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Article de Soeuf
Elbadawi journaliste à RFI sur les élections législatives
26/04/2004
Comores
La défaite du colonel Azali
Le second tour pour la constitution d'un parlement fédéral a eu lieu dimanche
dernier. La majeure partie des sièges revient au camp des îles. Le clan
«unioniste» appréhende la suite des événements. Le pouvoir du colonel Azali
paraît de plus en plus affaibli aux yeux de l'opinion.
Dans les rues, c'est la liesse générale qui l'emporte sur tout le reste. Azali
et son clan ont subi une défaite historique, aussi bien au niveau des
parlements des îles que du parlement de l'Union. Les exécutifs autonomes de la
Grande-Comore, d'Anjouan et de Mohéli ont fait le plein des voix. Après avoir
remporté une majorité absolue dans leurs assemblées respectives (42 sièges sur
un total de 55) en mars dernier, ils ont cette fois-ci imposé leurs candidats
au niveau national face au camp de l'Union. M. Hamadi Madi Bolero, ministre de
la sécurité intérieure et de la défense de l'Union et numéro deux du pouvoir
Azali, a lui-même été battu dans une circonscription de Mohéli, son île
natale. Tout un symbole.
En attendant les résultats officiels de la Commission nationale indépendante
(CNEI) mercredi prochain, il semble d'ores et déjà que cinq sièges sur dix,
qui étaient à pourvoir lors de ce second tour, reviennent au camp des «îliens»
contre quatre pour leurs adversaires «unionistes». Au premier tour, qui s'est
déroulé le 18 avril dernier, ils avaient également remporté cinq sièges contre
trois. Quinze autres sièges devraient par ailleurs être désignés par les
assemblées des îles, où ils sont largement majoritaires. Dans une assemblée
fédérale prévue pour fonctionner avec trente trois élus, les pouvoirs
exécutifs des îles autonomes apparaissent renforcés dans leurs volontés
politiques. Reste à savoir de quelle manière vont s'établir désormais les
liens -jusqu'alors tendus- entre les «élus» au niveau de chaque île et ceux
qui dirigent l'exécutif national.
Ali Toihir, porte-parole de la Convention pour le Renouveau des Comores (CRC),
le parti du président, ne cache son appréhension: «Nous craignons qu'une
Assemblée de l'Union à forte coloration néo-séparatiste ne constitue une
menace sérieuse pour l'unité nationale». Ces élections, qui ont connu plus
de 60% de taux de participation, sont censées représenter la dernière étape du
processus de réconciliation nationale mis en place par la communauté
internationale, afin de mettre fin à la crise séparatiste et institutionnelle
déclenchée en 1997 par les «indépendantistes» anjouanais. Cependant, la
situation est loin d'être totalement stabilisée. Sur les îles de la
Grande-Comore, d'Anjouan et de Mohéli, le pouvoir de l'Union a eu du mal à
défendre ses prérogatives jusqu'à très récemment. Un conflit de compétences a
perduré entre les «îliens» et les «unionistes». Un conflit que les nouveaux
parlementaires doivent théoriquement désamorcer, en mettant en place une série
de lois organiques, susceptible de faciliter la gestion du jeune Etat aux
quatre exécutifs.
Dans un pays, où il n'y a pratiquement plus d'opposition d'envergure
nationale, où l'on ne parle plus qu'en termes d'appartenance insulaire, et où
les Anjouanais et les Grand-Comoriens s'accusent mutuellement d'être les
responsables du naufrage de l'Etat depuis plus de vingt-cinq ans, pendant que
les Mohéliens se plaignent de n'avoir jamais eu leur part du gâteau, la suite
des événements ne paraît donc pas aussi simple que le laisse croire la mise en
place des nouvelles institutions parlementaires. «S'il suffisait d'une
baguette magique pour que ça aille mieux, confie S. Ahmed, assesseur dans
un bureau de vote sur l'île d'Anjouan, on pourrait le croire. Mais c'est
plus compliqué. Ceux qui ont gagné ces élections, non seulement, n'ont aucun
projet de société à caractère national, mais en plus de ça ils ne rêvent que
d'une chose, c'est de pouvoir disposer d'une manne financière, qui ne soit pas
contrôlé par l'Etat ou par les hommes d'Azali. Je ne suis pas certain que ce
soit la manière de gérer l'avenir de nos concitoyens».
La peur d'un nouveau conflit entre les élus insulaires
Les citoyens de la nouvelle Union des Comores ne semblent effectivement pas
tous convaincus de la nécessité de garder les îles de ce petit archipel unis,
à un moment où Mayotte, l'île sour demeurée française, donne l'impression de
prendre de plus en plus le large. A la moindre contrariété, Mohéli et Anjouan
menacent de quitter l'ensemble constitué. Avec le soutien de leurs
«populations respectives». C'est ce que nous confie un membre de
l'entourage de Abdou Soulé Elbak, qui renchérit aussitôt: «les guillemets
sont de rigueur, parce qu'il n'y a pas trois populations différentes. Disons
que le discours que la France a instillé dans les esprits pour encourager le
départ de Mayotte il y a trente ans a bien pris. Mes camarades disent «nous,
les Grand-Comoriens» à présent. Je serais surpris de voir nos parlementaires
défendre un autre discours. Ils risqueraient de perdre les promesses de
privilèges qui leur sont fait chaque jour par notre exécutif à Moroni. Or
c'est là le premier problème qui risque de se poser. Comment faire fonctionner
un pays aussi minuscule avec quatre exécutifs». Par prudence et par peur
de se faire éjecter du staff «présidentiel» de son île, notre interlocuteur
souhaite garder l'anonymat.
On se rappelle alors que A. Mchangama, journaliste indépendant, rendait compte
de cette «difficulté» dans un éditorial du journal l'Archipel au tout début de
la crise en 1997: «les rapports, écrivait-il, entre Comoriens - si
tant est que l'on puisse parler de Comoriens - sont en train de pourrir,
infectés par le doute. Dans les bureaux, dans la rue, dans les taxis et les
lieux publics, la même fiente suspicieuse irrigue les propos et les
commentaires - vite tus dès que «l'étranger» apparaît [.] Progressivement, la
méfiance et la peur installent un peu partout des frontières invisibles,
engendrant un malaise indéfinissable et indéchiffrable. Une gêne. Quelle qu'en
sera l'issue, rien ne sera plus comme avant». La peur de voir surgir un
nouveau conflit entre des élus insulaires, qui ne pensent qu'à défendre leur
terre d'appartenance, et un pouvoir fédéral, qui rame à imposer un idéal
national, n'est donc pas tout à fait écartée. Tout se décide désormais comme
sur un mode caricatural. Soit vous êtes pour le clan Azali, soit vous êtes
contre lui et vous êtes alors applaudi par les «îliens», aussi appelé «mdji
djengo» sur la Grande-Comore. A se demander si le citoyen comorien est
véritablement le gagnant de ces élections, qui sont les premières à se
dérouler presque sans incident depuis la création de l'Union des Comores en
décembre 2001.
Soeuf Elbadawi
Article publié le
26/04/2004
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