Tadjidine
:
un
technocrate discret à la tête des Comores
Par
Aboubacar M'CHANGAMA
Tadjidine ben Saïd Massonde, Président par intérim de la République
fédérale Islamique des Comores, est un technocrate discret et l'un
des rares grands commis de l'Etat à avoir fait carrière de la période
coloniale à l'époque actuelle. Ce respectable bureaucrate, aux
commandes du pays depuis la mort, vendredi, du président Mohamed Taki
Abdoulkarim, a traversé les turbulences de la vie politique
comorienne, marquée par dix sept coups d'Etat ou tentatives depuis
son indépendance de la France, en 1975.
Malgré une carrière à l'ombre du pouvoir, le
nouveau président par intérim est politiquement peu marqué.
Tadjidine, qui aura 65 ans dans un mois, est né à Domoni sur l'ile
d'Anjouan, aujourd'hui sécessionniste. Il et a fait ses études
secondaire a Madagascar, avant d'être admis à l'école des
services extérieurs du Trésor français à Paris, d'où il sortira
avec le titre d'inspecteur du Trésor.
Le 6
juillet 1975, Ahmed Abdallah Abderemane, son beau-frère,
proclame unilatéralement l'indépendance des Comores. Moins
d'un mois plus tard, il est renversé par Ali Soilih, qui confie
à Tadjinine le ministère des Finances et du Commerce.
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Le 13 mai 1978, Ahmed Abdallah renverse à son tour
Ali Soilih.
Tadjidine est nommé premier fondé de pouvoir au Trésor Public, puis
directeur des Finances.
Il devient Trésorier payeur général en 1988,
poste qu'il occupera jusqu'en mars 1990. Après l'assassinat du président
Abdallah, le 26 novembre 1988, Tadjidine est un moment pressenti par
son parti, Ludzima, pour briguer la présidence de la République,
mais c'est finalement Saïd Mohamed Djohar qui est retenu comme
candidat. Elu président, Djohar confie à Tadjidine le portefeuille
des Finances et du Budget avant de le nommer délégué à la Présidence
chargé des questions financières. Homme de petite taille, au
physique frêle, Tadjidine est aux antipodes du leader charismatique.
Derrière ses fines lunettes où brillent des yeux vifs, c'est un
personnage discret et réservé. On le dit posé et d'une compagnie
agréable, mais parfois trop prudent. Ces traits de caractère peuvent
expliquer en partie le choix du président Taki d'en faire son Premier
ministre, en mars 1996. L'homme ne risquait pas de lui faire de
l'ombre. Taki le désignera ensuite comme deuxième personnalité de
l'Etat en le nommant président de Haut Conseil de la République.
Selon ses proches, il a vainement tenté de refuser
ses nouvelles fonctions de chef de l'Etat par intérim, invoquant des
raisons de santé et un désir de passer une retraite paisible.
Mais ses premières déclarations semblent indiquer
qu'il n'est pas pressé de laisser le pouvoir : s'exprimant devant
l'assemblée nationale, lundi, il est resté très évasif sur
l'organisation de l'élection du futur président de la République,
se contentant de dire que "des échéances beaucoup plus
importantes" l'attendaient.