Fils du sultan Saïd Ali, Saïd
Ibrahim est né le 17 avril 1911 à Tananarive (Madagascar).
Comme de nombreux étudiants comoriens cherchant à entrer dans l'administration
indigène, il passe par l'école Le Myre de Villers.
Après avoir été écrivain-interpète, en 1938, après plusieurs sollicitations, il
obtient le poste qu'il convoite, à titre politique. Il devient chef de l'administration
indigène à la Grande Comore, avant d'être affecté aux services du Haut-Commissariat à
Madagascar.
Après la Seconde Guerre mondiale, il est nommé Gouverneur de première classe (1946).
pendant cette période, il se montre très intéressé par les pays arabes. Il fait un
pèlerinage à la Mecque, puis séjourne au Caire où il rencontre le roi Farouk, et
visite l'université Al-Azhar. En 1947/1948, il essaie d'organiser une quête en faveur de
la Ligue arabe en lutte contre Israël.
En 1951, il demande sa mise en disponibilité, sans doute pour pouvoir se consacrer
entièrement à la politique. Face au parti vert de S.M. Cheik, il apparaît comme le chef
du " parti blanc ". Il organise avec son demi frère Saïd Houssein le Parti de
l'Entente Comorienne (PEC), et adhère au RPF du général de Gaulle.
Après avoir tenté à deux reprise (en 1951, sa candidature est invalidée,
officiellement elle est présentée avec du retard; et en 1957, il perd ) de ravir la
place de député à l'Assemblée nationale à S.M. Cheik, il s'allie à celui-ci grâce
à l'entremise des grands notables. Ils présentent une liste commune à l'Assemblée
territoriale.
Ayant changé de tactique en refusant de s'attaquer systématiquement à l'administration,
il est nommé Ministre des Finances de 1957 à 1958.
En 1959, les Comores obtiennent deux sièges à l'Assemblée nationale, tout enrestant une
seule circonscription électorale, il fait équipe avec son nouvel allié et entre au
palais Bourbon avec celui-ci. En 1962 et 1967, il fait équipe avec Mohamed Ahmed dans les
élections.
De 1958 à 1970, il est élu et réélu président de l'Assemblée territoriale, puis de
la Chambre des Députés des Comores. Cela n'est possible que grâce à l'alliance qu'il a
tissé avec les verts.
Après la mort de Saïd Mohamed Cheik, il devient l'homme fort des Comores, mais pas pour
très longtemps. Il est élu président du Conseil de gouvernement le 2 avril 1970 par 25
voix et 6 abstentions. Il est réélu le 28 juin 1971 avec 30 voix et une abstention.
De tous les côtés l'élite politique demande l'indépendance, tandis que lui affirme
qu'il n'y a " pas d'indépendance politique sans indépendance économique ". Il
demande plus de coopération entre les Comores et la France. Une biographie de
l'administration coloniale datant de 1970 note: " Son goût naturel pour la
conciliation, son état de santé ne le prédisposent pas à soutenir de dures luttes.
"
Il obtient de la France la dissolution de l'Assemblée territoriale qui lui est hostile en
1971. Mais dans la nouvelle assemblée les verts et une partie des blancs s'allient pour
renverser son gouvernement, censuré en juin 1972. Il pense encore revenir au pouvoir à
l'occasion de nouvelles élections. Mais il n'aura pas le soutien qu'il escompté.
Il meurt en 1975 en France, des suites d'une maladie, après avoir donné des signes de
soutien au coup d'État du 3 août, et s'être déclaré prêt à assumer le pouvoir.
Fait rare chez les notables, il a toujours refusé de faire le grand mariage.