|
|
| La
mode Comorienne |
| Sakina
M'SA mise à jour
03/03/2008 |
Sakina
est une jeune styliste de mode qui a su faire son trou et développer toute
une collection à la fois originale et à la portée du plus grand nombre
Article de Jeune Afrique transmis par
notre ami Ibrahim YAHAYA
Source :
http://www.jeuneafrique.com/jeune_afrique/article_jeune_afrique.asp?art_cle=LIN10028sakinasmani0
Sakina M’Sa
FRANCE - 10 février 2008 - par JEAN-MICHEL DJIAN
Longtemps, elle a exprimé sa révolte à
travers les vêtements. À 35 ans, la styliste comorienne a fini par se tailler
une place dans la haute couture parisienne.
Ce petit bout de femme de 1,51 m, toute de sourires vêtue, semble
naturellement dominer son monde. Comme le faisait naguère, du haut de son 1,82
m, son grand-père comorien en lui indiquant « d’un geste » la marche à suivre.
De son océan Indien natal, Sakina M’Sa, trente-cinq printemps cette année,
garde avant tout le souvenir de ce grand-père-là. Mais elle se souvient aussi
de… la pluie. Quand elle y est retournée, en 2000, il pleuvait des cordes. Une
chance. Car les huiles de bourrache et d’onagre, le bois de santal avec lequel
on fabrique les masques de beauté, sans parler de la terre elle-même, se sont
mis à dégager leurs effluves envahissants. Elle en avait besoin pour continuer
à rêver. Aujourd’hui encore, elle enfouit dans la terre des morceaux de tissu
aux quatre coins de la planète, pour les exhumer ensuite, gorgés d’odeurs et
de couleurs. Cela l’inspire, dit-elle.?
Magicienne du textile
Quand sa famille quitte les Comores et s’installe à Marseille, Sakina a 7 ans.
Son père est boucher, sa mère fait des ménages. La fillette passe le plus
clair de son temps à crayonner dans son coin. Trente ans après, ses parents
n’ont toujours pas compris pourquoi, à l’époque, faute de machine à coudre à
la maison, elle chapardait une agrafeuse pour stopper un ourlet ou rapiécer un
cotillon avec des chutes de molleton. La styliste perçait déjà sous la
couturière, mais personne n’y voyait rien. Sauf peut-être la costumière
Geneviève Sevin-Doering, directrice d’une école de mode marseillaise où Sakina
finit par atterrir à l’âge de 15 ans.
La costumière devine rapidement que cette boule de nerfs a la passion de la
création. C’est la toute fin de l’époque punk et Sakina adore ce style musical
et vestimentaire. Elle en a conservé une manière bien à elle de cisailler en
tous sens les couleurs et les tissus. De métamorphoser les guenilles. De
torturer la toile cirée comme les fanfreluches. Son truc, c’est l’alliage des
contraires. Cette styliste en devenir est déjà une magicienne du textile.
Maryline Vigouroux, alors femme du maire de Marseille et future patronne de
l’Institut supérieur de la mode (dans cette même ville), ne s’y trompe pas,
lors d’un défilé organisé dans l’école de Sakina. Mi-séductrice
mi-opportuniste, la jeune Comorienne capte son attention. La voilà propulsée
au firmament des couleurs, des textures et des formes. Là où, bien plus tard,
elle trouvera son paradis : la haute couture.
D'Agnès B à Baudrillard
Mais à la différence des grands, qui ont tendance à s’agiter en circuit fermé
dans les beaux quartiers de Paris, elle choisit délibérément le 18e
arrondissement. « La Goutte d’Or, dit-elle, c’est mon ancrage, mon territoire.
Je suis passée des murs graffés de Bagnolet à la rue des Gardes avec ce même
sentiment d’être dans l’altérité totale. Vous connaissez cette définition de
Baudrillard ? “L’altérité, c’est ce qui fait que personne ne peut se faire
rire en se chatouillant soi-même.” Eh bien, moi, j’éprouve le plaisir
d’exister de la même manière. Ici, j’ai pignon sur rue et les gens me
comblent. » Isabel Marant, sa copine styliste, s’ébaubit. Agnès B la salue
bien bas. Comment s’étonner que le sociologue et philosophe Jean Baudrillard
se soit, à son tour, laissé séduire (même si elle fut d’abord repérée par
Marine, son épouse) ? Ils sont devenus amis. Jusqu’à sa dernière heure, elle
est restée la confidente de l’auteur du Système des objets.
Apparemment, Bertrand Delanoë a pris le relais. Depuis qu’elle a exposé, deux
ans de suite, ses collections au Petit Palais, le maire (socialiste) de Paris
ne jure que par elle. Il voit en Sakina le symbole de ce que sa ville est
capable d’enfanter : une jeunesse métissée, incandescente mais généreuse… Des
jeunes créateurs bourrés de talent, mais accessibles… Une mode ultraféminine
mais qui n’hésite pas à afficher une dimension populaire…
La Redoute, le géant de la vente par correspondance, commercialise quatre de
ses modèles, grâce auxquels il réalise un chiffre d’affaires de 300 000 euros.
Parallèlement, Sakina a créé un atelier de couture « populaire » pour
favoriser l’insertion professionnelle de femmes « qui en veulent ».
L’opération est un franc succès.
Elle est tellement accrochée à cette « part d’humanité » qu’elle voudrait la
voir s’incarner dans chacune de ses créations. « Derrière chaque étiquette,
j’inscris la date de naissance du vêtement, explique-t-elle. Car chaque habit
a une histoire qui le transforme en objet intime. Quelle que soit la femme qui
le porte. Par ailleurs, à côté de mes deux collections annuelles, je vais,
avec les jeunes de la Goutte d’Or, lancer un programme baptisé “ Décollons
l’étiquette ”. À partir de chutes et de matériaux de récupération, nous allons
nous faire plaisir en inventant des formes plus en phase avec leur génération.
Et puis, avec les femmes, on crée cette année une ligne nommée Daika,
financièrement plus accessible. »
« Le salaire de mon père ! »
En mai 2002, lors d’un défilé aux Galeries Lafayette de Berlin où elle
figurait au côté de Vivienne Westwood, elle a découvert avec effarement que
ses manteaux étaient vendus 700 euros pièce : « Le salaire de mon père ! »
Elle ne s’en est pas encore tout à fait remise…
La gloire est aujourd’hui en train de la rattraper. L’an dernier, la
Fédération française du prêt-à-porter l’a récompensée pour sa capacité
entrepreneuriale. En novembre de la même année, elle a décroché le Grand prix
de la création de la ville de Paris. Et, le 24 janvier dernier, elle a reçu le
1er prix du Trophée Version femina. Bref, elle assure ses arrières et garde
les pieds sur terre. La terre, cette vieille obsession…
Pourtant, l’univers de la « Comorienne marseillaise de la Goutte d’Or » ne se
limite pas au ballet des épingles, des patrons kraft et des cotons indiens.
Elle cultive aussi le goût des mots. En août 2007, à l’occasion de
l’exposition « L’Étoffe des héroïnes », au Petit Palais, elle a publié aux
éditions Filigranes un recueil de poèmes. Stagiaires, élus locaux, salariés et
consœurs ont ainsi découvert qu’elle était aussi habile à jongler avec les
rimes qu’avec les ciseaux.
Groupie des cinéastes Jim Jarmusch et David Lynch, Sakina M’Sa rêve tout haut
d’un monde où « les hommes et les femmes ne chercheraient qu’à donner le
meilleur d’eux-mêmes ». D’une société où l’amour des autres ne serait pas
feint, calculé. Pas dupe, elle sait qu’elle est en permanence exposée au
risque de céder à la facilité. Et c’est à ce risque qu’elle se confronte
quotidiennement. Dans le secret de l’écriture.
|
Extraits du
site de la FONDATION DE FRANCE
http://www.fondationdefrance.org/
Rubrique "Que sont ils devenus"
Sakina M’sa, 31 ans, styliste
Promotion 2000 des Prêts d’honneur aux jeunes de la FONDATION DE FRANCE
 |
Sakina M’sa est
aujourd’hui, grâce à une détermination hors du commun, une styliste
reconnue et un chef d’entreprise émérite. A l’approche de son
septième défilé, de l’ouverture du capital de sa société et de la
confection d’une collection pour La Redoute, Sakina imagine, depuis
sa boutique-atelier du 18ème arrondissement à Paris, ses prochaines
créations. C’est à 14 ans qu’elle se découvre styliste.
|
Avec
beaucoup d’imagination et de talent, elle réalise, à Marseille, son
premier défilé de mode, auquel elle convie, la femme du maire,
Maryline Vigouroux.
Celle-ci la prend sous son aile et lui permet d’intégrer l’Institut
supérieur de la Mode. Les premières collections de Sakina tirent
leur originalité d’une croyance comorienne transmise par sa
grand-mère : enterrer quelque chose de précieux au moment de la
perte d’un être cher…
A la mort de celle-ci, Sakina enterre ce qu’elle a de plus précieux,
ses tissus. C’est alors qu’elle découvre par hasard une matière et
une texture singulières à exploiter et qui lui valent par la suite
d’être remarquée. En 2000, grâce au prêt d’honneur aux jeunes
délivré par la Fondation de France, la jeune comorienne peut
répondre à une 1ère commande émanant des Galeries Lafayette.
« Ce coup de pouce tombe à point », il lui ouvre une porte dans le
monde de la mode et lui « apporte un crédit certain et une
valorisation de son travail ». Sakina va prochainement exporter sa
marque à l’étranger en implantant des boutiques à Tokyo et Dubaï.
© Valérie Dayan
http://www.fondationdefrance.org/ |
 |
Mademoiselle Sakina M'Sa
31 ans
Domiciliée à Paris
Profession : styliste, dirigeante de la société TREVO
Originaire des Comores
Raison sociale : TREVO
SARL au capital de 10 000€
Dirigeant : Sakina M'Sa
Secteur d'activité : stylisme et la mode
A créé les marques de vêtement : Sakina'Msa et Sakina Room
Date de création : avril 2002
Nombre de salariés : 2 |
Née en
1972 aux Comores, SAKINA M'SA a 7 ans quand sa famille installe à
Marseille (Bouches du Rhône). C'est dans cette ville que lui viendra
très tôt la passion de la mode.
Elle suit des études de stylisme à l'Institut Supérieur de la Mode
de Marseille, parrainée par Marilyne Bellieud Vigouroux, présidente
de l'Espace Mode Méditerranée.
Après ses études, elle s'installe à Bagnolet (Seine-Saint-Denis)
pour se perfectionner son savoir-faire. A Bagnolet avec le soutien
de la municipalité, elle initie et lance des ateliers de stylisme
dans les quartiers sensibles. Très vite, elle est récompensée par
son dynamisme et reçoit la bourse Défi Jeune et le grand prix de la
Biennalle international du Design de Saint-Etienne (Loire).
Distinctions qui l'encouragent à poursuivre son aventure
entrepreunariale et la motivent à développer son envie de créer des
passerelles transversales entre les disciplines de la mode. En juin
2000 Le prix Salavin Fournier (Fondation de France), lui apporte les
moyens pour créer une entreprise individuelle.
Les Galeries Lafayette, des acheteurs japonais la remarquent et
prennent commande. Un industriel portugais s'intéresse à ses
activités dans le domaine de la mode et apporte son soutien financer
qui lui permettra de développer ses activités pendant une année.
Elle crée la société Trévo, et lance auprès des professionnels une
ligne de vêtements sous la marque qu'elle a créée Sakina M'sa. En
2003, elle lance une seconde ligne de vêtement sous la marque Sakina
Room. C'est une collection exclusivement vendue en appartement afin
d'être plus proche des attentes de ses clientes. Son credo :
réaliser des vêtements pour des " êtres humains ", afin qu'ils
retrouvent leurs racines et leur mémoire. |
|
|
L'EVENEMENT 2005 : UN FILM
DOCUMENTAIRE SUR SAKINA M'SA
LA GRIFFE
Un film de Chantal Picault
CLIQUEZ ICI |
|
|
|
|