Poésie

KARO LE PAS 

Said Ahmed SAID YASSINE

NOFUMU MMIDJINZE 

K.A.
 

Ahmed ABOUDOU 

Sadani 

Mara 

Reno 

MAB Elhad 

Kassim MOHAMED SOYIR
 
Ali Mroivili (NAPALO)
 

Nassuf DJAILANI
 
Rolande GALAZZO
 
ANSSOUFOUDDINE Mohamed
 
Mlozi KARIBAHARI
 
Hassane MSAIDIE

Mahamoud M'SAIDIE
 
Adjmaël HALIDI
 

Saniati ZENABOU

Ben Said Issouf EL FAROUK
 
Hadji Mbaé Madi
 
Soulé Abdou Oumouri

Abdoul Aziz Fadhuili

Abdelfatah Nadjloudine

Balwan

Fred Dharma

René Joomun

Daoud Djalim

Abdou Djohar

Hassani Soulé

La poésie dans la presse
 

La Poésie Comorienne

Pour une poésie qui ose dire son NON ! (4)

Youhou, les poètes !

Nos chefs sont en place. Les cons ont pris le pouvoir, " on " continue la rigolade, les gars !

On s’roule dans les mots, les mets incertains à épouiller la parure linguisticoloniale et dépouiller l’héritage françaoui de ses pesanteurs, microbes et cacas mêlés au présent d’une démarche révoltée. On refuse le passé justement ,repassé en boucle par la méthode des vainqueurs. Que dis-je, on refuse pas on récuse les sens carrés donnés aux mots, les mots des autres qui s’ querellent en " on ".

On en est à la déclamation instinctive de nouvelles règles poétiques :

Mpvandzi Gupango Pandzi !

Bien sûr, tout ceci n’est que le fruit du voyage dans la langue et les langues de l’Archipel. Voyage qui porte Mpvandzi sur un océan quadrilatéral, dans une odyssée effrénée, à la rencontre de l’Histoire, des Populations, des lieux, des gonzesses reduites à l’archétype d’une Sania confondue parmi des " bordels aux lumières bleues " de Mayotte au " palais silencieux de la soumisson où une reine-enfant ouvre ses jambes à Lambert aux couilles friables de corail mort ", en passant par " le dortoir des tortues vertes, Bimbini, en ses agaves ensanglantés, au sang bu par des milices ivres ", jusqu’à " Ngazidja, lieu des sultans, des grands comoriens, grands pour rien, mais fiers de compter sur la place de l’indépendance les morts d’une guerre civile, avec alacrité en jurant l’index à la gorge … " au nom d’Allah et des Mapinduzi risibles.

Haya !

Extraits :

…. Elle flotte Mayotte hippocampe dans son armure d’algues
Le corps dans le lagon et la tête dans la Tour Eiffel
Elle squatte les esprits qui grouillent d’immondices
Sur les bords de corniches, les bordels aux lumières bleues
Elle flotte comme une sauterelle boit dans un trou ciel
Boit à tout va, s’enivre et vire en blanc para
Puis se pose sur une ipomea pes caprae et s’ fait bouffer
Par un corbeau à la blanche encolure



Bako
M’interpelle un enfant aux yeux sphériques
Si gros qu’on les croirait anse de pirates ou ballon de foot
Il avait le ventre de la miséricorde et des rides d’adulte au milieu d’un sourire
Msafara wa Farantsa hau utsi tembeya tu
Je lui dis le sens du vent et le périple en archipel
" Je viens de l’autre côté de la mer, petit
Et je découvre les îles à saute vagues
J’ai vu entre Raya et Mamudzu, petit
Des kwasa kwasa
Remplis d’ mômes de ton âge aux yeux exorbités de poissons morts
Flotter vers l’horizon,
Le savais-tu qu’à marée haute l’écume s’alourdit de ventres creux
De mères accouchant mille doigts de corail rouge
Qu’avant la rade de la petite île la barge broie
Les noyés que les fonds n’ont pas enseveli
Wanyawe
Ils ont tous râté le rendez-vous du paradis
Les leurres d’un paradis meurtrier
-le paradis n’existe pas, c’est l’enfer qui s’ pose des questions-
A Mayotte ma hutte ma honte
" je suis encore aux jeux de plage



Bako
A tuer les saxicole pour appâter l’orphie et la carangue
A traquer la gobie sauteuse pour en faire un élevage d’espoir,
Je ne sais ce qui se trame en haute mer que par les feux des cargos grossiers
Qui pissent du gaz oil dans les abysses d’iode
Je ne sais qui rame pour la survie ni pour le loisir



Bako
Je suis un enfant et on m’a appris la haine
Mais il paraît que la roche millénaire sent la bière
Que mon île est une femme
Les seuls seins qui lui tombent sont des bouts de canon au charme douteux
Bienvenue à Mayotte ,
Dîtes à la mosquée du vendredi que vous venez de ma part,
Je suis le fils de l’imam et de la marchande de poivre
Mon nom est Mnapatiara
Je sais cela, monsieur, mon nom est Mnapatiara"
Elle pleure elle pleure Mayotte dans le cœur des poètes.


II
Au naufrage des îles, les squales doivent une fière chandelle
Les corps prisonniers des passes n’exhibent point de passeports
Et c’est d’un banquet de jours fastes dont rêvent les herbivores
Ecoeurés
La barrière de corail est une autre frontière
Les miradors qui surplombent les cervelles une autre affaire
La douane aux accents de Carcassonne un autre malheur


III
Omwiyano wa mahaba nde bahari
Comme dirait un roi malgache parlant de ses rizières
La mer s’arrête où commence mon amour
Ainsi je viens à toi, armé d’histoires et de légendes
Fils illégitime né dans le trou de la géhenne
Du roi Salomon et de la reine Balkis
Je jette l’ancre au bout d’une cordelette de fibres cocotières
L’enfant court et se met à creuser le sable,
Le soleil siffle de ses lames au zénith
Me parviennent les mélopées languissantes d’un muezzin enroué
Je me mets alors à chanter en attendant une seconde marée :
" Mpvandzi de upango upanga
A l’assaut des roulis owahatru est déjà fourbi
Il scintille d’étoiles rebelles
Il transpercera le cœur de la légion
Dans un champ de sable
Sur un feu de camp "
Pendant que les bateaux au loin qui déchirent les amours fuiront, fuiront la furie de
Mnapatiara

……………………………………


IV
Tsihale
Hala hilele
Les vents m’ont poussé jusqu’à Mtsangamoudou
Je me nourris de capitaine et bois du sel
Sur le rivage des gendarmes ignorent le sort du perroquet et des einoches
Moi seul sait où iront mes prochains coups de pagaies
A la tombée de la nuit, je m’endors et voilà qu’on chante
" Hayilele Hoya !Hayalile Hoya "
Mwali d’un battement d’îles s’offre à l’aube.
Un exocet en détresse cogne ma tempe
Excédé par l’obstination de l’espadon
Il frétille dans ma galawa
J’ y pose un pied et rame rame
Droite gauche gauche droite
Un tirant de tribord je souque
A bâbord et à tribord
Vers le calme des clairières saumures
Kave hwani !Kave Hwani !

……………………………………


Au lieu-dit de la ponte des vieux reptiles
J’arrime pirogue et interroge les mornes
Mon chapeau de paille sur un genou
Ma pagaie horizontale comptabilise
Mbandzi, pbono et 2 murex baveurs
Je me prépare à un festin d’insulaire, lorsqu’un vieux monsieur au corps sec
Blanchi par endroits de sel m’arrive en souriant.
Il avait le dos nu bombé en demi-lune
Une petite tête aux pois blancs
Et grattait le sable avec une brindille :
" Djumbe Fatuma l’amoureuse avait le corps d’une enfant
Lorsqu’ elle s’abandonna Sous les couches de soie
Et but le zamzam frais d’une calebasse étrangère
On dit que le palais demeura d’un silence liturgique
On dit qu’alentour les bêtes plongèrent dans une sieste infinie
Et les seuls bruits qu’on entendait
Sortaient d’une chambre de reine "
C’est ce qu’on raconte
Moi je rapporte hama mpvandzi
Hama pandzi aux ailes poudreuses drainant le sirocco
Jusqu’aux confins d’Europe
Mais dans mes errances au sein des îles
Dieu que j’ai foulé des terres ocres du Nord au Sud
On m’a dit la même histoire
La même histoire qui s’ répète d’île en île
La même histoire pour toutes les îles
" …A l’aube les femmes de cour vaquaient à la routine
Elle battaient des mains en silence, mines renfrognées
Ets-ce pour réunir la basse-cour
Est-ce pour s’ plaindre prises à témoin d’un viol
Pendant ce temps les hommes qu’étaient sujets
Attendaient sous un manguier "
J’y étais pas, mais ça m’ revient
De la mémoire des anciens
Un silence de drame régnait au palais
La reine n’était plus jeune fille
" Son sang s’est perdu de la vue des siennes
Ye zigelegele sont des sanglots étouffés
Les mères se résignaient
La coutume avait changé
La reine s’envolait vers des palais imaginaires
Des images de Louvre et d’exposition coloniale "
-c’est surréaliste et baroque-
" Le sang a coulé, s’est mélangé
A sa phase de réincarnation
C’est l’homme au fouet qui conquiert Mwali
A la voix de son clébard "
Mwali où se tissent les meilleurs songes
Ou des hommes lisses comme des lianes
Le long des sentiers glissent vers les champs
Glissent en sourdine par amour pour un Occident chrétien
Peuplé de chiens et de pirates
Pour des parts économiques à la place de Paris
" Elle avait le corps d’une enfant "
Ailleurs c’était la mine
Aux îles c’est le lit
Un pédophile en avance saigne la princesse d’une île sous la lune
J’ pensais
L’homme souriait toujours
Traçait des ronds sur le sable
La mer montait par vaguelettes régulières
Mwali s’assombrissait sous la mousatche stupide d’un blanc cupide
Lambert aux couilles friables de corail mort
La nuit tombe
La case est ténébreuse
Sur un sukurubu danse une flammèche grise
Ta’ ya mrachi.
Dehors les djinn s’immiscent aux ruelles.

……………………………………………….



Bon, le voyage continue les gars. Le voyage est fini depuis longtemps. Je détiens le secret du poète en îles dans le disque dur (d’oreilles) de mon ordi. Mais comme promis, je dois mourir.

Sadani est mort et, voici l’épitaphe qui figure sur sa tombe virtuelle

" CI-GIT, UN IMBECILE QUI S’EST PRIS POUR UN AUTRE.
IL L’AIMAIT PAS.IL LUI A TIRE DESSUS ET JE SUIS MORT. "

Ss