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La Nature aux Comores |
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L'Ylang-ylang des Comores
mise à jour 01/01/2007 |
l'ylang-ylang
En guise d'introduction à l'ylang-ylang, plante reine des fragrances, quelques
rappels historiques sur la saga des parfums L'histoire des parfums a commencé
avec les Grecs qui, les premiers, utilisèrent la myrrhe pour chasser les odeurs
de pied, la menthe s'affranchir des odeurs des dessous de bras, l'origan pour
les cheveux et l'huile de palme pour le visage.
Les Egyptiens et les romains poursuivent dans cette voie, en faisant une
abondante utilisation des pétales de fleurs. Les Germains, quant à eux, prirent
le contre pied de cette mode en bannissant toute utilisation d'artifices et en
favorisant le retour des odeurs ; c'est le " parfum d'oignon " qui avait leur
préférence ! A l'instar des Dogons, ce peuple des falaises de la région de
Bandiagara au centre de Mali, qui se signalent depuis la nuit des temps par
l'utilisation de ce légume pour parfumer leur corps. Mais les grands découvreurs
des parfums furent les Arabes qui utilisèrent de très nombreux ingrédients ;
d'abord ceux du monde végétal (fleurs, bien sûr, mais aussi, feuilles, racines
tiges fruit, écorces, mousses...), puis ceux du monde animal (l'ambre, le
musc...). Le phénomène s'accéléra à partir du XVIè siècle, période au cours de
laquelle la fleur d'oranger commence à être distillée à Grasse dans le Midi de
la France. C'est alors la mode du gant parfumé.
Sous Louis XIV, et particulièrement dans son palais, l'absence de commodité fait
que l'on se lave peu ; par contre on se parfume abondamment : la vanille et la
violette ont les préférences des belles de l'époque ; sous Louis XVI c'est
l'explosion des parfums floraux. Joséphine de Beauharnais, la célèbre compagne
de Napoléon, multiplie les expériences avec un parfum distinct pour chacune des
parties de son corps : la rose, la noisette, le bois d'aloès, le jasmin,
l'héliotrope. L'eau de Cologne fait fureur à cette époque. Au XIXè siècle
apparaissent les parfums volatils et les produits de synthèses. Entre la
Première et la Seconde Guerre mondiale certains des grands noms de la parfumerie
d'aujourd'hui (Balenciaga, Nina Ricci, Lanvin...) commence à être connus ; c'est
l'époque de la mode du santal ; puis les grands couturiers s'en mêlent :
Givenchy, Rochas, Chanel Dior, Laroche... avant d'être rejoints par d'autres
noms devenus désormais familiers : Cartier, Hermès, Armani, Mugler, Kenzo. La
suite devient une affaire de gros sous.
L'ylang-ylang (ou cananga odorata pour les scientifiques) appartient à la
famille des annonacées. Encore un végétal originaire des Moluques où il est
connu depuis l'antiquité ! mais c'est au XIXè siècle qu'il a été introduit aux
Comores avec le bonheur que l'on sait. Parmi les nombreuses espèces existantes
c'est la variété genuina qui est la plus économiquement intéressante. Son
écologie est très particulière ; c'est arbre exige une température élevée, un
climat humide, de faibles altitudes ; il redoute les vents violents et les eaux
stagnantes, par contre il affectionne les sols perméables ; mais il n'est pas
hostile aux terrains pierreux ; il accepte aussi des cultures vivrières. Ces
divers éléments sont réunis aux Comores, pays arrosé, caillouteux et au sol très
poreux. La première floraison a lieu vers deux ans, mais la floraison utile se
développe vers 4-5 ans ; la production est bonne jusqu'à 20 à 25 ans, âge à
partir duquel on procède au recépage ou à l'arrachage ; mais l'ylang-ylang peut
atteindre l'âge de 50 ans. L'arbre peut pousser jusqu'à 30 mètres de haut, mais
les nécessités de sa cueillette manuelle, tâche traditionnellement dévolue aux
femmes, ont conduit à l'écimer pour limiter sa taille, contribuant à lui donner
cet aspect torturé si caractéristique.
Chaque arbre produit environ 5 kg de fleurs. Ce sont ses fleurs, si facilement
reconnaissables, par leur odeur et leur forme de grande étoile jaunâtres, qui
donnent après distillation, l'essence d'ylang-ylang ou huile de cananga, très
recherchée comme fixateur en parfumerie.
Les cueillettes ont lieu deux fois par an : de mai à juillet et de novembre à
décembre. Même si les fleurs fleurissent toute l'année, les meilleures
apparaissent avec les pluies. La qualité du futur produit réside dans le choix
des fleurs matures, la rapidité de la cueillette et la rapidité de
l'acheminement vers les distilleries. La distillation, étape décisive dure
environ 12 heures, les meilleures fractions étant recueillies dans les deux
premières heures. On compte 100 kg de fleurs pour faire 20 kg d'essence. Les
Comores sont vraiment la terre de prédilection de l'ylang-ylang, à défaut d'être
sa terre d'élection. Au moment de la splendeur de sa production, chaque hectare
donnait en moyenne 2250 kg de fleurs. Aujourd'hui les rendements ont baissé.
L'huile de distillation est recueilli en quatre, voir cinq fractions,
correspondant chacune à autant de catégories : extra supérieure et extra
normale, ainsi que première pour la parfumerie de luxe, les deuxième et
troisième étant destinées aux cosmétiques, aux savons et aux détergents. La
concurrence, ici comme dans bien d'autres domaines, joue à plein aujourd'hui au
détriment des Comores.
La côte d'Ivoire a des projet de développement de plantations d'ylang ; les
grandes maisons de parfumerie ont tendance à diversifier leurs sources
d'approvisionnement : Haïti, pays d'Asie. Les produits de synthèses s'en mêlent
aussi. Aujourd'hui et d'après J.P Guerlain, rares sont les parfums qui intègrent
plus de 50% de produits naturels dans leurs compositions ; ce phénomène explique
évidement la mévente, plus ou moins chronique enregistrée sur ce type de produit
au cours de ces dernières années. Dans les années 50, années de gloire, qui
voyaient la société Bambao au firmament de sa réputation et de sa production,
toutes les essences étaient acheminées vers Anjouan pour y être traitées par des
ingénieurs chimistes ; aux côtés de l'ylang, elle avait introduit d'autres
plantes à parfum : le vétiver, le jasmin... entre autres. Une époque aujourd'hui
révolue... mais qui sait !
La production annuelle d'ylang-ylang oscille autour de 50 à 70 T, donnant très
largement aux Comores le premier rang mondial (à titre comparatif, la production
malgache se situe dans une fourchette de 15 à 20 t. par an). Au cours des années
70 et 80 cette production a varié de 32 T. en 1980 à 64 deux ans plus tard. Au
cours de cette fin de siècle, la production moyenne est de l'ordre d'une
centaine de tonnes par an, dont la grande majorité provient d'Anjouan. En 1999
une production d'une cinquantaine de tonnes a été enregistrée, contre 68 un an
auparavant. Selon les années cette production représente entre 10 et 15% des
ventes à l'étranger et la moitié des recettes à l'exportation. La production
comorienne représente 80% de la production mondiale. En quelque sorte un record
mondial très parfumé !
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