ce serait prétentieux de croire qu’on peut faire quelque chose. Des délégations peuvent de temps en temps venir aux Comores témoigner des problèmes existant au sein de la communauté comorienne de France : les difficultés pour travailler, pour étudier, les femmes qui viennent pour se marier. Rahmata. Depuis tout le temps que nous sommes en France, on se serre la ceinture et on souscrit des crédits pour briller et flamber aux Comores pendant quinze jours. En agissant ainsi, on n’attire pas l’attention des Comoriens restés au pays sur les problèmes qu’on rencontre en France. Non, c’est tout le contraire. En France, on peut tout avoir croient-ils Or ce n’est pas vrai bien évidemment.

La génération comorienne venue en France dans les années 70, celle de Rahmata, avait pour objectif de retourner vivre aux Comores, quel est votre espoir pour les générations à venir?

L’espoir c’est de montrer aux enfants nés en France ce qu’est notre culture, notre nation, leur faire comprendre qu’on vient d’une communauté. Beaucoup d’enfants nés en Francs ne savent ni le comorien, ni ne connaissent la culture comorienne. Le peuple comorien est en train de s’évaporer. Cela fait vingt ans que je suis en France. Je vais tous les trois ans aux Comores. Mais connaissant la situation au pays, je pense que ça serait suicidaire d’imaginer m’y installer maintenant avec ma famille.

1. Madjiliss : cérémonie religieuse payante qui rapporte d’importantes sommes d’argent à la Communauté.
2. Lesso :morceau d’étoffe venant d’Afrique de l’est

Propos recueillis par : Houmi Ahamed Mikidache

AMINA N°415 2004