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Histoire des Comores |
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Les événements du 12 novembre 1975
et
Séjour dans le camp des "MOISSIS" |
Une contribution de M.
Mdjomba sur Ali Soilihi
29 mai 2004
N.B : le texte ci dessous, publié avec l'aimable autorisation de
l'auteur, est issu de discussions dans notre forum HABARI.
Je voudrais rétablir une vérité qui échappe souvent
aux narrateurs. La décision de renvoyer les français des Comores est
intervenue le 12 novembre 1975 vers 17H00 le jour même où Ali Soilihi
Mtsachioi et quelques mapindouzi étaient à Mayotte dans le cadre de la
marche rose.(Débarquement) Radio France internationale par le biais de son
correspondant Fredy Tomblin à l'époque rédacteur en chef de l'ORTF et qui a
accompagné Ali Soilihi au moment du débarquement a annoncé que la population
Mahoraise attaque à coups de pierres les Comoriens qui venaient de
débarquer.
C'est alors que le Président Mohamed Djaffar, a signé un décret rendu public
demandant à tous les militaires français en poste aux Comores de quitter le
pays dans les 48H00. Le courrier est remis au Délégué général de la
République Georges Poulet. Ali Soilihi n'a appris la nouvelle que dans la
soirée après son retour vers 18H00.
Je me souviens encore de ce jour du 13 novembre 1975, Le bruit courrait à
Moroni au sujet d'une discussion musclée à la présidence après Georges
Poulet ait conditionné le départ des militaires au retrait de toute
l'assistance technique Française. ASM, par peur d'un soulèvement des lycéens
a tenté d'obtenir de Djaffar une renonciation de la décision.
Un Camerounais dénommé Antoine, est venu nous voir au Lycée Said Mohamed
Cheikh pour obtenir l'aval des lycéens. Après concertation et par la voix de
Lamartine, les lycéens ont consenti la fermeture de tous les établissements
scolaires pourvu que les Français s'en aillent.
ASM, faute d'arguments, a concédé au départ des Français. Le 4 janvier 1976,
le Conseil National de la Révolution, a démis S.M. Djaffar de la présidence
au profit d'Ali Soilihi. Est-ce une conséquence de son décrêt? La réponse
est pour le moment en suspens.
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Séjour dans le Camp des "Moissis"
Le lendemain de mon arrestation, je suis conduit dans le camp de
Moissi, à l'endroit même où est aménagé le CNDRS. Je suis resté assis sur un
petit mur, devant le bureau de "Mginga", un officier Tanzanien qui
entraînait les commandos. A une cinquante de mètres, je vois dans une
véranda, des groupes de gens assis.
A 18H00, "Mginga" est arrivé dans une "méhari". Il me salue en Swahili et
demande à son interprète pourquoi j'étais là. Je lui ai répondu en Anglais.
Do you speak English? Yes. What's happen? Come in my office. Il m'a invité à
partager son repas pendant que je m'efforçais à lui expliquer avec le peu
d'anglais que je connaissais, ce qui m'était arrivé. Dehors, les "Moissis"
s'impatientaient. J'ai cru qu'avec la bonne compréhension du chef, j'allais
être épargner des tortures. Aussitôt sorti, un commissaire politique nommé
Soilihi est arrivé. Pour moi le bon Dieu n'a pas envoyé un ange, il est venu
en personne. Soilihi et moi partagions quelques mois auparavant, les mêmes
bancs en classe de seconde. Au moment de quitter le bureau, il s'adresse à
un dénommé "Ampoule", occupez-vous de lui. Le ciel m'est tombé sur la tête.
On m'a demandé d'enlever mes vêtements. J'ai obéi sans hésiter.
Ampoule m'a ordonné de courir tout autour du terrain de Volley-ball.
Après une trentaine de tour, son compagnon criait : plus vite encore!
Ensuite, ils ont placé deux gros cailloux dans mes mains. Je devais courir
avec. Puis, est venu le tour du "Rampa". Dans la mesure où j'ai compris que
les déchirements venaient du fait que l'ensemble du poids reposait sur les
genoux et les coudes, je me suis placé en bonne position pour le départ.
Aussitôt le départ donné, j'ai posé l'ensemble du corps pour ramper comme un
serpent.
Cette tactique m'a laissé des égratignures partout sur le ventre, mais les
coudes et les genoux sont restés intacts.
J'ai fait trois le trajet sans crier. J'ai tenté de dominer mes souffrances
car même avec des cris, personne ne pouvait venir à mon secours. Jusqu'à
cette épreuve, je n'ai reçu aucun fouet. Les deux commandos se concertaient.
Tu vas passer maintenant la dernière épreuve : "la toupie". Il fallait se
plier pour toucher le sol avec un doigt, puis se mettre à tourner rapidement
autours de ce doigt, dans les sens des aiguilles d'une montre. Au signal, on
se relevait et on courait tout droit dans la direction indiquée. Au premier
signal, je n'arrivais pas à tenir, je suis tombé. Lèves-toi et recommence
imbécile. La seconde fois, j'ai compris le système. Au signal au lieu de me
relever, j'ai d'abord tourner un peu dans le sens inverse, ce qui avait pour
effet d'annuler le vertige. Ainsi, je courrais en maintenant mon équilibre.
Voyant que la toupie ne me faisait pas grand chose, j'ai senti le premier
fouet mon dos. Je me suis arrêté. Courts. Non je ne fais plus rien.
Tuez-moi, mais je ne fais plus rien. Je suis poussé à même le sol. J'ai reçu
des coups de bottes et de fouets. Les deux commandos se sont acharnés sur
moi jusqu'à ce que je ne bouge plus.
J'ai alors entendu au loin, quelqu'un crier arrêter… arrêter…
N'avez-vous pas entendu qu'il ne devait pas être frappé? Qu'allez- vous dire
maintenant qu'il est mort? Tais-toi vieux Michel! Qui t'a dit çà? Mginga. Il
n'est pas notre chef. Ici tous les Hadj Kassim reçoivent le même traitement.
Pour voir si je n'étais pas mort, ils m'ont soulevé par les pieds pour me
mettre debout sur mes mains, le long du mur. Je ne tenais pas, je me suis
laisser tomber. Tiens tes vêtements! Ampoule me les a jetés sur la figure.
Je continuais à faire le mort. Ampoule et son ami m'ont soulevé et jeter sur
la véranda. Mes copains de cavernes ont aussitôt arrangé une petite place.
Un vieux de Djoumoichongo qui avait bénéficié en raison de l'âge d'un
morceau de carton, me l'a cédé. Deux heures après, j'ai entendu le bruit
d'une voiture qui s'arrête. Où est Mdjomba? Il est dedans. Faites le venir.
Les autres prisonniers m'ont soulevé pour me mettre dans la voiture.
On m'a conduit au bureau du comité central à la place Badjanani. Ils m'ont
fait enlever le slip que je portais avant de m'exposer devant la porte
d'entrée. Vers 1H00 du matin, une autre voiture m'a conduit tout nu, au
logement du comité central à l'ex-SAGC. Là, on m'a mis dans une chambre à
même le sol. Une heure plus tard, est arrivé le chef des interrogatoires :
Jourdan. Il m'a fait une brève interrogatoire et m'a posé la question :
qu'est-ce qui t'est arrivé?
Normalement ils ne devraient pas te frapper. Qui leur a donné l'ordre? M.
Jourdan, je ne crois pas que ces interrogations ont un sens. Je suis
torturé, maintenant dites moi ce que vous voulez? Non.
il faut comprendre Mdjomba que ces "Moissi" font ce qu'ils veulent.
Ils compromettent la Révolution. Tu n'as pas à rester ici pour longtemps.
Ton cas n'est pas si grave. Tu seras libre dans quelques jours. Le lendemain
dans la matinée, le comité m'a retourné aux "Moissi".
Au lever du jour, le bruit court à Moroni que quelqu'un est mort au
"Moissi". Ali Soilihi a demandé une enquête et a appris que c'était moi qui
suis arrêté et conduit là-bas. Il a appelé Mradabi, son ancien cuisinier,
pour savoir dans quel état réel, je me trouvais. Vers 10H00, une camionnette
est venue me chercher pour me conduire à l'hôpital. Bien que j'aie eu une
côte cassée, j'ai décliné la proposition, mais je demandais à ce que mes
compagnons de citerne, qui avaient plusieurs jours avant moi, et qui puaient
de leurs blessures, soient conduits en premiers.
Vers 14H, deux camionnettes ont débarqué, une dizaine de personnes du
village de Chezani. Dès leur arrivée, ils sont passés directement au stade
pour leur dose. J'ai reconnu Issihaka Ahamed, Abdoul Anzize et Remou. Une
trentaine de commandos est venue à la séance de tortures. Ils sont frappés
avec des bâtons et des fils de fer. Les anciens prisonniers qui, d'habitude,
regardaient les scènes, ne supportaient pas la férocité des coups. Tout le
monde s'est replié pour ne pas regarder. Aussitôt, Mginga et un autre
officier Tanzanien sont arrivés.
La séance de tortures est suspendue. Le plus gradé rentre dans notre petite
véranda et s'est étonné de la chaleur qui faisait à l'intérieur. Il a
demandé à un Moissi. Y 'a-t-il des gens dans la citerne? Non, il n'y a plus
personne. Pourtant, à l'intérieur de la citerne, se trouvait presque une
centaine d'individus. L'officier s'est penché vers la tôle qui couvrait la
citerne, et a glissé son doigt par-dessous. Il a brusquement soulevé la
tôle. Il a trouvé tout ce beau monde en train d'agoniser les uns à côté des
autres.
Pris de panique, le Tanzanien s'est mis au bord de la citerne et a tiré un à
un les prisonniers. Après que tout le monde avait été remonté, j'ai
découvert un autre jeune du lycée : Ahamed Mohamed qui travaillait à la
poste.
Dans la nuit, deux gros camions sont arrivés encadrant un bon nombre de
prisonniers de Kourani Yasima. Ils étaient complètement épuisés.
Ils sont venus à pied depuis leur village attaché entre les 2 camions. Après
quelque temps, l'un d'eux me disait à l'oreille. Je ne pensais pas que je
parviendrais jusqu'ici. Le camion m'a écrasé trois fois. Stupéfait, je lui
ai dit : Comment? Eh oui! Tu ne sais pas ce qu'ils nous ont fait. Quoi? Ils
nous ont placés à l'intérieur de deux cordes attachées aux deux camions. Il
fallait marcher à la vitesse du premier camion sinon on se faisait écraser
par le second. Comme j'étais épuisé, je n'arrivais pas à suivre le rythme;
Je suis tombé trois fois après avoir été poussé par le pare- chocs.
Heureusement que les autres prisonniers criaient pour faire arrêter le
camion sinon je serais maintenant un homme mort.
Je vous ai épargné les raisons de toutes les arrestations pour que le texte
ne soit pas trop long. J'aurais bien voulu vous raconter l'histoire du Hadj
Kassim de Djoumoichongo, un brave personnage comme notre beau pays n'en
compte pas. Je le ferai un autre jour lorsque l'occasion se présentera.
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