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par Mohamed Ahmed-Chamanga Le comorien appartient à la famille des langues < bantu >. Contrairement à ce que beaucoup croient (ou voudraient nous faire croire) ce groupe < bantu > nest pas une catégorie ethnique, encore moins raciale, mais le résultat dune classification des langues africaines daprès leurs origines. La plupart des langues parlées dans la moitié sud de lAfrique appartiennent à cette famille (au sud dune ligne qui court à travers le continent du sud du Cameroun sur la côte atlantique jusquau sud de la Somalie sur le côte de lOcéan Indien - et avec lexception de quelques zones plus petites où sont parlées des langues dautres familles, comme les langues < khoisan > du Kalahari en Afrique du sud).
Selon certaines affinités, les langues bantu forment des sous-familles. Le comorien appartient à la sous-famille du bantu oriental qui comprend également le swahili. Avec ce dernier, le comorien partage une ancêtre commune que le linguiste qui a étudié la question a baptisée de labréviation "sabaki". Le foyer originel des langues de la sous-famille "sabaki" serait situé quelque part au Kenya, le long de la rivière Tana. Les deux langues (le comorien et le swahili) se serait différenciées des le XI siècle. Par la suite, chacune delles évolue normalement à sa manière et au gré des vents migratoires des populations qui composent les deux rives. Les contacts entre les Comores et la côte est africaine ont été, malgré tout, suivis et réguliers, même si on peut noter un certain ralentissement depuis la colonisation française. Cest sans doute ce qui explique pourquoi nos deux langues demeurent encore très proches. Cette proximité linguistique sexplique aussi par le partage de la civilisation arabo/islamo bantu, commune dans toutes les "les des Comores et celles de la côte est africaine (Zanzibar, Lamu, Pate, Pembae) et sur la bande côtière de Tanganyika et de Kenya (dou est tiré le nom de swahili : le mot < soihil > dont le pluriel est < sawoihil > signifie "la côte" en arabe). Tout en restant des langues bantu par leurs structures grammaticales respectives, le swahili et le comorien ont intégré un nombre important de mots dorigine arabe (environ 40 % du vocabulaire). Pendant longtemps, le comorien avait été dailleurs considéré comme un dialecte swahili. Mais des linguistes, comme Sacleux à la fin du siècle dernier et au début de ce siècle et dautres, dans les années soixante-dix, ont noté une nette distinction entre les deux langues. La confusion ancienne serait venue du fait quavant la colonisation le swahili (quon avait déjà lhabitude décrire - à laide de lalphabet arabe) était employé comme langue du commerce et langue de communication internationale par les pays riverains du Canal de Mozambique, et quil était donc employé dans une certaine mesure aussi aux Comores, en plus de la langue locale comorienne. Aujourdhui, la langue comorienne, qui est parlée par toute la population, reste confinée presque uniquement à lusage oral. Avant et pendant la période coloniale, aucun statut, aucune reconnaissance officielle ne lui avaient été accordés. Les pouvoirs politiques (les sultans) et lenseignement, avant la colonisation française, utilisaient larabe, langue de la religion, et en partie comme on vient de le voir le swahili, langue du commerce. Avec la colonisation, ladministration et lenseignement sont passés au français. Les moindres actes (actes de vente, actes juridiques) continuent à se faire dans une langue non connue par au moins 80 % de la population. Par exemple, toute demande dembauche, même à un poste de gardiennage doit se faire actuellement en français. Il nest pas non plus normal que pour de simples calculs arithmétiques, il faille passer par le français, ce qui a pour conséquence dexclure une bonne partie des adultes comoriens. Ainsi, après la colonisation, la population comorienne continue à se priver de sa propre identité, à nier lexistence dun élément essentiel de sa culture et, par conséquent, à sautodétruire. Pourtant, comme lavait démontré le Président Ali Soilihi (qui gouverna de 1975 à 1978), la langue comorienne est capable de devenir un bel instrument de travail, un instrument déducation au même titre que larabe ou le français. Quon se comprenne bien : il ne sagit pas de remplacer le français, mais de prendre en compte ce qui fait notre spécificité. Sans cette prise en compte, les Comores connaîtront pour longtemps encore des crises identitaires qui vont hypothéquer durablement tout développement socioculturel voire économique. Il est donc essentiel que les politiques prennent enfin conscience que notre pays est indépendant et quon ne peut, par conséquent, mener la même politique éducative comme au temps de la colonisation. Une autre politique est donc possible. Et cette autre politique doit nécessairement prendre en compte la langue parlée par lenfant comorien. Cela sera, non seulement bénéfique à lenfant lui-même qui pourra ainsi mieux sapproprier sa langue maternelle et mieux sextérioriser, mais aussi à létat qui pourra ainsi communiquer avec plus defficacité sa politique sanitaire et socio-éducative. Autrement dit, il faut introduire la langue comorienne dans le système éducatif, avec hardiesse mais avec mesure. Cela est possible. Cest ce que nous tenterons de démontrer dans un prochain article.
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