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| La
Poésie Comorienne |
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Une chaire, la chair, les
chèvres et....chiez ! |
hum,hum
Une histoire de " dix plombs ", avant de
rentrer dans le vif du sujet.
Un jour qu’aurait pu être un soir, puisque
c’était entre chien et loup, comme cause les françaoui, un brigadier, qu’on
appellera Mpundra, s’est radiné dans la case familiale avec Ndevu Ndraru,
qu’était la chèvre de mon père, autant dire la seule richesse familiale.
Jusque là, tout va bien (pour reprendre quelqu’un qui a repris les répliques
d’un film). Que nenni ! Ndevu Ndraru n’allait pas bien du tout, ce qui
justifiait la présence de Mpundra chez nous. Il traînait celle qui s’est
avérée être un délicieux festin, par les pattes de devant, refroidie avec
plein de petits trous dans le cuir. On venait d’abattre notre chèvre, qui, si
je m’en souviens bien, était plus qu’une chèvre. Un véritable comique qui
amusait tout le village. Elle bouffait du jeune bananier, aux sardines à
l’huile, du poisson voire de la chair de chat mort (je l’ai vu faire). Elle
devait avoir l’âge des sauriens. Cette chèvre était musulmane et avait
seulement le tort de ne faire qu’une seule prière, celle du Vendredi. Vous
savez pourquoi ? Tous les vendredis, dans mon village, il y avait
incontournablement, un festin quelque part :Mariage, Naissance, Circoncision,
hitima en faveur des morts etc.….Et comme elle aimait la bonne bouffe et la
compagnie des humains, elle attendait à la sortie de la mosquée et suivait le
groupe le plus pressé et le plus souriant, car la bougresse avait un flair
:Ceux-là, ils vont faire ripaille quelque part. Puis elle savait danser la
chèvre de mon père. Y en a même qui disent l’avoir entendu parler, pour
réclamer une noix de coco.
Puis survînt ce fameux jour, au crépuscule. Le gendarme en chef, un gros
monsieur blanc, qu’avait un fils qui s’appelait Thierry, avait fait la peau de
notre vieille bique, qui lui aurait " agaloufé " ses roses. Dix cartouches de
calibre gibier dans le cuir, les gars ! Putain ! Pendant que mon père s’était
mis dans tous ses états contre le mauvais émissaire (Mpundra), mes frères et
soeurs et moi étions d’une complicité assassine, en nous faisant des clins
d’œil ravis: Putain, on va se régaler ce soir…..de ce machin…..En nous
disputant les pattes, la queue (petite) et les Nkondze (elle avait des
couilles, cet extraterrestre de vieille chèvre).Une prostate inversée, à cause
de l’âge peut-être.
Mon père coursait Mpundra, ma mère pleurait et, nous, on rigolait et on
s’excitait à la perspective d’un festin de pauvre. Puis, nous avons appris que
mon père était en prison, car il avait fini par attraper Mpundra, lui a lacéré
son uniforme, cassé la gueule et tué au passage, avec la machette qui devait
étriper le gendarme, 3 cabris errants dont celui du chef de canton. Puis ma
mère, pris Ndevu Ndaru, la mit dans un sac de jute et demanda à mon grand
frère d’aller l’enterrer sur la plage, car elle n’avait pas eu les sacrements
religieux adéquats, qui devait consacrer selon les rites et le respect envers
ALLAH et ses anges, son passage à notre table :Nkoooodo ! Là, j’ai rien
compris. On a pleuré comme des hérons avec mes frères et sœurs ; et lorsque
les voisins accourus en masse, nous disaient que l’on doit pas pleurer pour
une bête, on redoublait de plus belle en répondant, qu’elle faisait partie de
la fratrie et qu’en plus papa risquait le même sort que la chèvre (on ne sait
jamais avec les blancs-pistolets), mais en fait, on trouvait injuste que tant
de viande nous soit passée sous le nez.
A partir de ce jour, en plus de l’emprisonnement de papa, des menaces du
préfet contre toute une nombreuse famille (venant de perdre une des siens),
une jurisprudence naquît au bled. Le cantonnier, un méchant bougre, çui-là,
hurla 3 jours durant " Oyé, oyé, villageois, villageoises, à partir
d’aujourd’hui, tout animal errant sera passible du sacrifice immédiat et
distribué aux indigents et aux étrangers :Les chèvres, les poules, les
moutons, les bati (canards) et les enfants de moins de 8 ans sont concernés
!Une exception, le cabri du chef de canton , le chien du capitaine Canizarès
(le super chef colonial) et Bouboul, la caniche du directeur de l’hosto, en
sont dispensés ". Pour dire que cette histoire qui nous rend chèvre et qui
nous a expédié la politique des bangwe est ancienne. Mon père plus tard, fut
jugé par une cour où je vous jure personne n’avait de diplôme.
Verdict :Bannissement du bled durant 45 jours et remboursement du cabri du
chef de canton. Une injustice de plus aussi.
A part cette épreuve aux relents psychanalytiques, ça me torture encore toute
cette barbaque foutue en l’air (c’est ce que je croyais), je réclame une autre
souffrance :J’ai été déplumé. Oui, déplumé , désarticulé, écrasé par des
années d’études chez les ancêtres du capitaine Canizarès, sans que j’aie le
droit d’afficher cette souffrance, ailleurs que sur les murs humides de mes
chiottes. Je suis déplumé mais j’ai des diplômes. Mes chiottes en sont
remplies. Des fois, lorsque j’ai pas de PQ et oublié le seau d’eau halal dans
la cuisine, l’urgence m’impose de déchirer un bout de mon BEPC, car ça m’a
moins coûté et de faire le nettoyage avec. Ouais ! Mon BEPC, c’est comme une
chèvre qu’on a sué pour élever et qui ne nous a servi à rien. Puis je tire la
chasse en disant Alhamdouli’lah !(Hé, le plus gros de mes diplômes, suis pas
con, il est encadré avec des fines dorures et des lettrines latines, dans les
latrines bien sûr, mais j’y toucherais pas sauf en cas de gastro costaud )!
Yes !
Moi, je craque parce que je sais pas oiq faire de mes diplômes. J’ai essayé de
les fourguer à un ami de Tchétchénie, mais comme y koze pas français et venait
de se réfugier-politique,dans le Tarn-et- Garonne, ça paraîtrait louche ;
d’autant plus, qu’y me disait " avec le gros beau là ( ma dernière fierté),
moi, avoir chaire à l’ouniversité de Grozny et beaucoup bonne chair di p’tites
filles étudiantes ".Certes, certes, Memet, mais pour avoir chaire et bonne
chair, faut payer cher, que j’ lui dis. Mais, y l’avait pas un kopeck , l’ pov’
! Puis c’serait pas moral d’ le lui vendre à lui, si c’est pour tringler les
p’tites étudiantes en leur baragouinant un ersatz de français et de
glapissements jouissifs. J’ suis conscient moi ! Je les vendrais qu’à un
congolais ou à un Comorien, na !
Avis donc aux amateurs ! Pas cher, je le fais mon " dix plombs ", le nombre
d’années mis à l’décrocher. Dix plombs, les gars. Comme ceux qu’on troué la
mémoire de mon enfance, qu’ont causé la mort sans gloire de Ndevu Ndraru, ma
bichette adorée ! Dix plombs dans la cervelle, pour un savoir qu’ a le destin
d’une chèvre, dans un pays où l’ notable nomme les plus " réalistes " à des
postes payés en numéraires et en liquide brut. Pas besoin d’un doctorat moi,
pour aller à la douane, apprendre la littérature aux containers et aux
clientes bienveillantes, pas besoin de diplôme, pour être con seyant à
merveilles aux ambitions du " politique " pressé, pas besoin de parchemin,
pour soigner l’ cancer avec le verbe onomatopéique d’un savoir que les
patients ignorent, pas besoin de rendre compte, merde, à des aigris, des
jaloux et des malveillants moralistes :Des sophistes avez-vous dit :Des sots,
ouais ! Fils de sots et petits fils de chèvres à couilles. On est en
république ou kwa ? C’est ça la démocratie ou bordel ?
Ma chaire y l’est pas en classe, les mecs. Y l’est dans ma tête, les meufs ,
j’ vous dis, je sais tout, c’est à koze que j’ai des diplômes et faut que ça
paye en chair et en os (regretté Ndevu Ndraru !), en monnaies sonnantes et
trébuchantes et vite en plus et que ça saute :Suis docteur en tout. Mais j’
soigne rien, sauf les filles et dans les chiottes…Et alors ?
Si vous voulez des preuves, j’ vous invite bouffer du NESA à la casa, puis
vous irez chier dans la salle des merveilles où sur les murs humides, y a la
photo de la bichette et la flopée de cette saloperie de diplômes et une photo
de mon pote Memet !
Moralité (de sophiste) : On a entretenu une biquette des années durant, elle
est morte assassinée, on l’a enterré à la plage et seuls en ont profité, les
copains de mon grand frère, qui l’on bouffé en dehors de toute considération
sociale et en cachette.
J’ai plein de diplômes, je suis dans Babylone et cherche à les vendre, puisque
l’étranger les veut pas, mais faut que ça sache, je dis où ils se trouve là où
les mouches viennent des fois y déposer leur signatures ! Pendant ce temps,
Azali se concocte avec ses p’tits piranhas diplômés ou non, une arrivée en
fanfare à la tribune des assemblées.
Bonne continuation, les diplômés !
ss
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