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REPONSE A HASSAN JAFFAR
Par Ali Abdou ELANIOU, Avocat
août 2003
Enfin! enfin! Ils se découvrent!...." Dans
les révolutions, disait
Bonaparte, il y a deux sortes de gens : ceux qui la font, et ceux qui en
profitent". Il aurait pu ajouter: "ceux qui la font y laissent leur peau et
ceux qui en profitent se terrent". Ils se terrent parce que ce sont des
hommes de "bob sens" comme dirait HASSAN JAFFAR. Ils savent que pour vivre
heureux, il faut vivre cachés. Ils se terrent donc pendant la révolution, et
après elle, plus encore.
La révolution ufwakuzi n'a pas échappé à la règle. Celui qui voulait la
faire, probablement le seul qui y crut un jour, est mort, les autres ont
brusquement disparu de la circulation: les militaires ont jeté les armes.
Ils furent les premiers à trahir. Ils ne se sont pas battus une seconde. Ils
ont fui devant les mercenaires, ils ont fait honte au drapeau. Les
politiques, ministres ou autres, ont bien vite tourné casaque. Nous les
retrouvons dans tous les régimes successifs qui, tous, à commencer bien sûr,
par celui d'Abdallah, ont stigmatisé les crimes du ufwakuzi. Ils se sont
assagis, ils ont sauvé les meubles. Enfin, les journalistes, ceux qui
avaient la tâche infâme d'encenser le MONGOZI jusque et y compris dans ses
excès les plus fous, et qui après se sont planqués pour ne pas avoir à
rendre des comptes.
Enfin! Enfin! Ils commencent à remonter en surface! Au moins ce livre aura
servi à cela! Le peuple comorien a le droit de savoir! Il a le droit de
juger ceux qui l'ont mis à genoux par les fusils ou les slogans.
Alors, puisque c'est toi, mon cher Hassan, qui comparais le premier, dis
nous tout d'abord, pourquoi tu m'as caché que tu étais soilihiste! Pourquoi
ce livre, quand je te l'ai donné à lire, bien avant tout le monde, tu l'as
accueilli à bras ouverts, tu as cherché toi-même l'éditeur, (en me
déconseillant tous les autres, d'ailleurs!), tu m'as tenu informé de
l'évolution des démarches de l'éditeur, alors que j'étais aux Comores.
pourquoi à ce moment-là tu ne l'avais pas trouvé abominable? Le moment
n'était pas venu de jeter le masque? Ou peut-être te disais-tu que Chamanga
n'aurait pas le courage de braver les foudres des soilihistes? Ou était-ce
comme le sous-entend Zaid avec finesse par amitié pour les finances de
l'éditeur? Non? Tu te ménageais plutôt cette petite sortie aujourd'hui pour
épater la galerie, ta galerie .....? Alors! La chèvre et le chou?
Je ne sais pas s'ils sont épatés. Après tout, pourquoi pas, l'homme est si
crédule! Mais moi, je vais te dire ce qui m'épate, c'est que tu aies pu
garder ce double masque si longtemps! Depuis 1978! Tu te rends compte? 35
ans! Entre deux airs, entre deux chaises, entre la vie et la mort! Sous
quelle perfusion, bon Dieu! Et moi qui avais fini par croire que tu t'étais
sincèrement repenti!
Dans un sens, je comprends! Tu as passé 3 ans, entre 1975 et 1978 à chanter
les louanges d'ALI SOILIH à la radio, puis 35 ans à jouer à cache-cache avec
ta conscience. Il fallait bien que ça explose un jour! Il fallait bien que
tu te soulages un jour! Voilà exactement, mon cher Hassan, "ce que tu étais
venu faire dans cette galère!"
Alors nous te prêtons le merci que tu ne nous rendras jamais! merci! Voilà
qui est fait!
Je disais tout au début : "enfin! Enfin! Il se découvre!" J'aurais voulu
dire "Enfin! Enfin! Le débat s'ouvre!" Hélas! Il n'en est rien pour le
moment! Car le journaliste qui parle ne nous a pas dit encore pourquoi entre
75 et 78 on n'entendait que des panégyriques à Radio-Comores et pas
d'informations! Pourquoi il ne nous disait rien sur les citernes, les
exactions du KOMANDO MWASI, les razzias dans les villages, pourquoi il
habillait d'or et de rêves les actes les plus infâmes comme la
collectivisation des terres à double vitesse, l'ordonnance scélérate des
dépenses somptuaires, l'autodafé que Hassan nie si fort aujourd'hui!
Pourquoi les enquêtes judiciaires se déroulaient en direct à la radio, le
secret de l'instruction ayant été définitivement piétiné, etc. Nous voulons
avoir des informations précises sur tout cela, et les avoir de première
main, puisque nous avons la chance d'avoir devant nous celui qui a été sous
ALI SOILIH le Directeur de la chaîne internationale à Radio-Comores. Mais M.
le Directeur nous renvoie à ses oeuvres sonores à la radio pour nous y
apprendre quoi? Rien que nous ne sachions déjà? Autre chose que ce que nous
avons entendu? Si c'est pour réécouter les balivernes des comités ou le "sa
arba wa ichirin" de sinistre mémoire! Merci! Ou alors aurait-on
"inventé" des archives? manipulé les quelques rares qui
restent pour qu'elles prêtent aux journalistes la voix qu'ils n'avaient
plus, la voix qu'ils avaient perdue du temps d'Ali Soilih?
Hassan nous promet de "reparler" de ses "textes et bandes", car nous dit-il
"ces archives existent". Eh Bien mon cher Hassan, c'est à ce moment-là que
le débat s'ouvrira! Car il faut bien reconnaître que pour le moment tu
n' as rien réfuté du tout. Tu t'es contenté de dénégation, sans l'ombre
d'une preuve, tu n'as pas prononcé le premier mot de ta brillante plaidoirie
contre ce "mauvais réquisitoire". Je l'attends. Nous l'attendons.Quand tu
voudras. Où tu voudras. Comme tu voudras.
Tu m'excuseras, mais tu comprendras quand même qu'il m'est très difficile
d'accepter l'argument selon lequel" La citerne" ne dit rien parce que "l'Elan
Brisé a tout dit. Je te cite:
Difficile après ça, s'agissant de
"ALI SOILIHI OU L'INDEPENDANCE DANS LA CITERNE" de croire en une initiative
courageuse ou de parler de document scientifique. Tout à l'opposé de "ALI
SOILIHI, L'ELAN BRISE ?" de Youssouf Saïd Soilih et El-Mamoun Mohamed
Soilih, épinglé par Elaniou, et qui a pourtant connu et continue à connaître
d'autres fortunes, au même titre que d'autres publications de référence qui
occupent une place de choix dans les bibliographies sérieuses.
Comment peux-tu écrire sérieusement
une déclaration pareille? Quand on sort de la clandestinité faut-il
absolument qu'on fasse rire à ses dépens? qui ne voit là le parti pris d'un
journaliste soit disant objectif et épris de vérité? Tu me renvoies à une
bibliographie des bons auteurs qui, eux, ont l'heur de te plaire parce
qu'ils ne disentr rien ou si peu du vécu des Comoriens pendant les années
sombres. Tu voudrais que je les lise? Tu voudrais que je m'en inspire? Ou
que j'écrive comme eux? Non! Mais! c'est vrai? Aurais-tu l'intention de
m'imposer des lectures? Et qu'est-ce qui te dit que je ne les ai pas lus?
Parce que je ne les cite pas?
Je n'ai donc pas le droit d'écrire ce que je veux? Comme je veux? Tu me
rappelles cet autre intervenant dans le site Lematindescomores, un
soilihiste en colère, lui aussi, et qui trouvait que ce n'était "pas un
livre"! Qu'est-ce qu'un livre pour un soilihiste? Quelque chose qui lui fait
plaisir?
Tu m'excuseras, mais je ne peux pas comprendre que tu m'invites à aller "interwiewer" le
fameux inspecteur AHAMADA. je te cite:
il serait pour le moins intéressant
de savoir, si par exemple, dans le cadre des investigations entreprises pour
la confection de cet ouvrage, qui se veut être un document historique,
l'auteur a pris la peine, avant de s'en prendre à un certain inspecteur
Ahamada, si détestable soit-il (et néanmoins toujours en vie et accessible)
dans "l'affaire Dodo Tsungu Mme Fatima Abdou" [page 64] de recueillir sa
version et quel en était le traitement. Pour tout solde de tout compte, on a
droit à une histoire abracadabrante qui finit par des prétendus violents
sauts d'humeur du "Mongolien".
Tu me demandes de faire des interwiews? C'est le monde à l'envers! Qui est
le journaliste? En somme tu me demandes de faire à ta place le travail que
tu aurais dû faire ? Tu voudrais que j'aille avec micro et enregistreur sous
le bras demander à l'inspecteur Ahamada pourquoi il faisait ses enquêtes
sous la torture et comment? Est-ce que tu l'as fait toi, quand tu étais à
Radio-Comores? Tu aurais dû! Et maintenant, 25 ans après, il faudrait que je
le fasse, moi? à Quel titre? Je ne veux pas faire oeuvre d'historien!
Quelqu'un, dans ce forum l'a bien dit et compris; j'ai simplement donné un
témoignage. Il dérange, sans doute, mais je n'y peux rien. C'est au
journaliste de recueillir d'autres témoignages, de faire des recoupements,
et d'expliquer. Maintenant, évidemment, c'est un peu tard, pour
l'information journalistique; mais tu peux essayer de sauver la mémoire et
les mémoires. C'est ce que tu nous as promis, je crois? Très bien, nous
attendrons! Il n'est jamais trop tard pour bien faire!
C'est très curieux! J'ai l'impression que c'est ce qui tu me reproches,
d'être témoin, et témoin gênant! Si le débat se réduisait à des "archives",
( le terrain sur lequel tu voudrais nous amener ) ce serait plus confortable
pour vous, car les archives ne pleurent pas, elles n'ont pas de blessures,
elles disent 5, 10, 100 morts ou blessés, mais cela parle si peu à
l'imagination Les chiffres situent et ne rendent rien. La douleur d'un homme
qui meurt, oublié, abandonné dans une citerne, ou bien celle de la veuve qui
pleurera cet homme ou bien celle de l'orphelin voilà une douleur qui cogne
et l'imagination et la sensibilité de chacun. C'est pour cela que le
témoignage est irremplaçable.
Tu le sais si bien d'ailleurs, que tu as tenté de jeter le discrédit sur ce
témoignage en déclarant que je n'ai pas vécu la moitié des événements que je
raconte. Je te cite :
En se mettant lui-même en scène
(alors que paradoxalement, la majeure partie des faits relatés a eu lieu en
son absence aux COMORES), en usant et en abusant du "je" dans cet ouvrage,
que d'aucuns à tort, qualifient de fidèle et d'objectif, l'auteur prend
incontestablement le risque de se faire passer pour un donneur de leçon,
En d'autres termes tu m'accuses de faux
témoignage au motif que je n'ai pas pu vivre directement les événements que
je raconte. Je croyais t'avoir tout dit sur mon départ de Moroni! Et tu
m'accuses de mauvaise foi? Qui dans cette affaire est de mauvaise foi? Tu
sais, et tu sais très bien que je n'ai pris le chemin de l'exil qu'en aôut
1977 ( j'ai encore le "titre de voyage" que m'a délivré la Préfecture de
Mayotte après avoir "annulé"! mon passeport je le tiens à ta disposition! )
C'est en mai 78 que votre régime a chuté! Cela veut dire que j'ai au
contraire vécu la majeure partie des événements. De tous ceux que je relate,
je crois que le massacre d'Iconi, est le seul que je n'ai pas vécu aux
Comores. Tous les autres malheurs m'ont frappé deplein fouet, alors que
notre jeunesse, Hassan, s'en allait, en lambeaux dans les citernes, les
comités, les émissions de Radio-Comores........
Il se trouve par exemple, que la manif des Moroniennes, je l'ai vue, de mes
yeux vue. On m'a dit que dès le lendemain, il y a eu la contre-manif que tu
décris dans ton texte comme ayant été préparée par des "soilihistes
inconditionnels". Celle-là, je ne l'ai pas vue, c'est vrai, c'est bien pour
cela que je n'en parle pas. Mais c'est à toi de nous en paler, non pas avec
ton témoignage, il n'est plus de saison! mais avec ceux que tu auras
recueillis, micro et nagra sous le bras.
Ce sont bien les archives que nous attendons de toi, pour démontrer que la
"Citerne" ne "tient pas la route" comme tu dis avec tant d'aplomb! Les
papiers que les chercheurs ont écrits sur tel ou tel aspect de la politique
ufwakuzi pour dire qu'elle est bonne ou mauvaise? Oui! pourquoi pas après
tout! Il faut bien se faire une idée! Il n'y a pas eu de journalistes pour
couvrir les événements! Il n'y a eu que que des flagorneurs! Alors pourquoi
pas? Mais franchement ! Ces belles théories que voulez-vous qu'elles fassent
à MTSUNGA ? ( c'est le nom de mon client infirme qui est mort de faim,
d'oubli, de révolution sous votre régime. ) J'en ai parlé dans la "Citerne".
Mais peut-être n'a-t-il pas eu l'honneur d'être cité dans les 66 premières
pages, celles que tu as lues!.....Alors tu ne "connais pas"!!! C'est très
grave pour un journaliste de ne pas vouloir lire ce qui lui déplait! Surtout
quand il a autant d'autorité que toi! Tu as en effet pour toi la formation,
l'âge, l'expérience! Un peu d'honnêteté et de courage ( me permettras-tu de
te rendre le compliment ? ) ne te feraient pas de mal.
Tant de mauvaise foi, de diatribes,
de calomnies et de tissus de mensonges instruits délibérément à charges,
sans aucune preuve, à part celle, sujette à caution, susceptibles de nourrir
cette récurrente campagne de haine et de désinformation, m'ont fait lâcher
prise à mi-lecture, à la 66ème page. Et ce, d'autant plus, que le reste de
l'ouvrage lu en diagonal, était du même tonneau, sinon pire !
Quand nous commencerons le débat,
c'est-à-dire quand tu auras publié tes abjections, il faudra bien qu'on en
discute. Je crois que cela peut prendre des jours, des heures, des pages,
plus de 66 peut-être, alors vas-tu lire en "diagonale" tout le reste?
Je crois bien qu'à ce moment-là, tout le monde sera obligé de boire le
calice jusqu'à la lie. Bonsoir!"
ELANIOU
Maître Ali ABDOU ELANIOU
Avocat au barreau de Paris
août 2003
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