|
BACO Interview réalisée par un journal à la Réunion, C’est quoi un chanteur engagé ? “C’est un mec qui se bat pour les valeurs humaines. Il y a beaucoup de souffrances, beaucoup de plaies à soigner. Pour moi la musique est un médicament. La musique est spirituelle, elle doit véhiculer un message.”Musique : Baco en tournée de promotion Baco est né en 1966 à Mayotte, de père mahorais et de mère malgache. “J’ ai aussi de la famille à Anjouan, mais je vis à Paris, c’est le seul endroit où je ne sens pas de différences entre le colon et le nègre”En cette fin de mois de janvier, Baco est revenu à Mayotte, retour aux sources régulier et indispensable. Il profite de son passage dans l’ océan Indien pour faire un détour de quelques jours par Saint-Denis : “En fait, c’est une tournée de promotion - à la vitesse grand V - pour mon dernier album, Questions.”“SANS FRACTIONS ET SANS FRICTIONS...” Quatrième CD où se rencontrent toutes les musiques de l’océan Indien, des textes en français, mahorais et malgache. “C’est ça l’avenir pour nous, il faut qu’on crée une musique et une culture de l’océan Indien, le moment est venu pour ça et je crois que ça commence à bouger pour nous.” Questions, le titre de l’album “correspond à ce que je vis en ce moment. Nous sommes un peuple qui aime la fête mais là c’est de réflexions qu’ il s’agit”.Réflexions ? “ Sur notre place dans la nature, les changements à Mayotte, dans les Comores, sur Dieu...” Baco parle souvent de Dieu dans ses chansons. “J’étudie toutes les religions... Quand j’avais sept ans, je m’enfuyais de l’école coranique pour aller jouer du Gabusy (instrument traditionnel). Mais c’est en lisant l’ancien testament que j’ai vraiment compris l’islam.” Le Gabusy est aussi l’instrument dont joue son grand-père, “tout le temps, partout où il est, même quand il parle avec ma grand-mère. Dans ma famille, on est musicien à fond ou on ne l’est pas”. De temps en temps, Baco secoue ses dreadlocks naissantes et éclate de rire : “Je me pose aussi des questions sur le passé qui engendre le présent qui engendre le futur...” A Mayotte le présent “c’est l’argent qui arrive et l’argent apporte la violence. Il y a un fossé entre muzungu (métropolitains) et Mahorais. Les muzungu pensent que les Mahorais sont fainéants et les Mahorais pensent que les muzungu veulent toujours profiter d’eux. On dirait un système de divisions entretenu.” Baco récite un extrait du poème de 10 minutes figurant en fin de son dernier album : “... je suis navigateur qui brave les vents en traversant les océans...” Baco veut rassembler les gens pour traverser cet océan avec lui : “Il faut vivre, un point c’est tout, pourquoi continuer à oppresser les autres ?” “L’oppression ce sont les Comoriens qui sont devenus clandestins aux Comores. Mayotte et Anjouan sont tellement proches, géographiquement, dans la culture, dans les familles... Toutes les Comores ont une culture et une langue commune, aujourd’hui en France, les enfants de la colonie vivent en clandestins.” La colère passe, Baco repart d’un éclat de rire. Il s’empare de sa guitare : “Avançons dans la bonne direction, sans fractions et sans frictions...”
Tous droits réservés à la publication et à l'auteur de l'article |