Les Comores venaient de déclarer unilatéralement leur indépendance. C’était le 6 juillet 1975. La très forte mobilisation populaire en faveur de la libération nationale a été soutenue par la quasi-totalité des partis et des groupements politiques, de la jeunesse et du Comité de libération de l’OUA.
Un contexte particulier L’économie tournait autour d’une agriculture, encore rudimentaire, basée sur quelques culture vivrière destinée à la seule consommation domestique et de rente (vanille, girofle, plantes essentielles). Le secteur secondaire était embryonnaire et le tertiaire inexistant. C’est dans ce contexte là que le Front national uni sous la conduite d’Ali Soilih Mtsashiwa et d’Abbas Djoussouf, a réalisé le coup d’Etat du 3 août 1975. Quelques mois après, le Conseil exécutif national élit Ali Soilihi à la tête de l’Etat. La France et les Comores rompent leurs relations diplomatiques et de coopération. L’ancienne puissance coloniale avait retiré toute son assistance technique et financière laissant ainsi les Comores dans l’obligation de se prendre en charge au lendemain de leur l’accession à l’indépendance. Cette rupture brutale avait engendré une dynamique de solidarité agissante avec les pays du Sud, qui, en un temps record, ont comblé le vide en matière d’assistance technique et relevé l’espoir en appui économique. L’éviction de la tendance technocratique dans les affaires de l’Etat, avait orienté la politique nationale vers des objectifs révolutionnaires basés sur la décentralisation et l’autosuffisance alimentaire. L’élaboration d’un plan quinquennal de développement, la construction des mudirias et l’alphabétisation furent les grandes axes. Cependant, le présidant Ah Soilihi considérait que le développement commence par la libération idéologique du peuple et par une révolution culturelle en vue de rompre avec un passe fardeau nourri par l’assistanat et la corruption, Il enseignait lui-même la lutte des classes aux paysans, aux pécheurs, à la jeunesse, aux femmes et aux cadres en vue de les mobiliser "contre les ennemis de la nation : l’Etat français, la bureaucratie, les faiseurs de anda, les charlatans et les propriétaires fonciers". Cette idéologisation forcée et mal digérée avait conduit à des affrontements entres les jeunes révolutionnaires et les wafomamdji ce que Ali Soilih appelait "le processus normal des lois de la contradiction". Le coup d’Etat du 3 août 1975 avait engagé les Comores dans un changement radical dont l’histoire dira que le peuple n’avait pas compris les sacrifices qu’il aurait fallu faire. En idéal, la Révolution comorienne se voulait spécifique, scientifique et faisant partie intégrante du mouvement humaniste international. En réalité, elle a été brève, incomprise, combattue et porteuse d’avenir.
|