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La poésie dans la presse
 

La Poésie Comorienne

Abdelfatah Nadjloudine
mise à jour 27/12/2009

L'Auteur
Abdelfatah Nadjloudine
Né le 20 mai 1985 à M'béni (à la Grande Comore), je suis étudiant en Maîtrise de linguistique à l'Université de Dakar. Je viens de sortir mon premier livre L'Afrique dans la main du diable aux Editions de la lune
tontonnadjlou@yahoo.fr

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Nouveaux Poèmes 2009

1.      Je te chanterai quand même

Pour mon fils, Mwinyi-mali

Tes cris par-dessus
le toit de mes tympans
déchirent jusqu’aux cendres
la crainte de poser
un pas de plus
sur l’itinéraire hasardeux
de mon existence
mon existence errant dans l’air
planant sur l’océan des âges
la lune de tes yeux
telle eau d’hivernage sur
les rochers
j’aime la lune de tes yeux
quand elle brille
de ses mille feux de rose
sur le ciel assombri de mon cœur
j’aime quand tu pleures quand tu ris
et j’aimais quand tu venais

oh ! pour ton amour
il faut plus qu’un chant
mais je te chanterai quand même…

J’adore ton nom ton prénom aux
mille senteurs
odeur de jasmin ton cœur
odeur d’ylang-ylang à l’été de ta journée
car pour moi tu es plus qu’un fils
car pour toi je suis plus qu’un père
tu le comprends et je le sais
comme toi tu sais que pour ta venue au monde
il faut plus qu’un chant
que me dicteraient tes cris doux
comme le sein de ta mère entre les lèvres
de la nuit qui s’endort comme un dieu

oh ! pour ton amour
il faut plus qu’un chant
mais je te chanterai quand même…

Et ce jour-là
il fallait parler
il fallait parler au monde
lui dire cent histoires
et un conte
et toi tu n’es pas un conte
tu es plus vrai que ces mots
qui s’évadent de mes lèvres
pour se poser sur le plus haut toit
de ton amour
pour ton amour il faut plus que cela
mais je te chanterai quand même

oh ! pour ton amour
il faut plus qu’un chant
mais je te chanterai quand même…

sois le bienvenu dans un monde
d’amour et de joie plein
mais plein de haine et de tristesse
pour ceux qui ne voient d’issue
que par l’argent
et je t’ai attribué la propriété de l’argent
mais de l’argent propre mais de l’argent eu
au bout de tes efforts de jour comme de nuit
pour toi je prie
et pour ton itinéraire je prierai
toujours sans relâche

oh ! pour ton amour
il faut plus qu’un chant
mais je te chanterai quand même…

Nadjloudine ABDELFATAH
Dakar

2.      Amour en exil

Sur l’aile blessée du monde
je monterai pour observer l’agonie de la vertu
regarder jusqu’à leur fin
le soleil de la fierté la lune de la bonne foi
Plus de souci plus de peine
car on sera dans une grotte peuplée par le vide
dans une vie sans amour
même pas celui des animaux
On sera dans une vie sans parole
car nul n’aura envie de parler
On sera sans yeux
car le regard n’aura plus de sens
Et alors que deviendront mes chants
ma poésie
mes doux mots ?
A quoi donc serviront les vers les strophes
du poète invisible
caché derrière les murailles de la Civilisation
l’inspiration du poète sans plume sans bout de papier ?

Sur l’aile blessée du monde
je monterai pour prêcher
les bonnes manières la droite voie
J’y serai pour chanter l’exil de l’amour
de la fraternité
l’exil du sourire
Je composerai plus que jamais des poèmes
inventerai des mots un style
des consonnes des voyelles
Je recomposerai le monde
rebaptiserai les êtres
moi-même

Je ne serai plus ce poète qui vole le sourire
d’une jeune fille allant de main en main
à la quête d’un amour impossible
Je ne serai plus ce fou qui arrache un regard hagard aux passants
Qui serai-je donc ?

La voix me fuira
quand dans ma tête bouillonnera la haine
quand je tenterai un chant de l’amour en exil

L’or du soleil s’éteindra
et on s’égarera pieds nus dans les sentiers
du monde hissé sur la calomnie et l’usurpation

Nadjloudine ABDELFATAH
Dakar

3.      Il fait nuit

Il fait nuit
Je m’étire dans mes draps pleins de chaud
Je creuse avec ma mémoire la profondeur d’une tombe de souvenirs
J’ouvre à peine mes yeux
Et je vois ton faciès peu ridé
Où je ne perçois
Qu’une tempe et des yeux entrouverts
Mes mains tapotent à droite, mes doigts caressent à gauche
Je deviens serein tel un enfant
Je suis un poussin qui se débat dans le froid
Je suis un exilé, mais un exilé pour le savoir

Je me rappelle les belles paroles
Les sacrées paroles dites il y a longtemps sous notre toit encore
Laissé à la rouille
Je revois les larmes de misère, de colère se promener
 sur  ton visage
Je ressens l’odeur naturelle de notre demeure
Je retouche les beaux murs sans beauté, les murs grenus
 de notre demeure
Comme  j’aimerais te toucher ! toucher  ton cœur qui fit fier le mien !
Toucher ton front qui fit brave le mien !
Les beaux airs qui se donnent au dehors sont lugubres (…)
Il fait nuit
Et je sais que tu es loin de moi…
Comme j’aimerais ressusciter pour  moi tes sentiments de mère !

Nadjloudine ABDELFATAH
Dakar, le 25/10/2006

4.      Lettre à Ève Béatrice Amaï Badji

Je dessine ta vie
sur le bout de papier qui reste de mes rêves
Je chante ton éloge, accompagné de la flûte de mes folies
Ève, je chanterai ce nom pour bercer les âmes sacrifiées de la Casamance
la Casamance ton eau ton pain ton amour
mon rêve perdu dans la brume du sang

Ève, les nuits se prolongent dans ma tête
posée sur l’oreiller de ton souvenir
Elles heurtent fort les barrières de ma souffrance
et retournent creusant la terre où j’ai enterré
mes mauvais jours ma vie sans sens
ton sourire jadis me torturant cœur et corps
Ton image me martèle
et j’ai peur que ta Casamance se réduise à cette terre
où décide seule la force folle de l’Homme

Je chanterai, car on devra vivre
survivre aux sévices de l’ignorance
aux fouets de la peur
Sur ta Casamance pleuvront donc les chants
les belles mélodies enseignées par l’exil
la crainte
On chantera, car on aura besoin de ton sourire
que tes yeux clairs telle eau de fleuve
éclairent un millénaire perdu

Nadjloudine ABDELFATAH
Dakar

Ame inconnue

Au printemps de mes jours
J’ai promené le regard au soleil couchant
Mon cœur a ressenti le poids d’un monde à l’agonie
Il t’a cherchée dans les eaux jaillissant de la beauté
Il a cherché ton souffle parmi les âmes vertueuses

Dans les nuages dormant j’ai cherché à lire ton nom
A voir ton visage sourire au dieu du mal
Je n’ai vu ni tes yeux ni tes dents de lait
Ni tes yeux ni tes dents inconnues
Je n’ai même pas entendu ta voix candide
  qui berce mes rêves

J’ai pris la patience dans les mains
Les prières dans les mots de toujours
J’ai voulu trahir l’âge
Bondir d’un coup pour percer le mystère
Rien que pour sentir ton odeur inconnue
  qui fait me frémir les narines

Malheur à celui qui t’a vue
Et vole à ma vue cette forêt de merveilles
Où se repose la beauté d’un être fuyant mes yeux
Quel incendie brûlerait les charmes de la vie
Et laisserait ton souffle, ton souffle
 que cherche mon cœur ?

Âme inconnue ! Je t’ai cherchée parmi les inconnus
J’ai crié « pitié » au ciel
Loué la beauté avec l’éloquence du poète
Et je t’ai cherchée parmi les voisins. Personne ne t’a jamais
Vue. Un jour, je respirerai l’or de ton souffle.

Nadjloudine ABDELFATAH
Dakar

Il est l’heure

Mon âme, va
Il est temps ; oui, il est l’heure
Vois
S’éteint la flamme de ta jeunesse
Regarde disparaître ta tendresse à tout moment
Il est temps
Et tu le sais
Demande pardon. Chaque jour, voyant monter et disparaître
Le soleil, éclairer et s’éteindre la lune
Mes yeux admirent cette merveille qui passe 
Mon cœur tend à chacun de mes pas vers la demeure des Ancêtres
Gémit à toute heure qui passe et donne le mirage de revenir
Se froisse sous le chant des coqs
Mon âme, prie que tu ne fasses plus jamais mal
Purifie-toi dans l’océan de la vertu
Va. Prie pour cet esprit étourdi
Mon âme, finis comme ces figures ancestrales
Qui à tout temps avaient dans leur foi tant d’ardeur
Va prier pour moi le Grand Seigneur.

Nadjloudine ABDELFATAH
Dakar, le 27/10/2006