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| La
Poésie Comorienne |
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Pour une poésie qui ose
dire son NON ! (3) |
Salut les gars,
C'est bien!L'ambiance est apaisée sur les bangwe,
plus d'insultes ni trop de conneries (enfin,
je m' comprends).So, fidèle à lui-même qui est
moi et sans trop de fioritures, nous abordons la phase 3, de notre
expérimentation littérarigolo. Sans perdre de vue que des choses
parfaitement justes sont contenues dans ce déversoir noctambulistique,
hic ! (bikoz, when j'arrive pas à bien m' pieuter, mi
tsodo babuha).
("Tsodo", qui peut m' parler de cet invariable de la langue comorienne?
Un linguiste!Un linguiste!) En dépit des p’tites
plumes médisantes et jalouses de la portée decette éloge critique et ludique,
we go!.
Eloges ?
Ouais !
Le souffle qui fait passer de l’apprentissage
à la création.
Du mythe obsessionnel au suicide collectif, (c’est
ça ?) Nous avons pu voir, mes potes , se
développer une littérature comorienne axée
sur des postulats poids plume, les événements politiques
et, surtout identifiée sui generis par l’absence de : Style,
idées, lyrisme, beauté particulière et dénuée de la moindre poétique.
Elle est réactionnaire et didactiquement régressive! Pas de kwa
s’remplir les sens.(l’ouie, la vue, le toucher, l’odeur des mots -j’aime
ceux qui tuent et qui puent -). Lecteur
assidu et des meilleurs (attention les chevilles), ma déception
fut immense, mes yeux m'ont réclamé des indemnités de sujétion
et moi-même comptais porter plainte contre l'éditeur ou exiger
le remboursement de son coût en bières à l'ami qui me l'avait prêtée.
M'enfin, on a les débuts qu'on peut ! Coup
sur coup, les autres ont suivi dans le même registre, les thèmes du
premier, la politique, l'archétype du comorien social, l'univers et
l'imaginaire du bled (sans quoi ça valait pas la peine), les us et coutumes,
l'amour contrarié, l'amour interdit, l'amour négocié, les affres
de l 'immigration, le doute des identités. On
dira qu'on tient là un mythe littéraire obsessionnel et collectif. Très
bien.Ca c'est pour le roman, genre que je dédaigne beurk!beurk! Sauf
lorsque les anglophones africains, Ben Okri, Amos Tutuola, wolé Soyinka….s’y
mettent. En attendant le coup de gong d'une qui sera cataclysmique
au bled! Dans la poésie, entre la mise à
contribution des vibromasseurs et la sollicitation
des astres au sud de l'équateur, nous sommes restés aussi
aveugles des cyclones potentiels et des coups de tonnerre nécessaires,
pour que la beauté se dévoile et dévale les mornes jusqu'à
la mer. Comme une éruption karthalesque. Obsédés du banal, nous
ne savons rien lire du mystique caché dans la banalité des crabes
palmistes, du mystère enveloppant la carapace du
caretta carreta (notre nyamba à la délicieuse chair , aux œufs fermes
et onctueux en bouche, cuits en papillotes dans une feuille de bananier
humidifiée à peine à l'eau de mer). Hummmm! D’ailleurs nous allons
faire une pause, un interlude de Radotages sur le reptile chélonien:
Comment chasser un nyamba (Dusi), qu' a surfé la
houle, plongé dans le lagon, traversé la
barrière écumeuse, nargué quelques squales et labouré
le sable pour y déposer ses futurs ex-bébés sur une plage chauffée
aux effets de notre belle lune et aux ferments du caca crépusculaire?
Meurtre, mode d'emploi:
1. Passer par hasard le long du littoral, vers 3 heurs du matin, après
avoir ramené sa belle clandestine, jusqu'à 100m de la case familiale.
2. Se laisser surprendre par un bruit bizarre (la tentation de
prendre
les jambes à son cou est la plus forte, c'est peut-être un djinn
à cette heure ci) néanmoins garder son calme d'homme qui vient de
le prouver (!!!) en jetant un regard furtif du côté de l'océan (non,
c'est pas djinn bahari).Une masse presque immobile gigote en poussant
des plaintes à déchirer le cœur d'un mercenaire (élément du mythe
obsessionnel).
3. Chouette:De la viande fraîche gratos, nous réjouissons-nous !
4. Courir réveiller son p'pa, s'il est pêcheur ou
potes, s'ils ont le hudu! Au retour, faire
attention, car la bête se prépare à rejoindre sa
famille en haute mer et s'rend prestement compte, qu'y en a qui en veulent
à sa peau.
5. Pendant que les uns déterrent les joyaux ovipares (madjwayi) et songent
à un festin d'insulaires, les autres doivent choper la mère par
les bras et les jambes, en évitant les baffes que la dame a tendance
à distribuer à tire-larigot, la retourner violemment dos sur le
sable, et lui flanquer quelques coups de godasses sur les côtés, pour
se venger d'avoir été réveillés si tôt ou si tard, puis chercher une
corde ( Souvent, les pêcheurs les abandonnent dans leurs pirogues pour
l'ancre ou le harpon du matin, du midi et du soir).
6. Comme la tortue a une petite tête qu'elle protège en premier, la seule
partie de son grassouillet corps dépourvue de blindage, il est conseillé
de la ceindre par les mabawa de derrière, entrelacer par un nœud
quelconque les 2 bouts de la corde , et parvenir jusqu'aux mabawa
de devant , en serrant le plus fort qu'on peut, pour éviter que
la saloperie s' défende. Sinon , raclée de pompes. Elle se calme généralement.
7. A 2 ou à 3, traîner Dame nyamba jusqu'au bord de la Nationale et
vérifier
qu' un hospitalisé économe du trou-à-merde et, tenaillé par les
roucoulements désordonnés d’un mets non digéré, n'ait pas pensé à
venir décolorer la plage à cette heure-ci.
8. Coup d'œil à….droite, … gauche, psss, personne!
9. On z'y go! L'affaire est dans l' sac, direction: La vala. Tirée
le long d'une rive à une autre, c’est-à-dire quelques centimètres
de chaussée, la tortue glisse à nouveau sur le bitume au ras
du muret d’un cimetière, jusqu’à la vala ! Cette fois-ci contrainte
et forcée . Je vous passe les détails du
martyr de la tortue en train de se faire déshabiller,
sans autre forme de tendresse, qu’un pucari des plus efficaces,
qui perce d’une pointe stridente les flancs du reptile, une
peau épaisse séchée d’embruns calcaires, vulnérable quand même, se
déchire:CRRRUFFF. Oh, mais…SlaaaSh!!!, le couteau s'enfonce dans les
interstices du flanc gauche, en partant de la poitrine vers la queue,
puis va chercher en profondeur jusqu'aux limites des intestins.
La bête gueule un peu mais saigne à peine. Le but de la manœuvre
consiste à lui ôter la poitrine du reste du corps. Les tortues
ne pissent pas l' sang à chaque vaisseau coupé. Elles sont trop
grasses et ne ressentent la douleur que longtemps après. C’est pour
quoi que la chair est bonne. L'essentiel,
c'est que vous aurez de la barbaque pour 4 jours si vous soudoyez
les voisins, sinon, pour 10, si vous êtes radins et détenez assez
d’arguments désarçonnants face aux gendarmes, qui, en vertu de certaines
résolutions votées à l’assemblée des Nations unies et à l’unanimité,
moins une voix (la mienne), protègent la tortue contre les
malfaiteurs de notre espèce, bande d’individus ne nous rendant pas
compte du tort que nous infligeons à l’humanité, de la douleur que
nous provoquons aux âmes sensibles, ne réalisant certainement pas,
à quel point sommes-nous ingrats envers l’Amérique, l’Union européenne,
cette France généreuse, ne manquant point de nous expédier
d’autres mabawa de gallinacés cendrées, des carcasses de limousines,
salers, normandes, Aubrac, blondes d'Aquitaine et autres corned
beef sans saveur. En contrepartie, pas bouffe le Nyamba ! Une
autre alternative est possible: Proposer aux deux gendarmes que les
mesquins voisins ont mis aux trousses de votre boucherie marine, 3
kilos chacun…. Ca marche toujours, sauf que quelquefois, ils exigent
une vingtaine d’œufs en plus. Mapvaha msiru !
10. En bon musulman, il est recommandé de restituer le tout, comme à l'origine
"tu es né djwayi, tu redeviendras djwayi". So, en hommage aux
œufs, creusez un trou à l'endroit même où vous les aurez cueillis,
assez profond pour éviter les effluves odorantes, puis, soulagez-vous.
Avec un peu de chance, et si dieu le veut, notre repas extra
se réincarnera en ange bienfaisant et aveugle, pour qu’il ne vous
reconnaisse pas demain le jour de la fin (maudu nts’wa kiyama). Sinon,
gare à vos fesses.car Mabawa ‘urema'pi (= trois 14 équivalents
à Karembeu(42)!!!!)
11. Si par malchance, un effet de turista accompagne ceux qui auront trop
bouffé de cette succulente substance noire -marron vert, toujours
selon les édictions divines, plongez dans la mer, à marée haute,
comme si vous étiez un baigneur ordinaire, éloignez-vous des attroupements
des nageurs et là, ouvrez les vannes!!!!. Pis, tout simplement,
évitez la marée noire en nageant avec aisance, en brasse, le
papillon, le crawl, sur le dos, loin, loin du périmètre des Bermudes
Je vous jure qu'ainsi, la tortue retrouvera les vertus de la matrice
saline... Ca va ? Donc, servis par une
poésie qu’ose pas dire son Non, nous obstinons à faire
les choux gras de cette foutue méthode poétique françaouie, dans
le strict respect des normes AFNOR de l’Académie française dont les
Larousse, les Robert et autres écrevisses répandent depuis l’école
primaire, le sens de leur monde immédiat qu’est pas vraiment le
nôtre. On est d’acc, doc ? Nous partageons
le français, les pouet, c’est-à-dire que nous avons une
langue en plus, beaucoup plus éloquente sous nos doigts que les règles
propres à une autre langue. Comoriens, nous parlons le shikomori
et sans être français, nous kozon comme eux, les gars ! Faut
montrer qu’ils peuvent pas écrire comme nous, pour nous, sur nous.
Bien que l'activité poétique ne s'impose pas uniquement par l'opposition
ni par la compétition, la moindre des inspirations irait donc
élaguer de l'arbre des imaginaires universelles, les branches qu'ont
pas de signifiant logique dans notre monde petit, pour transplanter
à la place/ transposer, le ramage des filaos, les épineuses
inflorescences du caïlcédrat, la nodosité de la plante à henné
, le fruit oblong du fromager (qui s' gonfle de vide volatile)et la fougère
grimpante des vieilles demeures abandonnées. Nous
avons l’avantage d’être d’un pays et de plusieurs langues. On n’est
pas chauvins, nous et, nous devons le prouver. A
défaut de quoi, en refusant d'arroser la poésie de notre semence originelle,
nous la condamnons à porter le lointain formalisme des autres,
sur des épaules vouées au raidissement et à l'approximation. Nous
nous suicidons sur l'autel du françaoui. Of course, la métrique Hugolienne
et les élégies Lamartiniennes n'ont pas les mêmes inflexions
eu égard au rythme ample , étiré et brutal de l'oralité insulaire.
Ouais, c'est ça, l'oralité! Ecrire de l'oral et des râles sur
le cuir omnipotent d'une langue apprise: Métisser le vers, la strophe,
le verset surtout (elle se prête merveilleusement à not' parlé),
rendre sautillante comme un cabri une langue titillée par les enjeux
et l'enjouement de not' propre métissage racial et culturel. Mais
attention, pas d'"exotisme facile"
"… Sitôt si loin de moi, à ta rencontre
je pars, pour mon tourment
apaiser
D'être trop proche de toi, orphelins de nos souvenirs
Tes mains, mabele,
Je les vois,dans le noir
Tu le sais,
Tes yeux,-oursins
On dirait,
Rognent le cœur
Tu l'fais exprès
Amma, j'endure tout
Ma sœur, mon amour, mon exil et ma faim….
Sa'bwe roho, sa'bwe nafusi, Sania…
Et les angoisse de minuit
Et le cauchemars de midi s'imposant contre vents et marées, drainent
insensibles les regrets des corbeaux
A la blanche encolure d'une mort étrangère…. ".Salops d'uhlans,
pourritures de soldats de misère!
'Shari sha shetwani na shende shungu hau shongo dunda! Shetwani,
c'est Dédé-le- renard-shonga (et je suis poli!)
Nous avons des dettes envers not' langue, envers l'arabe, envers l'anglais pour
certains, envers le kiswahili et envers tout livre ouvert
et, ayant apporté à notre sensibilité ce petit frisson de la reconnaissance.
Pour ce faire, le seul usage du françaoui n'est pas signe
de souplesse ni de gratitude pour les autres, pour lesquelles nous
sommes aussi débiteurs et créanciers de langage:Yes, l'autre mal aimé
de Senghor, reprenait… Sicut et nos dimittimus debitoribus nostris
(comme nous aussi effaçons les dettes de nos débiteurs…). Bon
app'!Yes! "menge deff, Ekaro
Senghor?" "…Menge' fe'reke'!"
Marahaba! Continuons! Il
importe que cette poésie voyage, peste et fasse des siennes, il importe
qu'elle soit patchwork coloré, empruntant à W.Wiltman, un chant
d'herbes, à Khayam, un rubbaya, à Verlaine, un juron, peu importe,
si seulement, elle reste dépositaire d'un engagement pour le meurtre
des mauvaises habitudes déclamatoires. "Mtsaha
sha mvuvuni unyama", il en va de tous les efforts pour porter aux
nues , une poésie comorienne, qu'en a marre de l'onanisme insulaire!
Allez, on fait une pause, on suit les élections et
dans 2 mois, on attaque, mpvandzi gupango
pandzi. Après, vous entendrez plus parler de
oim (je me suiciderai).
ss
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