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La
Poésie Comorienne |
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Adjmaël HALIDI
mise à jour 24/03/2008 |

Photo fp-project |
| L'Auteur |
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Biographie
extraite de |
HALIDI Adjmaël a vu le jour le 12 juin 1986 à Tsembéhou, cœur vert
aux mille et une senteurs, quadrillé de cours d'eau de l'île
d'Anjouan (archipel des Comores). A l'âge de 13-14 ans, il s'est
surpris à écrire des " récitations "; des récitations puisque à
cette époque il ne savait pas encore ce que c'est un poème. En fait,
pour lui, ses poèmes ne sont point les reflets de ses caprices bien
qu'il est très capricieux; il pique "une crise rimbaldienne" comme
disent certains. Ses poèmes ne sont point les rêvasseries qu'il a
toujours fait dans son monde d' écolier buissonnier. Ses poèmes sont
tout simplement les cris et les larmes d'un bambin qui n'a jamais vu
sa terre ressentir de la nostalgie, car elle n'a jamais connu le
bonheur. Ses poèmes sont les échos des si lances, des ilotes, des
enfances violées, des vies-vent…d'îles-lune et de tout un continent,
l'Afrique.
halidibadjmal@yahoo.fr |
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Poète
présenté par


http://www.adjmael-halidi.com/
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Découvrez son nouveau Blog
http://mtrwana.skyrock.com/ |
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Mon premier livre que peut se
commander dès à présent sur le site des Editions De La Lune
http://www.editions-delalune.com
Petit résumé du livre : Un courant d’air ouvre une fenêtre ; il fait
paraître au grand jour la face cachée de tout un peuple . Au rythme
des Alizés nous lance dans une quête effrénée ,dans les entrailles
de l’oubli et du silence .Il nous tend un miroir. Ces histoires
laissent d’aucuns indifférents ; elles portent toutes les marques
d’un archipel lacéré pendant des décennies par des alizés à jamais
renouvelés. |
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Un article de TEMOIGNAGES
(19/03/2007)
http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=21013
Son Interview sur COMORAMA
http://www.comorama.info/portrait/comorien/un%20poete%20comorien%20%20adjamael%20halidi.html |
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Au plus grand poète des Lunes Saindoune, Ben
Ali
http://www.fp-project.com/articles.php?lng=fr&pg=243 |
1
CYCLES NOCTURNES |
2
LES MAUX D’UN POEME |
3
OMBRES MARINES |
4
LE GONMA* DOMINICAL |
5
CONFESSION |
6
L’AUBE NEE SANS… |
7
DAMNES INSULAIRES |
8
BEAUTE INSULAIRE |
9
LE HASARD |
10
RETOUR AU SOURCE |
11
DEMAIN AUX CIEUX |
12
DEFI IMMINENT |
13
Eaux Comme Or |
14
Lahatr'Ambatrodranzaka |
"à toi comme maure, assise à mes côtés..."
Comme fut une prédiction
Vos terre sont brûlantes Comores
L'exclamation
De vos aïeux bantous: komor...
Regardez-les! Vos fils, ils vous fuient
Comme les fruits du sycomore
Vos filles, belles en chiromani, non plus
Aux abysses, elles ne scintillent plus comme or.
Vos plaies sont si profondes,
Qu'elles dégradent ce paysage comme mort
Si profondes
Que les intimes se fient: "Notre pays est comme hors
Les mérites des Îles-Lune"."
Halidi Adjmaël
Juin 2002
lors d'une traversée clandestine vers Mayotte |
La bouche est menteuse
Les yeux honnêtes: éh! scrupuleuse
A chaque coup de regard
Sur toi, frustration je sens
Loin de toi, je m'égare
Car du même, je ressens...
Sans cesse, m'engloutie
D'une nuit
De nostalgie, ta TERRE
Sans moi n'sais comment, tu chaties
Ces mille et un ennuis
Suicidaires.
Ne serait-ce que
Suis-je ombre? T'es corps?
Ombre de QUI? CORPS
De QUOI? Corps de MOI-
OMBRE de TOI!
Je n'en sais guère!
Ô sens et pensées se font guerre!
Savoir. Guère. Sens. Pensées. Guerre.
MER et VENT n'm'ont-t-ILS pas dépaysé?
Itinéraires ne les ont-t-ILS pas croisées?
A l'instar d'un palétuvier, la mer.
L'amour, le "à deux". Le sang, le coeur.
Y'a à dire! Mais tant TU le sais que JE le sais:Dire c'est dur.
Halidi Adjmaël
Avril 2005
Tananarive |
15
Comoriâtre |
16
A tire-d’aile |
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« Autant de fats minent ! »
Lais gèrent ces pas sang
dont les tripes se desquament
tels les desiderata,
sujets d’hématémèse
dans le sud…
-mal nous rit !
Vole aïe ! des si ailes
sialorrhée s’emparent des vies-vent
telles les ignitions périnatales.
-mot dit : levain !
Le fluide des nous
s’assèche des foies
frustrants :
Un des pan ! danse,
telles ces mers ces nerfs
à l’appel des mousses tiques,
part court sur le sable relaps.
…au rythme de l’inanition
…au rythme du thème peau
: Combler le vide stercoral !
Vire vole tend
eaux ragent ; si clonent de choéphores
eaux nuent… et rien
Tel un bob des nards à M’tsamboro
…pélamides à onze heures…Sisyphes…Conte
à rebours .
: « d’autres
épient des myes
,ravagent une pitance onirique. »
Oh! lie. Gare chie!
Halidi Adjmaël |
Drôle de pomœrium :
De là-bas
Borée vindicatif souffle
le dahashisme.
Ici et là
Chinook voire sa Tablée
opère la réification
:djoumbéisme et mawanisme.
Derrière la baille
les matamores en proie à l’histrionisme
escompte la cynégétique familière.
-97 …épistèmê sur les îles-lune.
-les gueules s’assèchent de maux
attentisme et arrivisme
« Stop aux chéilites ! »
thanatos et imago
« Il faut épierrer les estomacs ! »
-la polypnée de Suroît-simoun invétéré
tel le kufique contre la bannière
égruge l’aphonie familière
« Mansuétude, contre ! »
« Détumescence, pour ! »
-acte écarlate.
-Noire sœur être ange ?
Qui derrière un ressac
n’opte pas à l’hétérodoxie ?
De M’roni à la Citadelle
via la médina lumière
une rafale subversive
assagit les reîtres
(peut-être !)
-… là où on a trébuché
on songe savamment à bien marcher !
Outre !!! bien que la dolce vita fut onirique
une leçon doit être ( peut-être) tirer
« Les lapilli ne vont jamais loin du cratère ! »
« Tôt ou tard on tombe
dans sa propre chausse-trape labiale ! »
-002… l’aube cession est éternelle
la réincarnation est de plus belle …
Halidi Adjmaël |
17
Male as trucus |
voilà un poème écrit à l'occasion des
ateliers de recherches sur les perles ,la poésie du grand océan et des
arts plastiques " Elabakana" organisé par Lerka (la Réunion ) et le
ministère de la culture et du tourisme malgache.18
DESIR NOCTURNE |
Pas lu à l’horizon du jour
Imaginent nerfs: quand les oréades et la camarilla
deviennent tison et fournaise :
on parle d’éfrits en guise d’îles-lune !
:pensées décaties…âmes irisées
bouches dipsomanes…nos myes errent
tels leurs trous-peaux …putain de bordel !
Les mères remplissent les insulas
pour concrétiser la diplômancie
Leurs filles s’adonnent à des coucheries
pour se payer le regard …Vie chienne…morsures stellaires !
Les fils n’en parlons plus ! …louves astrales.
Les pères sous l’effet de la diplopie
hésitent entre le je-m’en–foutisme, l’éthéromanie et la kleptomanie.
Pendant que le doux …ânier
discrètement approvisionnent de voiturées
de riz et d’appâts cette « vie-là » .
-Paix nombre sa présence : sporadique.
Hé ! ka tombe de Majunga
et M’joumbi ; un rien peut enfanter d’une grosse !
Dyslexie ; - un con prie sur les îles-lune.
Halidi Adjmaël |
A tâtons
véritable noyau des perles
éveille les mots corsaires de sa raison
véritable vide comblant un fossé
trébuche et se relève se relève et trébuche
habituel glissement mystiquement perpétuel
véritable mahdi pour le silence
fait vibrer ses amulettes mouillées d’arabesques
et sitôt en transe
oui en transe
puisque telle la poésie
les trumba* te rendent fou
ou te rendent rien
en transe
lèche la chair humide et puante
de l’intimité noire du silence.
A tâtons
Mage d’une magie insulaire
Fruit du Lémure ou de l’ « Indianometis »
Guidé par son collier de cauris kabbalistiques
Il implore
Les lucioles .les hiboux.
De supplier à leur tour
Les boules de feu. les esprits nocturnes
De l’abattre
Car
sur l’autel des livres noirs
des hommes
à l’imaginaire noir
il est l’hostie
sur l’autel noir que fuient
les siens.
A tâtons
Il cherche en plein jour
L’arc-en –cauris ceindrant le croissant
Il ne se heurte qu’à du noir
Le noir des chars latents
Le noir du cimetière
Le noir de la faim
Le noir des totems ubuesques .l’ubiquité des totems ;
Le noir infra page sang
A tâtons
En corps
Stressés, tissés, tissés, stressés
Bras scellés de chapelet insulaire
Bandent ses yeux
D’ailleurs
Il se loue
: « Je bivouaque
Jeux. rêve de poésie. »
Et il se promet monts et merveilles
Tel un passeur
Qui quand son âme va découcher
Croit qu’enfin l’heur
S’offrira à lui
Comme une sirène s’adonne à n’importe quel zombi.
Car rien qu’un arc-en-ciel
L’engloutie .le s’emmitoufle.
Un arc-en-ciel
dominé par la couleur noire
si noir que la nuit
si noir que la vie
si noir que la mort
si noir comme son sang noir
un sang noir
si noir que d’habitude.
Un arc-en ciel
noir
noir
noir
noir
noir
noir
noir
noir d’extraordinaire.
un arc-en ciel noir
gorgé de sueurs de jargons djinns
djinns et sueurs ,sueurs et djinns
perles et cauris ,cauris et perles
si lances et silence,silence et si lances
collier de haines et de pouvoirs sympathiques
ceignent le noir de l’imaginaire
l’imaginaire noir
marqué d’une pierre blanche
lancé dans les noirs abysses
des siens.
Halidi Adjmaël |
Un article sur Adjmaël Halidi Paru dans

http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=12724
Publié dans l'édition du jeudi 5 janvier 2006 (page 8)LITTÉRATURE : DÉCOUVERTE D’UN POÈTE ANJOUANAIS
Le poète des îles-lune
C’est un poète d’un cri, un poète des larmes, qui raconte l’histoire des
îles-lune et du continent, meurtris par la guerre, la déchirure. Adjmaël
Halidi n’a pourtant que 19 ans, et son regard sur le monde est des plus
intéressants. Reste le problème de l’édition.
C’est lors des ateliers “Elabakana, glissement perpétuel” à Tananarive, qu’il
m’a été offert de le rencontrer, cet or-félin de la littérature de l’archipel
des Comores, aujourd’hui installé à Madagascar pour étudier. Ami du poète Mab
Elhab, la rencontre a été fusionnelle. Lorsqu’il raconte son périple, sa vie,
son histoire, Adjmaël nous transmet aisément ses "Ombres marines", ces "cris
et détresses du tréfonds des abysses [qui] martèlent [ses] tympans, cassent
[ses] nerfs et vident [son] sang". Et puis, comme il le dit lui-même, "toute
vie est une histoire digne d’être comptée". Alors racontons sans complaisance
aucune.
Adjmaël est né en 1986 à Tsembéhou "cœur vert aux mille et une senteurs,
quadrillé de cours d’eau de l’île d’Anjouan, à l’archipel des Comores". Sa
démarche d’écriture commence très tôt. À 13 ans, il écrit ses premiers poèmes,
"pique sa crise rimbaldienne", comme le déclarait son entourage. Et déjà, ses
poèmes sont les échos des si-lances, des îliens ilotes, des enfances violées,
des vies-vent d’îles-lune et de tout un continent, l’Afrique. Aujourd’hui, sa
poésie s’est épurée, devenue une mathématique rythmique innovante, une poésie
riche de maux, d’explication aussi, mais surtout d’espoir. Nous n’attendons
plus que la reconnaissance, qu’il mérite cela va de soi.
Un silence qui en dit long
"Je tiendrais jusqu’à ce que mon cœur se taise", écrivait-il. Des messages, il
en passe. Son écriture en est nourrie. C’est le silence, ce crime, qui parle
chez lui. C’est en voyant ce poète atypique, que l’on comprend la douleur de
son peuple anjouanais, balayé, ballotté sous l’emprise du vent colonisateur.
En le lisant, on a soif de comprendre, et sa poésie triturée sert à nous
donner des éléments de réponses, de compréhension. On descelle les souvenirs
d’enfance, la peur d’un enfant bafoué, la dérive vers la liberté mahoraise,
vers la France du canal du Mozambique. Il nous confesse sa folie poétique, sa
poésie folle, sa recherche de mieux-être, ce tundra la shitsotsoni (fruit
inaccessible) pour un poète anjouanais.
Aujourd’hui, il importe que ce littéraire au grand cœur soit reconnu, lu,
appris dans les écoles, pour que cette histoire soit révélée au grand jour. Y
a-t-il vraiment une coopération régionale entre artistes de la zone océan
Indien ? Peut-on vraiment faire en sorte que l’artiste anjouanais
“francophone” figure dans nos livres ? Peut-on aider cette littérature
naissante à s’ériger ? Il me tarde de voir cet auteur être publié, et lu.
Encore faut-il que l’on s’inquiète de cette richesse littéraire indocéanique ?
Adjmaël, lui, persiste dans l’écriture, et nous l’engageons de mille feux.
Peut-être le lira-t-on un jour dans les éditions du Grand océan. Les îles-lune
ne sont-elles pas les orteils de la Lémurie, les orteils du pied de dieu ?
Bbj
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Un poème d'Adjmaël Halidi Paru dans

http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=18228
Publié dans l'édition du mercredi 25 octobre 2006
ELÉGIE DE MBANDZI LE ZANATANE POUR ÉPITAPHE D’UN SACRE
À la mémoire sacrée de Richard Razafindrakoto
L’inaudible est voix de sage
Et s’en vont feuilles et feu embrase layon des pages
Se rependent encore mirages et timbres des sons des sages
Magie n’est plus qu’adage
Patrie du vouloir des rages
Coup de blues des toiles
Car volent couleurs relaps des thrènes
Çà entraîne çà traîne çà détrône
Par-delà un requiem de gisement de perles
Se glissent se lèsent les faces voilées de lances d’eaux glauques
...se voit arc-en-ciel dans une calebasse azure
Sagesse est miroir flexible
... pleureuses est sceptique
Sceptique est pleureuse comme saule
Derrière un miroir flexible d’une sagesse
Reflète un tableau morose la voix aphone
D’une bonace nue que pied d’enfant sort du vagin
La faucheuse l’invite à un dîner vespéral
Le retour ne sera pas pour ce soir
Les cauchemars nous hantent car les nuits sont fertiles
Et fantasment nos rêves dans nos couilles timorés ... pour épithalame
des astres
Du jaune marié à du blanc mais le noir l’emporte aux yeux du bleu
Enterré à l’office de l’horizon mien ; plutôt déterré de sur terre pour
reposer en paix sous trêve suaire ...
Imerina Nérée des soirs sans étiages
La crue s’empare de l’enfant-ciel-azur
Néréide s’envoient en l’air parce que naïade est aux ciels ,
Morphée et Eurydice sont sans extase car d’yeux embués
Car orphelins
D’ ouïe
D’ touché
D’ la vue
De longs rêves érotiques
Mais la magie se relance
D’hydre aux mille mondes polychromes
Parce que legs de vous est exhumation sans égale....
Halidi Adjmaël
www.adjmael-halidi.com
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Un article sur Adjmaël Halidi Paru dans

http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=22961
Publié dans l'édition du vendredi 22 juin 2007 (page 16)
NOUVELLES DU POÈTE COMORIEN HALIDI ADJMAËL
“Au rythme des Alizés”
Le poète comorien Halidi Adjmaël vient de publier son premier recueil de
nouvelles “Au rythme des Alizés” qui va occuper indiscutablement une
place de choix dans la littérature comorienne, qui se réfère au problème
de Mayotte. L’histoire d’une île qui s’écrit avec les cris de détresse
de tout un peuple, qui voit ses enfants de plus en plus nombreux
emportés par les vagues meurtrières de la désolation, vers cette île
sœur « miroir aux alouettes ».
Le poète comorien Adjmaël Halidi né à Anjouan avec résidence à
Antananarivo, où il fait ses études de sociologie, vient de publier son
premier recueil de nouvelles aux éditions de la Lune, une autre maison
d’édition comorienne avec domiciliation en France. Un roman critique sur
la Situation des Comoriens qui sont nombreux à risquer leurs vies en
mer, au prix de quelques euros gagnés sur l’île comorienne de Mayotte,
sous ingérence française. Ce premier recueil, qui se lit comme un conte,
soulève en filigrane d’autres problèmes socioéconomiques et culturels à
l’origine de cette aventure. Le grand mariage est toisé du doigt comme
tant d’autres douleurs intestines qui risquent une fois de plus de
ressortir des oubliettes l’éternelle question de savoir si, réellement,
l’écrivain comorien écrit impunément.
Je connaissais le poète, je découvre un nouvelliste !
Adjmaël Halidi de son vrai nom, est un jeune poète, connu dans les
milieux littéraires malgaches, où il fréquente les cercles des
intellectuels à l’instar des associations Lerka (Espace de Recherches et
de Création en Arts Actuels) de L’île de La Réunion et Vaika (Vondrona
Andrafetana sy Ivoizana ny Ampitso) de Madagascar où je l’ai rencontré
pour la première fois en 2005.
Né le 12 juin 1986 à Tsémbehou, sur l’île comorienne d’Anjouan, Adjmaël
a été atteint par l’ivresse de l’écriture à l’âge de 13 ans, en débutant
avec la poésie. “Au rythme des Alizés” est donc sa première publication.
Un recueil de nouvelles, d’une écriture caractérisée par un style à lui,
consistant à utiliser les mots comme il les entend, les vit dans leur
dénouement, sans fioritures, avec un lexique tout cru, parfois même
trivial, pour peindre l’atrocité que vivent tous ses candidats pour
l’illusion du bonheur mahorais qui, comme l’a si bien écrit B. Spinoza,
« vient de la conscience de notre action et de
l’ignorance des causes qui nous font agir ». Adjmaël démontre ici
aussi toute sa connaissance des lieux et la nature comorienne grâce à la
description limpide qu’il fait de la vie quotidienne au village, son
village qui ressemble sans se méprendre à tout village comorien, peu
importe l’île, avec ses soucis et l’état d’esprit qui peut l’animer. Il
ne manque pas non plus de peindre l’environnement avec la beauté qui le
caractérise. La nouvelle s’ouvre sur le village de M’trouni, situé à 17
km de Mutsamudu, en plein cœur de l’île d’Anjouan. Ici, l’auteur dépeint
adroitement le paysage et les activités culturelles avant de continuer
un peu plus loin sur les ambiguïtés des personnages, confrontés entre
les sentiments d’amour, de mépris, de haine et les passions qui les
animent. Les portraits qu’il fait des individus s’imbriquent autour des
événements ou des lieux qui rythment la vie entre Anjouan et Mayotte
(pour ne pas dire d’une manière sous-entendue l’ensemble des trois îles
et Mayotte). C’est ainsi qu’il innove dans ce domaine littéraire
comorien par son style empreint de vitalité et d’élan, parfois même avec
quelques accents de témérités en parlant des mœurs. Adjmaël, en le
lisant à travers les mots, semble s’interroger sur l’autre aspect du
conflit de génération, par rapport aux descendances familiales, qui
constituent encore aux Comores un piège social à l’origine de bon nombre
d’amours manqués et source d’une autre forme de désespoir contribuant,
du moins dans cette nouvelle, à l’aventure vers Mayotte.
« Ye heri ngiyo ya pvo mdru ya tsiyo »
Quant au titre de ces nouvelles, il suscite à la fois une certaine
compassion par rapport au parcours aventurier que prennent ces âmes
hantées par l’illusion du bonheur, mais aussi une part d’incompréhension
vis-à-vis des raisons qui animent ces hommes et ses femmes qui vont
jusqu’à jeter leurs enfants de bas âges à la mer, en se disant que :
« si dieu leur prête vie, elles auront d’autres enfants », pourvu
qu’ils ou qu’elles échappent à leur passé ; en oubliant qu’un autre sort
les attend à la fin du voyage. Le titre est autant susceptible
d’engendrer un perpétuel questionnement sur la destinée humaine.
Pour construire sa fresque dédiée à cette cause comorienne, “Au rythme
des Alizés” donne donc cette impression que son tissu narratif autant
que ses dialogues veulent rappeler indirectement à la mémoire collective
du peuple comorien les jalons historiques face à une certaine
insensibilité des décideurs politiques de part et d’autres. Cette
préoccupation n’est pas nouvelle puisqu’elle ressort aussi dans son
recueil de poèmes, encore inédit. D’ailleurs, les quelques vers mis en
exergue dans “Au rythme des Alizés” page 43,55 à 58 et 69 à 72 rajoutent
un dernier aspect de la beauté créative de notre poète émergeant. Si
Adjmaël a bien voulu mettre un grain de finesse dans la construction de
sa trame événementielle, il a cependant pris le soin de ne pas créer de
“héros” puisque ni Djinam, ni Ziara, encore moins Ba’ta, ne se sont
aucunement appropriés ce rôle ; à moins que ce soit l’auteur lui-même
qui, avant d’écrire cette nouvelle, s’est lui aussi embarqué dans cette
même traversée de la mer meurtrière, pour rejoindre son frère Farid à
qui il doit ses études.
Mais après tout, l’adage comorien ne dit-il pas que : « Ye
heri ngiyo ya pvo mdru ya tsiyo ! » (Le bonheur est là où on n’est
pas !). Voilà la question que l’on se pose en refermant le recueil. Dans
tous les cas, cette nouvelle revêt en effet un caractère humain évident
qui, au milieu de tous ces drames, ne manque pas non plus de nous
charmer entre séparations dans une île et retrouvailles dans une autre
île, comme pour fuir l’incompréhension des autres.
Mab Elhad,
Article paru dans la gazette des Comores
“Au rythme des Alizés”
Article paru dans Témoignages le vendredi 22 juin 2007 (page 16)
URL :
http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=22961
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