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Trois
ans après la disparition de son père en 1981, Chebli Msaïdié est
envoyé chez son oncle à Marseille poursuivre ses études. À quinze
ans, il découvre le collège français puis entre au lycée. À la fin
de ses études secondaires, il est engagé au Virgin Megastore de
Marseille, où il devient bientôt responsable du rayon des musiques du
monde. En 1998, il publie un premier disque compact, où l'atmosphère
limpide des sobres arrangements, laisse l'esprit voguer vers d'agréables
méditations.
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Chebli
: « Dans mon enfance, j'ai commencé par apprendre à chanter à
l'école coranique avec les “kaswida”, chants de louanges au Prophète.
Lire le Coran, c'est apprendre à chanter juste, à maîtriser sa voix,
son souffle. Je me suis également initié au “tar” (large tambour
sur cadre à une seule peau) qui, comme la flûte, accompagne les
“kaswida” ».
« Mon
père, qui avait un poste de chauffeur dans la fonction publique, était
aussi chanteur, accordéoniste, compositeur et chef d'orchestre. Il
jouait de la musique twarab avec l'orchestre ACM (Association comorienne
pour la musique), qu'il avait rassemblé dans son quartier du village de
Ouellah, sur la côte est de la Grande Comore. Dans les années 70,
l'association regroupait une bonne cinquantaine de musiciens, danseurs
et chanteurs. J'étais petit, mais je me souviens de certains de ses
concerts. L'orchestre commençait tard, alors je m'endormais, mais ma
grand-mère me réveillait pour entendre mon père chanter. Parfois,
l'orchestre partait en déplacement. Les instruments étaient transportés
dans des cartons. Quand ils revenaient, nous étions toute une bande de
gosses à les attendre sur la place du village, essayant de toucher les
cartons, parce qu'on ne pouvait pas les aider à les porter ».
« Mon
père, qui fréquentait les Européens, connaissait les musiques à la
mode, le tango, le paso doble, etc. Mais comme il était aussi chanteur
de twarab, il nous faisait écouter les disques de Farid El Atrache,
Mohamed Abdel Wahab, Oum Kalsoum et les orchestres de taarab de
Zanzibar. La rumba zaïroise était très présente à l'époque. On écoutait
beaucoup la radio, l'ORTF qui est devenue Radio Comores. Mon père a été
le premier au village à avoir un magnéto cassette, avec lequel il
pouvait enregistrer ses chansons. Un jour, des coopérants belges nous
ont fait cadeau de deux radios cassettes. Ma mère trouvait que c'était
un abus d'en avoir deux, et voulait en vendre une. Mais mon père, qui
en gardait une lorsqu'il allait travailler en ville dans la semaine, a
refusé pour que nous, ses enfants, on puisse écouter de la musique.
C'est ainsi qu'il nous a transmis sa passion et que mon frère et moi
jouons de la musique ».
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Swahili Songs
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« Je
me suis vraiment ouvert aux musiques du monde lorsque je suis entré au
Virgin Megastore de Marseille, en 1990. J'ai pu approfondir tout ce que
mon père m'avait fait découvrir et écouter tout ce qui sortait.
Constatant que la musique comorienne était plutôt absente à
Marseille, en 1995 j'ai monté parallèlement un orchestre de “twarab”,
Malaïka des Comores, avec le soutien de la ville. L'ensemble a joué
pendant deux ans et j'ai eu envie de faire mon propre disque, que j'ai
produit tout seul avec mon argent. Je l'ai fait en hommage à mon père
et mon seul regret, c'est de ne pas pouvoir le lui faire écouter ».
Propos
recueillis par François BENSIGNOR
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