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| La
Littérature Comorienne |
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LES ETUDIANTS COMORIENS DE FRANCE ET LEURS
PARENTS
mise à jour 27/06/2007 |

TEMOIGNAGES du mercredi 25 avril 2007 (page
8)
Le parcours "sous
surveillance” des émigrés comoriens en France
Article paru dans Témoignages le mercredi 25 avril 2007 (page 8)
URL :
http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=21776
ESSAI DE DJAMAL M’SA ALI
Le parcours "sous surveillance” des émigrés comoriens en France
Djamal M’sa Ali est un essayiste prolifique. Malgré son jeune âge, il
livre avec les étudiants comoriens de France et leurs parents son troisième
ouvrage, publié cette fois aux Editions Kalamu des îles. Il y a trois ans, il
avait déjà commis un premier livre, “La dynamique de l’Histoire”. Puis, il a
réitéré avec “Luttes de pouvoir aux Comores”, publié aux éditions De La Lune,
dont “Témoignages” s’est fait l’écho.
Dans son dernier essai, l’auteur a sensiblement les mêmes défauts et
qualités que dans l’ouvrage précédent. Cette fois, nous mettrons d’abord en
avant les inconvénients de son essai. Ceux-ci concernent avant tout le
caractère faiblement scientifique de ses affirmations. Quand l’auteur indique
qu’il a réalisé des enquêtes, on ne sait pas combien, ni comment, etc... Or,
de ce panel somme toute limité, il tire des conclusions qui, parfois, semblent
définitives. Plus grave, l’auteur propose quelques assertions sans nous
indiquer comment il y est parvenu. On a parfois l’impression, en forçant le
trait, que citer Bourdieu lui suffit. La vérité de ce sociologue s’impose sans
que l’auteur se donne la peine de prouver pourquoi. De façon moindre, le style
et la syntaxe demeurent souvent hésitants.
Une fois ce travail de critique effectué, il faut reconnaître de nombreuses
qualités à l’analyse de Djamal M’sa Ali. Au niveau des lectures, l’essayiste a
non seulement parcouru quelques classiques de la sociologie, que ce soit
Erving Goffman ou Alfred Schütz, mais il a aussi étoffé ses sources en ayant
recours aux études portant sur son pays ou encore à un spécialiste de
l’émigration : Abdelmalek Sayad. De ce dernier, il emprunte le modèle
émigré-immigré qui consiste à « explorer les histoires sociales des étudiants
émigrés-immigrés comoriens, non pas simplement à partir de la société
d’immigration mais également à partir de la société d’émigration et en
commençant par elle ». (p9).
Dans son ouvrage, Djamal M’sa Ali montre bien à quel point la colonisation a
complètement bouleversé les structures de pouvoir au sein de la société
comorienne. Jusqu’alors, la coutume était toute puissante. Ne pouvait obtenir
le pouvoir que celui qui avait accompli le “grand mariage”. A partir de 1841,
donc de la colonisation, lentement mais sûrement, le capital culturel amené
par l’école va devenir plus important que celui acquis par la coutume. Pour
l’auteur, il s’agit de la première rupture à l’origine de l’émigration
comorienne. Le second facteur a été l’imposition de l’école. Elle fournit, à
ceux qui la fréquentent, une autre façon de voir. Enfin, la troisième rupture
se situe dans le fossé qui se creuse entre ceux qui se convertissent à l’école
et les autres. Les premiers, issus de la noblesse urbaine, effectuent une
réelle ascension sociale ou conservent leurs positions. Alors qu’auparavant,
la légitimité de leur pouvoir était due à la coutume, ils sont dorénavant aux
plus hauts postes grâce aux formations qu’ils ont acquises. Quant aux seconds,
ils sont déclassés plus ou moins vite. Ils se réfugient alors dans le champ
coutumier ou émigrent pour ne pas vivre dans leur société d’origine leur
déclassement : ce dernier cas est appelé « émigration de réfection » par
l’auteur. Les premiers à émigrer en France ou en Afrique sont les fils de
notables urbains, avant la Seconde Guerre Mondiale. Avec leurs diplômes, ils
obtiennent des places enviées. Ce n’est qu’au cours des années 70 que les fils
de paysans imitent cette tendance. Cela provoque une inflation des diplômés,
et en même temps, la dévaluation des titres universitaires. Certains notables
urbains réinvestissent alors le domaine du pouvoir coutumier pour pouvoir
jouer de leur capital culturel mais aussi coutumier afin de conserver leurs
positions.
De plus en plus d’étudiants sont alors envoyés en France. Malheureusement, ces
derniers ont à subir une forte pression de la part de leur entourage. Un
certain nombre d’entre eux échouent dans « leur mission ». Ils rejettent
l’Université ou ne reviennent pas aux Comores pour ne pas avoir à affronter
l’opprobre de leurs proches. Néanmoins, l’imaginaire des gens restés au pays
prend très tardivement conscience de cette réalité. Les locaux ou “Je-reste”
sont fascinés par l’argent dépensé par les “Je-viens” (ou Comoriens exilés en
France qui rentrent). Et on peut citer ici les propos relatés dans le livre
d’Ahmed, employé de la Voirie de Paris : « Un Comorien rentré au pays sans
dépenser le moindre sou de façon exagérée est vite considéré comme un raté.
Les gens lui manquent de respect. On le catalogue, on le méprise. Les gens
vont jusqu’à l’éviter. C’est pour ça que certains se tuent pour économiser,
afin de paraître riche et heureux durant leur séjour ». (p107). Djamal M’sa
Ali tente d’expliquer ce phénomène d’occultation collective par ces mots :
« L’acte d’émigrer est de plus en plus coté, “les Je-viens” rentrent en scène
par les stratégies de dissimulation partagées et collectives de production de
la magie sociale qu’ils se donnent pour cultiver la représentation
d’eux-mêmes, et pour entamer la représentation des autres (les cadres), par la
tricherie qui, collectivement, occulte leurs malheurs dans toutes ses formes
et cache la vérité nue de leurs conditions objectives, de leur expérience
migratoire ». (pp.79-80).
Enfin, l’auteur aborde alors quelques-uns des problèmes rencontrés par les
étudiants comoriens en France : les difficultés financières, l’obligation de
réussir qui pèse sur eux, une intégration peu aisée. Il raconte notamment que
ceux qui ne se soumettent pas à la coutume sont oubliés. Leur réussite en
Occident n’est pas considérée aux Comores car ils ont trahi : « Et vivant trop
simplement leur émigration scolaire loin du groupe, les malentendus deviennent
“roi”, et la disgrâce et le bannissement, la “reine”. Les privilèges
(culturels) qu’ils prétendent tirer de leurs titres, de leur “égoïsme”, sont
considérés comme l’expression de leur échec. Et ils deviennent, aux yeux du
groupe, des ratés ». (p150). Après avoir posé la transgression que suppose une
réussite individuelle plus grande que celle fixée par le groupe, l’auteur
s’intéresse aux relations intrafamiliales et note : « Les notables
traditionnels imposent à leurs enfants de réussir dans la vie, mais à
condition qu’ils ne les dépassent pas, qu’ils ne commettent pas un acte
meurtrier contre le père, une transgression ». (p181). En bref, cet ouvrage
propose de nombreuses hypothèses de travail intéressantes tout en demandant
des confirmations sur plusieurs points.
Matthieu Damian
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