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La Littérature Comorienne et concernant les Comores

La Littérature Comorienne
IIIème partie par Ahmed ABOUDOU

Bibliographie provisoire sur les Comores, 1992
 
Les Auteurs
Mohamed Toihiri, Premier Ecrivain Comorien
 

La Littérature Comorienne

LITTERATURE - IIIè partie

Introduction :

Après une revue générale de la littérature des îles de l'océan indien dans le premier numéro, nous avons fait un bref aperçu de la langue comorienne sans toutefois approfondir l'argumentation, ce qui m'a valu quelques remarques justifiées de notre ami " Ahmed CHAMANGA "dont j'ai personnellement apprécié l'intervention : je vais en donner les raisons en apportant quelques explications :

Dans ce numéro, nous allons une fois de plus, nous placer dans un contexte insulaire pour découvrir - le fonctionnement d' une littérature dont on fera dans les prochains numéros, une présentation de chaque île de
l'océan indien afin de trouver ce qui caractérise leur littérature et pour mieux cerner et dégager les différences mais aussi les liens, les paradoxes et les ressemblances qui constituent la littérature insulaire.

Egalement dans le prochain numéro, un article sur le monde de l'édition pour les ambitieux que nous sommes et qui désirons nous faire éditer un jour ou l'autre; nous verrons ensemble, les conditions et les multiples pièges à éviter.

Apport d'informations supplémentaires sur le dernier numéro concernant la langue comorienne !

Les remarques de Ahmed CHAMANGA portaient sur les trois questions suivantes :

1/ En quoi le fait qu'il n'y ait pas une seule langue écrite, proviendrait- il des variantes dialectales ?
2/ En quoi la variété dialectale de la Gde Comore serait-elle plus archaïque et plus complexe ?
3/ En quoi le parler Mahorais (Mayotte) a pu être considéré comme la langue commune....?

Réponses

1/ dans cette question,bien que la remarque soit justifiée, l'incompréhension vient d'un manque effectif d'analyse approfondie de l'argumentation dû pour ma part à un manque de temps lors de la rédaction du numéro;
cela étant, à partir du moment où je précise que " malgré les variantes  dialectales existantes entre les îles, l'intercompréhension est réelle puisque ces dialectes sont très proches, mais que "le fait qu'il n'y ait pas je dirai une seule langue écrite ou parlée", provient peut-être* de ces variantes dialectales.Je veux dire par là que ces dialectes sont morphologiquement différents mais appartiennent à un même ensemble, le comorien.(chacun reste libre libre de s'interroger,d'ou le peut-être*).
 
2/ dans la deuxième remarque, il faut en lisant,laisser une place au lecteur afin qu'il puisse pénétrer dans le sujet et chercher à compléter lui-même ce qui peut manquer: cela veut dire qu'il ne faut pas tout dire ni cacher l'essentiel, mais plutôt amener le lecteur à s'interroger et à s'auto informer ou à chercher à s'informer d'avantage, d'où l'intérêt que doit suscité le texte.
Il faut retenir dans la phrase principale,l'importance du verbe"sembler", qui laisse planer l'incertitude ou qui marque l'interrogation !au lecteur donc de comparer l'ensemble.
Pour ce qui est des détails morphologiques et grammaticales,je crois cela pourrait faire l'objet d'un numéro spéciale avec une large contribution de notre ami CHAMANGA, qui est mieux placé que quiconque pour en parler!

Dans le numéro du mois de juin, vous aurez un résumé des références sur la langue comorienne,les dialectes et la grammaire, écrites par différents auteurs dont des comoriens comme Ahmed CHAMANGA pour ne pas tous les citer ici.

3/ Pour ce qui est de la troisième question, je dirai en toute simplicité que dans la mesure ou mon argumentation repose sur le fait que " le parlé mahorais est la langue de l'île où à longtemps été fixé la capitale de l' archipel, (jusqu'en 1966 ou Saïd Mohamed Cheikh la transféra à Moroni) si ma mémoire est bonne,a pu être par moment considéré comme la langue commune en raison raison du pouvoir et de l'influence que cela pouvait exercer au yeux des observateurs: ceci est un constat qui n'enlève en rien le fait que  le Shimaore et le Shindzuani soient très proches, ni que le Shimwali sert de trait d'union entre les trois autres.

 

LE FONCTIONNEMENT D'UNE LITTERATURE

Celui qui veut comprendre le fonctionnement concret d'une littérature nationale doit prendre en compte l'origine des textes ( qui parle ou écrit? en se fondant sur quelle légitimité ? en utilisant quel canal et quel type de diffusion ?), le public visé et le public effectivement atteint ( quelle sont les procédures de reconnaissance des oeuvres littéraires ? Quels sont les modes de lecture des textes ?), l'objet même de ces textes, leur thème, leur mise en forme.

Il apparaît vite qu'une littérature nationale n'est pas un ensemble clos et unifié. Le singulier est trompeur, car il masque la pluralité des  fonctionnements littéraires.
Dans les ensembles littéraires de la langue française aux îles de l'océan indien, on distinguera par exemple plusieurs modalités littéraires assez nettement différenciées, en fonction de la situation des écrivains, de leurs stratégies d'écriture, de la circulation des textes.
La littérature des voyageurs n'est pas celle des colons, de même,  celle des insulaires se distingue de celle des exilés.

I- LA LITTERATURE DES VOYAGEURS

Elle réunit un ensemble très abondant de texte rédigés par des européens à partir de leur voyage aux îles, réel ou imaginaire. Il s'agit essentiellement de récits de voyage, d'études mais aussi des romans ( comme Paul et Virginie de l'île Maurice ) le 1èr roman insulaire, des oeuvres rapportés des croisières des îles, voire des poèmes ( dont l'exotisme des îles a pu influé, comme les "fleurs du mal"). Ces textes de voyageurs appartiennent pourtant et de plein droit à la littérature Française ou Européenne). Tous participent d'une volonté de prise de possession des îles:métaphorique,en ouvrant à l'imaginaire de nouvelles provinces exotiques; littérale, car les premiers récits de voyage sont souvent des invitations à la découverte, à la conquête. Mais en retour, ils ont suscité aux îles une attention toute particulière et ils y ont trouvé des lecteurs prompts à réagir; les textes des voyageurs présentent aux insulaires les miroirs où ils peuvent contempler leur image,plus ou moins ressemblante, plus ou moins flattée ou déformée.D'où cette curiosité, toujours en éveil, toujours renouvelée, narcissique ou courroucée, des habitants des îles pour les livres qui leur révèlent ce que croit voir le regard des autres.
Il faut par nécessité,pour référence,une oeuvre par exemple, qui féconde l'imaginaire populaire ou bien l'intégrée aux programmes d'enseignements pour que les enfants apprennent à déchiffrer les images de leur société et de leur culture, à reconnaître les présupposés, à critiquer les préjugés, ces oeuvres entrent dans la littérature des îles qui,peu à peu,s'approprient des textes à l'origine écrit sur elles et non pour elles.
L'usage insulaire de la littérature des voyageurs met en jeu des désirs et des stratégies de lecture qui la font sortir de la " littérature française" proprement dite.

II- LA LITTERATURE DES COLONS

La littérature des colons prolonge celle des voyageurs,au point que la distinction semblera parfois difficile à soutenir: pourquoi ?
Eh bien parce que les colons sont des voyageurs qui se sont installés. Et cette " installation " entraîne une conséquence importante.
Si un colon écrit, il le fait depuis la terre de son établissement; son  regard perd l'extériorité de celui du voyageur; son point de vue tend à se séparer de celui de la "métropole".
Il reste que les marques littéraires n'en sont pas toujours aisément décelables.
Les colons ont beaucoup écrit, surtout à Maurice et à la Réunion, mais aussi à Madagascar pour attester par la poésie notamment une présence culturelle française.

III- LA LITTERATURE DES INSULAIRES

Elle est, celle qui coupe, ou qui manifeste la volonté de couper le cordon ombilical qui reliait encore la littérature des colons aux centres  de culture métropolitaines. Elle se définit par la situation des écrivains qui revendiquent leur île comme lieu d'origine de leur projet littéraire, par l'accent mis sur le destinataire ( on affirme ici, écrire d'abord pour ces compatriotes ), par la convergence des imaginaires, centré sur l'île même ( on souligne sa préoccupation d'explorer, inventer , créer ou fonder une identité insulaire ).
D'étonnantes parentés thématiques peuvent se révéler d'une île à l'autre par des mythes d'origines ou des contes. Cette littérature des insulaires proclame toujours son autochtonie, c'est à dire son enracinement dans le lieu maternel de l'île.

IV-LA LITTERATURE DES EXILES

La littérature des exilés est celle de ces insulaires qui, entraînés dans le tourbillon littéraire des métropoles deviennent d'excellents écrivains français,ou d'excellents écrivains d'origines " X " résident en métropole.
cependant l'exilé oublie rarement ses origines. Il le maintient en lui comme sa province mentale, un refuge préservé par l'imaginaire ou un lieu à retour par l'écriture.
 
Tout exilé se réserve d'écrire un jour son "cahier d'un retour au pays natal". Il rencontre alors aux îles un public plus attentif,prompt à applaudir des oeuvres auréolés du prestige de ceux qui ont réussi aux métropoles littéraires. Et ces oeuvres, qui ont fait le détour de l'étranger, sont peut-être plus libres dans leurs discours sur le pays natal ( il est des choses qu'on ne dit pas quand on reste à l'intérieur du cercle familial ), mais elles restent secrètement destinées à ceux qui, seuls, sauront saisir les allusions et déchiffrer tout l'implicite culturel: nul n'est prophète qu'en son pays.

CONCLUSION

L'explication de ces quatre formes d'expression littéraire nous montre ou nous apprend que dans notre jeune histoire littéraire, chacune de nos quatre îles offre un espace possible à l'expression culturelle.
Elles nous montrent que la hiérarchie des langues et des manifestations culturelles sont fille de l'histoire.
La société comorienne, étouffée par la situation coloniale,bafouée par les affaires politico corruptives nationales, dessoudée par les conflits  internes, doit se recomposer et panser ses plaies.
Notre histoire, notre culture et notre société doivent prendre la place dans nos écrits.
 
Usez de la réalité comme de l'imaginaire, à la place du voyageur ou du résident, mais faites que l'histoire demeure dans nos coeurs, dans les esprits et les écrits.
Le développement de la littérature comorienne n'attend que nous, étudiants, travailleurs, hommes et femmes, curieux et attachés à notre culture, à nos valeurs, curieux aussi de la culture de nos voisins, mais aussi un large public de langue française, aux départements universitaires d'études divers, en attendant l'éclatement de sensations littéraires nouvelles et fortes pour l'ensemble des Comores.

Ahmed ABOUDOU

MweziNet 1999