|
Honorable assistance, Assalam alaikum Depuis quelques temps déjà, bien des événements mimposaient de madresser de la façon la plus solennelle à la population comorienne toute entière. Permettez-moi tout dabord de rappeler à certains de nos politiciens, le devoir dhumilité qui simpose aux pauvres humains que nous sommes, et prier Dieu pour leur pardonner leur arrogance. Je veux parler de ceux qui, ignorant leur propre destin et encore plus celui des autres, avaient décidé de limiter ma vie, du moins le pouvoir que jincarne, à quelques semaines, voire à quelques jours... Je voudrais leur dire que grâce à Dieu, je suis là et bien là. Il fallait aussi expliquer que notre patience et votre sagesse ont fini par convaincre la communauté internationale du bien-fondé de la décision très difficile que lArmée a dû prendre le 30 avril dernier. A titre de rappel, je dois répéter une fois de plus, que lArmée na pris le pouvoir que pour éviter à notre Pays de plonger dans les souffrances dune guerre civile incompréhensible, inacceptable et très lourde de conséquences sur tous les plans. Mais pour mieux apprécier le sens de cette grave décision, il faut savoir que les événements contre lesquels lArmée sest élevée était laboutissement dun long processus de crise économique et sociale sur fond de décomposition politique, dont la manifestation la plus grave demeure le séparatisme récurrent qui renforce linstabilité politique et la crise socio-économique qui frappe notre Archipel. En un quart de siècle dindépendance, notre Pays a vécu tous les drames des Pays du Continent noir :
Mais, grâce à Dieu, malgré laccumulation de toutes ces calamités dont une seule, sous dautres cieux, a suffi à provoquer le malheur de régions entières, notre Pays a su préserver, vaille que vaille, la paix civile. Cest un miracle, un vrai don de Dieu qui récompense ainsi lesprit de tolérance et de fraternité dun peuple profondément croyant. Mais hélas, dautres épreuves sont venues aggraver une situation déjà très critique et qui a failli tourner en une véritable catastrophe nationale. Parmi ces nouvelles épreuves, on peut citer :
Laccumulation de toutes ces épreuves a été à lorigine de la brusque dégradation de la situation qui aurait infailliblement tourné à la guerre civile si lArmée navait pas pris linitiative salutaire dagir comme Force dinterposition. Je me dois ici de rappeler de la façon la plus solennelle quaujourdhui comme hier, les Forces ne toléreront jamais dactions qui menaceraient en quoi que ce soit la paix civile. LArmée ne reculera pas une seconde, face aux éléments irresponsables au service de pratiques politiques chauvines et régionalistes qui cherchent ou chercheront à semer la haine et la zizanie entre les Comoriens que nous sommes. De telles pratiques moralement condamnables, méritent dautant plus dêtre combattues, quelles ne font que compliquer, et même compromettre gravement toute solution négociée à la désintégration de notre Pays, qui doit recouvrer tôt ou tard ses frontières naturelles et internationalement reconnues, incluant les quatre îles de lArchipel des Comores : Maore, Ndzuani, Mwali, Ngazidja. LArmée, naturellement, sapplique à sacquitter le mieux possible des missions de sécurité et de maintien de lordre qui sont les siennes. Mais ce qui est remarquable, et plutôt original à souligner, cest le point dhonneur quelle met à respecter toutes les libertés et tous les droits individuels et collectifs reconnus, et notamment la liberté dexpression. Et ceux qui, tout en sexprimant en toute liberté sur les médias publics et privés, accusent le pouvoir de les bâillonner, ressemblent à ces enfants gâtés et ingrats, qui nont à la bouche que lamentations et reproches à lendroit des parents généreux. Mais je voudrais tout de même rappeler ici, quen matière de presse comme en toutes choses, tout nest pas permis, et quil y a des limites à ne pas franchir. Par exemple, il nest pas acceptable quau nom de la liberté de la presse, un média quelle quelle soit sautorise à attaquer nos valeurs fondamentales, comme notre sainte religion, lislam, ou se permette de développer des campagnes de haine à caractère ethnique Je ne voudrais pas revenir sur la paix civile retrouvée, sinon pour insister sur le fait que la paix civile ne signifie pas nécessairement labsence de tout conflit social ou politique, mais plutôt la réalisation dun équilibre dynamique entre les aspirations fondamentales de la Communauté et leur satisfaction plus ou moins totale, plus ou moins durable. Sur la base de ce postulat, le Gouvernement a mis en uvre un programme minimum de réformes administratives et financières destinées à répondre aux besoins les plus prioritaires de la société. Ce programme dassainissement des finances publiques doit également permettre de renouer le dialogue interrompu avec les institutions financières internationales, et débloquer ainsi des ressources importantes qui contribueront à relancer le secteur privé en plein naufrage. Pour réussir ce pari jamais achevé par manque de volonté politique, il ny pas de solution miracle, il faut avoir le courage de sattaquer aux vraies causes de la crise financière qui paralyse lAdministration Publique, victime de sa propre gourmandise. Cest ce que nous avons commencé à faire, lentement mais sûrement et avec une implacable détermination. Pour comprendre notre démarche, jai choisi de lillustrer par lexemple que voici. Supposons quune collectivité, un village par exemple, a décidé douvrir un restaurant. Elle nomme un directeur, et des personnels de différentes catégories, pour servir des clients. Si on rapporte cet exemple à lEtat, nous dirons que le Directeur correspond au Ministre, que les autres personnels correspondent aux agents de la Fonction Publique, et que les clients sont ici les citoyens usagers. Si je continue la comparaison, voici ce qui sest passé. Le restaurateur a tellement embauché de personnels, en tout cas au-delà des recettes, quil narrive même plus ni à payer ce personnel, ni même à acheter assez de produits pour faire la cuisine. A un moment donné le Directeur sest mis à emprunter et à réclamer des aides pour lui permettre dassurer un minimum de services et payer de temps en temps un personnel qui continuait à saccroître. Ce qui complique la situation du Patron cest que bon nombre de clients ne payaient plus leurs repas, et certains personnels estimaient que du moment quils nétaient pas payés, ils pouvaient " emprunter " la vaisselle, emporter les denrées, et même mettre la main à la caisse, sans compter les personnels fictifs, pourtant présents dans les états de salaire, sans compter les personnels régulièrement recrutés mais qui ne se présentent au restaurant que les jours de paie Tant que les prêteurs et les bailleurs acceptaient de donner, les choses allaient tant bien que mal. Mais quand les donateurs ont su ce qui se passait, ils ont non seulement cessé leur générosité, mais ils ont aussi demandé à être remboursé. Arrivé à ce point, le restaurant devait fermer ou se réformer, et ce deuxième choix était le seul acceptable, car les propriétaires du restaurant qui avaient jusque là fermé les yeux, avaient décidé de ne plus accepter dautres abus et autres erreurs de gestion. Le Directeur dut donc prendre les mesures ci-après :
Si le restaurant réussit cette opération, le personnel sera payé, les clients seront satisfaits et lactivité économique reprendra, puisque désormais les produits agro-alimentaires et autres seront mieux vendus Toutes choses étant égales par ailleurs, lEtat a connu la même mésaventure, et nous entendons lui appliquer exactement le même remède ; et ce que nous sommes en train de faire nous porte à croire que nous sommes sur la bonne voie, si tant est quil en est dautres Mais pour réussir notre pari, nous avons décidé de faire plus, et donner nous-même le bon exemple. Cest ainsi que je continue moi-même à percevoir mon salaire de militaire, dix fois inférieur à celui perçu par les précédents chefs de lEtat. La masse salariale de la Présidence de la République a été réduite de plus de la moitié tandis que le nombre total dagents y exerçant est réduit du tiers, avec des baisses significatives des salaires des personnels maintenus. La même démarche est initiée dans toutes les autres administrations ainsi que dans les Etablissements publics, et jinvite les différents responsables à la tête de ces institutions à faire connaître les mesures dassainissement quils ont prises. Nous avons également décidé de faire rentrer les dettes que des particuliers ou des commerçants doivent à lEtat. Nous avons commencé par ONICOR à qui les commerçants doivent plus de 800 Millions de francs, et nous nentendons pas en rester là Ce premier travail a déjà commencé à porter ses fruits : Comme chacun peut le constater, chaque mois, nous versons les salaires, et nous nous sommes fixés comme objectif de payer la totalité des salaires de lannée 1999.
Comme vous le constatez, en quatre mois et demi, beaucoup a été fait, et seul le silence que je me suis imposé, et les timidités naturelles de jeunes cadres à la tête des Départements ministériels ont pu faire croire que le régime était en panne et sans perspectives. A ceux qui se demandent pourquoi je me donne tant de mal pour traiter ces questions, alors que je ne cesse de répéter que je nentends pas méterniser aux commandes, je réponds quen faisant cela, je ne fais que remplir les engagements que jai pris devant le peuple. En effet, et je le dis et le répète, la paix sociale nest pas seulement affaire de police et de maintien de lordre. Pour assurer une vraie paix sociale, il faut sattaquer aux causes profondes des phénomènes à lorigine des crises, et cest ce que jessaie de faire. Jen viens maintenant au problème politique qui se résume en une seule question, à savoir, comment mettre en uvre lAccord dAntananarivo, et sortir de la crise politique et institutionnelle ? Comme vous lavez entendu, dès mes toutes premières déclarations, jai proclamé haut et fort mon engagement formel à respecter lesprit de lAccord dAntananarivo. Pour ce faire, quatre grandes orientations ont été fixées :
Sur le premier point, même si la signature nest pas encore apposée au bas du document, on peut considérer que les choses évoluent plutôt favorablement. Des contacts formels et personnels ont été établis au plus haut niveau, et le mur de méfiance, dincompréhension, voire de haine, bâti sur les erreurs des uns et des autres est en grande partie tombé. La sécurisation de lîle dAnjouan est en bonne voie, et les derniers affrontements sont sans nul doute les derniers soubresauts armés dune crise en voie de dénouement. Désormais le principe de la signature est admis par tous, et celle-ci ne peut quintervenir incessamment. A lheure actuelle, les discussions portent déjà et par anticipation sur les conditions dapplication et dexécution de lAccord, et notamment sur la place et du rôle respectif des partis politiques et des représentants des îles. Il sagit là dun vrai débat de fond qui mérite dêtre mené, et sur lequel je reviendrai tout à lheure Désormais, grâce à un travail minutieux et honnête dexplications la communauté internationale, notamment lUnion Européenne, lOUA, et la Ligue des Etats Arabes, lAgence de la Francophonie sont prêtes à apporter leur concours financier et leur expertise pour la réussite du processus de sortie de crise par lorganisation des diverses consultations prévues par lAccord. En ce qui concerne lassociation de toutes les parties concernées au processus initié à Antananarivo à contribuer efficacement aux mécanismes de sortie de crise, le succès est relatif dans la mesure où un certain nombre de partis politiques estime devoir jouer la carte de la division, tout en appelant par ailleurs un gouvernement de consensus Malgré tout, avec les partenaires, partis politiques et associations civiles, qui ont accepté duvrer pour le règlement rapide de la crise, la collaboration continue, avec quelques difficultés nées en grande partie de linexpérience de certains dentre nous en matière politique. Mais la volonté, lengagement et la sincérité sont au rendez-vous de cette alliance de lespoir. Sagissant des commissions, deux dentre elles, celle chargée délaborer les projets de constitution de lUnion et des îles, et celle qui devait travailler sur tous les aspects relatifs à lorganisation des consultations électorales prévues, nont pas bien fonctionné pour les raisons ci-après, et ont dû être suspendues :
La troisième, par contre, qui devait préparer les projets à soumettre aux bailleurs de fond a rendu une copie acceptable et digne déloges. Mais tout nest pas perdu pour autant, car parallèlement à ces Commissions défaillantes nous avons obtenu lenvoi de deux missions dexperts internationaux dont nous attendons les rapports. Ces derniers seront soumis des équipes dexperts nationaux qui les présenteront sous forme davant-projet au Gouvernement, pour les arbitrages et consultations habituels. Mais il est évident que tout ce travail demeurera fondamentalement théorique tant que lAccord dAntananarivo naura pas été signé par la partie anjouanaise. Cest la raison pour laquelle, nous préférons mettre laccent sur cette signature. Nous estimons que eu égard à la complexité du problème, la lenteur responsable peut être préférable aux précipitations irréfléchis, dautant que malgré tout, les lenteurs constatées dans la signature ne relèvent pas seulement de la fantaisie ou du double langage, et quil y a des problèmes de fond qui méritent dêtre posés, le plus important étant celui de la représentativité des signataires. Avant de quitter Madagascar, la délégation anjouanaise a clairement posé le problème et a estimé devoir revenir rechercher ou confirmer sa légitimité dans lîle. On peut comprendre quà ce jour la question reste toujours posée. En grande Comore, cest la population qui, à travers un grand mouvement populaire et par les médias, à dénié à sa délégation toute représentativité. A ce jour la question reste posée, dautant que chaque jour, des groupes sauto-proclament représentants de Ngazidja, et se font enregistrer comme tels au Gouvernorat, sans que nul ne savise de leur demander la source de leur légitimité ou de leur représentativité. Il se pourrait quà Mohéli, le problème se pose, mais autrement. Les partis politiques signataires de lAccord ou non posent le même problème. Aujourdhui, en Grande Comore, avec moins de 100 mille électeurs, on compte au moins une vingtaine de partis politiques. Comment connaître leur poids réel, ce quils représentent, et en fonction de ces critères, quelle place leur accorder dans les choix qui se présentent. Alors, je réfléchis à haute voix et je minterroge : le moment nest-il pas venu de rechercher une formule infaillible et qui permettrait, au niveau de chaque île de connaître les vrais interlocuteurs ? Je crois que tôt ou tard, il faudra affronter ce moment de vérité. En tout cas, si lon ne veut pas sexposer aux mésaventures des délégations revenues de Tananarive, il est urgent de faire en sorte que ceux qui élaboreront, soumettront et soutiendront les projets de constitution, soient des instances dune façon ou dun autre revêtus dune certaine légitimité. Cest un débat de fond qui a tout son sens dans les jours à venir. Pour terminer, je voudrais soumettre à votre réflexion, un problème encore plus grave, et pour lequel il va falloir nous mobiliser très rapidement pour lui trouver une solution. Il sagit de la justice, dont le fonctionnement est pour moi source de grave préoccupation. En effet, si les dysfonctionnements tant décriés de la justice devaient perdurer, le Pays sombrera très vite dans lanarchie, le chaos le plus total. Cette situation nest pas due au hasard, et relève dune véritable conspiration contre linstitution. En effet, depuis lindépendance, le Système Judiciaire a été le parent pauvre de ladministration, et le peu de crédits qui lui sont alloués ne sont que très faiblement exécutés. Par ailleurs, linstitution sest doté de structures, des codes de procédures copiés sur le modèle français, alors que le Pays ne dispose ni des moyens ni des hommes pour les faire fonctionner. Jinvite donc ici les hommes de loi, dont les cadis et les théologiens, à réfléchir très sérieusement sur ce problème grave et à proposer des solutions adaptées, respectueuses de toutes les garantis dobjectivité, déquité, et de justice que chaque citoyen est en droit dexiger dans un pays libre et démocratique. Je le dis et le répète, ces dysfonctionnements de la justice constituent un grand danger pour tout le pays et portent préjudice à la paix civile, au développement économique, à lactivité commerciale et financière, à la bonne gouvernance. En tant que militaire au fait des problèmes liés à lordre public, je me sens bien sûr très concerné par la question, conscient que lordre et la paix ne peuvent être le fait de la seule force, en labsence dune justice qui juge dans des délais raisonnables, en toute objectivité, en toute équité, qui sanctionne, et surtout veille à lapplication des peines prononcées. Je ne puis terminer mon propos sans adresser mes remerciements les plus sincères et les plus chaleureuses à la population de Mitsamiouli et à celle de toutes les localités de la Région, pour léclat exceptionnel quelles ont su donner à cette manifestation damitié, de fraternité et de solidarité, à mon endroit, à lendroit de lInstitution que je représente, et à toute léquipe qui a accepté le sacrifice de satteler à la sauvegarde et à la survie de notre Pays. Japprécie plus particulièrement la participation de la jeunesse, dont je voudrais incarner lespoir, le rêve, et la volonté de servir, et non de se servir. Japprécie encore plus la présence des femmes que jinvite à être plus actives, plus combatives. Et parce qu'elles nont pas de responsabilités dans le naufrage du pays, quelque part elles constituent aussi lespérance.
Vive la République Fédérale Islamique des Comores Dans lunité, la paix, et la prospérité. Je vous remercie. AZALY ASSOUMANI |