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La Littérature Comorienne et concernant les Comores

La Littérature Comorienne
IIIème partie par Ahmed ABOUDOU

Bibliographie provisoire sur les Comores, 1992
 
Les Auteurs
Mohamed Toihiri, Premier Ecrivain Comorien
 

La Littérature Comorienne

Ali MASSIMIA mise à jour 14/06/2005

Bonsoir les amis
La sortie de mon livre a suscité beaucoup de remue ménage sur Habari et dans certaines forum de la communauté comorienne. Pour la première fois un internaute à pris le temps de lire et de décortiquer mon livre et faire une critique littéraire. Cette critique est lisible sur Komornet.

A vous de juger.
Ali 

L’enfer du silence » ou le roman de la déchéance

Les « vrais » critiques littéraires sont souvent d’un tel pointillisme entre l’œuvre et son auteur, que des fois, à la lecture d’un récit, on s’ demande qui est le mieux représenté ou qui ne l’est pas du tout. L’homme ou la fiction.

J’vais vous emporter dans ce court roman incisif , d’un auteur Comorien, pour illustrer cette difficulté de dépasser les schémas préétablis, dans la réception et la compréhension immédiate d’une œuvre de fiction : « L’enfer du silence* » de Kafuhambi, met en scène une jeune fille, Aurore Léchât, violée dès pitchoune, par un père pervers, notable décoré pour faits de résistance, ambassadeur français à New-York où il laissa éclater son homosexualité, dans les bras des jeunes éphèbes latinos, avant de donner sa femme, Amandine Léchât, ancienne résistante elle aussi, femme aimante et épouse respectueuse, à des hommes de rencontre, dans les lupanars soft des vices Parisiennes. Voilà le cadre, le contexte et l’unique et seule idée forte, au premier degré de ce roman.

Le sexe touche tous les âges et ce n’est pas une sexualité à la papa-maman, j’ vous préviens.
L’état psychologique des personnages féminins est là, pour soutenir fatalement une forme de soumission (le silence) au profit du mâle, qu’elles croyaient père ou mari,  avec tout une symbolique décadente, de déchéance morale et de totalitarisme familial .Les femmes sont toutes vouées à l’assouvissement du plaisir de l’homme. Elles n’existent que lorsqu’elles sont violées, honorées à l’envers, étouffées et à des rares endroits , lorsqu’elles évoquent leur calvaire, dans le silence des mots et la douleur de ce qu’ils signifient.

Pour soulager sa conscience et feindre d’exister, Eléonore Léchât, écrit. Elle écrit pour elle-même. Au lieu de crier, car lorsque l’on possède les mots, les poings se ferment aussi, pour cogner et gagner.

Elle, elle écrit en poussant des plaintes sous les étreintes du père sadique, avec lequel d’ailleurs elle parlera vers la fin, uniquement pour essayer de « comprendre » et non pour réprouver ce qu’elle a enduré et faire condamner ce tyran d’une monomanie égotique.
La mère, pour révéler à sa fille, qu’à force de parties de jambes en l’air, dans les campus universitaires, dans les parkings de supermarché  avec des inconnus et des plus connus, elle a chopé une sale maladie, écrit une lettre à sa fille .Elle en mourut.
Le roman lui-même oscille entre le journal intime et le roman épistolaire. Deux formes de « l’écriture de soi », qui observe une pudeur et une prudence qui ne doivent être de mise dans la formulation d’une dénonciation et qui limite le vaste champ de la spontanéité créatrice. Moderato cantabile, dirait-on !

Ce récit ,présenté comme une chronique d’une descente aux abîmes ne fait pas appel au jugement des hommes, mais au dernier, celui de Dieu ,et, nous marquons ici notre désaccord, parce qu’il n’a pas la teneur du « Faust » d’un Dante ni  la charge capable de créer un Deus ex machina, à même d’anéantir, à travers une forme d’écriture maîtrisée, la fin des hypocrisies, de l’amoralisme et  les débuts d’une révolution littéraire, claire, décidée et armée pour abattre les forteresses des mondes dominateurs.
"Il a eu droit à la justice divine »,
écrit Eléonore, à la mort du padre. Emporté par la même saloperie que la mère. On croirait entendre, non pas « Ndizo Mgw’andzao », sha « Halipvwa yi zo ya fanya » !Et ce fatum mahometanum, n’a plus sa place dans une société subissant le modernisme et qui doit pour cela s’y opposer dans l’alternative de ses propres valeurs.
Un comorien qui écrit selon le modèle des écrivains chrétiens du début du XIX ème siècle occidental, non !
Finalement, on sort de cette rapide course vers la mort, le cœur lourd avec un goût d’inachevé.

La première fonction du roman, à notre sens, est de tirer du réel son aspect homologique. Miroir qui s’ mire aux reflets du soleil, pour chauffer le corps des gens du soleil. J’aime bien les écrits qui se réclament d’une idée et d’une culture. Qu’elles soient locales ou universelles, mais qu’ils disent qu' « un chat c’est un chat ». La famille Léchât n’a rien de « Comorien », et sur la lancée d'une « double postulation simultanée », Baudelairienne, je m’attendais après avoir lu « le destin d’un jeune orphelin **», à retrouver les lieux , les us et coutumes de personnages qui me parleraient.: Le « sens Comorien », comme dirait quelqu’un qui le cherche encore.

Queutchi !

Comme nous sommes en recherche de re pères, les indicateurs de pertinence en faveur de la "trace" comorienne, nous irons les chercher dans les Arts d'où sommeillent les fondements vécus d'un imaginaire millénaire, pour faire un chouia "anthropologique".
Malheureusement, notre littérature se réduit à une écriture de l’amalgame, un copier-coller, allant du particulier à l’universel, suivant un formalisme hérité du conte et ses indications Proppiennes, profanes même, ignorant le verbe, le sens du verbe, le rejet des verbes impérialistes, la création propre dans le souffle des verbes nouveaux, des verbes audacieux dans une spirale de vaudouisation. Nari dzubilwa , à travers le récit !Soyons emportés dans la lecture, comme en ces cérémonies de prière en cercle (Daïra), le corps imprégnés de la récitation et l'esprit noyé par les prédications du sens!

Les chinois disent que « le lieu le plus sombre est toujours sous la lampe ». Il est vrai que dans ce roman, deuxième opus d’un gars sympathique à l’ imagination débordante mais linéaire, le sens, l’empreinte et l’authenticité comorienne n’y sont pas.Ce roman nous aurait mieux éclairé, si l’audace des thèmes (l’inceste, la pédophilie et l’hypocrisie morale) était soutenu, par une certaine visibilité, qui devient lisibilité, à savoir, un espace reconnaissable, un temps marquant, pour l’histoire nationale et des personnages qui auraient la démarche d’une Salima et d’un Mze Mbwereha.
En clair, Lorsque l’on se fait violence pour comprendre (absolument) que les Comores, sont suggérées dans cette histoire, on tombe des nues :
«  Je suis une enfant conçue le vingt-sixième jour du mois de jeune musulman. Pendant  la nuit du destin (Lailat l’ kadr)», aussitôt refroidi par la suite,   « Je suis née le treize novembre 1957 à Neuilly-sur-Seine ».
Et elle s’appelle Eléonore Léchât, fille de Gérard Léchât et de Amandine Florès Léchât.

Successivement, on apprend en filigrane que le sexe d’une femme avait le « goût de girofle », les  draps conjugaux, les flagrances « d’une île aux  parfums exotiques », puis un voyage en Martinique comme un clin d'oeil à l’archipel, et c’est tout !

Nous sommes vraiment sous la lampe avec ce texte. Est-ce pour cette raison, que malgré notre amitié et tous les efforts consentis par ce type courageux, son obstination créatrice et sa volonté de réussite, nous nous plaçons loin de la lampe, pour attendre que la lumière éclaire la voie d’un renouveau artistique et avec nos grandes gueules
, encourageons Massali Kafuhambi, à chercher ce putain de "verbe accessible à tous les sens"? Bikoz cher Ali, la littérature n'est pas modulable, comme un jeu de Lego pour enfants; on ne déplace pas despièces créées, mais des réalités qui ne peuvent pour la plupart, s'intégrer dans des "usinages" prédéfinis.Nous sommes pour unesymphonie audible par ceux qui sauront reconnaître la part exacte de l'entité Comorienne;notre unique révendication!"
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* L'enfer du silence" et "le destin d'un jeune orphélin", sont édités chez LE MANUSCRIT et disponibles sur www.amazon.com  (lisez-les et contredisez-moi).

Genre : Roman familial
Public(s) : tout public
Nb de pages : 113
Nº ISBN : 2-7481-3896-1