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Des tableaux de Walter Mafli sont pris en otage dans une rocambolesque affaire financière
mise à jour 11/07/2006

La recherche des célèbres tableaux volés vont découvrir une autre rocambolesque affaire financière.
Encore les Comores comme destination "d’investissement illicite"
qui implique l’homme d’affaires suisse Christian Bozon, ancien conseiller financier du défunt président comorien Mohamed Taki Abdulkarim, qui avait racheté via sa société Sofitour le droit d’exploitation des hôtels Galawa, Itsandra et des bungalows de Maloudja aux Comores, en décembre 2000


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Des tableaux de Walter Mafli sont pris en otage dans une rocambolesque affaire financière

GENEVE.
Une enquête pénale pour abus de confiance a été ouverte contre le directeur de Pôles Investments et sa collaboratrice. Tous deux se trouvent en détention préventive. C'est dans les coffres de la société que le juge d'instruction a découvert les toiles du peintre de Lutry.
Fati Mansour
Mercredi 10 mai 2006

Les deux cents tableaux du peintre Walter Mafli, dont 24 heures annonçait mardi le mystérieux séquestre, ont en fait été saisis à Genève dans le cadre d'une enquête pénale menée contre deux gérants de fortune de la place.

Chargé de cette instruction, le juge Marc Tappolet explique avoir découvert ces œuvres lors d'une perquisition menée dans les locaux d'une société financière. Le directeur et sa collaboratrice ont été inculpés d'abus de confiance, subsidiairement d'escroquerie, et placés en détention préventive. L'affaire porterait en l'état sur quelque 7 millions de francs, ajoute le magistrat.

Des coffres bien remplis

C'est le 4 avril dernier que le juge Tappolet a envahi les locaux de Pôles Investments SA. Cette société, dirigée par B.(1), est spécialisée dans les opérations financières et la prise de participation. Jusqu'à ce jour, une demi-douzaine de clients ont déposé plainte contre ce gérant de fortune qui leur promettait de juteux rendements notamment en relation avec un projet touristique aux Comores.

Que viennent faire les tableaux de Walter Mafli - dont certains devaient être prochainement exposés à la Galerie du Musée de Payerne - dans cette histoire de gros sous? C'est une question que se pose encore le juge d'instruction. Ce dernier attend de savoir à qui appartiennent véritablement les œuvres et combien elles valent avant de se déterminer sur leur sort.

«Dommage collatéral»

L'avocat des deux inculpés, Me Pierre Schifferli, avance une explication. En tant que membre du Conseil de la Fondation Les Enfants de Mafli (qui a son siège en Valais et vient en aide aux jeunes gens démunis), B. aurait proposé de conserver à titre gracieux les toiles dans ses sous-sols.

«La société occupe les anciens locaux du Crédit agricole et dispose encore des gros coffres de la banque. L'idée était de les ranger en lieu sûr. Ces œuvres n'appartiennent pas à la société, ni à son directeur. C'est une sorte de dommage collatéral lié à cette enquête», souligne le défenseur.

Investissements douteux

L'essentiel des investigations ne concerne donc pas les tableaux mais les placements opérés par le duo de Pôles Investments. Conseils de plusieurs parties civiles, dont l'une a perdu plus de 3 millions d'euros dans l'affaire, Me Cedric Berger estime que ce gérant de fortune «a agi sans vergogne et en profitant de la naïveté de gens qui n'ont aucune expérience dans le monde de la finance». Des retraités, mais aussi des représentants de professions libérales. Aux dires du prévenu, l'argent aurait été placé dans des bons de capitalisation émis par des assurances françaises, des fonds offshore et dans un projet touristique aux îles Comores.

L'aventure des Comores

Des îles qui lui ont déjà valu passablement d'ennuis. Se présentant lui-même comme un proche du défunt président comorien Mohamed Taki Abdulkarim - Africa Intelligence en fait même son conseiller financier -, le prévenu avait de grandes ambitions hôtelières sur l'île.

A la faveur d'un changement de régime, ces projets ont été mis à mal. Le Boeing 737 qu'il avait acquis via sa société Kamair pour amener des touristes sud-africains dans son complexe a été cloué au sol à l'aéroport parisien du Bourget sur décision de justice. Et la procédure d'arbitrage engagée avec le nouveau pouvoir en place est restée en souffrance.

Baroudeur ou rêveur?

Difficile d'évoquer les Comores et le défunt président sans penser au sulfureux mercenaire français Bob Denard et la trentaine d'hommes qui l'accompagnaient lors du coup d'Etat mené en septembre 1995. Un Genevois, que la justice militaire suisse a renoncé à poursuivre, figurait parmi le commando.

Pourrait-il s'agir du même homme? «Absolument pas. Je suis catégorique», répond Me Schifferli pour qui le directeur n'a rien d'un barbouze. «Il a plutôt le profil d'un financier imprévoyant, perdu dans ses rêves», ajoute le défenseur. Un idéaliste qui a pourtant déjà eu maille à partir avec la justice française pour des escroqueries.

L'enquête réservera peut-être d'autres surprises. Dans les sous-sols de la société, les policiers n'ont pas trouvé que des tableaux. Il y avait aussi des gris-gris africains et bien d'autres objets dans une salle réservée au patron.