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La Musique Comorienne |
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Rohff
mise à jour le 24/12/2008 |
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ROHFF
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REVUE DE PRESSE

http://www.liberation.fr/culture/0101305543-la-rue-qu-est-a-lui
15 décembre 2008 - La rue qu’est à lui
Portrait - Rohff. A 31
ans, le rappeur de Vitry d’origine comorienne sort son cinquième album
et affiche une «street credibility» de mec à la redresse.
Stéphanie Binet photo Edouard
Caupeil. MYOP.
Rohff a toujours la même grosse bouille de
baigneur, malgré ses 31 ans. Toujours la même dent cassée qu’il n’a
jamais voulu réparer, souvenir d’un passage musclé en garde à vue à
l’adolescence. Toujours la même appréhension des médias généralistes.
Avant même qu’on lui ait posé les premières questions, le rappeur de
Vitry-sur-Seine (94), poids lourd du rap français, demande : «Et s’il
y a des trucs dont on ne veut pas parler… On n’est pas obligés de
répondre ?» Avant de conclure après deux heures d’entretien :
«Retranscris bien mes paroles. Je veux bien avoir des embrouilles, mais
pour un truc que j’ai dit.» Entre ces deux mises en garde, il y a
beaucoup d’éclats de rires, de tentatives de décrypter ce qu’il appelle
dans son nouvel album le «Rap Game», et de «Tu vois ce que je veux
dire ?» Heu non, pas vraiment. Car vu de l’extérieur, ce «rap jeu»,
dont Rohff, Booba et Diam’s sont devenus les champions incontestés,
donne l’impression d’un grande cour de récréation, où on s’insulte
copieusement via des vidéos diffusées sur le Net, et où, parfois, on en
vient aux mains.
Il y a deux ans, Rohff, roi de l’ego-trip (art de se vanter), de la
punch-line (phrase choc) et de la vanne très beauf, devient la cible
d’une campagne de diffamation sur Dailymotion et dans les DVD-magazines
spécialisés,«la presse people du rap», comme les appelle son
manager, Vincent Demarthe. «La compétition, explique ce dernier,
c’est l’essence même du hip hop, mais avec la crise du disque, beaucoup
de gens dans le rap se sont retrouvés sans argent. Alors, ils sortent
des DVD où ils déblatèrent des insanités sur les gros vendeurs. Ils
créent des oppositions, en exagèrent d’autres…»
De 2006 à 2007, Rohff, Housni Mkouboi pour l’état civil, se retrouve au
cœur de trois affaires qui s’entrechoquent. L’artiste se voit condamner
à 5 mois de prison ferme pour avoir menacé d’une arme son frère, Jalloud.
A l’audience, la juge évoquera les vidéos de sa bagarre avec un autre
rappeur. Autant dire que le nouvel album, le Code de l’horreur
, suscite la curiosité. Mais, même avant ses ennuis judiciaires,
l’auteur de Qui est l’exemple ? ou de Génération sacrifiée
était l’idole des jeunes banlieusards. Ils apprécient ses longs morceaux
où il délivre ses «messages à la racaille» mais aussi ses billets
doux à ses parents, à son fiston.
Le cinéaste Jean-François Richet est sous le charme : «Chez Rohff, il
n’y a pas de glorification du banditisme, assure le réalisateur de
Mesrine, il est totalement en phase avec la société.» Tellement en
phase, que parfois, ça lui joue des tours à ce rappeur qui a grandi dans
les mêmes quartiers de banlieue sud que des grands noms de la
voyoucratie. Ses accointances géographiques font fantasmer ses fans,
tout comme ceux qui jalousent ses disques de platine. «Qu’est-ce que
vous voulez que je vous dise ? râle t-il. Je connais les neveux de plein
de gens, je suis de la banlieue, j’ai vu beaucoup de choses. Je m’en
suis approché et je m’en suis écarté.»
En 2002, il est condamné à 15 mois avec sursis pour avoir mis en joue
des jeunes qui le testaient à la sortie d’une boîte de nuit d’Ivry. Les
rumeurs les plus folles ont couru à son sujet : il aurait été tué ou il
se serait fait braquer son Porsche Cayenne par un clan manouche. Cette
dernière «mytho» a fait le tour des banlieues et des prisons avant qu’il
y mette un terme par vidéo. Son rap repose sur sa crédibilité de lascar
des rues mais aussi sur sa capacité à pouvoir tendre un miroir plus
héroïque et plus juste à ses pairs. «Et quand on remet en question
tout ça, explique Housni, eh bien, on met ma carrière en péril.»
Il ne supporte pas d’«avoir un rapport faussé avec quelqu’un»,
dit son manager. Ce fameux code de l’honneur, prétend Rohff, ne
viendrait pas d’une quelconque fascination pour le banditisme mais de
ses origines. Il a grandi aux Comores, jusqu’à l’âge de 7 ans. Housni
est l’aîné de quatre. Lui et ses deux frères, Jalloud et Ikbal, tous les
deux rappeurs, ont le même père : «Il est imam, dit-il fièrement. Il
a fait des études en Russie, de la politique aux Comores, et a appartenu
à un parti qui s’est battu pour l’indépendance de son pays.»
Housni naît à Madagascar pendant les études de son père à Antananarive.
Sa mère, elle, est une belle adolescente de 16 ans. Le couple s’installe
aux Comores d’où ils sont originaires, met au monde deux autres garçons
puis se sépare. Secrétaire dans une banque, Mme Mkouboi part
chercher du travail en France. C’est Housni qui la rejoint le premier.
Il ne parle que le comorien, un mélange de swahili et d’arabe. «J’ai
redoublé d’efforts pour apprendre le français. Je suis attaché à cette
langue.»
La petite famille, une fois réunie, déménage de Saint-Ouen à
Vitry-sur-Seine en banlieue sud : «Je me rappelle encore du jour où
on est arrivé, explique Housni. On montait les canapés, et il y a eu une
course poursuite entre les condés et d’autres voitures. Je me suis dit :
"Wouah, où on a atterri ?"» Le gamin est bon élève jusqu’à
l’adolescence puis décroche : «J’ai fait les 400 coups, raconte-t-il,
mais je n’ai jamais été trop loin. Ma culture comorienne m’a toujours
permis de me reprendre à temps..» Pas voyou, il se voit plutôt comme
un «cassoce», un cas social, suivi par un éducateur, qui
«avait une pipe, des lunettes double foyer, des bottes de géant vert»
et à qui il jetait des seaux d’eau depuis la fenêtre pour l’empêcher
d’entrer. Aujourd’hui, il voudrait prendre des cours par correspondance
pour passer son bac : «J’ai tout simplement envie de me cultiver.
J’aurais pu aller en seconde générale, et je suis allé en BEP. Un
conseiller de "désorientation" m’avait dit qu’en chaudronnerie, tu
pouvais te faire 10 000 francs par mois. BEP structure métallique,
c’était pas mon truc. Tous les matins, le prof te tapait sur les pieds
pour voir si tu portais tes chaussures de sécurité.»
Son truc, c’était plutôt les baskets, le rap, écrire en studio jusqu’à
pas d’heure, traîner dans la rue avec les copains de la Mafia K’1Fry, se
plaindre de l’Etat, du système, de la police… : «Ma mère, elle
tombait sur mes cahiers quand elle faisait le ménage, et elle se disait
: "Mais qu’est-ce qu’il raconte mon fils ?" Elle, elle était fière de
pouvoir dire que je ne manquais de rien. Moi j’écrivais qu’elle avait du
mal à payer l’électricité. Alors, elle se sentait limite indigne.»
Plus que la prison ou les rumeurs, c’est de voir sa mère pleurer au
tribunal qui lui a fait le plus mal. A la demande de cette dernière, il
a voulu récupérer son cadet qui ne donnait plus de nouvelles, mais il y
est allé armé à cause des rivalités du rap, des menaces de mort. Rohff
se reconnaît volontiers «nerveux». «Très parano», dit plutôt un
ami. Jalloud a porté plainte pour menaces, et toute la famille s’est
retrouvée au tribunal. «Mon frère, je lui pardonne par devoir pour ma
mère, mais je ne veux plus avoir affaire à lui. Voir notre vie étalée
comme ça sur la place publique aurait pu nous rapprocher. Mais il a
continué à dire ses conneries tout en souriant.» Aujourd’hui Rohff
vit en couple avec ses deux garçons de 5 et 1 an :
«Je les regarde dans les yeux, je suis heureux. Je voudrais leur donner
ce que moi je n’ai pas eu : la présence d’un père.»
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