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Internet
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Le développement de l'informatique aux Comores:
Un choix politique a faire |
Y-a-t-il une vie informatique possible au milieu du canal du
Mozambique ?
La réponse n'est pas évidente car, perdues au milieu de l'Océan indien, les
îles qui
composent l'archipel des Comores ont bien du mal a systématiser l'usage du PC. "Il
serait plus facile de compter le nombre de mercenaires qui ont défilé dans ce pays
plutôt que d'évaluer le nombre d'ordinateurs", ironise Aboubakar N'Changama, le seul
journaliste free-lance du pays, en
faisant allusion au rôle joue par Bob Denard. En l'absence de statistiques officielles et
en raison d'un dysfonctionnement chronique de l'administration douanière, toute
évaluation est sujette a caution. 2.000 ? 4.000 ordinateurs en usage aux Comores ? Sans doute pas
plus, même en comptant les PC ou les Mac entres illégalement dans les bagages d'un
"je-viens", en visite dans sa famille le temps des conges. Cote alimentation
électrique, les variations considérables de tension provoquent de sérieux
incidents :
plusieurs machines ont été détériorées a Radio Comores et la carte modem d'un particulier
a brûle.
Seule solution : s'équiper d'un groupe électrogène, comme cela a été fait dans ce qu'on
appelle a Moroni, la mini-zone industrielle. Quant au coût, il est grosso modo double par
rapport aux prix européens en raison des
frais de transport.
"La plupart des entreprises ont un ou plusieurs ordinateurs", analyse Mohamed
Idriss, créateur de "Comores informatique", une SSII qui peine a trouver le
seuil de rentabilité. "Mais le probleme est qu'elles les utilisent comme des machines
a écrire. Rien de plus, la plupart du temps". Et d'expliquer que dans un pays ou le
"m'kara-m'kara" (magouille) règne en maître sur l'économie, personne n'a
intérêt a plus d'efficacité et plus de transparence. Les logiciels de comptabilité
par exemple
sont plutôt perçus comme des outils de contrôle que comme des instruments
d'amélioration
des performances. Pour quelles raisons les entreprises les utiliseraient-ils si cela les
contraint a payer des charges sociales ou des impôts auxquels
elles réussissent a échapper a s'en passant ? Du coup, les rares entreprises informatiques
qui se sont développées survivent en faisant de la maintenance et de la formation, souvent
financée par les bailleurs de fonds.
Magouille a la douane
En réalité, seuls les organismes étrangers - ceux qui sont charges d'assurer le suivi de
l'aide internationale - disposent de vrais systèmes d'information. Dans ce contexte peu
reluisant, Mohamed Idriss conserve si ce n'est un réel optimisme du moins une conviction
profonde. "Aucun des systèmes d'information mis en place par les bailleurs de fonds
ne fonctionne dans l'intérêt des Comores", poursuit-il. "En fait, il faudrait
profiter du retard en informatique pour stimuler le développement".
Comment? Mohamed Idriss prend le cas des Douanes, administration dont l'efficacité serait
d'autant plus utile que - hors aide internationale - 70 % des recettes du pays proviennent
des taxes douanières. Tout d'abord, il trouve "scandaleux" que les bailleurs de
fonds aient accepte de financer le système d'exploitation Prologue 1 sur langage Bal
alors qu'a l'époque de
son implantation aux Comores, il "était déjà considéré comme obsolète
partout
ailleurs dans le monde".
Mais sa critique va plus loin. "Ce produit a été conçu pour que les bailleurs de
fonds puissent disposer d'informations sur les recettes extérieures", dit-il.
"Admettons. Mais d'un point de vue opérationnel, il ne sert strictement a rien. Les
fraudes douanières peuvent se poursuivre en toute impunité".
Mohamed Idriss estime encore que le développement de l'informatique devrait s'accompagner
de la mise en place d'une nouvelle organisation sociale. "Puisque l'administration
douanière ne fonctionne pas", dit-il. "Mettons en place un logiciel qui
contraindra les personnels a de nouvelles habitudes de travail".
En attendant, Mohamed Idriss compte quand même sur "Hisabu", le logiciel de
comptabilité qu'il a développé. Il a propose au journal pro-gouvernemental Al
Watan, non
seulement d'en équiper son administration mais aussi d'en prendre en charge la gestion. Il
espère que son militantisme informatique finira par faire tache d'huile. "On ne va
pas aller plus vite que la
musique", conclut-il pourtant.
Mwezinet
Le développement d'Internet pourrait pourtant radicalement changer les données
du problème. D'abord parce que la diminution du coût des communications a fait que tout les
possesseurs d'un PC qui ont les moyens se sont connectes sur le réseau. A tel point que
l'usage du fax est presque passe aux oubliettes. Ensuite, parce que certains y voient le
moyen de court-circuiter les réseaux commerciaux traditionnels. Les petits producteurs
d'essences essentielles extraites de l'ylang-ylang par exemple
ou les exportateurs de vanille espèrent mettre a jour de nouveaux débouches. "Non
seulement, ma facture de téléphone a été divise au moins par 5", explique Hassan
Mohamed, un exportateur, "mais Internet me permet aussi de prospecter directement des
clients potentiels". Meme si aujourd'hui, les contacts ne sont encore que
"symboliques".
Eric Laigre, lui, ancien VSN (volontaire du service national) a Moroni, reconverti dans
une start-up de la région parisienne, a décide de développer un site qui vise a
"sortir les Comores de leur isolement". Son site (mwezinet) contient des
informations générales sur le pays et vend des produits exotiques en ligne : gousses de
vanille, muscade, ylang-ylang, clous de girofle, poivre, cannelle... Un stock tampon
a été constitue a Evry. Surtout, le site "habari" ("nouvelle" en langue comorienne) est devenu le
lieu de communication de toute la diaspora comorienne. Ce n'est pas rien. Les Comoriens de
l'extérieur ne sont pas loin de représenter 1/3 de la population totale du pays. C'est de
la que viendront les nouveautés.
Jean-Luc Clouard
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