3 AOUT 1975 - 3 AOUT 2005 :
30 ANS DEJA.
par Salim Ahmed. Marseille.
Avec un grand retard (involontaire) j’ai lu quelques articles des frères,
consacrés à juste titre au 3 Août, dont entre autre, celui du frère Ali
Soilihi, que j’ai beaucoup aimé. Je vais donc en bref et très modestement
porter ma contribution relative à cette date historique pour le pays :
Depuis 30 ans tout a été dit, écrit sur feu Ali Soilihi et sur l’expérience
révolutionnaire qu’il avait incarné. Pour les uns ce fut un régime
dictatorial et pour les autres, soit l’immense majorité, c’était au
contraire un régime révolutionnaire, progressiste à la comorienne, mais très
mal comprise à l’époque. Ce qui est certain, Ali Soilihi n’a pas laisser
personne indifférente, notamment par l’héritage politique qu’il a laissé à
toutes les générations, présentes et futures de ce pays. Il est devenu un
mythe. Et « Un être vous manque, la nation est dépeuplée ». J’ai en mémoire
des rumeurs très persistantes (1986) au sein de la diaspora voire aux
Comores, qu’Ali Soilihi est vivant et qu’il se trouve en Suisse. Est un
appel inconscient ? C’est le constat que certains font après sa disparition
à nos jours cela se ressent de plus en plus. Avant de parler des acquis de
la révolution, soit 33 mois de pouvoir et de son assassinat lâche le 29 Mai
1978 à l’âge de 41 ans, par l’impérialiste et de ses valets locaux avec la
forte participation d’une horde de mercenaires, dont à leur tête le
tristement célèbre affreux Bob Dénard. Et des « mercenaires » issues des
partis politiques Comoriens.
LE COUP D’ETAT DU 3 AOÛT 1975 :
Moroni, dimanche 3 Août 1975 les Comores indépendantes (depuis 28 jours) ont
connu un séisme politique. En effet, ce jour a eu lieu aux Comores le 1er
coup d’état de son histoire. Le Front National Uni, soit un regroupement
politique, hétéroclite (de 7 partis ) opposé au régime Vert dirigé par le
feu Ahmed Abdallah s’est emparé du pouvoir sans la moindre effusion de sang.
« Un coup d’état authentiquement Comorien dans sa conception comme dans sa
réalisation ». Comme l’a si bien dit Ali Soilihi. Bob est arrivée aux
Comores le 5 Septembre 1975, sous la demande du président d’alors Said
Mohamed Djafar sous les conseils de Lébret. Ce coup de force avait donné un
très grand espoir aux classes les plus écrasées, bafouées, humiliées par le
système politique dominant féodalo traditionnel, rétrograde, ploutocratique,
bureaucratique parasitaire, et aussi improductif, à savoir : Les
travailleurs manuels, les paysans, la jeunesse, la femme, c’est-à-dire ceux
et celles qui au quotidien leurs dos ruisselant les épaules encornées par
leur travail pour survivre à la grande misère de la bourgeoisie compradore,
jouisseuse et arrogante, qui les a réduits en état de « clochardisation » de
mendicité durant des décennies.Ali Soilihi porte parole du FNU. incarnait le
coup d’état ainsi la révolution qui a suivie «Une révolution acquise par un
modèle révolutionnaire ne peut pas être dirigée par le système traditionnel
» disait le Mongozi. Ali Soilihi avait consacré son temps, son intelligence,
jusqu’à faire don de sa vie et ce, sans contre partie pour servir son pays,
son peuple, il a choisi de mourir pour qu’un jour le peuple, les comoriens
comprennent. Ali Soilihi dans toute sa vie, était contre toutes lies
injustices sociales, tout ce qui opprime son peuple, voire tout les peuples,
ce qui domine et écrase les humbles, ce qui entrave le progrès et la
libération de l’être humain.
Donc, avant le 3 Août 1975, le Comorien « était très atomisé, désocialisé,
marginalisé ». Ali Soilihi a bien compris qu’en terme de développement et
d’économie, de société, des lois ne s’exercent que si on laisse agir, en
restituant à la politique sa substance, son rôle, la volonté et la dimension
visionnaire. Mogozi a montré que la politique, la révolution est une action
collective des femmes et des hommes pour maîtriser, et Oui ! Dans la
pratique, rarement les choses ne se passent toujours comme on les prévois,
c’est d’ailleurs le coté transformer leur destin, la société, le pays auquel
ils vivent. Il a voulu que le comorien soit maître de sa destinée, dans une
société plus solidaire, égalitaire, juste et responsable, pour une
démocratie participative, pour que les Comoriens construisent ensemble un
avenir commun et plus meilleur. A voulu être à la hauteur des exigences,
aspirations du peuple et des attentes du pays
Quand aux anti-soilihiste primaires, ceux et celles qui ont chanté et dansé
devant sa dépouille mortelle, qu’ils sachent que « la mort n’a jamais été
une défaite, elle n’est qu’une formalité pour un révolutionnaire ». Quand
Ali Soilihi disait avec une très grande justesse que
« la jeunesse est le fer de lance de la révolution, il avait compris qu’elle
avait un rôle capital pour rompre les amarres avec le passé rétrograde, bête
et archaïque, contre l’immobilisme. Cette jeunesse avait un grand rôle pour
renverser vite l’ordre établi, et l’oligarchie, l’inertie. Et surtout, il a
compris que les jeunes ne doivent pas et ne demandent pas seulement à être
entendus, mais à être à part entière comme acteurs de la révolution, de la
construction du pays, de leur avenir. C’était ça le message du 3 Août. La
journée du 3 Août 75 avait accouché l’œuvre la plus salutaire pour le peuple
Comorien dans ses objectifs politiques. Elle avait donnée à notre pays,
notre peuple un nom, un horizon. Les masses jusqu'à là humiliées,
proscrites, avaient reçu le sceau de ce qu’il y a de plus cher au monde : La
dignité. La liberté et l’honneur. Notamment la femme Comorienne, qui a vue
se briser les chaînes qui l’attachée
à l’asservissement, la domination de l’homme, dans un système féodal-
traditionnel archaïque. L’autre avait dit : La première timidité de l’homme
lui vient dès le moment où il a conscience qu’il regarde une femme. En tant
qu’homme on doit voir chez la femme, la sœur, la mère, l’épouse, la camarade
de lutte. La femme est l’égale de l’homme.
Ali Soilihi avait compris que « les choix à opérer, les décisions à prendre
ne se décide pas d’une part au sommet, mais par les citoyens, soit de la
base vers le sommet, d’autre part ne dépendent pas de la technicité que l’on
a dans le sens de gouverner un peuple, en appliquant telle politique telles
recettes, souvent étrangères, qu’on veut y apporter ».
Rappelons qu’Ali Soilihi a accédé au pouvoir en prenant la destinée du pays
le 2 Janvier 1976 succédant au président issue du coup d’état , Said Mohamed
Djaffar, dans des conditions très difficile, qu’aucun autre régime n’a
jamais connu aux Comores à nos jours.
LES OBSTACLES RENCONTRES :
D’abord à l’issue de la déclaration unilatérale de l’indépendance 6 Juillet
1975 l’ancienne puissance tutrice l’impérialiste Français avait rompus les
amarres avec les Comores d’une manière plus que brutale, rupture totale et
organique avec la France. Toute l’assistance technique Française et autres
sont brusquement retirées du pays, sachant qu’après plus de 150 ans d’un
colonialisme intégral, aucun moyen de substitution n’a jamais été prévue
préalablement. Comores du jour au lendemain se trouvaient nues comme un ver
de terre. Exemple de 8 milliard de francs Comoriens annuels comme budget de
fonctionnement on est de suite passé à 2 les 6 milliards étant fournis par «
la mère patrie France »
Devant cet état de fait, le F.N.U. dirigé d’abord par le feu Said Mohamed
Djaffar 3 Août 75 au 31 Décembre 1975. Ensuite par le feu Ali Soilihi le 02
Janvier 1976 au 13 Mai 1978 soit 29 mois d’exercice du pouvoir.
Avaient pris les choses en main pour faire face aux défis lancés par le
gouvernement Français de mettre les nouveaux Comores à genoux comme elle
l’avait même prédite. Anduyi wa Hada
LES 3 ETAPES ESSENTIELLES DE LA REVOLUTION :
1°) La révolution pour la consolidation de l’Etat :Ndo Ufwakuzi Wahe
Madaraka Ya Mkolo Mfarantsa.
2° ) La révolution Démocratique et Populaire : Ndo Ufwakuzi Wa Usawa Wa
Siyasa .
3°) Révolution sociale, culturelle : Ndo Ufwakuzi Wa Usawa Wa Maesha.
Les axes, objectifs politiques du régime révolutionnaire d’Ali S. étaient :
La lutte contre la maladie, la faim et l’ignorance : Uwana na Uwade. Na
Ndzaya. Udjinga. Ufudhuli. Udjabiri. Uwana na Uburé. Na Umasikini.
- La lutte pour la libération et l’émancipation de la femme, de la jeunesse
paysans et les travailleurs Comoriens. La décentralisation administrative et
politique. «Là où il y a le peuple, il y a le pouvoir» Sirkali ya Mikowani.
Ali Soilihi par la politique de décentralisation était de plusieurs années
en avance devant la France (6 ans après) et plus de 10 ans sur des pays
d’Afrique
- La lutte permanente pour la réintégration de l’île Comorienne Mayotte.
Dans les concerts des Nations la France avait à plusieurs fois usée son
droit de veto à l’ONU. Et ce jour aucun pays au monde n’a reconnu la
légitimité de la France sur l’île Comorienne de Mayotte, à ma connaissance.
Un pays plus petit que la ville de Marseille a su sensibiliser le monde dont
y compris les alliés inconditionnelles de la France dans les concerts des
Nations.
- La lutte pour la défense de l’Islam authentique. Contre la sorcellerie et
le charlatanisme, contre l’utilisation de l’Islam comme instrument
d’exploitation du peuple Comorien.
- La lutte pour l’instauration d’un Etat unitaire et laïque.
- La lutte acharnée contre la corruption, le détournement des deniers
publics. Ndé nkodo ya uwana no unyonyadji. Uhiba zemali za Daula.
- Le soutien de à tous les peuples du monde qui prônent et luttent pour leur
liberté et pour leur indépendance: (La Palestine. La Namibie. Polisario. La
Rhodésie. L’Afrique du Sud. Les pays de l’Amérique latine et du Sud. Etc..
- La lutte pour l’unité nationale du peuple
Comorien, dans sa diversité. Autonomie de gestion des îles : Twayifa dzima.
« Pvatsudjoka Yisiwa Lidjo Ubaza fiya Yisiwa Mwanayasho ».
- L’application strict du neutralisme positif. Contre toute présence
militaire étrangère, extra Africaine sur le sol Comorien. Ce qu’on appel le
non alignement positif.
- Développement et consolidation avec les pays voisins d’une politique de
bon voisinage de paix de solidarité d’amitié et de bonne coopération Sud Sud
avec les pays frères et voisins.
- La revalorisation de la langue, cultures et spécificité Comoriennes.
- La reforme de la tradition dans sa pratique, contre les dépenses très
inutiles ostentatoires qui constituent un obstacle pour le développement du
Comorien et du pays, par ses pesanteurs.
- La parité, la protection, l’égalité de l’homme et de la femme,
l’émancipation de celle ci.
- L’alphabétisation de la population, (62 % en 3 ans). Seul Nicaragua sous
les Sandinistes de Daniel Ortéga a fait mieux , soit (80 % mais en 5 ans).
Quand le F.N.U. a pris le pouvoir par le coup d’état du 3 Août 1975 ce
n’était pas pour la soif du pouvoir. On parle du bilan indélébile d’Ali
Soilihi dans un contexte politique, et avec une conjoncture défavorable à
plusieurs titres.
Ali Soilihi était un géant de la pensé, mais avait commis aussi beaucoup
d’erreurs, voire des fautes, on doit le critiquer, il n’était pas un Dieu,
ni prophète, ni Pape doté par le St Esprit du don de l’infaillibilité. Et
qui n’a pas fait des erreurs ?. Il les a faites pour nous prouver qu’il
était un humain, ce qui est sûr aussi, il fut un grand homme, un très super
guide d’action. Un révolutionnaire est un homme très riche intérieurement et
plus responsable, lié aux autres hommes par un rapport de solidarité et de
sincérité, de fraternité universelle concrète, un homme qui se reconnaît
dans son œuvre qui une fois les chaînes brisées, atteindra la conscience de
son être social, sa pleine réalisation en tant que créature humaine. Ali
Soilihi a voulu : L’homme et le citoyen, l’individu et la communauté. etc…
En ce qui me concerne, A. Soilihi était tout cela à la fois. Il est parti la
tête haute, sans laisser aucun bien matériel derrière lui, que son œuvre,
dont beaucoup aux Comores s’inspirent.
LE PARTI POLITIQUE DJAWABU YA KOMORI :
Concernant le parti politique Djawabou ya Komori et le non commémoration de
la date du 3 Août. C’est aux responsables de répondre à la question, met en
tant que Soilihiste d’abord, et membre du parti Djawabu, je donne ma
réponse. Dès sa naissance le30 Janvier 1999 à Paris a présenté ses en Août
1999 (aux Comores) ses excuses aux Comoriens victimes de cette révolution.
Je précise également que ce parti défend la pensé, et les objectifs
politiques d’Ali Soilihi. Nde le Kusudiyo laki siyasa, et non le régime, les
pratiques, les exactions des jeunes comités que nous condamnons fermement
par ailleurs. La majorité pour ne pas dire la totalité des coupables de ses
exactions ne sont pas membres du parti, ils sont dans les pouvoirs, ou les
autres partis politiques Comoriens. Seul son président fut un responsable
dans le comité Nle.
Cette révolution appartient à une autre génération, et il nous reviens à
nous de tracer une nouvelle voie, sans trahir l’idéal et les objectifs et
les orientations politiques a atteindre pour le bien être des Comores, des
comoriens. Cette révolution appartient au peuple et a l’histoire de notre
pays, à la nation Comorienne.
Djawabou n’a rien n’avoir avec les pratiques du régime en tant que tel, il
ne justifie rien de ses pratiques, il explique les raisons. La majorité de
ses militants n’ont pas connus A. Soilihi, ni ce régime (je suis dans ce
cas). La décence veut qu’on tire les leçons, reconnaissons les erreurs et
formulons nos excuses à notre peuple au nom de cette même révolution. Avant
d’être assassiné Ali a légué aux générations actuelles et futures, comme
étant l’homme qui a sacrifié son temps, ses actions et son intelligence, à
fait don de sa vie pour leurs biens . Ex : les Mudiriya, entre autre. A
voulu faire du Comorien un homme nouveau, débarrassé des tares. Rousseau
disait :« Une révolution n’est authentique que si elle est capable de créer
cet homme nouveau, il s’agit de constituer le vrai citoyen, lequel sa
volonté générale, domine le particularisme étroit des passions très égoïstes
»
Non seulement A. S était un révolutionnaire, mais il a fait la révolution.
On l’a tué parce que il a voulu défendre les humbles, les pauvres, et les
faibles. On l’a tué parce qu’il allait contre les intérêts du colonialisme,
et l’impérialisme Français, contre les intérêts de la bourgeoisie locale,
les affairistes, la mafia. On l’a tué enfin, parce qu’il a mis en avant
l’intérêt du peuple Comorien. Mais on ne tue jamais une idée, une pensé.
Pour ce qui est de la commémoration du 3 Août. Il y a plus de 20 ans,
c’était d’abord l’ex Mouvement de libération des Comores de Marseille (MLC)
qui le faisait, dont dans un cercle très réduit. Ensuite est venu
s’agriffer, les partisans d’Ali Haribou (Accra au Ghana) dont bon nombre ne
milite dans aucun parti politique Soilihiste. A ce jour est apparu d’autres
cercles.
A l’époque de l’OJC (aux années 80) nous avons demandé à ce que cette
commémoration soit faite sous une autre forme, plutôt que de se contenter de
faire le hitima (sans succès). Ensuite, jadis OJC. M. Bora et aujourd’hui
Djawabu, c’est vrai, nous célébrons le 29 Mai (comme fut le cas à Lyon le 28
Mai 1999) mais en abordant à chaque fois, la vie et les objectifs politiques
de l’homme. Ainsi la communauté peut participer en directe à cette
commémoration. En 1999 aux Comores un tournoi de foot (des jeunes) avait eu
lieu sous le nom d’Ali Soilihi. Mais hélas ! cette bonne expérience n’est
suivie. Avec les 2 dates chaque partie commémore à sa manière. L’essentiel
est de défendre un idéal. Et le combat continue vers « la terre promise ».
Salim Ahmed. Marseille.